Au Congo, l’école est dans la nature pour de petits réfugiés

GANGANIA (AFP) – Le ciel pour toit, un contreplaqué élimé pour tableau, un morceau de brique pour chaise en pleine forêt… Dans le nord du Congo, des enfants de réfugiés venus de République démocratique du Congo (RDC) voisine apprennent à l’air libre, dans des écoles de fortune.
Près de Gangania, bourgade de la région de la Likouala à plus de 850 km de Brazzaville, une femme s’occupe d’élèves de cours préparatoire. Sur une moitié de planche défraîchie adossée à un arbre, elle leur montre avec une fine tige: “k, a = ka”, “k, e = ke”.

“Nous n’avons pas de salles pour encadrer les enfants. Nous nous contentons de ces espaces offerts par les autorités locales”, dit Mantolo Bokura, rencontrée par l’AFP sur ce site en pleine forêt à 3 km au nord d’Impfondo, la capitale de la Likouala.
S’ils ne sont pas posés contre un arbre, les contreplaqués servant de tableaux sont accrochés à des colatiers ou à des palmiers. Pour des écoliers plus grands, les professeurs couchent leurs explications à la craie sur le côté d’un conteneur.

Dans cette “école”, on dénombre en tout 318 élèves dans le primaire, de 6 à 13 ans. Ils suivent les cours assis sur un bout de brique, à même le sol ou en se serrant sur quelques rares tables-bancs. Il y a aussi neuf enseignants dont quatre femmes, tous bénévoles.
Selon le coordonnateur des écoles des réfugiés, Jean Bissanga, au moins 75 maternelles, écoles primaires et secondaires ont été recensées de Bombendzélé, en aval d’Impfondo, à Boyélé (en amont) sur près de 200 km sur le fleuve Oubangui, qui sépare le Congo et la RDC.

“Les effectifs augmentent. Mais le matériel didactique pose problème. Il y a des élèves de niveaux élevés qui prennent tous les cours dans un seul cahier”, affirme M. Bissanga.
A Impfondo même, 570 élèves de collège et lycée ont davantage de chance que les plus petits de Gangania. En uniforme bleu-blanc, eux, ils vont au collège Patrice Emery Lumumba… l’après-midi, après les Impfondois.

Les écoles de fortune ont commencé les enseignements en janvier, à l’initiative de responsables des comités des réfugiés qui redoutaient une année blanche. La plupart des enseignants sont des réfugiés ayant fui depuis fin octobre des affrontements interethniques dans la province de l’Equateur (nord-ouest de la RDC).
Or, à en croire les responsables de l’éducation dans la région, les programmes scolaires sont différents d’une rive à l’autre de l’Oubangui.

“Nous essayons de synthétiser les cours dans l’espoir de rattraper les programmes”, explique Blaise Matena, 38 ans, professeur de mathématiques et physique en terminale. “On ne pouvait pas laisser les enfants à la traîne parce qu’ils sont notre avenir et notre relève”.
Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), qui coordonne l’assistance aux réfugiés de RDC, se propose de soutenir les écoles par la formalisation des enseignements.

“Nous allons procéder au recrutement de 300 enseignants de la RDC. Nous comptons également faire venir des inspecteurs pour s’assurer de la qualité des cours”, déclare le chef du bureau provincial du HCR à Impfondo, Daniel Roger Tam.
“Dans le cas où les élèves passent les examens ici, ces inspecteurs veilleront à ce que les diplômes qui leur seront délivrés soient authentifiés, validés et reconnus”, explique-t-il.

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