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RDC : plus de 260 civils tués en novembre et décembre, déplacements massifs de populations

RDC : plus de 260 civils tués en novembre et décembre, déplacements massifs de populations

22 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

A l’est de la République démocratique du Congo, les forces armées congolaises (FARDC) se battent au quotidien avec le concours de la MONUSCO (force de l’ONU) contre des groupes armés. Récemment encore des groupes armés ont tué des dizaines de civils, en raison de conflits ethniques.

 

Dans la région de Beni (Nord-Kivu), des populations sont victimes de massacres attribués, depuis maintenant cinq ans, aux rebelles des ADF, une rébellion ougandaise, auteure de plusieurs centaines de morts parmi les populations civiles et militaires. Les ADF se financent grâce de nombreuses activités lucratives illégales transfrontalières avec les pays voisins.

 

Au cours des seuls mois de novembre et décembre 2019, plus de 260 civils ont été tués dans la région de Beni par des combattants présumés du groupe rebelle des ADF.

Une offensive majeure a été lancée par les FARDC contre les ADF le 30 octobre dernier.

 

Et depuis le 28 novembre, le chef d’état-major de la RDC s’est installé à Beni pour être au plus près des combats. Dans la région, la force militaire aurait presque doublé, pour passer à 21 000 soldats.

 

 

Déplacements massifs de populations

 

Ces vagues successives de violence ont entraîné des déplacements massifs :

  • Depuis février 2018, près de 57.000 personnes se seraient réfugiées en Ouganda et plus de 556.000 se sont déplacées vers les régions voisines de la RDC.

  • 000 personnes ont été déplacées en Ituri depuis juin, et plus de 20.000 autres ont été déplacées au Sud-Kivu.

 

11 ONG tirent la sonnette d’alarme sur le manque de financements pour venir en aide aux centaines de milliers de personnes déplacées en Ituri. Dans cette région, on compte au total au moins 570 000 déplacés dans le besoin.

 

De plus, un grand nombre d’attaques menées contre les civils dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri ont également visé les opérations de riposte à Ebola.

Et cela alors que plus de 3000 cas de contamination à Ebola ont été enregistrés en RDC, où l’épidémie a déjà tué plus de 2000 personnes depuis août 2018.

 

Les actions de lutte contre la maladie sont régulièrement perturbées en raison d’insécurité causée par la présence de nombreuses milices. Des membres des équipes anti-Ebola ont été tués ou blessés dans des attaques armées dans le Nord-Kivu et en Ituri.

 

Le nombre élevé de victimes civiles au Nord-Kivu a été l’un des principaux déclencheurs de manifestations violentes contre la MONUSCO. Des manifestations qui ont notamment conduit à la destruction et au pillage d’un bureau de la mission onusienne à Beni le 25 novembre.

 

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, effectuera une visite officielle de cinq jours en RDC à l’invitation du gouvernement, du 23 au 27 janvier.

Dans le nord-est du pays, elle visitera un camp de personnes déplacées.

Elle rencontrera également des victimes de torture et de violence sexuelle.

 

 

Une enquête de l’ONU considère les violences en Ituri comme de possibles crimes contre l’humanité

 

Les meurtres, viols et autres violences visant notamment la communauté Hema dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, pourraient présenter des éléments constitutifs de « crime contre l’humanité », selon un rapport des Nations Unies.

 

Dans le contexte des tensions interethniques entre les communautés Lendu et Hema dans les territoires de Djugu et de Mahagi, « au moins 701 personnes ont été tuées, 168 blessées et 142 victimes de violences sexuelles », selon ce rapport conjoint de la MONUSCO et le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme en RDC.

 

« La grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté tués entre décembre 2017 et septembre 2019) ».

 

A partir de septembre 2018, les enquêteurs ont observé, une organisation et une planification grandissante des vagues d’attaques menées par des assaillants Lendu visant des Hema et des membres d’autres groupes ethniques, tels que les Alur.

 

Le rapport documente également de nombreux cas d’enfants tués – certains en uniforme scolaire – de femmes violées, de villages pillés et incendiés. Le 10 juin 2019 par exemple, dans la localité de Torges, un homme membre de la communauté Hema qui tentait d’empêcher des assaillants armés de violer sa femme a vu son fils de 8 ans décapité devant lui.

 

De façon générale, ces violences par des groupes armés Lendu ont eu notamment pour objectif de prendre le contrôle des terres et des ressources qui y sont associées. « La barbarie qui caractérise ces attaques reflète la volonté des assaillants de traumatiser de façon durable les populations Hema, de les contraindre à fuir et à ne plus revenir dans leurs villages ».

 

Par ailleurs, les enquêteurs de l’ONU ont documenté, entre décembre 2017 et mai 2018, des actes de représailles par des membres de la communauté Hema, notamment des incendies de villages et des attaques isolées contre des Lendu.

 

De plus, le déploiement de forces de l’armée et de la police congolaises à partir de février 2018 n’a malheureusement pas suffi à prévenir les violences. « Pire : des soldats et des policiers déployés dans la zone se sont livrés à des exactions telles que des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles et des arrestations illégales ».

 

Les violences entre Lendu, majoritairement agriculteurs, et Hema, éleveurs, ont repris fin 2017 dans cette province frontalière de l’Ouganda et sur les bords du lac Albert. Cette dernière vague de violences dans le territoire de Djugu au nord du chef-lieu Bunia, a causé d’importants mouvements de population.

 

 

Bruits de bottes dans le Maniema

 

La population de Salamabila, dans l’est de la RDC, a déserté la cité. Elle craint les menaces des Maï-Maï Malaïka qui promettent de revenir dans la commune pour chasser l’armée gouvernementale, les FARDC, qui ont pris le contrôle des lieux depuis mi-janvier à l’issue d’intenses affrontements.

 

Les autorités locales ont pourtant appelé les habitants à revenir, mais selon Auguy Musafiri, le gouverneur du Maniema, rien n’y fait. Il reconnaît que les miliciens Malaïka ont toujours exigé d’obtenir un périmètre pour l’exploitation artisanale de l’or. Au moins 18 personnes, dont des enfants, ont été tuées dans les combats.

 

 

Soulagement à Beni après la victoire annoncée des FARDC sur les ADF

 

Soulagement mais aussi espoir à Beni, dans l’est de la RDC, alors que l’armée congolaise affirme avoir conquis le quartier général du mouvement armé ADF. Dans ce territoire, la population veut croire qu’une paix durable est possible, même si des inquiétudes subsistent.

 

Les FARDC annoncent avoir neutralisé cinq chefs de guerre ADF à Medina. Des déclarations accueillies avec prudence par l’opposant Jules Vahikehya.

Si cette opération militaire est effectivement une réussite, les analystes estiment qu’il est encore « trop tôt » pour affirmer « que l’histoire des ADF » est bel et bien « terminée ».

 

 

L’armée dénonce une campagne de discrédit à son encontre

 

Début janvier, l’état-major des forces armées a publié un communiqué dans lequel il donnait des nouvelles de l’offensive. L’armée dénonce aussi des campagnes de dénigrement. L’état-major général des FARDC dénonce ce qu’il qualifie de « message d’intoxication » accusant l’armée et la mission onusienne d’être en connivence avec ce qu’il appelle des « égorgeurs ».

 

Pour le général-major Kasonga Cibangu Léon-Richard, porte-parole de l’armée, ces messages visent à démoraliser les troupes et à remettre en cause « le lourd sacrifice consenti pour la protection de la population ».

 

Il rapporte ainsi que les FARDC, en deux mois, ont perdu 60 militaires. Son bilan fait également état de 175 blessés. L’état-major général des FARDC évoque une guerre non conventionnelle menée contre ce qu’il qualifie d’insurgés dont le but, selon lui, serait la balkanisation de la partie est du pays.

 

Sources : RFI, ONU

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