Les Somaliens souffrent de plus en plus

1- Des clefs pour comprendre
La Somalie est en guerre civile depuis 1991 et peu de signes laissent espérer que la dernière tentative pour y établir un gouvernement central soit plus fructueuse que les 14 qui l’ont précédée depuis 1991.
Les insurgés islamistes des groupes shebab et Hezb al-Islam ont juré la perte du gouvernement de transition.

Al Chabaab se réclame ouvertement de l’idéologie du jihad (guerre sainte) mondial prôné par Al-Qaïda et contrôle une large partie de la capitale Mogadiscio, ainsi que le centre et le sud du pays. Ces shebabs (“les jeunes” en arabe) et le groupe Hizbul Islam veulent imposer dans le pays une version rigoriste de la charia, le droit islamique.

L’actuel gouvernement de transition (le TFG) du président Sharif Cheikh Ahmed, en place depuis plus d’un an, qui a l’appui des pays occidentaux, ne contrôle, avec l’aide des troupes de l’Union africaine (Amisom), que quelques points stratégiques de la capitale, dont l’aéroport.
Il est aussi soutenu dans ses combats par plusieurs milices, dont la plus importante est la milice Ahlu Sunna Waljamaca.

Cette milice rivale d’Al Chabaab est une secte soufie, considérée comme plus modérée qu’al-Shabab en matière d’interprétation de l’Islam. Elle a rejoint le conflit fin décembre 2008, et contrôle aujourd’hui tout le Galgadud, dans le centre de la Somalie.
Ahlu Sunna Waljamaca s’est juré de chasser les islamistes de Somalie. Elle les accuse d’avoir assassiné des dignitaires religieux et profané des tombes, actes contraires, selon elle, aux enseignements de l’islam.

Les “Shebabs” refusent de faire partie d’un gouvernement de coalition et lancent des attaques contre la capitale. Ils prennent régulièrement pour cible la présidence somalienne, Villa Somalia, ou la base principale de l’Amisom, qui jouxte l’aéroport. L’Amisom réplique, et ces échanges de tirs font de nombreuses victimes civiles, même si elle affirme tout faire pour éviter les victimes collatérales.
Les affrontements entre insurgés shebab et du Hezb al-Islam d’un côté, troupes de l’Amisom et forces pro-gouvernementales de l’autre, sont quotidiens dans la capitale.

Les shebab comptent dans leurs rangs plusieurs centaines de jihadistes étrangers, mais veulent à tout prix le départ des étrangers présents en Somalie. Ils considèrent l’Amisom comme une “force d’occupation”, contre laquelle ils ont mené plusieurs attentats-suicide sanglants.
L’Amisom, déployée à Mogadiscio depuis mars 2007, est composée de 5.300 soldats ougandais et burundais, loin des 8.000 initialement prévus. Cette force est chargée de protéger les installations gouvernementales clefs de la capitale. Mal équipée et sous-financée, elle est seule sur le terrain.

Si les Shebabs sont si puissants, c’est aussi car ils attirent des jeunes recrues intéressées par l’appât du gain et par l’assurance de pouvoir manger à leur faim.
Ces extrémistes ont remporté d’importantes victoires ces derniers mois, et contrôlent, avec la milice Hezb al-Islamiya, la plupart du pays.

Ils ont commencé à appliquer dans les régions sous leur contrôle une forme très stricte de la charia (loi coranique), et ont procédé à plusieurs amputations, exécutions et des lapidations à mort.
Les parties de Somalie qui ne sont contrôlées ni par les islamistes ni par le gouvernement sont aux mains de clans lourdement armés qui se livrent à toutes sortes de trafic.
Le nord du pays est quant à lui divisé en régions de facto autonomes, Puntland et Somaliland.

La capitale est le théâtre d’affrontements réguliers qui se sont intensifiés lorsque les shebabs et Hezb al-Islam ont lancé le 7 mai une offensive dans la capitale ainsi que dans le sud et le centre de la Somalie.
Des centaines de personnes, dont beaucoup de civils, sont mortes lors de quatre mois d’intenses combats à Mogadiscio et 250.000 personnes ont été contraintes de fuir.
Après cette grande offensive d’Al-Shabab, le gouvernement avait mené sans succès une contre-offensive.

Les violences quotidiennes dans la capitale sont particulièrement meurtrières pour les civils. Les deux camps utilisent artillerie et missiles pour leurs combats qui se déroulent dans des quartiers d’habitation.
Le marché très animé de Bakara, devenu fief des rebelles, est souvent pris dans les combats. Il est connu pour la profusion des armes que l’on y trouve.

La Somalie continue à être l’une des crises humanitaires parmi les pires au monde, avec quelque 1,5 million de personnes déplacées et plus de 560.000 personnes vivant en tant que réfugiés dans les pays voisins, principalement au Kenya (309.000), au Yémen (163.000) et en Ethiopie (59.000).
3,64 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d’une aide extérieure, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Les 3/4 de ces habitants sont regroupés dans le centre et le sud du pays, essentiellement contrôlés par les miliciens d’Al Chabaab.

Les combats dans le pays ont fait au moins 21.000 morts au cours des trois dernières années. Mogadiscio est l’une des régions les plus touchées par la guerre.
Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) souligne que les combats dans le centre de la Somalie entre les forces gouvernementales et les rebelles ont été particulièrement meurtriers en janvier avec un bilan de 258 morts et 253 blessés parmi les civils.
De plus, aux combats s’ajoutent sécheresse et malnutrition.

Le chaos a créé un terrain idéal pour le banditisme, les enlèvements et la piraterie, cette dernière ayant pris des proportions jugées inquiétantes par la communauté internationale. Les côtes somaliennes sont devenues l’un des endroits les plus dangereux de la planète : les pirates infestent les côtes, capturant les navires marchands dont ils demandent une rançon.


2- L’aide alimentaire détournée pour moitié

Dans un rapport, le Groupe de contrôle de l’ONU sur la Somalie soutient que près de 50% de l’aide alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM) est détournée par des partenaires locaux, des employés onusiens et des miliciens islamistes. Cette aide alimentaire serait ensutie revendue.
Près de “30% de l’aide est détournée par des partenaires locaux du PAM et les personnels de l’agence onusienne, 10% par les transporteurs routiers, et 5 à 10% par les groupes armés qui contrôlent la zone”.

Le PAM est le principal fournisseur de nourriture en Somalie, avec un budget de 485 millions de dollars.
Il vient en aide à quelque 2,5 millions de personnes et intervient essentiellement dans le centre-sud de la Somalie, sous contrôle des insurgés islamistes shebab.
Du fait de l’insécurité qui y prévaut, le transport et la distribution de cette assistance alimentaire –représentant environ 200 millions de dollars– sont assurées localement par des partenaires somaliens.

Les enquêtes du Groupe de contrôle pointent “l’existence d’un cartel de facto, caractérisé par des procédures irrégulières dans l’attribution des contrats du PAM, des pratiques discriminatoires et des traitements préférentiels”.
Trois hommes d’affaires somaliens se partagent à eux seuls 80% des 200 millions de dollars de la distribution de l’aide, une chaîne qu’ils dominent depuis 12 ans “avec leurs familles et proches associés”.
Disposant de milices armées et contrôlant de facto deux ports stratégiques du sud somalien, tous trois comptent désormais “parmi les individus les plus riches et les plus influents” du pays.

Des organisations partenaires du PAM “possèdent des entrepôts près de marchés” où la nourriture détournée est déposée directement par les transporteurs “et peut être vendue facilement”, précise également le texte.
Selon des employés du PAM, « le système offre de nombreuses possibilités de détournement tout le long de la chaîne de distribution ». Le rapport indique aussi qu’un des employés du PAM, Ismail Ahmed, a été la cible de son employeur après avoir soulevé la situation.

Le document accuse également les autorités régionales somaliennes de collaborer avec les pirates et affirme que des ministres ont vendu des visas diplomatiques.
Suite à ce rapport, le PAM s’est déclaré jeudi favorable à une enquête indépendante sur ses opérations d’aide alimentaire en Somalie. Dans le même temps, il a déclaré qu’il ne s’engagerait dans aucune nouvelle activité avec trois entrepreneurs de transport accusés d’être impliqués dans le trafic d’armes.

La Directrice exécutif du programme, Josette Sheeran, a déclaré que, malgré les dangers, le PAM faisait tout son possible pour venir en aide aux affamés. Il y a toujours des faiblesses dans les zones de conflit, a-t-elle rappelé, assurant que bon nombre des questions soulevées ont déjà été abordées, alors que d’autres points sont en contradiction avec les faits et les informations dont le PAM dispose. Le PAM demande donc la possibilité de corriger certains faits et d’informer le groupe sur les mesures déjà prises.

Fin février, les shebab ont formellement interdit la distribution d’aide du PAM. Le mouvement lui reproche notamment de désavantager les agriculteurs locaux et d’être politiquement motivée.
Un porte-parole du PAM a affirmé début mars que les camions n’étaient plus autorisés, depuis deux semaines, à passer un poste de contrôle dans le corridor d’Afgooye, près de la capitale Mogadiscio, où se trouvent les plus importantes concentrations de personnes déplacées par les violences.
Le couloir Afgooye est une zone qui s’étend sur 30 kilomètres à l’ouest de la ville, où 366.000 personnes habitent des abris de fortune. Ainsi, l’aide alimentaire ne peut plus leur parvenir.

Le PAM avait déjà été contraint d’annoncer début janvier la suspension de ses activités dans le centre-sud de la Somalie sous contrôle shebab en raison de la multiplication des “attaques et menaces” dont il était victime, et aussi en réponse aux exigences déraisonnables de certains groupes armés qui contrevenaient à ses règles et ses règlements pour la fourniture de l’aide alimentaire.
Le PAM avait alors cependant ajouté qu’il continuait à fournir une assistance alimentaire à 1,8 million de personnes dans le reste du pays et notamment dans la capitale, soit 2/3 des personnes visées par ses programmes.

D’autre part, les agences humanitaires disent qu’elles ont besoin de davantage de fonds, mais que certains bailleurs limitent leurs dons, se demandant avec inquiétude comment leurs ressources seront utilisées, dans des zones où les risques pour le personnel international sont trop élevés.
« Cette année, certains bailleurs, qui faisaient partie des plus importants en 2008, ont apporté jusqu’à présent un soutien bien moins conséquent, voire pratiquement nul », a dit il y a quelques mois Kiki Gbeho, directeur du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en Somalie.

Des travailleurs humanitaires expérimentés et des observateurs ont dit à IRIN que la réponse tiède et imprévisible des bailleurs était en partie due à l’impression que les opérations humanitaires ne pouvaient pas être correctement supervisées dans des zones contrôlées par des groupes armés tels qu’al-Shabab, qui étaient susceptibles de voler ou de « taxer » l’aide, ou d’en bénéficier indirectement.
Ces considérations viennent s’ajouter aux pressions budgétaires dues à la crise financière mondiale, affirment les observateurs.

Le fait que certains canaux de financement n’aient pas diminué en 2009 – c’est le cas notamment des aides de gouvernance au gouvernement, de l’assistance à l’Amisom, y compris sous la forme de transferts directs d’armes au gouvernement – a laissé certaines ONG perplexes. « Les transferts d’armes semblent beaucoup plus risqués que les transferts de nourriture et d’eau », avait commenté un travailleur humanitaire.


3- Une famine majeure

Selon les Nations Unies, la Somalie est confrontée à la pire crise humanitaire depuis 18 ans. Environ 3,64 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d’aide.
Ce chiffre n’atteignait que 3,2 millions il y a un an.
Les 3/4 de ces habitants sont regroupés dans le centre et le sud du pays, essentiellement contrôlés par les miliciens d’Al Chabaab, zones où les combats récents ont été intenses entre forces pro-gouvernementales et insurgés islamistes et qui sont inaccessibles pour les travailleurs humanitaires.

Il y a également une détérioration alarmante de la situation alimentaire dans le nord en raison d’une sécheresse due à deux saisons des pluies où les précipitations ont été inférieures à la normale.
Les taux de malnutrition dans plusieurs parties du pays se sont accrus depuis un an et désormais un enfant sur cinq est malnutri et un sur vingt est sévèrement malnutri.

La crise actuelle découle d’un manque de pluies, de mauvaises récoltes, de la dépréciation du shilling somalien et des menaces contre les agences humanitaires.
Plusieurs “émeutes de la faim” ont éclaté en 2008.
Les chiffres et la situation dramatique des Somaliens sont régulièrement rappelés par les agences de l’ONU, qui tirent la sonnette d’alarme. Les 40 ONG présentes dénoncent aussi régulièrement les attaques contre les travailleurs humanitaires et le pillage de l’aide.

Les rares Occidentaux présents, qu’il s’agisse de personnel humanitaire ou de journalistes, sont des proies permanentes pour des milices désireuses de monnayer ensuite leur libération, le plus souvent au bout de quelques semaines.
Le personnel humanitaire est aussi victime d’assassinats.
Cette grave insécurité nuit bien entendu à l’apport de l’aide humanitaire.

De plus, de l’argent est réclamé par des miliciens à des centaines de postes de contrôle dans le sud et le centre de la Somalie pour laisser passer les camions transportant de l’aide humanitaire.
Il est difficile de savoir qui est derrière les violences, étant donné le grand nombre de factions actives.
Hormis l’insécurité terrestre, la piraterie dans les eaux territoriales somaliennes perturbe fortement l’acheminement de l’aide humanitaire.


4- Les Somaliens fuient à l’étranger

Quelque 560.000 Somaliens vivent en tant que réfugiés dans les pays voisins, principalement au Kenya (309.000), au Yémen (163.000) et en Ethiopie (60.000). Ces 3 pays ont du mal à faire face.
En 2009, plus de 120.000 Somaliens ont cherché refuge principalement au Kenya, au Yémen et en Ethiopie.

Le nombre de Somaliens se dirigeant vers les pays voisins augmente.
De plus, des agences humanitaires craignent que les effets conjugués de l’insécurité croissante, de la sécheresse et de la suspension de l’aide alimentaire dans les régions du sud et du centre aggravent la crise humanitaire et provoquent un afflux à grande échelle vers les pays voisins ou proches.

a- Exil record vers le Yémen
Le Yémen est la première étape menant vers l’Europe, le Proche-Orient et l’Asie.
Environ 163.000 réfugiés somalis y vivent actuellement.
Le Yémen pratique une politique généreuse de la porte ouverte vis-à-vis des Somaliens : les nouveaux arrivants se voient accorder le statut de réfugié prima facie ; en revanche, bon nombre d’Ethiopiens sont arrêtés et placés en détention, ou expulsés.

En 2009, 32.000 Somaliens ont trouvé asile au Yémen. Le nombre de personnes à faire le voyage depuis la Corne de l’Afrique vers le Yémen en 2009 a été plus élevé que jamais, bien que la Mer Rouge et le Golfe d’Aden fassent partie des routes d’immigration les plus dangereuses du monde où les risques incluent la noyade, les requins et les trafiquants sans scrupules.
Les réfugiés dans certains cas ils sont battus, violés, tués ou jetés par-dessus bord dans des eaux infestées de requins. Parfois, les embarcations surchargées chavirent.

Selon le HCR, le phénomène du trafic d’êtres humains porte une pression croissante sur les ressources limitées du Yémen. Le HCR a donc développé, conjointement avec d’autres partenaires et les autorités locales, un projet portant sur les façons de fournir protection et assistance aux nouveaux arrivants.
Les partenaires du HCR vont les chercher et les amènent dans l’un des centres de réception de l’agence où elle les enregistre, via ses partenaires, et leur fournit une assistance de base comprenant des vivres, un abri, une aide médicale et un soutien pendant une période de deux à trois jours.

Les réfugiés peuvent alors choisir de s’installer au camp de réfugiés de Kharaz situé dans le gouvernorat de Lahj, à environ deux heures de route à l’ouest d’Aden. A Kharaz, ils reçoivent une protection juridique et physique ainsi que l’assistance accordée aux réfugiés. Dans ce camp, se trouvent environ 13.000 réfugiés, principalement des Somaliens. Le camp de Kharaz est géré par le HCR en coopération avec d’autres agences des Nations Unies ainsi que des ONG locales et internationales.
En plus de la population du camp, des dizaines de milliers de réfugiés ont choisi de vivre en milieu urbain dans des villes situées à travers tout le pays.

b- Les camps au Kenya sont saturés
Environ 309.000 réfugiés somalis y vivent actuellement.
En 2009, 55.000 Somaliens ont trouvé asile au Kenya.
Ce pays voisin de la Somalie abrite le plus vaste camp de réfugiés au monde, Dadaab, géré par le HCR, et la situation est dramatique dans ce complexe composé de trois camps surpeuplés.
Environ 285.000 personnes vivent dans un espace initialement prévu pour 90.000 personnes.
En raison du surpeuplement, l’eau ne peut être distribuée qu’un jour sur deux.
Rien que depuis décembre, 4.175 nouveaux Somaliens y ont été enregistrés en tant que réfugiés.

c- Forte augmentation du nombre de réfugiés en Ethiopie
La région Somali en Ethiopie accueille déjà plus de 60.000 réfugiés somaliens dans quatre camps – Au-Barre, Bokolmanyo, Kebribeyah et Sheder.
En 2009, 22.000 Somaliens ont trouvé asile en Ethiopie. L’augmentation du nombre des arrivées est très forte.
Quelque 3.000 Somaliens ont été enregistrés pour le seul mois de décembre 2009.
Des Somaliens arrivent quotidiennement en Ethiopie au nombre de 200 personnes en moyenne.

Le HCR a commencé mi-février à transférer des réfugiés depuis un centre de transit de l’est de l’Ethiopie vers un nouveau camp situé à environ 65 kilomètres.
Le premier convoi a permis de transporter 247 réfugiés somaliens depuis Dolo Ado vers le camp de Melkadida. Ils avaient fui le centre et le sud de la Somalie. Ils font partie d’un groupe de 7.000 Somaliens ayant été reconnus en tant que réfugiés par le gouvernement éthiopien avec l’appui d’un expert du HCR.

Melkadida est le second camp dans le sud-est de l’Ethiopie et le cinquième camp en Ethiopie accueillant des réfugiés somaliens. Le premier, Bokolmanyo, situé dans le sud-est du pays, a été ouvert en avril 2009 pour héberger 20.000 réfugiés. Il a déjà atteint les limites de sa capacité.
A Melkadida, le terrain sur lequel le nouveau camp a été construit a été fourni par les autorités locales. Il permettra d’héberger lui-aussi jusqu’à 20.000 réfugiés. Le HCR et ses partenaires intensifient leur travail pour accroître les infrastructures de base.
Le HCR prévoit déjà d’ouvrir de nouveaux camps près de Melkadida.

d- Djibouti et autres pays frontaliers
Dans ce petit pays frontalier, il y a 10 000 réfugiés.
En 2009, 3.000 Somaliens ont trouvé asile à Djibouti. Il existe notamment le camp d’Ali Addeh, situé dans le sud-est du pays près de la région frontalière montagneuse avec l’Ethiopie et le Somaliland.
Il y aurait par ailleurs 7.000 réfugiés en Ouganda.

e- L’exil vers l’Europe est difficile
Le HCR a appelé tous les Etats membres de l’Union européenne à garantir que les personnes cherchant asile puissent avoir accès au territoire européen et à des procédures justes lors de l’examen de leurs demandes.

En 2008, sur le total de plus de 67.000 personnes estimées à avoir effectué la traversée vers l’Europe, quelque 38.000 personnes sont arrivées sur les seuls territoires de l’Italie et de Malte. Les possibilités d’entrer en Europe par des moyens légaux étant rares, des milliers de personnes menacées de persécutions et de violations graves des droits humains dans leurs pays d’origine n’ont pas d’autre choix que d’emprunter ce dangereux itinéraire maritime.


5- La charia est de plus en plus appliquée

Les Shebabs, qui contrôlent une grande partie du sud et du centre de la Somalie, ont commencé à y mettre en application une forme très stricte de la charia.
Mi-février, à Kismayo (sud) les shebab ont fait fouetter en public trois jeunes gens, coupables d’avoir regardé des vidéos pornographiques sur leur téléphone portable. Les trois Somaliens, deux hommes et une femme âgés d’une trentaine d’années, ont reçu chacun trente coups de fouet, devant une foule de quelques centaines de personnes. Ils ont également été condamnés à 25 jours de prison.

Selon un témoin, Nur Adan Muktar, le délit était auparavant passible de 15 coups de fouet et 15 jours d’emprisonnement, mais la peine a été alourdie en raison du nombre croissant de personnes arrêtées pour avoir regardé des films considérés comme illicites par les shebab.
Kismayo, une des principales villes de Somalie et le plus important port du sud du pays, est depuis 2008 dirigé par les shebab.

Fin novembre, un expert indépendant auprès des Nations Unies, Shamsul Bari, a dénoncé comme inhumaine une récente série de condamnations par lapidation en Somalie, condamnant en particulier le groupe islamiste Al-Shabab.
M. Bari a cité le cas d’une jeune femme divorcée âgée de 20 ans accusée d’adultère par des membres du groupe islamiste. Elle a été enterrée vivante à hauteur de la taille pour ensuite être lapidée à mort en public par environ 200 personnes. La lapidation s’est déroulée dans la ville de Wajid, à 400 kilomètres au nord-ouest de Mogadiscio. Son compagnon a quant à lui été condamné à 100 coups de fouets.

Par ailleurs, dans la ville méridionale de Marka, Al Chabaab a averti les hommes qu’ils seraient punis s’ils ne portaient pas de barbe, a déclaré par téléphone un habitant de Marka.
Et en juin, des insurgés islamistes radicaux encagoulés ont amputé de la main droite et du pied gauche 4 voleurs devant environ 200 personnes dans le nord de Mogadiscio, ont rapporté des témoins.
Les 4 hommes avaient été reconnus coupables du vol de téléphones portables et de fusils d’assaut par un tribunal mis en place par les Shebabs.
Amnesty International avait appelé en vain les shebabs à ne pas appliquer la condamnation.

En octobre 2008, une adolescente de 13 ans avait été enterrée vivante jusqu’au cou puis lapidée à mort par 50 hommes à Kismayo, plus grande ville portuaire du sud somalien, contrôlée par les insurgés islamistes depuis le 22 août 2008. Elle avait été jugée coupable d’adultère par un tribunal islamique après avoir fait part aux autorités qu’elle avait été violée par trois hommes.

Le nouveau président somalien, lui-même ancien guérillero islamiste, avait pourtant instauré la charia en avril pour tenter d’amadouer ses anciens alliés. Malgré cette mesure, les Shebabs ont jusqu’à présent refusé de le rencontrer.
On ignore cependant dans quelle mesure le gouvernement somalien parvient à appliquer la charia, vu le peu de contrôle qu’il a sur le pays.

Al Chabaab cherche à imposer une version rigoriste de la charia à laquelle s’opposent traditionnellement les Somaliens, qui appartiennent à une branche modérée de l’islam.
S’ils reconnaissent que la milice islamiste rétablit la sécurité dans les zones passées sous son contrôle, ils se plaignent de pratiques et de modes de vie austères contre lesquels ils se rebellent.
Fin mars 2009 par exemple, un millier d’habitants de Baïdoa, à 200 km à l’ouest de Mogadiscio, avaient manifesté pour protester contre la décision d’Al Shabab au pouvoir d’interdire le khât.

La mastication des feuilles de cet arbuste des hauts plateaux d’Abyssinie produit des effets hallucinogènes. Mâcher des feuilles de khât acheminées tous les jours d’Ethiopie par petits avions est une tradition très ancrée dans la Corne de l’Afrique et la Péninsule arabique.
Malgré la manifestation l’interdiction est maintenue et la répression promise à toute forme d’opposition.


6- Attentat lors d’une cérémonie de remises des diplômes – la population « en a assez »
L’attentat survenu début décembre lors d’une cérémonie de remise des diplômes d’une école de médecine nuira probablement à la popularité du principal mouvement d’insurgés islamistes du pays, bien que le groupe nie toute implication dans l’attaque.
L’attaque du 3 décembre, que l’on présume être un attentat suicide, a fait 23 morts, dont 3 ministres, des parents, des étudiants, des professeurs et des journalistes. Bien qu’al-Shabab soit accusé d’être à l’origine de cette attaque, le porte-parole du groupe à Mogadiscio a nié toute responsabilité.
C’était l’attentat le plus grave depuis celui du 17 septembre dirigé contre l’Amisom.

Un soulèvement de la population civile contre al-Shabab semble se préparer, des manifestations de rue ayant eu lieu à Mogadiscio le 7 décembre et dans des camps de déplacés le 8 décembre. A ces deux occasions, le drapeau noir du groupe a été brûlé.
De telles manifestations contre les islamistes sont sans précédent dans Mogadiscio, où s’opposer publiquement à ce groupe peut signifier la mort. Les manifestants –en majorité des femmes et des enfants– étaient pour la plupart des proches des victimes de l’attentat suicide.

Abdi Mahad, activiste de la société civile qui a organisé une manifestation anti-al-Shabab le 7 décembre, a dit à IRIN que l’attaque était « un appel au réveil pour tous. Jusqu’à présent, tout le monde pensait qu’ils combattaient les étrangers et le gouvernement, mais nous nous sommes rendu compte jeudi [3 décembre] qu’ils sont en guerre contre nous ; c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
« Ils tuent nos meilleurs éléments. Ils sont l’ennemi. » M. Mahad, qui est membre d’un mouvement de jeunes à Mogadiscio, a dit que son organisation préparait de nouvelles manifestations contre al-Shabab, dont une manifestation d’étudiants. « Nous ferons tout ce qu’il faudra pour leur résister », a-t-il dit.

Ibado Abdi Mohamed, une habitante de Mogadiscio, faisait partie le 7 décembre des centaines de Somaliens qui sont descendus dans la rue en signe de protestation contre al-Shabab. « Avant, j’avais peur, mais plus maintenant ; je suis une mère, et pendant bien trop longtemps nous avons regardé nos enfants se faire tuer sans que cela n’ait aucun sens », a-t-elle dit.
Mme Mohamed a dit que ce qu’al-Shabab faisait n’avait rien à voir avec l’Islam, et a accusé le groupe d’être anti-islamique.

Paula Roque, analyste de la Corne de l’Afrique pour l’Institute for Security Studies (ISS), a dit à IRIN que l’attaque conduirait nécessairement à une perte de soutien pour le groupe, en particulier à Mogadiscio. « Je pense qu’ils ont été trop loin ». « C’était une grande erreur de leur part. C’est une chose de viser les structures de l’AMISOM et du gouvernement ; c’est une toute autre chose de viser des civils innocents. »
Le gouvernement de transition a mis en place une équipe pour enquêter sur l’attentat.

En dehors de Mogadiscio, un drapeau hissé sur le toit d’une école d’Elasha, localité située à 15 km de Mogadiscio, a servi de prétexte le 8 décembre à des échanges de coups de feu meurtriers entre des habitants et des rebelles du groupe Hizboul Islam.
La fusillade a fait 3 morts parmi les résidents et au moins 5 personnes ont été blessées alors que plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues.

Le proviseur du collège Ibnu Kuzeima d’Elasha avait hissé le drapeau bleu de son pays sur le toit de son établissement. Des rebelles sont alors intervenus pour le remplacer par la bannière noire des islamistes et emmener de force le directeur.
Cette action a suffi à déclencher la colère des habitants qui ont pris les armes et ont ouvert le feu sur les insurgés qui ont répliqué.
Alors que la situation dégénérait, les rebelles ont libéré le proviseur.


7- De “possibles crimes de guerre”, dénonce l’ONU
Les organisations de défense des droits de l’Homme accusent toutes les parties de crimes de guerre et autres exactions à l’encontre des civils pris entre les feux.
Selon le HCR, la façon dont les civils sont traités lors de ces combats est absolument inacceptable. Les différentes parties se font la guerre sans aucune considération pour la sécurité des civils, dans un contexte très net de violation des principes des droits humanitaires internationaux et des droits de l’homme : viols et enlèvements sont quotidiens.

De graves violations des droits de l’Homme sont commises en Somalie et “peuvent être considérées comme des crimes de guerre”, a dénoncé en juillet la Haut Commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme Navi Pillay.
Citant des témoins interrogés par des fonctionnaires de l’ONU, Mme Pillay a accusé les milices islamistes des shebabs d’avoir “commis des exécutions extrajudiciaires, posé des mines, des bombes et d’autres engins explosifs dans des zones civiles, et pris des civils comme boucliers humains”.
 
Des informations font également état de “tortures et de tirs de mortiers indiscriminés contre des zones peuplées ou fréquentées par des civils” commis par les deux parties au conflit.
“Durant les derniers mois, il y a eu également de plus en plus de preuves sur le recrutement d’enfants par différentes factions combattant en Somalie”, a ajouté Mme Pillay en précisant que “la majorité de ces enfants sont âgés de 14 à 18 ans”.
Ces recrutements sont parfois forcés.

“Les preuves doivent continuer d’être recueillies par tous ceux qui peuvent le faire afin que ceux qui commettent ces crimes terribles en Somalie reçoivent un jour leur juste châtiment devant un tribunal, et que leurs victimes voient enfin que justice leur est rendue”, a insisté la Haut Commissaire de l’ONU.
“Les civils –notamment les femmes et les enfants– sont les victimes principales de la violence”, a-t-elle déploré. “Les personnes déplacées, les défenseurs des droits de l’Homme, les travailleurs humanitaires et les journalistes sont parmi les plus exposés, et sont même dans certains cas directement visés”, a dénoncé la Haut Commissaire.

Sources : AP, Reuters, AFP, ONU, IRIN

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