Nigéria : vers une guerre entre chrétiens et musulmans ?

1- Des clefs pour comprendre
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 150 millions d’habitants, est divisé entre un Nord majoritairement musulman et un Sud peuplé de chrétiens et d’animistes.
La charia a été instaurée dans 12 Etats du Nord après le retour au gouvernement civil en 1999 à l’issue de plusieurs années de régime militaire.

S’est ensuivie une longue liste d’affrontements déclenchés en 2000 par les efforts d’Etats du Nord pour imposer la charia.
Plus de 13.500 personnes ont trouvé la mort dans les affrontements intercommunautaires ethno-religieux selon l’organisation Human rights watch (HRW), qui souligne que beaucoup de coupables sont restés impunis.

Le Nigeria est régulièrement secoué par des violences entre chrétiens et musulmans, notamment dans les Etats du centre et du nord où les communautés religieuses ont du mal à cohabiter.
Cependant les tensions intercommunautaires ont généralement pour enjeux le contrôle de ressources naturelles, des problèmes fonciers et d’autres questions de politique locale.

La région de l’Etat du Plateau, située entre le nord à majorité musulmane et le sud à majorité chrétienne, est régulièrement secouée par des flambées de violences religieuses et/ou ethniques.
Jos, principale ville du Plateau avec un demi-million d’habitants, est sujette aux affrontements religieux, comme en 2001 et en 2008, où respectivement 1.000 puis 700 personnes avaient péri selon Human Rights Watch. Les violences les plus récentes éclatèrent en janvier, faisant plus de 300 morts.

La ville se trouve en effet dans la « ceinture centrale » nigériane, où coexistent et se télescopent des centaines de groupes ethniques sur une bande de territoire fertile objet de toutes les convoitises.
Dans la région du Plateau les groupes indigènes et les colons venus du Nord se disputent le contrôle des terres.
Les affrontements sectaires sont également courants dans le pays, comme notamment en juillet dernier, où plus de 800 personnes sont mortes dans le nord du pays.

Les massacres perpétrés le week-end dernier près de Jos par des musulmans fulani contre des chrétiens berom ont fait 109 morts, a déclaré mercredi le responsable de la police de l’Etat du Plateau.
Le responsable de la communication de l’Etat du Plateau, Dan Majang, avait déclaré lundi que le bilan des tueries était d' »au moins 500 morts ». D’autres sources civiles locales ont ensuite évoqué des chiffres allant de 200 à 400 morts.

Alors que des groupes de jeunes chrétiens crient vengeance, beaucoup de musulmans craignent désormais des représailles.
« Nous allons nous venger », a murmuré un jeune chrétien au cours d’un enterrement lundi à Dogo Nahawa, l’un des trois villages attaqués. Un journaliste musulman venu couvrir ces funérailles a échappé de peu au lynchage.

Et selon une source militaire, un soldat a été tué lundi à Bukuru, à 20 km de Jos, tandis qu’il tentait de calmer de jeunes chrétiens qui planifiaient des représailles.
Les observateurs craignent un engrenage infernal de la violence. « La question n’est pas de savoir si les berom vont se venger, mais quand », estime Marc-Antoine Pérouse, un chercheur français spécialiste de la région.


2- Retour provisoire au calme à Jos

La tension reste très vive dans la région depuis les tueries qui ont fait des dizaines de morts le week-end dernier dans trois villages au sud de la ville. La situation semble calme mais le moindre incident reste susceptible de dégénérer à tout moment.
Les attaques ont été perpétrées par des éleveurs musulmans fulani (peuls) contre des fermiers chrétiens sédentaires berom, en représailles à une précédente flambée de violence en janvier, au cours de laquelle plus de 300 musulmans avaient été tués.

Les habitants de Dogo Nahawa, Zot et Ratsat, à une quinzaine de km au sud de Jos, ont enterré lundi des dizaines de victimes des attaques, parmi lesquelles des femmes et des enfants.
Cette recrudescence de la violence interreligieuse complique la tâche du président par intérim du Nigeria, Jonathan Goodluck, qui s’efforce, à un an de l’élection présidentielle, d’asseoir son autorité sur un pays traditionnellement instable.

Le président en titre, Umaru Yar’Adua, est rentré d’Arabie saoudite après trois mois de soins, mais il ne semble toujours pas en mesure de reprendre les commandes du pays.
Le président par intérim a placé les forces de sécurité en état d' »alerte rouge » pour empêcher que les Etats voisins de celui de Jos ne soient en proie à des représailles.


3- De nombreux déplacés

De crainte de nouvelles attaques malgré les patrouilles militaires, certains habitants ont fui les villages attaqués dans la nuit de samedi à dimanche, où de nombreuses femmes et enfants ont été tués à la machette ou brûlés.
Quelque 600 habitants ont fui les violences et rejoint un camp mis en place par la Croix-Rouge pour abriter les victimes des précédents troubles, en janvier.

« Nous quittons notre village de Tin-Tin qui pourrait être la prochaine cible », a expliqué Patricia Silas, une femme de 30 ans, son bébé de six mois attaché dans le dos, accompagnée de deux voisins.
Les Fulani « ont passé des coups de téléphone pour avertir d’une nouvelle attaque. Nous prenons ces menaces très au sérieux, nous ne voulons pas être pris par surprise », a-t-elle dit.
Les travailleurs humanitaires évaluent actuellement le nombre de personnes déplacées par les violences du 7 mars.

La plupart des quelque 20 000 personnes déplacées durant les violences de janvier ont quitté les neuf camps qui avaient été installés pour les accueillir à Jos.
D’après Auwalu Mohammed, directeur de la Croix-Rouge à Jos, « le nombre de déplacés dans ces camps a diminué de manière significative, puisque aujourd’hui, [ils ne sont] pas plus de 6 000. »


4- L’armée est accusée d’avoir laissé faire

L’armée nigériane était sur la sellette mercredi pour son manque de réactivité lors des tueries.
Elle est réputée être surtout dominée par des éléments originaires du Nord, donc musulmans, alors que la police locale est essentiellement berom, donc chrétienne.
En janvier, les autorités avaient déployé des centaines de soldats et policiers pour imposer un retour au calme après les massacres perpétrés par des chrétiens contre des musulmans.

L’Etat du Plateau était ainsi censé être en partie passé sous contrôle de l’armée depuis janvier, et un couvre-feu était instauré de 18H à 06H.
Mais selon Human Rights Watch, le déploiement de l’armée s’est limité aux routes principales, sans protéger les petites communautés. L’ONG basée aux Etats-Unis réclame une enquête crédible.

Le gouverneur du Plateau, Jonah Jang, reprochait mardi aux militaires de n’avoir pas tenu compte de ses mises en garde concernant des mouvements d’hommes armés signalés par des villageois peu avant les attaques. « Le massacre (du week-end) aurait pu être évité ».
M. Jang a raconté avoir vainement alerté le commandement militaire samedi soir sur des mouvements de bandes armées autour de villages au sud de Jos.

Informé quelques heures plus tard des massacres en cours, il a tenté de joindre les chefs militaires, sans succès. Selon plusieurs témoignages, l’armée n’est intervenue qu’après les tueries, qui ont duré trois heures dans la nuit de samedi à dimanche. « L’armée doit arrêter le carnage à Plateau. S’ils n’en sont pas capables, ils doivent partir », a déclaré M. Jang à des journalistes à Abuja.
Une association chrétienne locale avait déjà dénoncé au lendemain des massacres la passivité de l’armée, et l’avait accusée de « partialité ».

Les hauts responsables militaires n’ont pas réagi à ces accusations. Le président par interim Goodluck Jonathan a démis lundi son conseiller national pour la sécurité, sans éteindre pour autant les critiques sur l’inefficacité des forces de sécurité et les interrogations sur l’impunité des coupables.
« Après les massacres de janvier, les villages auraient dû bénéficier d’une protection adaptée », a estimé mardi la Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme Navi Pillay.


5- Les musulmans se sont vengés des tueries de janvier

Les raisons des affrontements de janvier, qui ont fait plus de 300 morts, surtout parmi les musulmans, sont floues :
– des dirigeants musulmans ont affirmé que les violences avaient pour origine un différend sur la reconstruction d’une maison musulmane dans un quartier à majorité chrétienne, qui avait été détruite en novembre 2008.
– selon un représentant de la police, les violences ont éclaté après que des jeunes musulmans ont mis le feu à une église.
–  la construction d’une mosquée dans Nassarawa Gwon, un quartier chrétien de Jos, aurait déclenché les violences.


6- Le problème de l’impunité

Les auteurs de violences sectaires font rarement l’objet de poursuites pénales, selon Human Rights Watch.
Le Nigeria doit traduire en justice les personnes responsables du massacre, affirment des mouvements de défense des droits de l’homme et des diplomates.
Le responsable de la police de l’Etat du Plateau, Ikechukwu Aduba, a annoncé mercredi que 49 Fulani (ethnie peule) suspectés d’avoir participé aux tueries ont été arrêtés et seraient inculpés.

L’armée a été déployée dans la région pour rétablir le calme. La police recherche Saleh Bayari, chef local de l’ethnie fulani, qui aurait tenu des propos incitant aux attaques, selon Gregory Yelong, porte-parole de l’Etat du Plateau.

Goodluck Jonathan, qui assure l’intérim pendant la convalescence du président Umaru Yar’Adua, avait déjà promis, suite aux massacres de janvier, de traduire en justice tous ceux qui auraient « ourdi, encouragé ou attisé » les violences.
Mais la police locale a dit que plus de 300 personnes arrêtées après les massacres de janvier étaient toujours en garde-à-vue à Jos et Abuja à la fin du mois de février.
Et, selon les autorités locales, bon nombre des responsables des tueries de janvier étaient des personnes déjà interpellées, mais jamais poursuivies, après des troubles similaires en novembre 2008.

De nombreuses prisons nigérianes sont surpeuplées et le système judiciaire surchargé, de sorte qu’il n’est pas rare que des communautés se rendent justice elles-mêmes en rejetant leurs actes sur la faiblesse du système judiciaire nigérian.
Début février, des défenseurs des droits de l’homme, des historiens, des hommes politiques et des leaders religieux prévenaient que si les autorités nigérianes ne punissent pas les responsables des violences sectaires de janvier, elles ne font qu’ouvrir la voie à de nouvelles effusions de sang.

En 2001, les flambées de violence qui avaient fait quelque 1 000 victimes à Jos avaient déclenché une série d’affrontements dans l’ensemble de l’État du Plateau entre les agriculteurs chrétiens et les éleveurs musulmans. Plusieurs centaines de personnes supplémentaires avaient trouvé la mort lors de ces affrontements.
Plusieurs commissions d’enquête ont été créées pour examiner la question, mais leurs conclusions n’ont entraîné aucune mesure concrète ou n’ont même pas été rendues publiques, a dit à IRIN Dan Tom, sénateur de l’État du Plateau.

Fin 2009, une audience a été organisée pour enquêter sur une autre affaire de meurtres dans l’État du Plateau, mais il n’en est rien sorti, a-t-il dit, ajoutant que plusieurs suspects avaient été arrêtés puis relâchés, établissant ainsi un mauvais précédent.
« Les rapports de ces commission doivent être [rendus publics] et les responsables doivent être punis », a ajouté M. Tom.


7- Il faut combattre les vraies raisons des tueries

Le Nigeria doit régler les problèmes de pauvreté et de discrimination pour mettre fin aux violences qui opposent les musulmans du Nord et les chrétiens du Sud, affirment des mouvements de défense des droits de l’homme et des diplomates.
La Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme Navi Pillay, a appelé mardi à « combattre les causes sous-jacentes de la répétition de ces violences ethniques et religieuses », citant la discrimination, la pauvreté et les litiges pour la terre.

Selon Human rights watch (HRW), l’une de ces causes est la discrimination, par les gouvernements, à l’encontre des « non-indigènes », c’est-à-dire des habitants qui ne peuvent pas retracer leur ascendance généalogique jusqu’aux populations initiales d’une région. Cette politique interdit à des millions de Nigérians de travailler pour les gouvernements, que ce soit à l’échelle locale ou à l’échelle de l’Etat, et d’étudier à l’Université.
« Ma famille vit ici depuis 1909 », a dit à IRIN Cheikh Ibrahim Ismael, l’imam de Jos. « Malgré cela, mes enfants n’ont pas droit à des bourses pour poursuivre leurs études. Ils sont des citoyens de seconde zone ».

D’après M. Guttschuss, chercheur sur le Nigeria pour HRW, l’organisation fait pression depuis 2001 pour l’abandon des politiques favorisant les indigènes, mais « en huit ans de violences récurrentes, nous n’avons pas observé d’action significative en ce sens de la part du gouvernement fédéral ou des gouvernements des Etats ».
Un avant-projet de loi nationale a été élaboré pour mettre fin aux pratiques favorisant certains groupes autochtones, mais son examen n’a pas avancé au niveau du Parlement.

Si le gouvernement souhaite que ces violences cessent, il doit non seulement chercher à arrêter les responsables, mais également s’attaquer aux causes profondes, ont dit des observateurs à IRIN.
Selon Dan Tom, sénateur de l’État du Plateau, la discrimination ethnique est un problème national. Le gouvernement fédéral doit donc prendre l’initiative pour le résoudre.


8- Le réchauffement climatique est aussi à l’origine des conflits

Après les tueries de 2008, afin d’éviter un nouveau conflit entre musulmans nomades et chrétiens cultivateurs, les autorités avaient expulsé 2 000 nomades en avril 2009.
Autre initiative, en mai 2009, les autorités avaient expulsé 700 éleveurs de l’Etat de Borno, dans le nord-est, pour mettre fin à des affrontements entre communautés nomades et agriculteurs locaux.
Partis de l’Etat de Zamfara, les nomades avaient parcouru 1 000 kilomètres vers l’est, à la recherche de pâturages.

Il arrive souvent au Nigéria que cultivateurs et éleveurs nomades se disputent les terres.
Les conflits sont liés à l’urbanisation et à la forte croissance démographique.
A mesure que les pâturages se réduisent, les différends se multiplient, en particulier dans le nord, pendant la saison des pluies qui dure de mai à septembre, car les troupeaux envahissent alors les champs et dévorent les cultures.

Les tensions sont exacerbées non seulement par la croissance démographique et par l’exploitation continue des forêts pour obtenir du combustible de cuisson, mais aussi par le fait que les communautés nomades du nord se déplacent de plus en plus vers le sud, à mesure que les pâturages, autrefois verts, se désertifient, a dit à IRIN Kabiru Yammama, consultant spécialiste de l’environnement pour l’ONG Green Shield of Nations.

Un peu plus du tiers des terres qui étaient cultivables il y a 50 ans sont aujourd’hui désertifiées, dans 11 des Etats les plus septentrionaux du Nigeria, a indiqué M. Yammama. Dans le nord du Nigeria, les moyens de subsistance de quelque 15 millions d’éleveurs sont menacés, car l’accès à l’eau et au pâturage y est de plus en plus limité – en raison de pénuries liées au changement climatique.

Pour Abubakar Sadiq, professeur de sciences politiques à l’Université Ahmadu Bello, les chefs traditionnels et les autorités locales, qui contrôlent la répartition des terres en zone rurale, ont une part de responsabilité dans les conflits, car, selon lui, ils ont permis aux cultivateurs d’empiéter sur les pâturages utilisés par les nomades.
« Il suffisait que les agriculteurs paient les autorités traditionnelles ou locales pour que celles-ci leur accordent une parcelle des pâturages ; au final, il n’est plus rien resté », a dit M. Sadiq.


9- Les solutions proposées par le gouvernement

En octobre, le gouvernement fédéral a commencé à délimiter des zones réservées au pâturage dans les Etats de Katsina et de Bauchi dans le nord du Nigeria, ainsi que dans le territoire de la capitale, Abuja, afin de remédier aux affrontements souvent mortels entre les cultivateurs et les éleveurs nomades.

Le gouvernement prévoit de mettre en place trois réserves, qui devraient être utilisées par 15 millions d’éleveurs. Les autorités délimiteront pour cela 175 000 hectares de terres, et construiront des centres de services vétérinaires, ainsi que des installations destinées aux nomades de passage – ces mesures coûteront au total 247 millions de dollars –, a dit à IRIN Junaidu Maina, directeur de l’élevage et des services de lutte contre les ravageurs au ministère nigérian de l’Agriculture et des Ressources en Eau.

Le gouvernement a également entrepris de délimiter des routes à bétail. D’après M. Maina, une route longue de 1 400 kilomètres partira de l’Etat de Sokoto, dans le nord-ouest, pour rejoindre l’Etat d’Oyo, dans le sud-ouest, tandis qu’une autre, longue de 2 000 kilomètres, reliera l’Etat d’Adamawa, dans le nord-est, à Calabar, dans la région du delta.
« Il est devenu nécessaire de développer des réserves de pâturage et des routes à bétail, afin d’enrayer les conflits entre éleveurs et cultivateurs, qui sont liés à l’urbanisation et à la forte croissance démographique », a souligné M. Maina.

Muhammad Nuru, directeur d’un syndicat de nomades fulanis, la branche locale de la Myetti Allah Cattle Breeders Association of Nigeria (Association des éleveurs de bétail du Nigéria) de l’Etat de Plateau, estime que l’initiative du gouvernement est positive.
Cependant, certains éleveurs estiment que cette action ne suffit pas, car selon eux, il faut également protéger les routes à bétail existantes.

Et d’après Sani Nanono, responsable à Kano de la branche locale de la All Farmers Association of Nigeria (le syndicat des agriculteurs nigérians), « de telles mesures ne peuvent être durables que si les intérêts des cultivateurs sont également pris en compte dans l’équation. « Le sol est dégradé, les semences ont un rendement faible et les agriculteurs ont besoin de davantage de terres pour augmenter leur production. C’est ce problème qui est à l’origine de l’empiètement sur les réserves de pâturage. »

« Il faut permettre aux cultivateurs de disposer des nouvelles techniques agricoles, d’avoir accès à des variétés à haut rendement ainsi qu’à d’autres outils agricoles, et les encourager, par différents moyens, à passer de l’agriculture traditionnelle de subsistance à l’agriculture moderne mécanisée », a dit M. Nanono à IRIN.


10- Violences entre deux factions d’une secte dans le nord

a- Violences à Bauchi
Le 29 décembre, dans la ville de Bauchi, au nord du Nigeria, des affrontements meurtriers ont éclaté entre les deux factions de la secte islamique Kala-Kato, après que son chef spirituel a appelé de ses vœux la mort des membres d’un groupe dissident.
Puis les forces de l’ordre sont intervenues.

Le 31 décembre, des gardiens de la morgue de l’hôpital de Bauchi ont dit à IRIN qu’ils avaient reçu 67 corps de personnes tuées lors des violences, dont 22 enfants et 3 femmes.
Face au grand nombre de femmes et d’enfants affectés par les violences, Civil Rights Congress, un groupe de défense des droits basé à Kaduna, a demandé qu’une enquête soit menée sur les meurtres extrajudiciaires commis par les agents de sécurité nigérians.

Les organisations de défense des droits condamnent depuis longtemps ce qu’elles qualifient de violences excessives commises par les forces de sécurité dans le cadre de la répression des affrontements sectaires. « Nos hommes ont dû avoir recours, dans une certaine mesure, à la force pour répondre à la résistance des membres de la secte, et ils ont ainsi tué certains de ses membres, dont son dirigeant », a dit à des journalistes Atiku Kafur, commissaire de police de l’Etat de Bauchi.

b- Des enfants détenus par la police
D’après la Croix-Rouge nigériane, 11 enfants sont détenus par la police suite à ces violences.
« Les 11 enfants sont détenus malgré nos protestations. Nous avons proposé de retrouver leurs parents et de les réunir, mais notre suggestion a été rejetée par les autorités de police », a dit à IRIN Adamu Abubakar, directeur de la Croix-Rouge nigériane (CRN) à Bauchi.

« Notre inquiétude est que ces 11 enfants soient considérés comme des suspects, ce qui signifierait qu’ils devraient comparaître devant les tribunaux », a-t-il continué.
Le personnel judiciaire étant actuellement en grève à Bauchi, les tribunaux sont fermés, ce qui, selon M. Abubakar, pourrait prolonger la détention des enfants.

Atiku Kafur, commissaire de police de l’Etat de Bauchi, a dit à IRIN : « En ce qui nous concerne, nous les considérons comme des suspects, et ils comparaîtront devant le tribunal lorsque la grève sera terminée… Le fait qu’ils soient mineurs ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être confrontés à la justice. Si un enfant commet un meurtre, il doit être poursuivi, même si la sanction sera différente de celle appliquée à un adulte ».

c- Situation précaire des enfants dans le nord du Nigéria
Dans le nord du Nigéria, des millions d »enfants vivent dans des conditions très précaires, loin de leurs familles, selon le Fonds des Nations Unies pour l »enfance (UNICEF). « Ces enfants sont extrêmement vulnérables à l »influence de ceux qui leur offrent une maigre nourriture », ajoute le Fonds.
L »agence des Nations Unies « déplore l »exploitation d »enfants vulnérables, qui se termine souvent en tragédie ».

Elle appelle les gouvernements, les communautés, les familles et les chefs traditionnels et religieux à garantir qu »on prenne soin de ces enfants de manière adéquate, qu »ils reçoivent une éducation de qualité et qu »ils soient protégés contre les abus et la violence.
Une récente étude du ministère nigérian des femmes et du développement social a constaté que près d »un quart des enfants du Nigéria sont orphelins ou vulnérables. Leur nombre est plus élevé que dans des pays confrontés à la guerre, comme le Soudan, la Somalie et la RDC.


11- Plus de 800 tués suite aux affrontements déclenchés par la secte islamiste Boko Haram

En juillet, des accrochages entre les forces de sécurité et des membres de la secte islamiste radicale Boko Haram ont fait au moins 800 tués dans la ville de Maiduguri, dans l’Etat de Borno (nord-est).
Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est sacrilège ». La secte, également connue sous le nom de « talibans du Nigeria », veut instaurer un Etat islamique unifié sous la loi coranique, la charia. Elle s’est fait connaître par une première vague d’attaques à la veille du Nouvel An en 2003 et a récidivé fin 2004.

Son émergence a suscité la crainte d’une propagation de l’extrémisme islamiste dans le pays laïque.
Boko Haram se veut une version sub-saharienne des taliban afghans, mais sa vision radicale de l’islam n’est pas partagée par la majorité des musulmans nigérians, dont l’organisation représentative, la Jamaatu Nasril Islam, a condamné ses méthodes violentes.

La violence avait éclaté à la suite de l’arrestation dans l’Etat de Bauchi de membres de la secte accusés de préparer une attaque contre un poste de police. Des adeptes de la secte ont alors commencé à attaquer police, églises, prisons et bâtiments officiels dans l’Etat de Borno le 26 juillet, puis la violence s’est rapidement étendue à trois autres Etats voisins du Nord à majorité musulman.
Les forces de sécurité en sont finalement venues à bout.

Mais elles ont aussi tué des civils innocents et des hommes non armés lors des opérations de répression, causant la mort de plusieurs centaines de personnes à Maiduguri, ont dit à IRIN des habitants et des activistes des droits humains. « La manière dont les forces de sécurité s’y sont prises pour tirer et tuer des habitants innocents de Maiduguri et des membres de Boko Haram est invraisemblable », a dit en août à IRIN Shamaki Gad Peter, responsable de la Ligue des droits humains basée à Jos.
Des habitants de Maiduguri ont vu des vendeurs de rue et des passants se faire tuer dans des échanges de tirs, ainsi que des membres de Boko Haram désarmés être abattus.

Les forces de sécurité nigérianes sont connues pour avoir par le passé perpétré des assassinats en représailles, et usé d’une force excessive, d’après Eric Guttschuss, chercheur sur le Nigeria pour HRW.
A Jos, 133 civils ont été tués par la police et les militaires dans des affrontements intercommunautaires en novembre 2008, selon une enquête de HRW.
« Il y a une tradition dans le nord du Nigeria », a dit M. Peter. « A chaque fois que des gens attaquent la police et l’armée, il y a de puissantes attaques de représailles pour venger les morts ».

Les groupes de défense des droits humains estiment que de nombreuses questions restent encore sans réponse. « Les morts étaient-ils des membres de Boko Haram ? », s’est interrogé M. Guttschuss. « Ou était-ce simplement des personnes qui se trouvaient dans les parages ? Quelles sont les circonstances de leur mort ? ».

Sources : Reuters, AP, AFP, ONU, IRIN

3 comments to Nigéria : vers une guerre entre chrétiens et musulmans ?

  • ce que je cherchais, merci

  • sir dela_joie

    mieux de faire la volonté de Dieu gloire puissance a lui, et dechapper au jugement dernier que de faire la volonté de hommes des mortels des ephemeres qui peuvent pas nous defendre devant Le createur au jugement. chretiens musulmans travillons avec notre foi et non la conscience de homme. faut que notre religion aide notre pays dans le processus de developpement politico-socio-economique culturel.

  • La réalité est que les multiples déformations doctrinales provoquées par la mauvaise compréhension de la religion nous est très nuisible,mais pour notre part elle est d’une importance véritablement noble bien qu’elle ne puisse garantir aucun SALUT…

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