Côte d’Ivoire : les ingrédients d’une nouvelle guerre civile sont réunis

1- Quelques clefs pour comprendre
La Côte d’Ivoire, premier exportateur de cacao du monde et autrefois considérée comme une oasis de paix dans l’Afrique de l’Ouest ravagée par la guerre, connaît l’instabilité depuis un coup d’Etat en 1999.
En 2002, une rébellion a échoué à renverser le président Gbagbo, et a ensuite occupé la moitié nord du pays. La Côte d’Ivoire est depuis divisée en deux, entre le Sud tenu par les troupes gouvernementales, et le Nord par les rebelles.

Le mandat de cinq ans de M. Gbagbo devait expirer fin 2005 mais le président est resté au pouvoir en invoquant une clause constitutionnelle qui autorise le chef de l’Etat à se maintenir en cas de guerre ou de crise nationale. L’élection présidentielle a depuis été reportée à de multiples reprises, notamment en raison de retards dans le recensement électoral.
Ce scrutin doit être la dernière étape du processus de normalisation et de réunification du pays.

Les bailleurs de fonds ont débloqué 56 millions d’euros pour aider à financer les élections, notamment appuyées par l’ONUCI, l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire.
L’Onuci, qui compte 7.661 hommes et est appuyée par la force française « Licorne » de 900 hommes, est chargée d’assurer la sécurité et d’apporter une aide au processus d’enregistrement des électeurs.

Un accord de paix conclu en 2007 au Burkina Faso a fait du chef des rebelles des Forces nouvelles (FN), Guillaume Soro, le nouveau Premier ministre et a officiellement permis la réunification du Nord et du Sud.
L’accord a aussi ouvert la voie à une élection présidentielle.
Mais le nord reste pour l’essentiel aux mains des ex-rebelles. Ils se sont engagés plusieurs fois à déposer les armes, mais les diverses tentatives ont échoué.
Il y a par ailleurs encore des camps de personnes déplacées dans le nord-est du pays.

L’élection présidentielle était censée se tenir « fin février-début mars », selon le dernier calendrier, mais le président a dissous le gouvernement et la commission électorale le 12 février, repoussant de fait l’élection à une date indéfinie.
Pour justifier son geste, Laurent Gbagbo a accusé le chef de la commission électorale, Robert Mambé, membre de l’opposition, de tenter d’ajouter sur les listes électorales 429.000 personnes dont la nationalité ivoirienne n’aurait pas été vérifiée. Cela afin d’augmenter les voix de l’opposition, située principalement dans le nord du pays.

Cette question de l' »ivoirité » est au centre de la crise depuis la tentative manquée de coup d’Etat en 2002.
La Côte d’Ivoire est un pays d’immigration qui a accueilli des dizaines de milliers de travailleurs venus des pays voisins, venus travailler notamment dans les plantations de cacao. Au moins un quart des 20 millions d’habitants du pays ont été disqualifiés pour les élections.
L’opposition, qui assimile la décision du président à un coup d’Etat, a fait savoir qu’elle le jugeait désormais illégitime.

Depuis ce 12 février, les troubles sont devenus quasi quotidiens en Côte d’Ivoire : manifestations, barrages populaires, saccages, pillages… La répression par les forces de sécurité a fait déjà au moins 7 morts. Les appels au calme de la communauté internationale ne changent rien.
Il y avait 3 candidats en lice pour la présidentielle : le président sortant Laurent Gbagbo, l’ex-chef de l’Etat Henri Konan Bédié et l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, originaire du Nord du pays à dominante musulmane. Ces trois hommes dominent la vie politique du pays depuis la mort en 1993 du « père de la nation », Félix Houphouët-Boigny.

Aux yeux d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara, Gbagbo cherche délibérément à repousser le scrutin pour se maintenir au pouvoir.
La crainte d’une reprise du conflit a d’ores et déjà perturbé l’activité des producteurs de cacao dans la région d’Abengourou. « La plupart des centrales d’achat sont fermées et les gens sont rentrés chez eux parce qu’ils redoutent des actes de violence », a déclaré l’un d’eux.

Il faut aussi souligner que de nombreuses armes circulent dans le pays.
Depuis plusieurs mois, des signes de tensions apparaissaient et certains leaders d’opposition accusaient Laurent Gbagbo d’abuser des moyens d’information d’Etat et de se préparer à réprimer militairement tout mouvement de protestation.


2- La Côte d’Ivoire va former un nouveau gouvernement de coalition

Le Premier ministre Guillaume Soro a déclaré lundi qu’il annoncera dans les 24 heures la composition du nouveau gouvernement du pays, qui inclura des membres de l’opposition.
L’annonce du nouveau gouvernement pourrait mettre fin à une semaine de violentes manifestations.
Le Premier ministre a annoncé que l’opposition avait accepté de rejoindre le nouveau gouvernement, après avoir refusé de le faire pendant une semaine. L’opposition exigeait avant tout que la commission électorale soit rétablie, mais on ne sait pas si le président est revenu sur sa décision concernant cette dissolution.

Le président burkinabé Blaise Compaoré a joué les médiateurs dans les pourparlers de crise.
Après une journée de négociations marathon entre les deux parties, Guillaume Soro a dit aux journalistes que « les joueurs politiques » du pays étaient parvenus à un accord et qu’il prévoyait d’annoncer les détails d’un nouveau gouvernement mercredi matin.
« Je suis heureux d’annoncer que ces discussions se sont concrétisées et ont permis aux joueurs politiques ivoiriens de s’entendre et de sortir de cette crise, et par dessus tout, d’amener la paix dans notre pays », a déclaré Guillaume Soro, qui était aux côtés de Laurent Gbagbo et de Blaise Compaoré.

La crise a démarré la semaine dernière avec la dissolution du gouvernement par le président Laurent Gbagbo, ce qui a entraîné des manifestations et violences sporadiques dans tout le pays. Les deux leaders de l’opposition avaient refusé dimanche soir de rejoindre un gouvernement de coalition qui, dans un premier temps, devait être annoncé lundi. Ils avaient demandé au président Compaoré de faire office de médiateur dans des discussions avec le camp présidentiel.

Lundi, une nouvelle manifestation de l’opposition a donné lieu à des violences, dans lesquelles au moins 2 personnes ont été tuées, selon des témoins.
Un journaliste de l’Associated Press Television News (APTN) a vu deux cadavres gardés par la police pendant une manifestation dans le district d’Abobo, dans le nord d’Abidjan (sud du pays). Deux autres témoins, dont un pasteur, Alexandre Brou, ont de leur côté déclaré avoir vu la police frapper des manifestants.

Selon un chauffeur de bus, Mema Camara, des centaines de jeunes gens s’étaient rassemblés dès le matin pour élever des barricades, interrompant toute circulation, brûlant des pneus et lançant des pierres aux automobiles qui s’approchaient. La police est intervenue et a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, puis « les policiers ont commencé à frapper tous ceux qu’ils pouvaient attraper », a affirmé Mema Camara. « Nous nous sommes cachés dans nos maisons pour les éviter. »

Mais les policiers ont poursuivi les manifestants dans leurs maisons et les en ont sortis, d’après un sympathisant de l’opposition, Ahmed Coulibaly. « Nous sommes scandalisés. Nous sommes traumatisés. Cela nous rappelle les pires moments de la guerre civile », a-t-il dit.
L’opposition a également défilé dans au moins quatre autres villes ivoiriennes.

La grand route menant d’Abidjan, poumon économique du pays, à Yamoussoukro, la capitale politique, était coupée en plusieurs points par des protestataires, a constaté un correspondant de Reuters.
A Daloa, centre de production du cacao, des opposants ont mis le feu à des pneus et lancé des pierres sur les forces de sécurité, qui ont répondu à coups de gaz lacrymogènes.

A Toumoudi, au sud de la capitale, quelque 2.000 protestataires ont défilé pacifiquement sous les yeux de la police et des militaires, qui ne sont pas intervenus.
Vendredi, au moins 5 manifestants ont été tués et des dizaines d’autres blessés par les forces de sécurité à Gagnoa, au sud-est de Yamoussoukoro, lors d’un rassemblement contre les initiatives de Gbagbbo.
Mais d’une manière générale, les manifestations se déroulent pacifiquement.

Gbagbo a été soumis à une pression internationale croissante, notamment de la part de ses partenaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de son médiateur le président burkinabé Blaise Campaoré, pour remettre rapidement sur les rails le processus de normalisation politique.


3- Le pays n’est pas réunifié, et l’embargo sur les armes est violé

Malgré les annonces officielles, la séparation entre le Nord et le Sud du pays reste réelle. Le nord est effectivement administré par l’ex-rébellion et le sud par les autorités officielles.
Les habitants originaires du nord sont majoritairement musulmans et réputés acquis à l’opposition.
Officiellement, la « zone de confiance » qui séparait physiquement le nord et le sud a pourtant été démantelée.

Les casques bleus de l’ONUCI et les soldats français de « Licorne » se sont progressivement retirés de la « ligne de confiance » qui coupait le pays en deux pour laisser la place à des unités mixtes ivoiriennes, composées de soldats de l’armée et des ex-rebelles.
Mais l’ex-rébellion contrôle les ressources naturelles et le commerce, dénonçait le dernier rapport d’évaluation de l’ONU, remis en décembre 2009 au Conseil de sécurité.

Le désarmement des ex-combattants des Forces nouvelles n’est pas effectif. Le rapport de l’ONU dénonce même le réarmement des ex-rebelles (et des forces loyalistes) au mépris de l’embargo.
Les milices ne sont pas démantelées, et les forces de défense et de sécurité ne sont pas réunifiées.
Et force est de constater que l’autorité de l’Etat ivoirien et le contrôle des impôts dans la moitié nord du pays n’ont pas été restaurés.

Les ex-rebelles rechignent à remettre le pouvoir aux civils et continuent à collecter impôts et droits de douane qui se montent à plusieurs millions de dollars par mois. Les évaluations des recettes fiscales dans la moitié Nord sont très divergentes, mais des statistiques sur le transport de cacao, de café et de bois les situent aux alentours de 40 milliards de francs CFA (61 millions d’euros) par an.

Selon le rapport de l’ONU, le gouvernement et les anciens rebelles ont violé à de multiples reprises l’embargo sur les armes ainsi que l’interdiction d’exporter les diamants, avec l’aide de plusieurs pays.
Dans un rapport, des experts recommandaient au Burkina Faso d’enquêter « sans délai » sur le transfert d’armes et de munitions vers le nord de la Côte d’Ivoire, une situation qui pourrait être liée à un trafic de cacao.

Les experts ont également enquêté sur le commerce illégal de diamants bruts, dénonçant l’absence de contrôles efficaces à la frontière qui permet à ce commerce « de s’étendre au Burkina Faso et au Mali ». Le rapport s’inquiète également que les diamants puissent être illégalement exportés via la Guinée et le Liberia.
Par ailleurs, les experts notaient que le gouvernement ivoirien fait face à une opposition politique potentiellement violente dans le sud du pays, ce qui l’a poussé à commencer à rééquiper ses forces de sécurité avec des équipements antiémeutes et pourrait accélérer les importations d’armes à l’avenir.

Concernant la surveillance de l’embargo sur les armes, en dépit des efforts déployés par l’ONUCI, l’efficacité des inspections demeure limitée, selon un rapport de l’ONU publié fin 2008. Rien n’a été fait pour effectuer des inspections-surprises en 2008. En outre, les inspections se font exclusivement dans les locaux de l’armée et de la police. De plus, l’inspection des sites laisse plutôt à désirer, en particulier dans les zones administrées par les FN.


4- Le Nord ne désarme pas

Le désarmement des ex-rebelles devait concerner 43.000 hommes. Il était prévu qu’environ 26.000 d’entre eux retournent à la vie civile, le reste devant être intégré à l’armée nationale.
Mais le processus est très lent : de nombreux rebelles rechignent à désarmer et l’armée craint de les intégrer. Cela malgré les différents plans de démobilisation mis en œuvre depuis 2003.
8.000 hommes des Forces nouvelles ont déposé les armes, mais 18.000 autres miliciens doivent encore leur emboîter le pas en commençant par renoncer aux revenus que leur assurent les barrages routiers et autres prélèvements illégaux.

Pour aider certains d’entre eux à retourner à la vie civile, une initiative a été lancée en août 2008 par l’ONUCI : « 1000 microprojets pour la paix », permettant de redonner le goût à la vie civile à des ex-combattants, qui gagnent désormais leur vie en fabriquant du savon, en cultivant des oignons, des tomates…
Les projets portent sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, la mécanique ainsi que le bâtiment et la restauration.

Ce programme est destiné à créer les conditions d’une réinsertion socio-économique durable pour les ex-combattants, les membres des groupes d’autodéfense, les jeunes à risques et les femmes affectées par la crise.
A ce jour, environ 2.700 personnes bénéficient du programme à travers 507 projets sur l’ensemble du pays.
Ainsi, environ 400 ex-miliciens, miliciennes et jeunes à risque de la région du Haut Sassandra, dans le Centre-ouest du pays, ont bénéficié du Programme. Les financements qu’ils en ont reçus leur ont permis de s’impliquer dans la culture maraîchère, la pisciculture, la riziculture, l’élevage des porcs et l’aviculture.


5- A Bobi, on exploite le diamant malgré l’embargo de l’ONU

A l’ombre d’un hangar de fortune, Mohammed surveille ses dix ouvriers qui retournent à coups de pelles et de pioches la terre rougeâtre : à Bobi, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, on exploite le diamant malgré l’embargo de l’ONU.

Dans ce gros village au cœur de la savane arborée, l’extraction artisanale du diamant brut est l’activité principale. La mine à ciel ouvert, la plus importante de la région, s’étend sur près d’un kilomètre. Des centaines de personnes y travaillent.
Pourtant, un embargo des Nations unies vise depuis 2005 l’exportation de la pierre précieuse, au motif qu’elle alimente l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) contrôlant le nord du pays depuis son coup d’Etat manqué de 2002 contre le président Laurent Gbagbo.

Avant l’interdiction, « on exploitait le diamant dans 25 villages du département de Séguéla (420 km au nord-ouest d’Abidjan), contre seulement 10 aujourd’hui », explique à l’AFP l’exploitant Mohammed Condé.
« Le diamant brut n’est plus bien vendu, les grands investisseurs israéliens et sud-africains ont déserté la zone, à cause de l’embargo », se lamente-t-il. « Le diamant ivoirien ne nourrit plus son homme ».
Il fait toutefois vivre encore quelque 5.000 personnes – contre 20.000 avant 2005 – selon les chiffres de la Sodemi, l’administration minière ivoirienne.

Pour l’expert Michel Yobouet, « l’une des grandes faiblesses de l’embargo » est en effet qu’il porte « sur l’exportation et non sur l’extraction ».
Le diamant légalement extrait « continue d’être vendu illégalement sur le marché international », pour un trafic estimé à 25 millions de dollars par an, souligne ce membre du processus de Kimberley.
La production de diamants bruts en Côte d’Ivoire « augmente » même, affirmait en juin 2009 ce système de certification visant à éliminer du marché mondial le commerce illégal des pierres précieuses pour le financement des conflits : les fameux « diamants de guerre » ou « du sang ».

Placés sous l’autorité du puissant Issiaka Ouattara, dit Wattao, l’un des dix « commandants de zone » qui tiennent le nord du pays, les ex-rebelles de Bobi assurent que leur implication dans le trafic est de l’histoire ancienne.
Depuis l’accord de paix de 2007, « nous avons tourné le dos aux +diams+ », affirme un responsable local des FN sous couvert d’anonymat. Quoi qu’il en soit, les affaires continuent.

Mamadou Diomandé se présente comme « l’envoyé spécial du patron », le mystérieux acheteur pour qui il travaille. « Avant l’embargo, le diamant de Côte d’Ivoire atterrissait dans les ateliers de taillerie de Belgique, via Abidjan », raconte-t-il. « Le diamant extrait de Bobi transite désormais par le Mali, la Guinée, le Liberia ou la Sierra Leone, avant de se retrouver en Israël ou en Belgique ».
Un rapport d’experts de l’ONU publié en octobre soulignait « l’absence de contrôles efficaces aux frontières » favorisant la contrebande vers les pays voisins.


6- Quelles sanctions ?

En novembre, le Conseil de sécurité de l’Onu a prorogé d’un an, jusqu’au 31 octobre 2010, les sanctions visant la Côte d’Ivoire, ainsi que l’interdiction visant le commerce de diamants bruts provenant de ce pays.
Un embargo des Nations unies sur les armes a été imposé en 2004 en raison des violations d’un cessez-le-feu mis en place l’année précédente entre les forces gouvernementales et les rebelles des Forces nouvelles. Fin octobre, l’Onu a conclu dans un rapport que les deux camps continuaient de se réarmer.

Le Conseil s’est de plus déclaré prêt à appliquer des sanctions à ceux qui entravent le processus électoral. La résolution adoptée soulignait que « toute menace contre le processus électoral en Côte d’Ivoire, en particulier toute atteinte portée à la Commission électorale indépendante chargée d’organiser les élections, ou toute entrave à ses activités ou à celles du personnel », constitue une menace contre le processus de paix et de réconciliation nationale – susceptible de conduire à des sanctions ciblées.
Le Conseil de sécurité soulignait par ailleurs qu’il est « parfaitement prêt à imposer des sanctions ciblées » contre les personnes désignées par son Comité.


7- La pauvreté augmente

Près de trois ans après la signature d’un accord de paix, les interventions d’urgence ralentissent mais les besoins humanitaires demeurent, selon les travailleurs humanitaires.
Comme de nombreux autres États qui ont connu des conflits récemment, la Côte d’Ivoire vit une période trouble : l’urgence n’est plus aussi criante, mais la satisfaction des besoins demeure critique et les conditions dans lesquelles vivent les habitants, précaires, a indiqué Julie Bélanger, chef du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

« Les acteurs du développement ne sont pas encore entièrement déployés sur le terrain et plusieurs organisations humanitaires se sont déjà retirées », a-t-elle ajouté. « Nous essayons de combler les lacunes, de faire en sorte que la situation n’explose pas et de nous assurer que les habitants voient les dividendes de la paix ».
Les Nations Unies ne procéderont pas à un appel humanitaire spécifique pour la Côte d’Ivoire en 2010, mais demanderont 54 millions de dollars dans le cadre d’un appel régional, selon Georg Charpentier, coordonnateur humanitaire et représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire.

Au cours du mois de décembre, OCHA cessera ses activités à Man et à Zou, dans l’ouest, à Korhogo, dans le nord, et à Bouaké, dans le centre du pays. À Guiglo dans l’ouest, OCHA continuera d’aider l’agence des Nations Unies pour les refugiés, (UNHCR) a son rôle de protection et de surveillance, a indiqué Mme Bélanger.
Plusieurs organisations humanitaires qui comblent les lacunes des services publics, notamment en aidant les hôpitaux à lutter contre la malnutrition, ont toutefois de la difficulté à trouver des sources de financement, a indiqué le directeur de l’organisation non gouvernementale (ONG) Merlin, Éric Gérard.

D’après Alain Cordeil, représentant du Programme alimentaire mondiale (PAM) en Côte d’Ivoire, seulement la moitié des besoins en financement du PAM ont été comblés entre 2007 et 2009. Et il est difficile de garantir le soutien des autres ONG qui demeurent dans le pays à moyen et à long terme, ont dit des travailleurs humanitaires à IRIN.
« Les bailleurs de fonds n’accordent pas beaucoup d’importance à la transition », a dit à IRIN Sébastien de la Pintière, qui dirige le Conseil danois pour les réfugiés.

Selon lui, à cause de la réputation de longue date de la Côte d’Ivoire comme l’une des économies les plus fortes d’Afrique de l’Ouest, les bailleurs de fonds négligent la pauvreté croissante et les problèmes humanitaires persistants. « Le cas de la Côte d’Ivoire rappelle [la fable des] habits neufs de l’empereur. L’image qu’en a la communauté internationale est très différente de la réalité ».

Selon une étude préliminaire du gouvernement et des Nations Unies, le taux de malnutrition chronique atteint des niveaux critiques dans le nord et dans l’ouest du pays. Les services publics ivoiriens étaient déjà déficients avant le conflit et ils le sont restés pendant et après celui-ci, ont indiqué des observateurs.
Depuis la rébellion de 2002, qui a divisé le pays entre le sud, contrôlé par le gouvernement, et le nord, aux mains des rebelles, certains hôpitaux et certaines écoles du nord « fonctionnent à peine », a indiqué M. Gérard.

Les Ivoiriens sont devenus plus en plus vulnérables aux bouleversements comme l’inflation des prix des denrées alimentaires ou celle des matières premières. En effet, un peu moins de 50 % d’entre eux vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, ce qui représente une augmentation importante par rapport aux 38 % de 2000, selon une évaluation du gouvernement réalisée en novembre 2008.
Les besoins humanitaires en Côte d’Ivoire ne sont pas énormes mais complexes, a indiqué M. Charpentier, des Nations Unies.

« Le problème dans l’ouest n’est rien en comparaison avec ceux auxquels est confrontée la Somalie, par exemple. Il ne concerne que quelques milliers de personnes… mais il est très complexe à résoudre ». Le besoin de maintenir certaines activités humanitaires en Côte d’Ivoire a incité les Nations Unies à exercer des pressions en faveur de la création d’un fonds de transition. Les bailleurs de fonds ont soutenu l’idée lors d’une réunion du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), en juillet, mais jusqu’à présent, ils ne se sont pas engagés à y contribuer.

D’après Lucien Houedanou, porte-parole de la Commission européenne (CE), le plus important bailleur de fonds en Côte d’Ivoire, la Commission accorde désormais la priorité au développement.
L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) s’est retiré en 2007 et la Commission déboursera 319 millions de dollars pour renforcer la cohésion sociale et développer les structures gouvernementales entre 2008 et 2013. « Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires et, si nous ne centrons pas nos intervention sur la lutte contre la malnutrition, nous nous assurons que nos partenaires bilatéraux et multilatéraux s’en chargent », a-t-il ajouté.

Sources : Reuters, AFP, AP, ONU, IRIN

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