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La Libye en eaux troubles, sous la menace turque

La Libye en eaux troubles, sous la menace turque

22 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

Depuis la chute en 2011 du régime du dictateur Mouammar Kadhafi après une révolte populaire, la Libye est plongée dans le chaos avec de nombreuses milices qui font la loi et une lutte de pouvoir depuis 2016 entre le GNA (gouvernement légitime) dirigé par M. el-Sarraj, et l’Armée nationale libyenne (ALN) autoproclamée, dirigée par M. Haftar.

 

Le maréchal Haftar, homme fort de l’est libyen, mène depuis le 4 avril une offensive contre Tripoli, le siège du Gouvernement d’union (GNA) reconnu par l’ONU.

Khalifa Haftar est soutenu par l’alliance suivante : USA – Russie – Égypte – Jordanie – Arabie Saoudite – Emirats Arabes Unis.

 

Les Émirats arabes unis et l’Égypte sont deux rivaux de la Turquie.

Le gouvernement légitime est soutenu par l’alliance adverse : Turquie – Frères musulmans.

Haftar se pose en champion de la lutte contre les jihadistes, mais son offensive sur Tripoli est toujours mise en échec par son rival, Fayez al-Sarraj, allié à des milices islamistes.

 

De nombreux pays violent l’embargo sur les armes imposé par l’ONU à ce pays depuis 2011.

Ils envoient aussi de plus en plus de mercenaires.

Le 27 novembre, la Turquie a signé avec le gouvernement officiel libyen, le GNA, des accords militaire et maritime.

 

Le gouvernement Fayez el-Sarraj avait déjà signé plusieurs accords avec la Turquie.

Les livraisons turques d’armes et de drones armés à destination des milices de Tripoli leur avaient permis de reprendre la ville stratégique de Gharyan des mains du général Khalifa Haftar.

 

Parmi tous les responsables étrangers impliqués dans le dossier libyen, le président turc Erdogan est le plus clair : il a promis de faire tout son possible pour que les milices islamistes gagnent.

L’accord maritime signé par la Turquie avec le GNA vise à étendre les frontières maritimes de la Turquie, afin de pouvoir exploiter des hydrocarbures.

 

Cet accord est dénoncé par de nombreux pays, notamment Grèce, Égypte, Chypre, Israël.

Au sujet de l’accord militaire, Ankara a annoncé l’envoi de troupes en Libye pour aider le GNA à repousser les assauts des forces du maréchal Haftar.

 

Dans l’alliance opposée, la Russie soupçonnée d’appuyer le maréchal Haftar avec des armes, de l’argent et des mercenaires. Dimanche 19 janvier, onze dirigeants de pays concernés, voire engagés dans le conflit en Libye, ont promis de renoncer à toute interférence, et aussi de respecter l’embargo sur les livraisons d’armes.

 

Mais les observateurs restent prudents. D’ailleurs, l’accord de cessez-le-feu n’est toujours pas signé. L’ONU estime à près de 150 000 le nombre de Libyens qui ont dû fuir depuis l’offensive de Khalifa Haftar le 4 avril.

Et plus de 280 civils ont été tués, de même que plus de 2.000 combattants, selon l’ONU.

 

 

L’ambassade américaine appelle à la reprise des opérations pétrolières

 

L’ambassade des Etats-Unis en Libye a appelé à la reprise “immédiate” des opérations pétrolières dans ce pays, bloquées depuis une semaine par des forces et tribus loyales au maréchal Khalifa Haftar.

 

“Les opérations de la NOC (compagnie nationale libyenne de pétrole) doivent reprendre immédiatement”, a indiqué l’ambassade.

Elle a souligné sa “profonde préoccupation” après la suspension des exportations et de la production sur la plupart des sites pétroliers.

 

L’arrêt des exportations d’or noir, qui représentent quasiment l’unique source de revenu pour les Libyens, est décrite par les pro-Haftar comme une mesure de protestation contre l’intervention turque en soutien au GNA. Les pro-Haftar estiment que les revenus pétroliers distribués par le GNA servent à payer des combattants venus de l’extérieur, notamment de Turquie.

 

 

Calme précaire

 

Un calme précaire règne sur Tripoli.

Chaque camp essaie de conforter sa position.

Malgré des violations du cessez-le-feu, la situation reste pour le moment sous contrôle.

 

Pour maintenir ses positions, le camp de Khalifa Haftar a fait appel à des renforts, alors que les forces de Fayez el-Sarraj peuvent compter sur le soutien des mercenaires syriens, déployés par la Turquie à Tripoli. 2000 Syriens sont arrivés sur place ces dernières semaines, selon le quotidien britannique The Guardian

 

Plusieurs sources affirment qu’en échange de leur participation aux combats, ces mercenaires syriens auront la nationalité turque. Par ailleurs, l’OSDH etdes partis kurdes syriens ont révélé que la Turquie a libéré des dizaines de prisonniers appartenant à l’organisation EI et à différents groupes jihadistes dans les zones sous son contrôle en Syrie, pour les envoyer à Tripoli.

 

 

Contre l’invasion turque

 

Le chef du Parlement libyen a demandé aux pays arabes d’intervenir pour faire face à l’intervention de la Turquie en Libye. Selon lui, les deux accords signés entre Ankara et le gouvernement Fayez el-Sarraj sont illégaux, puisqu’ils n’ont pas reçu l’aval du Parlement.

 

Début janvier, le Parlement libyen, installé à Benghazi, a rompu ses relations avec la Turquie.

Le Parlement libyen ne reconnaît pas la légitimité du Gouvernement d’union nationale (GNA).

Élu en 2014, c’est un allié du maréchal Khalifa Haftar.

 

Khalifa Haftar a appelé à la mobilisation générale contre l’intervention militaire turque, dans laquelle il voit une tentative de recolonisation de la Libye, ancienne province de l’Empire ottoman.

 

Sources : RFI, AFP, ONU

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