Nigéria : Boko Haram n’est pas encore vaincu

 

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Au Nigéria, le groupe islamiste Boko Haram a multiplié les attaques pendant le week-end de Pâques contre une grosse ville de 3 millions d’habitants.

Cela s’est passé à Maiduguri, dans le nord-est du pays, ville qui abrite des centaines de milliers de déplacés du conflit.

 

Bilan, au moins 34 personnes sont mortes et 90 autres blessées, alors qu’elles essayaient de fuir les tirs entre les militaires et les combattants de Boko Haram.

La dernière grande tentative d’incursion à Maiduguri date du week-end de Noël.

 

En fait, parler de Boko Haram est inexact, car le groupe s’est scindé en 2 parties adverses en 2016.

La raison ? L’État islamique, auquel Boko Haram avait pourtant prêté allégeance, trouvait que son chef, Abubakar Shekau, était trop extrémiste. En effet, celui-ci envoie régulièrement des jeunes filles commettre des attentats-suicides. Il s’attaque aussi trop souvent à des civils musulmans, qu’il considère comme trop modérés.

Du coup, Daech lui a préféré Abou Mossab Al Barnaoui, fils du fondateur de Boko Haram.

 

L’attaque de ce week-end de Pâques est attribuée au groupe d’Abubakar Shekau, qui est en perte de vitesse face au groupe d’Abou Mossab Al Barnaoui.

En effet, le Boko Haram officiel est en pleines négociations avec le gouvernement nigérian.

 

Pourquoi négocier avec ce mouvement extrémiste et sans pitié ?

D’une part, le gouvernement souhaite à tout prix que les armes soient déposées, et que les attaques cessent.

Du côté de Boko Haram, 2 raisons majeures à ces négociations : la défaite relative de Daech en Syrie, et ses récents revers militaires.

 

Le groupe était bien plus puissant en 2015 : il avait conquis de nombreuses villes et établi un régime de terreur.

Mais c’en était trop pour les pays frontaliers qui subissaient aussi des incursions : les armées tchadienne et nigérienne décidèrent d’aider le Nigéria et ensemble ces 3 armées reprirent de nombreuses villes et firent reculer le mouvement extrémiste.

Boko Haram dut retourner à la guérilla dans le nord-est.

 

Cependant, le président nigérian, au pouvoir depuis 2015, n’a pu tenir jusqu’à présent sa promesse électorale de mettre fin aux violences.

Boko Haram reste une puissante menace, pour plusieurs raisons.

 

C’est un mouvement très cruel, qui recrute souvent de force, notamment en menant des raids contre des villages pour rafler des habitants. Certaines femmes sont utilisées comme kamikazes et les jeunes garçons sont enrôlés comme enfants-soldats.

D’autre part la grande pauvreté dans le nord du pays, qui est majoritairement musulman, pousse des personnes à rejoindre le mouvement.

 

Ce groupe a en effet de nombreuses sources de financement : divers trafics, razzias, otages contre rançons, et aussi une aide financière du groupe Al Qaïda au Maghreb islamique.

La pauvreté est endémique dans le nord du Nigéria, alors que ce pays est devenu en 2014 la première puissance économique d’Afrique. Il est le premier exportateur de gaz et de pétrole sur le continent.

 

Cependant le PIB par habitant demeure faible et le Nigeria reste un pays en développement, gangrené par la corruption.

Les Nigérians n’ont confiance ni dans leur État, ni dans leur police.

 

La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, a estimé il y a quelques jours devant le Conseil de sécurité qu’il fallait profiter de la reconquête de territoires sur Boko Haram pour travailler au développement durable de cette région.

 

Cela bien sûr afin d’aider la population, mais aussi pour éviter que des gens ne rejoignent de nouveau Boko Haram.

La pauvreté, le manque d’éducation et le désespoir persistant dans le nord risquent d’encore alimenter Boko Haram en recrues.

 

La situation humanitaire reste catastrophique, a déclaré la Vice-Secrétaire générale de l’ONU. On compte notamment 1,6 million de personnes déplacées dans le nord-est du Nigéria.

Heureusement, l’assistance humanitaire s’est beaucoup améliorée et la mobilisation internationale a permis d’éviter une famine dans la région.

 

Mme Mohammed a fait état de 3,9 millions de personnes en état d’insécurité alimentaire, contre 5,1 millions l’an dernier, tout en avertissant que le chiffre risquait de monter jusqu’à 5,9 millions en juin. Cela sans même parler de l’insécurité sanitaire et des nombreux malades.

 

La Vice-Secrétaire générale a appelé les États membres à contribuer activement au plan d’action humanitaire pour le nord-est du Nigéria.

Il a été lancé le 8 février par l’ONU et vise à recueillir 1 milliard de dollars pour venir en aide à 6,1 millions de personnes.

 

Dans ce contexte de progrès, l’annonce par le gouvernement nigérian des négociations avec Boko Haram est une lueur d’espoir après 10 ans de conflit. Reste à convaincre le groupe dissident, celui d’Abubakar Shekau, de s’asseoir aussi à la table des négociations. Mais c’est loin d’être gagné.

En l’état actuel des choses, le conflit dans le nord-est du pays a fait plus de 20.000 morts depuis 2009. Il s’agit d’une des pires catastrophes humanitaires d’Afrique, bien que peu médiatisée.

 

Boko Haram signifie “l’éducation occidentale est sacrilège”. La secte veut instaurer un Etat islamique unifié sous la loi coranique, la charia.

Il y a pourtant déjà la charia dans le nord du pays, qui est musulman, mais pas dans le sud, qui est majoritairement peuplé de chrétiens et d’animistes.

Boko Haram cible particulièrement les lycées et les écoles où est dispensé un enseignement jugé trop occidental. À plusieurs reprises, les extrémistes ont attaqué des établissements scolaires, massacrant professeurs et lycéens.

 

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