Guinée : les tensions ethniques sont fortes

1- Des clefs pour comprendre
Ancienne colonie française, la Guinée a connu de nombreuses tentatives de putsch depuis son indépendance en 1958. Émeutes et mutineries se sont multipliées au cours des deux dernières années.
La Guinée, située en Afrique de l’Ouest, compte une population d’environ 9,8 millions d’habitants. La dimension ethnique est très présente dans les esprits, avec une majorité de Peul d’environ 40 %. Les autres ethnies sont les Guerzé, Malinké, Soussou et plusieurs groupes plus petits originaires de Guinée forestière.

Le capitaine Moussa Dadis Camara (Guerzé), âgé d’une quarantaine d’années,  a été porté au pouvoir par un coup d’Etat sans effusion de sang, le 23 décembre 2008, après la mort du dictateur Lansana Conté qui dirigeait le pays depuis 1984. Il a annoncé la dissolution de la constitution et la suspension du gouvernement, soulignant que le pays était désormais dirigé par une junte militaire.
Après le coup d’état de décembre 2008, de nombreux donateurs ont réduit ou suspendu leur assistance au développement, y compris dans le secteur de la santé.

Après son putsch, favorablement accueilli par la population, Camara s’était engagé à organiser rapidement des élections pour céder le pouvoir, avant de changer d’avis et de laisser entendre qu’il comptait se présenter. Cette perspective a provoqué une grande manifestation de protestation qui s’est achevée dans le sang le 28 septembre dernier.
Ce massacre d’au moins 157 civils, le millier de blessés, ainsi que les dizaines de femmes enlevées et violées de la façon la plus barbare pendant plusieurs jours, crimes dont est accusée la garde présidentielle, ont entraîné des sanctions de l’Union européenne et de l’Union africaine.

La junte affirme en revanche que 56 civils ont été tués et 934 blessés. Mais elle fut accusée par de nombreux témoins d’avoir caché des corps. Une enquête internationale a été nommée pour établir les responsabilités et le bilan exact.
Les violences faisaient suite à plusieurs mois de contentieux entre le chef de la junte et ses opposants, notamment en raison du flou entretenu sur l’élection présidentielle, actuellement prévue le 31 janvier 2010. Le chef de la junte laissait en effet entendre qu’il s’y présenterait. L’opposition refusait par ailleurs toute participation au pouvoir tant que Camara resterait président.

Début 2007, des viols avaient déjà été commis par des soldats, au moment de la brutale répression de manifestations contre le régime du président Lansana Conté.
La Guinée se caractérise par une armée difficile à contrôler, par une corruption endémique et par la montée en puissance du trafic de drogue.

C’est par ailleurs un pays recellant d’importantes richesses minières. C’est le premier exportateur mondial de bauxite. L’industrie minière est une importante source de revenus, et des compagnies minières internationales comme Rio Tinto, AngloGold Ashanti et RUSAL sont implantées dans le pays.
L’instabilité qui prévaut n’a cependant pas eu d’impact sur les activités d’extraction du minerai qui sert à fabriquer de l’aluminium. Et la junte s’est organisée pour assurer l’interim du pouvoir.

Il faut noter que malgré ses importantes richesses minières, le pays est particulièrement pauvre.
Les Guinéens font partie des populations les plus pauvres au monde. La plupart d’entre eux n’ont pas les moyens de faire des réserves de nourriture. La Guinée se classe au 170e rang sur 182 selon l’indice de développement humain (IDH) de l’ONU et au 129e rang sur 135 selon l’indice de pauvreté humaine (IPH), qui évalue la proportion de population capable de mener une vie saine et d’accéder à l’éducation.
2- Le chef de la junte ne rentrera probablement pas cette semaine
Le chef de la junte, blessé par balle jeudi dernier par son aide de camp et transféré vers le Maroc, ne rentrera pas cette semaine dans son pays, a précisé lundi son porte-parole.
Le ministre de la Communication Idrissa Cherif a dit ignorer si “le patron rentrera lundi, mardi, mercredi, ou autre”. Après avoir auparavant déclaré que “Dadis” Camara rentrerait mercredi, il a précisé que son retour “dépendait de ses médecins”.
Selon un diplomate s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, un éclat d’os a percé le cerveau et les médecins ne savaient pas encore si le capitaine Camara se rétablirait complètement.

Camara a été opéré vendredi à Rabat “pour traumatisme crânien”. L’auteur des tirs, Aboubakar “Toumba” Diakite, chef de la garde présidentielle, est toujours en fuite.
La junte assure qu’il y a eu tentative d’assassinat et de coup d’Etat et promet une forte récompense à toute personne qui permettrait d’arrêter Toumba et ses hommes.
Un numéro gratuit est mis à la disposition des citoyens pour donner des informations sur lui.

Les gardes de la présidence peuvent être aperçus aux points de contrôle de la capitale Conakry, fouillant les véhicules tandis que la junte lance une chasse à l’homme nationale contre le fugitif.
Le ministre de la Communication a affirmé samedi que si “Toumba” Diakité s’était échappé, en revanche “plusieurs” de ses hommes avaient été faits prisonniers en tentant de s’enfuir dans des pays voisins.
3- L’enquête internationale derrière l’attentat contre le président
L’aide de camp du chef de la junte, Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, est accusé d’avoir tendu “un piège” au chef de la junte, en le faisant venir au camp militaire Koundara, dans le but de le tuer et de “prendre le pouvoir”.

Depuis Paris, l’opposant Cellou Dalein Diallo a contesté cette thèse de la tentative de coup d’Etat, à laquelle il ne croit “pas du tout”.”Je pense que c’est un règlement de compte entre deux personnes qui étaient complices, mais qui se sont brouillées”, a déclaré à l’AFP ce leader de l’opposition, qui avait été roué de coups par des militaires au moment du massacre d’opposants, le 28 septembre, et s’est réfugié depuis à Paris.

Les enquêteurs des Nations unies ont bouclé ces jours-ci leur enquête sur la répression par la garde présidentielle d’un rassemblement pacifique de l’opposition le 28 septembre dans un stade de Conakry.
Selon des responsables de la junte, c’est précisément la présence de ces enquêteurs qui a provoqué des tensions entre le capitaine Camara et son aide de camp.
“Toumba”, ont déclaré des témoins et des organisations de défense des droits de l’Homme, aurait en effet dirigé cette répression.

Les organisations civiques tiennent “Dadis” Camara pour le donneur d’ordres et “Toumba” Diakité pour l’exécuteur. Les appels de l’opposition et de la communauté internationale à la démission de Camara sont restés sans effet.
Mais sous la pression internationale, Camara aurait tenté de faire arrêter les coupables du massacre, ce qui aurait précipité son agression. D’après des sources militaires, la junte aurait aussi tenté en vain d’arrêter “Toumba” en octobre.

Le rapport d’enquête de l’Onu, qui pourrait déboucher sur des poursuites internationales visant les responsables, doit être élaboré dans le courant du mois.
Les conclusions de l’enquête seront remises à Ban Ki-moon, qui jugera alors s’il convient de les transmettre au Conseil de sécurité.

Le procureur de la Cour pénale internationale de la Haye a fait savoir qu’il enquêtait également sur le massacre.
La Guinée est un État Partie au Statut de Rome depuis le 14 Juillet 2003. En conséquence, la CPI a compétence à l’égard des crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou du crime de génocide pouvant être commis sur le territoire de la Guinée ou par ses ressortissants, y compris les meurtres de civils et des violences sexuelles.

D’après Human Rights Watch, les violences étaient préméditées. Des dizaines de femmes qui se trouvaient dans le stade ont été enlevées et conduites à bord de véhicules militaires vers des villas où elles ont été violées durant plusieurs jours par des hommes en uniformes.
Selon Georgette Gagnon, directrice Afrique à HRW, “il s’agissait clairement d’une tentative préméditée de réduire au silence les voix d’opposition”. Elle a aussi fait état de violences à caractère ethnique. “Des témoins ont rapporté que de nombreux tueurs et violeurs avaient tenus des propos ethniquement désobligeants durant ces agressions et ont semblé prendre pour cibles les Peuls, l’ethnie majoritaire dans l’opposition.”
4- La CEDEAO appelle une nouvelle fois la junte à rendre le pouvoir aux civils
Durant le week-end, les “forces vives” de Guinée (partis d’opposition, syndicats, société civile) ont réaffirmé que le départ du pouvoir des militaires et du gouvernement était “une impérieuse nécessité”.
De son côté, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a une nouvelle fois exhorté dimanche les militaires guinéens à remettre immédiatement le pouvoir aux civils, avec la mise en place d’une autorité de transition et l’organisation d’élections auxquelles aucun membre de la junte ne serait autorisé à participer.

Le président burkinabé Blaise Compaoré est le médiateur de la CEDEAO depuis la répression d’une manifestation de l’opposition qui a fait 157 morts et de nombreux viols, le 28 septembre, selon des ONG.
Il a soumis fin novembre une proposition de sortie de crise aux délégations du CNDD (la junte) et des “Forces vives” guinéennes.
Les rencontres se sont tenues à huis clos mais, de sources proches des deux délégations, on indique que le document de 12 pages propose la mise en place d’un Conseil national de transition de 150 membres présidé par le CNDD, avec un vice-président issu des “Forces vives”.

Le médiateur propose également la formation d’un gouvernement d’union nationale avec un Premier ministre proposé par les Forces vives. Le calendrier de la transition s’échelonnerait sur 10 mois, jusqu’en octobre 2010.
Les membres du Conseil national de transition, du gouvernement et des forces de défense et de sécurité qui voudront se présenter à l’élection présidentielle devront avoir démissionné de leurs fonctions quatre mois avant la date du scrutin.

Ce document, qui reprend plusieurs des propositions du CNDD, semblait satisfaire le camp de la junte.
Du côté des Forces vives, où l’on faisait du départ de Camara et du CNDD un préalable à toute sortie de crise, les propositions du médiateur ont été très mal accueillies. Et même si personne n’a souhaité commenter le sujet, plusieurs délégués avaient du mal à cacher leur déception.
5- La guerre ethnique menace
a- Une guerre ethnique aurait pu éclater
Selon des militants locaux de la société civile, la récente crise politique en Guinée a pris une dimension ethnique à N’zérékoré, région d’origine du chef de la junte, dont la population est composée de divers groupes et qui a déjà connu des conflits communautaires par le passé.

Le 28 septembre, le massacre dans la capitale a provoqué des tensions en Guinée forestière, dans le sud-est du pays. Les organisations non gouvernementales (ONG) et les autorités locales ont tenté d’apaiser les dissensions et d’établir un dialogue entre les nombreuses communautés de la région.
Immédiatement après les événements sanglants à Conakry, des rumeurs sont apparues à N’zérékoré, la capitale régionale, selon lesquelles des membres locaux de la communauté des Peul allaient manifester contre M. Camara et que les Guerzé, le groupe ethnique du chef de la junte, allaient réagir violemment contre quiconque participerait aux manifestations.

Le 10 octobre, des organisations de la société civile et des chefs religieux et traditionnels ont organisé une « journée de dialogue ». « Lors de cette réunion, des membres des communautés Peul et Guerzé ont dit que ces rumeurs étaient infondées », a raconté Béatrice Kolié, facilitatrice dans la résolution des conflits pour l’ONG Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix (REFMAP).
Mme Kolié a indiqué que les tensions s’étaient considérablement apaisées après les discussions.
Le compte-rendu de la réunion constate : « il faut noter que les rumeurs bien qu’infondées étaient en passe d’embraser la région et au-delà, la nation tout entière ».

Après les événements du 28 septembre, le conflit politique a pris une tonalité communautaire à N’zérékoré, a expliqué Mme Kolié. Un autre observateur, qui a souhaité garder l’anonymat, a dit que les tensions étaient palpables entre les jeunes Guerzé et Peul. Un jour, à la mi-octobre, des quartiers de N’zérékoré étaient jonchés de tracts sur lesquels on pouvait entre autres lire « si Dadis quitte [le] pouvoir, tous les Peul quittent N’zérékoré ».
Les tensions communautaires ne sont pas nouvelles à N’zérékoré : des conflits ont déjà eu lieu dans le passé entre les Malinké et les Guerzé.

b- Dimension ethnique
Le paysage ethnique de la Guinée est composé de Peul (une majorité d’environ 40 %), de Malinké, de Soussou et de plusieurs groupes plus petits originaires de Guinée forestière.
Depuis l’indépendance, en 1958, jusqu’au coup d’État qui a porté Moussa Dadis Camara au pouvoir en 2008, le pays a eu deux présidents, l’un Malinké, l’autre Soussou.
Des observateurs indiquent que de nombreux Peul pensent que « leur tour » est venu.

En attendant, les partisans de M. Camara semblent tirer parti de l’exclusion des groupes ethniques de Guinée forestière, selon l’International Crisis Group (ICG). « De tous points de vue, l’ethnicité constitue, en Guinée, un élément important dans les relations sociopolitiques », a dit à IRIN Mohamed Jalloh, spécialiste de la Guinée pour ICG.
Un homme, qui racontait avoir été frappé par des soldats le 28 septembre à Conakry, a dit à IRIN que tous les soldats qu’il rencontrait lui demandaient son origine ethnique.

Des jeunes de Conakry ont raconté que dans les jours qui ont suivi, les soldats ont harcelé et menacé les Peul.
L’actuel ministre de la Défense, Sekouba Konaté, qui est aussi désormais à la tête de l’interim en Guinée, entretient des liens avec des groupes rebelles et des milices ayant participé aux récents événements en Guinée et au Liberia voisin, selon ICG, qui dit dans son dernier rapport que la junte est en train de former des milices dans le sud-est.

c- Menaces intra-ethniques
Un homme Guerzé, qui a requis l’anonymat, a dit que les efforts de construction de la paix en cours devaient immédiatement se concentrer sur les jeunes, affirmant que les jeunes Guerzé rejetaient, souvent violemment, la moindre critique à l’encontre du chef de la junte, M. Camara. Il a raconté qu’il connaissait une femme vendeuse sur un marché qui avait récemment été battue par des jeunes pour avoir vendu des marchandises à des Peul.

Un jour, il a entendu un groupe de jeunes Guerzé prétendre que les médias internationaux étaient payés par les Peul pour propager de mauvaises informations sur la Guinée. « Lorsque je suis intervenu pour simplement leur demander s’ils pensaient que les actions de Dadis [Camara] avaient jusqu’alors été vraiment nobles, ils m’ont brutalisé et menacé avec un couteau en me traitant de traître et de bâtard. Ils m’ont dit que je ne devais pas être un vrai Guerzé. J’étais stupéfait ».

Lorsqu’il s’est rendu chez un avocat pour raconter cet affrontement, ce dernier lui a dit qu’étant donné la situation actuelle en Guinée, il était préférable de garder le silence. « L’avocat m’a dit “sinon, vous perdrez votre vie pour rien” ».
L’homme Guerzé a raconté à IRIN comment il avait encore été menacé à une autre occasion, alors qu’il essayait de calmer des propos haineux contre les Peul. « J’ai entendu un groupe de jeunes Guerzé dire qu’ils allaient devoir éliminer des Peul pour réduire leur nombre en Guinée. Après le premier incident, je m’étais juré de garder le silence, mais cela m’a tellement troublé que je devais intervenir ».

Il a raconté avoir dit aux jeunes que blesser ou tuer des Peul ne résoudrait rien. « Plus tard cette nuit-là, le groupe est venu chez moi avec quelques personnes supplémentaires… Deux membres du groupe qui me connaissent depuis longtemps ont convaincu les autres de ne pas me faire de mal ». « Mais je vis dans la peur. Chaque jour, je crains qu’ils ne viennent chez moi et m’attaquent », a-t-il ajouté.
6- Des sanctions contre la junte
Après le massacre du 28 septembre, l’Union européenne et l’Union africaine ont pris des sanctions contre la junte, interdisant notamment à ses dirigeants de quitter le pays.
L’Union Africaine (UA) a mis en œuvre début novembre les sanctions contre les responsables de la junte qui ne se sont pas engagés à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle de janvier.

Ces sanctions prévoient notamment des interdictions de voyager ainsi que le gel des avoirs financiers hors de Guinée des responsables civils et militaires de la junte.
L’UA avait déjà suspendu la Guinée, de même que l’avait fait la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a décrété un embargo sur les armes.

L’UE ainsi que les Etats-Unis ont également pris des sanctions contre la junte. L’UE a décrété des sanctions à l’encontre de plusieurs dizaines de membres et proches de la junte ainsi qu’un embargo sur les armes suite à la répression du 28 septembre.
Les Etats-Unis ont décidé fin octobre de mettre en œuvre de nouvelles sanctions contre la junte limitant l’entrée de certains de ses membres sur le sol américain.

Par ailleurs, suite au massacre, la France, ancienne puissance coloniale, a suspendu sa coopération militaire avec Conakry.
“Il y a trop d’enjeu pour que les acteurs internationaux laissent la Guinée s’enfoncer dans une spirale comme la Guinée-Bissau”, a jugé après le massacre l’anthropologue Mike McGovern, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à l’université de Yale. “Si la Guinée plonge, le reste de la région sera en danger”, a-t-il ajouté en citant le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire.

Déjà, après le putsch, les Etats-Unis avaient supprimé leur aide et l’Union africaine avait suspendu la Guinée. La CEDEAO avait aussi décidé d’exclure la Guinée jusqu’à l’organisation d’élections et la restauration de l’ordre constitutionnel.
Les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne sont les principaux donateurs dans des projets d’aide au développement de cet Etat d’Afrique de l’Ouest.
7- La crise politique ne fait qu’accentuer des difficultés quotidiennes déjà présentes
En Guinée, même lorsque le pays n’est pas confronté à une crise politique ou au traumatisme d’un massacre, la vie quotidienne est une épreuve pour beaucoup, et l’instabilité n’est jamais très loin.
Dans ce pays qui détient 30 % des réserves mondiales de bauxite, le principal minerai d’aluminium, la plupart des habitants vivent au jour le jour ; environ 19 % seulement de la population ont accès à des installations sanitaires adaptées ; la malnutrition est répandue.

Dans un rapport daté de septembre, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires qualifiait la Guinée d’« instable » en raison d’un fort déclin économique, d’une pauvreté répandue et chronique, d’un accès limité aux services de base tels que les soins de santé ou les installations d’assainissement et d’approvisionnement en eau, et d’une instabilité politique permanente.

Quelques faits sur la Guinée :
• Les pays limitrophes de la Guinée sont la Côte d’Ivoire (instabilité et impasse politique depuis une rébellion en 2002), la Guinée-Bissau (plate-forme du trafic de drogue qui s’efforce avec peine d’enrayer un cercle vicieux de coups d’Etat, contre-coups d’Etat, guerre civile et assassinats politiques), le Liberia (guerre civile de 1989 à 2003), le Mali, le Sénégal (attaques de groupes armés visant des civils et affrontements sporadiques dans la région de la Casamance, dans le sud) et la Sierra Leone
• Depuis l’indépendance en 1958, la Guinée n’a pas connu une seule passation de pouvoir pacifique

• En 2005, 70 % des habitants vivaient au-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 1,25 dollar par jour
• La malnutrition chronique a augmenté de 50 % au cours des cinq dernières années
• Environ 6,4 % de la population de Conakry, la capitale, – estimée à 1,6 million d’habitants – n’ont pas accès à une alimentation correspondant à leurs besoins quotidiens
• Alors qu’elle n’était pas touchée par la polio entre 2004 et 2008, la Guinée a enregistré au moins 16 cas de cette maladie en 2009

• Près de la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable
• Le choléra, la fièvre jaune et les inondations saisonnières provoquent régulièrement des situations d’urgence humanitaire, mettant à rude épreuve les capacités de réponse nationale, déjà limitées
• La Guinée est classée au 170e rang sur 182 de l’Indice de développement humain des Nations Unies

• En moyenne 150 enfants sur 1 000 meurent avant leur cinquième anniversaire
• En moyenne 93 nourrissons sur 1 000 meurent avant d’atteindre l’âge d’un an
• Pour 100 000 naissances, en moyenne 980 mères meurent chaque année de causes liées à la grossesse
• En 2004, on comptait 0,1 médecins pour 1 000 habitants
• Le taux d’illettrisme (chez les personnes âgées de 15 ans et plus) est de 70,5 %
• L’espérance de vie est de 55 ans

Sources : Fonds des Nations Unies pour l’enfance, Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, Banque mondiale, Rapport 2009 de l’Indice de développement humain des Nations Unies.

8- La Guinée a signé un accord minier avec la Chine
Mi-octobre, la junte a signé un accord de partenariat dans le secteur minier avec une société chinoise prévoyant des investissements de plus de 7 milliards de dollars.
Ces investissements, parmi les plus importants jamais réalisés en Afrique, sont intervenus au moment où les militaires putschistes étaient soumis à des pressions internationales croissantes pour quitter le pouvoir.

Le contrat a été signé avec la China International Fund (CIF) et la Sonangol (compagnie pétrolière angolaise).
“Il y aura des investissements dans des projets d’infrastructures dans le pays, cela varie entre 7 et 9 milliards de dollars sur les 5 prochaines années, cela dépendra de la taille des projets”, a indiqué à l’AFP le ministre guinéen des Mines Mahmoud Thiam.

La Guinée est le premier exportateur mondial de bauxite et détient plus de 40% des réserves mondiales de ce minerai servant à la fabrication de l’aluminium, ainsi que des gisements encore largement inexploités de fer, or, uranium et pétrole.
De son côté, la Chine a un besoin urgent de matières premières pour alimenter une croissance économique exponentielle. En 2008, le commerce entre Pékin et le continent africain a établi un nouveau record, en dépassant les 100 milliards de dollars.

“En contrepartie (des infrastructures), il (le fonds chinois) devient notre partenaire stratégique dans un projet de développement minier qui doit débuter par la création d’une société nationale minière guinéenne”, où “les parts de l’Etat dans tous les projets miniers seront logés”, a précisé le ministre.
“Les revenus dégagés par ces projets miniers serviront à payer les prêts (pour les infrastructures)”, a-t-il ajouté.
Quant à Sonangol, la société “est un partenaire stratégique de CIF en Angola, ils seront plus concentrés sur l’aspect prospection et exploitation pétrolières”, a souligné M. Thiam.

“Nous sommes scandalisés par le soutien concret de la Chine à des gens soupçonnés de crimes contre l’humanité”, a pour sa part déclaré à l’AFP le responsable de la rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), Alioune Tine.
“Ce n’est pas la première fois, c’était la même chose avec le Darfour (Soudan). La Chine soutient des régimes africains honnis par leur peuple. C’est en contradiction avec les idéaux de la révolution chinoise”, a-t-il assuré. De son côté, Pékin a défendu sa “coopération” avec la Guinée, qui est “basée sur l’égalité et le bénéfice mutuel”.

Sources : Reuters, AFP, AP, ONU, IRIN

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