Ghana : payer les familles pour lutter contre le trafic d’enfants

ACCRA, 24 mars 2010 (IRIN) – Nana Yaw, un enfant de huit ans traité pour une infection respiratoire sévère à l’Hôpital de Winneba, dans la région Centrale, a été vendu par sa mère pour 50 dollars, en 2008. Pendant près de deux ans, ses propriétaires l’ont forcé à plonger plusieurs heures par jour pour ramasser des filets de pêche dans le lac Volta.
« Je mangeais une fois par jour et j’étais sévèrement battu à chaque fois que je me plaignais d’être malade », a-t-il dit à IRIN.

L’enfant a contracté une infection respiratoire sévère. Ses propriétaires l’ont déposé à l’hôpital et sont partis.
Son médecin, Dodi Abdallah, a dit à IRIN : « Il était presque inconscient quand nous l’avons reçu. Personne n’était là pour lui. Nous avons eu de la chance que quelqu’un connaisse sa mère ».

La mère de Nana Yaw, Susan Aidoo, a dit à IRIN pourquoi elle avait vendu son fils. « Son père était mort, et la famille m’accusait de l’avoir tué, donc ils refusaient de procéder aux rites funéraires. J’avais besoin d’argent, donc j’ai donné mon fils à un ami, qui m’a donné de l’argent pour les funérailles et pour que je puisse acheter des caramels et les revendre », a-t-elle dit en pleurant.

Chaque année au Ghana, des centaines d’enfants sont vendus et livrés au travail forcé par des parents ayant désespérément besoin d’argent pour faire vivre leur famille, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Quelque 28 pour cent des 22 millions d’habitants du Ghana sont pauvres, d’après l’indicateur de pauvreté humaine 2010, dont les critères sont notamment : une vie en bonne santé au-delà de 40 ans, l’accès à l’éducation, aux soins de santé de base et à l’eau potable.

« La crise du trafic d’enfants à laquelle nous assistons au Ghana est fondamentalement le résultat de niveaux de pauvreté extrêmes et inacceptables », a dit à IRIN Daniel Kwaku Sam, coordinateur terrain de la lutte contre le trafic à l’OIM.
L’OIM, qui joue un rôle moteur dans ce domaine, collabore avec le gouvernement pour lutter contre le trafic d’enfants au Ghana, et travaille en particulier en liaison avec le Conseil national des petites industries sur un projet consistant à payer les familles des communautés rurales vulnérables 160 dollars par enfant pour qu’elles gardent leurs enfants à la maison et les envoient à l’école.

Les parents sont formés à des compétences leur permettant de monter une micro-entreprise – telles que l’élevage, la confection, ou la restauration – afin qu’ils puissent créer des revenus pour leur famille, a dit à IRIN Doris Boi, coordinatrice de la lutte contre le trafic à l’OIM dans la région de la Volta.

« Il est bon de sauver ces enfants, mais si on n’autonomise pas financièrement les parents, la probabilité que [les enfants] seront à nouveau victimes d’esclavage est très élevée », a dit M. Sam, de l’OIM, à IRIN. « Les poursuites [engagées contre les trafiquants] sont une bonne chose, mais dans une culture qui encourage le travail des enfants et où la pauvreté est extrême, nous devons nous concentrer en priorité sur comment sortir les gens de la pauvreté ».

Au Ghana, une loi sur le trafic d’êtres humains a été votée en 2005, mais il a fallu attendre le 27 janvier 2010 pour qu’une affaire de cet ordre soit jugée : une femme a alors été emprisonnée pour avoir acheté deux garçons pour 65 dollars, afin de les faire travailler dans l’industrie de la pêche, d’après Akua Sena Dansua, ministre des Femmes et des enfants.

Depuis 2002, l’OIM a intercepté 684 enfants vendus par leurs parents et destinés à travailler pour des pêcheurs, et l’organisation a apporté son soutien à des milliers de familles afin qu’elles gardent leurs enfants.
D’après Mme Boi, le nombre d’enfants victimes de trafic à l’intérieur du pays baisse d’année en année, tout comme le nombre d’enfants secourus qui sont à nouveau vendus à des trafiquants. Cela montre que le programme est efficace, a-t-elle souligné.

En février 2010, le gouvernement a lancé un projet de base de données nationale visant à rassembler des données exactes sur un certain nombre de points : combien de personnes sont victimes de trafic à l’intérieur ou à l’extérieur du pays ; où ces victimes sont envoyées ; quel est leur âge ; et quelles sont les personnes qui vendent leurs enfants. Le gouvernement et l’OIM ne pourront estimer avec précision l’impact de leur action qu’une fois que cette base de données sera mise en place, a dit Mme Boi.
Pendant ce temps, l’OIM discute de l’opportunité d’étendre le programme – qui n’existe pour l’instant que dans la région Centrale et la région de la Volta – à d’autres zones du pays.

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