Darfour : paix avec un mouvement rebelle, combats avec un autre

1- Des clefs pour comprendre
Depuis 2003, les forces gouvernementales soudanaises appuyées par les milices arabes janjawids luttent contre des mouvements rebelles du Darfour, une région semi-désertique du nord-ouest grande comme la France. Les combats ont commencé lorsqu’au Darfour des rebelles africains ont pris les armes contre le gouvernement central de Khartoum accusé de les marginaliser et de concentrer les ressources.
Les combats, les épidémies et les déplacements de population ont fait au moins 300.000 morts selon l’ONU. Khartoum parle de 10.000 morts.

Les réfugiés sont 2,7 millions, selon l’ONU. A ce jour, plus de 4 millions de personnes sont gravement affectées, sur les 6 millions d’habitants que compte le Darfour.
2,45 millions de personnes sont déplacées dans le pays et plus de 300.000 ont trouvé refuge dans les pays voisins.
Le banditisme et les violences sexuelles restent un fléau pour les civils dans tout le Darfour. Les viols sont notamment commis par les miliciens Janjawid.

L’ONU, bien que présent au Darfour, peut difficilement empêcher les violences. La force de maintien de la paix ONU-Union africaine (Minuad), créée le 31 juillet 2007 et dont le déploiement commença début 2008, a pour mandat de contribuer au rétablissement des conditions de sécurité, à la protection des populations civiles et à soutenir l’acheminement de l’aide humanitaire.
Elle compte actuellement 20.000 hommes mais ses effectifs ne sont pas encore totalement déployés. De plus, elle est régulièrement prise pour cible, tout comme les travailleurs humanitaires, et ne peut empêcher les civils d’être victimes de la guerre.

En mars 2009, la Cour Pénale Internationale (CPI) a inculpé le président soudanais, Omar el-Bechir, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour. Ainsi, pour la première fois de son histoire, la CPI a lancé un mandat d’arrêt international contre un chef d’Etat en exercice.
La CPI est une cour indépendante permanente qui mène des enquêtes et engage des poursuites à l’encontre de personnes accusées des crimes les plus graves ayant une portée internationale – génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre – pour autant que les autorités nationales compétentes n’aient ni la capacité ni la volonté de le faire véritablement.

Luis Moreno-Ocampo, procureur de la CPI, a fait appel afin que le chef d’inculpation de génocide soit aussi retenu à l’encontre du président soudanais. La CPI avait en effet jugé les éléments insuffisants pour justifier l’accusation de génocide au Darfour. L’appel est actuellement en cours d’examen.
M. Béchir a pris le pouvoir en juin 1989 à la faveur d’un coup d’Etat soutenu par les islamistes. Il est candidat à sa succession lors des élections -présidentielle, législatives, et régionales- d’avril prochain.

C’est le troisième responsable soudanais à faire l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI, après l’ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur Ahmed Mohammed Haroun et le commandant janjawid Ali Koshaibn, que Béchir refuse de livrer depuis 2007.
De nombreux pays africains, ainsi que la Ligue arabe et la Chine, lui ont apporté leur soutien, estimant que le mandat d’arrêt lancé par la CPI risque de déstabiliser un peu plus la région.


2- Un des principaux groupes de rebelles conclue une trêve avec le gouvernement

Alors que des pourparlers de paix se tenaient depuis le 24 janvier à Doha au Qatar, le plus important mouvement de rebelles du Darfour a conclu samedi une trêve avec le gouvernement soudanais, ce qui marque le retour du Mouvement justice et égalité (JEM) à des pourparlers de paix visant à mettre fin au conflit au Darfour, ont annoncé les autorités.
La trêve entre le JEM et le gouvernement soudanais entre en vigueur immédiatement, a déclaré Idriss Deby, le président tchadien, dans un communiqué.

Le porte-parole du JEM, Ahmed Hussein, a affirmé que l’accord ouvrait la voie à de futures négociations de paix, notamment des pourparlers sur un cessez-le-feu permanent. Il a précisé qu’il serait officiellement signé mardi à Doha, au Qatar, en présence d’Idriss Deby et des dirigeants du Soudan et du Qatar.
Le JEM participera aux pourparlers au Qatar, dont l’objectif est conclure un accord final d’ici le 15 mars, a précisé Idriss Deby.

Selon les rebelles, les négociations directes permettront de discuter « du partage des richesses, du partage de pouvoir, du retour des déplacés, de la compensation (pour les victimes du conflit) et des prisonniers ». Le président soudanais annule pour sa part « toutes les sentences de pendaison prononcées contre des membres du JEM » et fera libérer demain « 30% des prisonniers ».
Le problème des prisonniers était important, car le JEM exigeait de Khartoum qu’il les libère tous avant la signature d’un cessez-le-feu. Une centaine de rebelles, condamnés à la peine de mort pour avoir pris part à une attaque du JEM contre la capitale en mai 2008, sont détenus dans l’attente de leur exécution.

Pendant les négociations à Doha, Khalil Ibrahim, chef du JEM, avait ordonné à ses hommes de cesser toute activité militaire.
En revanche, un autre important mouvement rebelle du Darfour, l’Armée de libération du Soudan d’Abdelwahid Nour (SLA-Abdelwahid) refuse de participer au processus de paix, et poursuit les combats au Darfour, ce qui a entraîné récemment la fuite de milliers de personnes.
Abdelwahid Nour vit en France et le Soudan reproche à ce pays de lui offrir l’asile politique.


3- Le rapprochement entre Tchad et Soudan a facilité les pourparlers de paix

Le Soudan et le Tchad s’accusaient régulièrement de soutenir les rébellions en lutte contre leur régime respectif, et s’affrontaient depuis des années par groupes rebelles interposés.
Bonnes au début de la crise du Darfour, leurs relations s’étaient tendues en 2005 lorsque, pour différentes raisons, chaque pays a commencé à soutenir la rébellion armée hostile à son voisin.
Plusieurs accords, dont un pacte de non-agression en mars 2008 baptisé « Accord de Dakar », étaient restées lettres mortes. Mais ils sont désormais entrés dans un processus de rapprochement.

Les deux pays ont décidé d’enterrer la hache de guerre et de cesser de soutenir leurs rébellions respectives, le 9 février, lors d’une visite inopinée du président tchadien Idriss Déby à Khartoum, la première depuis 2004.
« Je suis venu le cœur ouvert et la main tendue pour tourner une nouvelle page dans les relations tchado-soudanaises », a déclaré Déby. « Cette visite a mis définitivement un terme à tous les problèmes entre le Soudan et le Tchad », a conclu pour sa part le président soudanais. Les deux chefs d’Etat sont convenus de rester régulièrement en contact.

Ghazi Salaheddine, conseiller de Bachir, a déclaré que les deux présidents avaient signé un protocole spécifiant qu’aucune des deux parties ne donnera abri aux rebelles d’en face et que ceux-ci seraient encouragés à participer à des processus électoraux ou politiques.
Déby et Bachir ont apporté leur soutien aux négociations pour la paix au Darfour qui se déroulent actuellement au Qatar et dont le médiateur, Djibril Bassole, a déclaré qu’il serait facilité par la visite du président tchadien à Khartoum.

Ghazi Salaheddine a déclaré que le Tchad et le Soudan allaient mettre sur pied une force conjointe pour surveiller leur frontière commune et entreprendre la construction d’une route reliant Abéché, au Tchad, à El Geinena au Darfour, où sera établi le QG de cette force.
La force conjointe, avec 3000 hommes, devra surveiller une frontière longue de 2000 kilomètres et éviter les incursions des groupes armés de part et d’autre du Darfour.

Les deux voisins avaient signé mi-janvier à N’Djamena un « accord de normalisation » assorti d’un « protocole de sécurisation des frontières » qui prévoit le déploiement d’une force mixte à la frontière.
Dans ce cadre, les rebelles soudanais de la région du Darfour ont jusqu’au 21 février pour quitter le territoire tchadien. En face, le Soudan se préparerait à expulser une partie des rebelles tchadiens présents sur son sol.

Les deux pays se réconcilient, du moins en apparence, car des échéances électorales approchent : au Soudan, un référendum sur l’autodétermination du Sud aura lieu dans un an. Lire sur ce sujet « Sud-Soudan : la guerre menace ». Le risque de sécession est réel, et beaucoup d’éléments laissent penser que le président soudanais ne laissera pas le Sud devenir indépendant. Si la guerre civile doit redémarrer au Sud-Soudan, le président préfère conforter ses positions sur la situation au Darfour et avec le Tchad.
Du côté tchadien, le président est en campagne électorale, avec des législatives prévues en novembre 2010 et une présidentielle en avril 2011.


4- Poursuite des combats, fuite de milliers de personnes

Le chef de la MINUAD, Ibrahim Gambari, a dénoncé mi-février les récents affrontements au Darfour, notamment ceux de Jebel Marra et de Jebel Moon. Des milliers de personnes ont été déplacées.
Des affrontements violents ont eu lieu entre des forces progouvernementales et l’Armée de libération du Soudan d’Abdelwahid (SLA-Abdelwahid), un des deux principaux groupes rebelles, dans le Jebel Marra, une région montagneuse et sa vallée fertile dans le cœur du Darfour soudanais.

Le SLM d’Abdel Wahid Al-Nur a affirmé avoir repoussé une attaque gouvernementale sur ses positions en tuant 64 soldats et capturant aussi 16 véhicules.
Des combats ont également eu lieu à Jebel Moon, un autre fief de la rébellion situé cette fois au Darfour-Ouest, à la frontière avec le Tchad.

Les soldats de la paix de la MINUAD ont accru leur présence pour empêcher une escalade de la violence, a précisé la MINUAD. La Mission collabore également étroitement avec les agences humanitaires pour répondre aux besoins des personnes qui ont été déplacées par ces affrontements.
Mi-janvier également des affrontements avaient éclaté entre l’armée soudanaise et ce même mouvement rebelle. Selon le porte-parole et le commandant de la faction du mouvement rebelle, « l’armée a attaqué nos positions ». Les combats ont eu lieu au nord-ouest de Kutum à 200 km du Tchad.

En novembre, des informations faisaient état de la poursuite des combats entre le gouvernement soudanais et les groupes rebelles.
Et en octobre la Minuad avait constaté une augmentation significative et inhabituelle des activités militaires des forces du gouvernement et de celles de l’Armée de libération du Soudan/faction Abdul Wahid (SLA/AW), en particulier au Nord-Darfour.
Human Rights Watch (HRW) avait déclaré début octobre : « les affrontements récents entres les forces armées soudanaises dirigées par le parti au pouvoir et les rebelles ainsi que des bombardements à l’aveugle démontrent que la guerre n’est pas terminée ».


5- Forte insécurité pour les travailleurs étrangers au Darfour, y compris pour la Minuad

Sept policiers pakistanais de la Minuad ont été blessés, dont deux grièvement, par des inconnus qui ont ouvert le feu sur leur patrouille le 16 février près de Nyala, la capitale du Sud-Darfour.
Au total, 22 soldats et policiers de la Minuad ont été tués au Darfour depuis le début 2008.
La Minuad a à ce jour déployé sur le terrain environ 75% de son effectif total, qui doit atteindre 26.000 hommes, mais dit rencontrer des difficultés en l’absence d’accord de paix entre Khartoum et les rebelles.

Elle peine à gagner la confiance des rebelles, de l’armée et des quelque deux millions d’habitants du Darfour qui ont fui leurs foyers pour se réfugier dans des camps de fortune autour des centres urbains.
De plus, début février le porte-parole des forces armées soudanaises a accusé la Minuad d’avoir collaboré avec un des principaux mouvements rebelles au Darfour, le JEM. Accusations que la Minuad a rejetées.
Selon un communiqué de la MINUAD, « ces allégations non fondées n’affecteront pas négativement la très bonne coopération établie avec le gouvernement du Soudan ».

Le nouveau chef de la MINUAD, Ibrahim Gambari, avait rencontré fin janvier le président soudanais, qui lui a promis un soutien total à la mission. Il avait déclaré après cette rencontre : « nous pouvons maintenant avancer vers la mise en œuvre du mandat de la MINUAD, après les défis que nous avons rencontrés lors de notre déploiement ».
L’accent sera mis sur la sécurité et le bien-être du personnel de la MINUAD, des ONG et de la population civile, afin de créer les conditions nécessaires aux retours des déplacés dans leur région d’origine.
Et il fera tout pour contribuer à l’amélioration des relations entre le Soudan et le Tchad, car « si ces deux pays sont en paix, cela contribuera de manière significative à la paix au Darfour ».

Une augmentation rapide des embuscades, des enlèvements et des vols de voiture visant la MINUAD a été observée ces derniers mois. Des travailleurs humanitaires sont également l’objet de prises d’otages à des fins crapuleuses.
Les violences contre le personnel de la MINUAD et le banditisme sont courantes au Darfour. Elle est régulièrement visée aussi bien par des bandits ou des rebelles que des milices gouvernementales soudanaises. Les soldats ne sont pas assez nombreux sur le terrain pour faire face.
De plus, le gouvernement soudanais mettait des limites à ses déplacements.

La force de paix a pris livraison mardi de ses cinq premiers hélicoptères, un outil essentiel pour contrôler un territoire grand comme la France.
La MINUAD manque de matériels de base, en particulier de moyens de transport de troupes, d’un hôpital, d’une unité de reconnaissance aérienne et d’hélicoptères.
Certains pays imputent au gouvernement soudanais, ainsi qu’aux lourdeurs de l’administration des Nations unies, la lenteur du déploiement des troupes. Cela fait des mois que le secrétaire général de l’ONU déplore la lenteur du déploiement.

Malgré cela la Minuad a enregistré des succès : son travail de médiation sur le terrain a amené de nombreux groupes à cesser le combat, à démobiliser des enfants et à rejoindre le processus de négociation. Ces efforts ont permis de faire baisser le nombre des victimes.
D’autre part, la Minuad a remporté un succès majeur : elle assure des patrouilles nuit et jour dans le camp de Kalma, le plus grand camp de réfugiés au Darfour, qui accueille 100.000 personnes. Cet accroissement de la sécurité dans le camp représente un progrès.


6- La CPI va-t-elle inculper aussi le président soudanais pour génocide ?

Début février, la chambre d’appel de la CPI a ordonné aux juges de première instance de la Cour de réexaminer leur décision de ne pas retenir le génocide dans leur mandat d’arrêt contre M. Béchir.
Les juges d’appel ont estimé qu’en première instance, en mars 2009, les juges avaient eu tort de conclure qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes pour retenir contre lui trois accusations de génocide. Ils avaient en revanche retenu sept chefs d’inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour l’orchestration d’une campagne d’assassinats, tortures, viols et expulsions forcées au Darfour.

« Il devrait prendre un avocat », a commenté le procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno Ocampo, après cette décision. Il a accusé le président soudanais de garder 2,5 millions de déplacés au Darfour dans des camps « dans des conditions de type génocidaire, comme un Auschwitz géant ».
Le niveau de preuve requis par les juges était « trop élevé et plus exigeant par rapport à ce qui est prévu » dans les statuts de la CPI, a estimé le juge finlandais d’appel Erkki Kourula. Cette décision laisse entendre que le président soudanais pourrait être au bout du compte jugé pour génocide, la plus grave inculpation possible.

Le procureur de la CPI accuse el-Béchir d’avoir mobilisé depuis six ans la totalité de l’appareil d’Etat soudanais contre les ethnies Fur, Masalit et Zaghawa au Darfour. Les forces soudanaises et les milices arabes janjaweed sont accusées de massacrer les civils, et de pratiquer une campagne de viols systématiques destinée à chasser les femmes dans le désert, où elles meurent de faim.
En première instance, les juges de la CPI avaient estimé que les preuves n’étaient pas suffisantes pour poursuivre el-Béchir pour génocide.

« Pour moi, le fait que le président el-Béchir avait expulsé les organisations humanitaires confirme que son intention est la destruction physique de ces populations », a ajouté le procureur.
Après la première inculpation du président, et en guise de représailles, le régime de Khartoum avait chassé du pays 13 organisations hmanitaires travaillant au Darfour, aggravant encore la crise humanitaire dans la région.

Omar el-Béchir ne reconnaît pas la compétence de la CPI et les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) ont répété à plusieurs reprises qu’ils n’arrêteraient ni n’extraderaient le président soudanais s’il venait à se rendre dans leur pays.
La commission de l’UA a estimé que la CPI, en envisageant de juger le président soudanais pour génocide, « va à contre-courant », car « la recherche de la justice doit être poursuivie de manière à ne pas porter préjudice à la quête de la paix ».
Elle rappelle notamment l’imminence des élections nationales et du référendum pour le Sud-Soudan.

En outre, l’UA déplore que le Conseil de sécurité de l’ONU n’ait pas, en dépit de ses « appels répétés », répondu à sa demande « de différer le processus initié par la CPI ».
Lors du dernier sommet de l’UA à Addis Abeba les chefs d’Etat et de gouvernement des 53 Etats membres ont réitéré cette demande de différer la procédure engagée contre M. Béchir, et proposé de contourner le Conseil de sécurité en proposant un amendement à l’Article 16 du statut de Rome qui régit la CPI.

Depuis son inculpation, Omar el-Béchir est cependant plus isolé. Il a annulé tous les déplacements vers des pays où il craint d’être arrêté et transféré à La Haye, y compris des pays membres de l’UA, comme l’Ouganda et l’Afrique du Sud.
Auparavant, depuis le lancement du mandat d’arrêt international, il s’était rendu dans 6 pays non signataires de la charte de la CPI, afin de démontrer à la Cour sa liberté d’action : en Egypte, Erythrée, Libye, Qatar, Arabie saoudite et en Ethiopie.

Début décembre, le Procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, s’est réjoui devant le Conseil de sécurité du processus de marginalisation du président soudanais. Il s’est félicité du large soutien que lui apportent les États et a rappelé que si les États africains parties au Statut de Rome étaient favorables en tant que membres de l’UA à ce que le Conseil de sécurité étudie la possibilité de différer l’enquête de la CPI sur le Darfour, ils avaient aussi reconnu leur obligation, en vertu du Statut de Rome, d’exécuter les mandats d’arrêts du Procureur dans le cas où les personnes poursuivies se trouveraient sur leur territoire.

De ce fait, le Président Al-Bachir n’a pu se rendre dans plusieurs États parties au Statut de Rome, y compris en Afrique, a-t-il ajouté, convaincu que ce « processus de marginalisation des criminels poursuivis par la Cour » traçait la « voie vers la mise en œuvre finale du mandat d’arrêt de la Cour ».
« Le Président Al-Bachir fera face à la justice ; il n’y a pas eu d’immunité pour le Président Slobodan Milosevic, il n’y a pas eu d’immunité pour le Premier ministre Jean Kambanda, il n’y a pas eu d’immunité pour le Président Charles Taylor et il n’y aura pas d’immunité pour le Président Al-Bachir », a-t-il affirmé.


7- Manque de nourriture pour les réfugiés du Darfour

L’ONU estime que les réfugiés de certains secteurs du Darfour manquent cruellement de nourriture et que l’expulsion des organisations humanitaires d’une partie de la région rend la situation plus problématique.
Les ONG et les Nations unies gèrent au Darfour la plus vaste opération humanitaire au monde.
Environ 4,7 millions de personnes y dépendent de l’aide humanitaire.

En mars 2009, le président soudanais avait expulsé 13 ONG du nord du pays et interdit toute activité à trois groupes locaux, après l’émission du mandat d’arrêt international à son encontre. Il accusait ces ONG d’avoir fourni des informations à la Cour pénale internationale. Finalement, en juin le Soudan avait décidé d’autoriser le retour au Darfour des ONG occidentales. Mais en juillet les ONG affirmaient que leurs conditions de travail s’étaient détériorées.

Puis le gouvernement soudanais a révoqué le 21 janvier le permis d’opération de 26 groupes humanitaires travaillant au Darfour et a prévenu 13 autres organisations de se conformer à la loi soudanaise ou ils allaient subir le même sort dans 30 jours.
Selon la MINUAD, « en raison des faibles niveaux de pluie l’année dernière, les autorités et la communauté humanitaire s’attendent à des pénuries importantes de nourriture dans les camps de réfugiés en 2010, ce qui accroît la possibilité d’autres conflits ».

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Onu, des milliers de membres de la tribu Birgid ont fui les combats pour se réfugier près de Shangil Tobay en 2009, ce qui a généré des tensions avec les habitants de la région. « Le manque d’eau est une des racines de la tension et de la rivalité autour des ressources qui en résulte », a dit à Reuters le porte-parole du Bureau, Samuel Hendricks.
En octobre la MINUAD annonçait que des combats entre les tribus Zaghawa et Birgid portant sur l’accès aux sources d’eau avaient tué 10 personnes.

Des scientifiques belges ont rapporté récemment que plus de 80% des 300 000 personnes tuées lors du conflit au Darfour ont succombé à des maladies comme la diarrhée et non à la violence. Selon Olivier Degomme et Debarati Guha-Saapir du Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres à Bruxelles, « le pic de violence de début 2004 a été suivi par une augmentation des morts provoquées par des maladies au sein d’une population fragile vivant dans des conditions d’insalubrités et n’ayant pas accès à des infrastructures médicales ».

Les chercheurs affirment à la lumière de ces résultats que tout retrait de l’aide humanitaire dans la région provoquerait une augmentation importante du taux de mortalité.
La diarrhée tue 1,5 million d’enfants chaque année dans le monde, plus que le sida, la malaria et la rougeole réunis.


8- Des progrès considérables restent à accomplir avant les élections de 2010

Des progrès considérables restent à accomplir dans les mois à venir pour que les élections nationales soudanaises prévues en avril aient un sens au Darfour, a déclaré fin novembre devant le Conseil de sécurité le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet. « Les Soudanais savent ce qu’ils ont à faire », a-t-il ajouté, tout en prévenant qu’en l’absence de tels progrès, le scrutin « pourrait avoir des conséquences importantes pour la paix ».

De son côté, le Médiateur en chef conjoint ONU-Union africaine pour le Darfour, Djibrill Bassolé, qui voit dans le scrutin de 2010 un élément clef de la paix, a jugé un accord politique nécessaire pour éviter que le processus électoral ne soit boycotté ou pris en otage.
L’enregistrement des électeurs se fera dans un climat tendu au Darfour. « Il y a une combinaison de difficultés à la fois logistiques et tenant à la sécurité », remarque M. Verjee du Centre Carter. Quelque 2,7 millions de personnes déplacées par le conflit vivent dans des camps. Ils ont aussi le droit de vote.

Cependant, les camps de déplacés au Darfour, jugés hostiles au gouvernement, ont en grande partie boycotté le processus d’inscription et ne pourront pas voter.
Le Sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, Dimitri Titof, a exhorté début février le gouvernement d’unité nationale « à prendre des mesures concrètes pour garantir l’organisation et la tenue d’élections crédibles, justes et libres. »

Il a considéré que le succès du processus de paix au Darfour allait dépendre de la capacité des parties à résoudre le problème de la marginalisation économique et politique dans cette région.
« La question du partage du pouvoir et des richesses exige une approche globale tenant compte des intérêts de toutes les parties, au premier rang desquelles celles qui ont le plus souffert du conflit ».
« La poursuite des activités militaires au Darfour sape les efforts pour parvenir à une solution politique au conflit et elle continue de mettre en danger la vie des civils », a-t-il ajouté.


9- Des groupes bafouent l’embargo sur les armes

Selon un nouveau rapport d’un groupe d’experts des Nations Unies publié en novembre, des groupes armés continuent de violer un embargo sur les armes des Nations Unies ainsi que les lois internationales humanitaires et des droits humains.
« Toutes les parties au conflit continuent à ignorer l’obligation qui leur incombe de veiller au respect du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme dans les zones placées qu’elles contrôlent », dit le rapport.

« Parmi les mouvements armés, le JEM est celui qui commet le plus de violations de l’embargo sur les armes, menant des attaques répétées ». L’Onu souligne aussi que les forces gouvernementales soudanaises, en violation de l’embargo, continuent à envoyer des drones, de petits avions sans pilotes, en mission au-dessus du Darfour.
Le Soudan a rejeté le rapport, disant qu’il demanderait que le Conseil de Sécurité mette fin au mandat du groupe d’experts.

La Minuad ne dispose pas d’un personnel assez nombreux pour vérifier sur le terrain le respect de l’embargo sur les armes.
Le groupe d’experts sur le Soudan préconisait il y a un an l’extension de l’embargo à l’ensemble du Soudan, au Tchad et au nord de la République centrafricaine. Selon eux, la vérification de l’application de l’embargo doit être effectuée par la Minuad et d’autres opérations de maintien de la paix de l’ONU.


10- Graves violations des droits de l’Homme

Les recrutements d’enfants dans les camps par les différentes factions armées sont courants au Darfour.
Non seulement jusqu’à 6.000 enfants soldats, certains âgés d’à peine 11 ans, ont été recrutés par les rebelles et les forces gouvernementales soudanaises, mais des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été enlevés et contraints à l’esclavage par les forces soudanaises et les milices progouvernementales.

De plus, la criminalité reste très élevée au Darfour, avec notamment beaucoup de viols, commis en toute impunité. Les victimes sont souvent poursuivies elles-mêmes pour adultère quand elles n’indiffèrent pas la police soudanaise. Toutes sortes de combattants sont responsables de ces viols : miliciens pro-gouvernementaux, armée soudanaise, rebelles et anciens rebelles.

D’autres graves atteintes aux droits de l’Homme sont commises tous les jours : tortures, exécutions sommaires, arrestations arbitraires, meurtre de civils. Une grande partie des tueries, des viols et des pillages est imputée aux djandjaouids.
La violence s’est aussi accrue dans les camps de réfugiés. Dans beaucoup de camps, des éléments armés sont présents et les incidents violents se multiplient. La plupart des réfugiés reconnaissent que la situation n’est pas bonne dans les camps, mais ils disent n’avoir pas d’autre endroit où aller, car leurs villages restent dangereux en raison des affrontements entre rebelles et forces gouvernementales.

D’autre part, dans un rapport publié en septembre 2008, l’ONG DRDC estimait que 500 personnes ont été exécutées de façon extrajudiciaire en mai à la suite de l’attaque du JEM sur Khartoum. L’association Human Rights Watch avait aussi dénoncé les mauvais traitements infligés à certains détenus, arrêtés seulement parce qu’ils sont originaires du Darfour.


11- Développer le Darfour ?

Suite au rapprochement tout récent entre Tchad et Soudan, des projets de développement conjoints vont être mis en œuvre, selon le président soudanais, dans les zones frontalières afin d’aider les populations affectées par le conflit au Darfour.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a annoncé début février la tenue d’une conférence pour le développement et la reconstruction du Darfour le 21 mars qui sera co-présidée par l’Organisation de la conférence islamique (OCI).

En mars 2009, lors d’une visite au Darfour, le président soudanais avait appelé les rebelles à déposer les armes et s’était engagé à développer cette région meurtrie par six ans de guerre et des décennies d’abandon, s’adressant à des milliers de miliciens en liesse.
M. Béchir, qui effectuait sa 2e visite au Darfour depuis le mandat d’arrêt, avait lancé : « Notre réponse (à la CPI) est de fournir l’électricité au Darfour, plus de bâtiments, des écoles, de l’eau et davantage d’hôpitaux ».
Mais depuis, rien n’a changé au Darfour.


12- La Chine : armes contre pétrole

Dans la nouvelle politique des USA vis-à-vis du Soudan, Washington avait promis de peser auprès des autres pays, comme la Chine qui puise du pétrole au Soudan, pour « traduire la préoccupation internationale en véritable engagement international ».
Mais on n’a pas de nouvelles depuis sur les suites de cette promesse.

La Chine, comme des Etats africains et arabes, a exhorté en vain le Conseil de sécurité des Nations unies, dont elle est l’un des cinq membres permanents, à suspendre la procédure de la CPI contre Béchir.
C’est l’un des principaux partenaires commerciaux du Soudan : alors qu’elle achète les 2/3 des exportations de pétrole soudanais, elle a essuyé à maintes reprises de vives critiques pour ne pas user de sa pression économique sur le régime de Khartoum pour mettre fin à la guerre civile au Darfour.
Les ventes chinoises d’armes individuelles au Soudan ont augmenté à mesure que les violences connaissaient une escalade au Darfour, a accusé l’organisation Human Rights First.

Selon ce rapport, la Chine aurait intensifié ses livraisons d’armes au Soudan au moment où d’autres pays les ont au contraire réduites pour se conformer à l’embargo sur les armes décrété par l’ONU. Pékin serait ainsi devenu de loin le plus gros fournisseur d’armes individuelles à Khartoum.
Le rapport indique que, tandis que les livraisons d’armes augmentaient, les ventes soudanaises de pétrole en faisaient autant.
Human Rights First s’est basé, pour élaborer son rapport, sur les chiffres fournis par le Soudan aux Nations unies, et affirme que les chiffres réels sont probablement plus élevés. Mais la Chine rejette ces accusations, reconnaissant seulement être l’un des 7 pays qui fournissent des armes au Soudan.


13- Quelles sanctions contre le Soudan ?

Les Etats-Unis ont imposé en 1997 des sanctions économiques au Soudan en l’accusant de soutenir le terrorisme.
Fin octobre 2009, ils ont prorogé d’un an leurs sanctions après avoir annoncé leur nouvelle stratégie face au pays le 19 octobre.
Le président américain Barack Obama souhaite la mise en œuvre de l’Accord de paix global (CPA) signé avec le Sud-Soudan et la fin du conflit au Darfour.

La nouvelle approche des Etats-Unis repose sur l’offre de mesures incitatives en faveur du gouvernement soudanais pour mettre fin aux violences et sur la menace de pressions plus fortes si aucune action n’est menée dans cet objectif.
Washington n’envisage cependant pas de dialogue direct avec le président soudanais.
En vertu des sanctions US, les relations commerciales et les investissements au Soudan sont restreints. Les transactions avec des personnes ou des entités que Washington considère comme contribuant aux massacres dans la région du Darfour sont également interdites.

Sources : Reuters, AP, AFP, ONU

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