RDCongo : la guerre continue

RDCongo1- Des clefs pour comprendre
Le conflit du Nord-Kivu trouve son origine dans le génocide rwandais de 1994, quand les milices hutues ont tué 800.000 Tutsis et Hutus modérés avant de fuir dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) suite à la mise en place au Rwanda d’un pouvoir tutsi.
La présence de ces rebelles hutus dans l’est de la RDC, appelés les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), a été le prétexte à deux interventions militaires rwandaises qui ont déclenché de 1998 à 2003 une guerre et une catastrophe humanitaire qui a fait 5,4 millions de morts au cours des dix dernières années.

Si la guerre dans l’Est de la RDC a officiellement cessé en 2003, les incursions de groupes armés et les viols et violences contre les civils se poursuivent.
Le Nord-Kivu est toujours ravagé, depuis des années, par les conflits entre les forces gouvernementales, les rebelles et les milices hutues.
Les civils sont en première ligne, victimes de meurtres, de pillages et de viols.

L’armée régulière congolaise (les Forces Armées de la République Démocratique du Congo – FARDC), a déclenché au début de l’année, avec le soutien de l’armée rwandaise et de la Mission des Nations unies au Congo (MONUC), des opérations militaires contre les FDLR, qui forment un groupe armé de 6 000 combattants. L’objectif est de les désarmer et les renvoyer vers leur pays d’origine, s’ils sont rwandais. Environ 30 % d’entre eux sont en effet aussi des hutus congolais.
La MONUC, qui compte près de 20.000 hommes, militaires et policiers, est actuellement la plus importante opération de maintien de la paix menée par les Nations unies dans le monde.

Si les opérations militaires menées depuis janvier rencontrèrent un certain succès, les représailles des FDLR contre les civils furent terribles, sitôt les forces rwandaises parties, fin février.
Ils ne sont cependant pas les seuls à s’en prendre à la population : l’armée régulière de la RDC commet elle aussi de nombreux crimes.

Hormis la lutte contre les FDLR, une autre opération vise le groupe rebelle ougandais de la LRA (Armée de résistance du Seigneur) qui commet nombre d’exactions contre les civils non seulement dans l’est de la RDC mais aussi dans plusieurs pays frontaliers.
Depuis la fin 2008, la population des Haut-Uélé et Bas-Uélé se trouve ainsi prise dans un cycle de violence lié aux attaques commises par la LRA et à l’offensive des forces ougandaises et congolaises contre cette dernière. Les attaques des rebelles de la LRA et les affrontements s’étendent à de nouvelles zones, et poussent des centaines de milliers de personnes à fuir.

Plus d’un millier de civils ont été tués et près d’un million jetés sur les routes dans l’est de la RDC depuis janvier de cette année.
Le drame humanitaire date de plusieurs années et désormais le nombre total des personnes déplacées par la violence et les combats s’élève à environ 2 millions. Certaines sont réfugiées dans des camps gérés par l’ONU, mais la plupart vit dans des familles d’accueil ou dans la forêt, dans des conditions désespérées.
Les ONG et les agences de l’Onu présentes tentent de faire face à la situation tant bien que mal.

Désormais s’ajoute un autre conflit, d’origine tribale, au nord-ouest de la RDC : dans la province de l’Equateur, des affrontements tribaux ont éclaté fin octobre et ont fait depuis une centaine de morts.
Les civils fuient massivement vers le Congo situé à l’ouest.

2- Des civils continuent de fuir vers le Congo voisin
Des civils originaires de la RDC fuient en nombre croissant la province de l’Equateur (nord-ouest), en proie à des troubles, pour se réfugier dans le pays voisin, la République du Congo, a indiqué mardi le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).
Selon les estimations du gouvernement, quelque 84.000 réfugiés originaires de la RDC sont arrivés depuis début novembre après l’éruption de violences interethniques entre les tribus enyele et munzaya sur un conflit de droits de pêche et d’agriculture.

Certains parmi les nouveaux arrivants ont indiqué au HCR qu’ils avaient fui à la suite d’informations selon lesquelles des miliciens enyele avançaient sur la ville de Gemena, située à environ 200 kilomètres au nord de Dongo. A la fin octobre, ces miliciens avaient déjà lancé une attaque tuant et blessant un nombre important de personnes dans la région de Dongo.
D’autres déplacés sont arrivés depuis des zones où des combats se déroulent actuellement, indiquant qu’ils redoutaient la contre-offensive du gouvernement.

« Nous tentons de faire face à cet afflux, conjointement avec nos partenaires. Toutefois, les réserves d’aide humanitaire s’épuisent alors que le nombre des réfugiés augmente rapidement et que les besoins actuels dépassent les ressources disponibles. De plus, les agences humanitaires sont confrontées à de véritables obstacles logistiques car l’ensemble de la population réfugiée est dispersée sur 500 kilomètres le long de la rivière Oubangui », a dit un porte-parole du HCR à Genève.

Ces réfugiés vivent dans des conditions de surpopulation et les risques de contracter des infections respiratoires, des diarrhées ainsi que le paludisme sont élevés. A cause de la pénurie d’eau potable, les réfugiés utilisent la rivière pour leurs besoins, ce qui présente un autre risque sanitaire majeur.
La présence massive de réfugiés originaires de la RDC met également les communautés locales à rude épreuve, dont certains membres accueillent des réfugiés au sein même de leurs maisons et partagent leurs maigres ressources avec eux.

Parallèlement, dans la Province de l’Equateur, la situation reste tendue. Environ 100.000 personnes sont devenues des déplacés internes depuis début novembre. Les troupes gouvernementales auraient regagné le contrôle de plusieurs zones, y compris Dongo.

3- Progrès inégaux dans la stabilisation de la situation dans l’est
Les progrès accomplis ces derniers mois dans plusieurs domaines très importants pour la stabilisation de la situation dans l’est de RDC ont été inégaux, estime le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
« L’amélioration constante des relations entre ce pays et ses voisins doit être saluée et j’encourage les gouvernements de l’Ouganda, de la RDC et du Rwanda à persévérer dans cette bonne voie ».

Selon Ban, si l’opération menée contre les rebelles du FDLR a remporté des succès militaires importants, elle a eu pour corollaire un coût humanitaire élevé. « Le passage à une nouvelle phase devrait permettre d’atténuer les répercussions de cette opération sur la population civile, tout en maintenant la pression sur les FDLR ».

En outre, malgré quelques progrès, modestes, sur le plan de la mise en œuvre de la politique de tolérance zéro du gouvernement de la RDC au sein des FARDC, certains éléments de l’armée nationale ont été responsables de violations très graves des droits de l’homme. Le Secrétaire général demande instamment au gouvernement congolais de redoubler d’efforts pour prévenir et combattre ces violations inacceptables.

M. Ban confirme le soutien accordé à trois opérations militaires en cours par la MONUC :
– aux 16.000 éléments des FARDC participant à l’opération menée dans les Kivus
– aux FARDC engagés dans l’opération contre les rebelles de la LRA dans les Uélés
– à l’opération menée dans le district d’Ituri de la Province orientale.

Toutefois, la Mission continuera de surveiller de près la conduite des FARDC et réagira promptement pour suspendre son soutien à toute unité qui aura été reconnue coupable d’infractions aux normes des droits de l’homme ou du droit international humanitaire, ajoute-t-il.
De manière générale, le Secrétaire général estime qu’à l’exception des Kivus et de quelques poches situées dans la Province orientale, la RDC est maintenant « un pays en paix ». Elle est « prête, presque 50 ans après son accession à l’indépendance, à s’engager dans une nouvelle phase décisive de reconstruction et de relèvement ».

Compte tenu de ces réalités, la MONUC et le Secrétariat de l’ONU engageront au cours du premier trimestre de 2010 des consultations approfondies avec le gouvernement congolais sur les orientations et la configuration futures de la Mission, y compris pour le retrait de casques bleus.
En attendant, le Secrétaire général recommande que le mandat de la Mission soit prolongé pour une période de six mois, jusqu’au 30 juin 2010.

4- La MONUC va poursuivre sa mission malgré les abus de l’armée congolaise
Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré lundi qu’il était important que la MONUC poursuive son travail malgré les violations des droits de l’homme commises par des éléments de l’armée congolaise.

Selon un rapport de l’association de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch publié lundi, plus de 1.400 civils ont été tués dans l’est de la RDC au cours d’opérations de l’armée congolaise soutenues par la MONUC. Human Rights Watch a constaté que l’armée et les miliciens hutus ont abattu des civils en fuite. Certains ont été tués chez eux, dans des incendies.
HRW appelle la MONUC à cesser son appui aux opérations militaires et demande la destitution des chefs responsables de ces abus.

« Nous avons immédiatement suspendu nos opérations militaires et notre coopération avec certaines parties des forces congolaises », a rappelé M. Ban. « Le mandat de la MONUC est d’aider les forces armées congolaises mais nous avons dit clairement qu’en cas de violations des droits de l’homme, nous suspendrions ces opérations militaires ».
Le Secrétaire général a dit ne pas être sûr « qu’il soit souhaitable de suspendre l’ensemble de l’opération de maintien de la paix ». « C’est quelque chose que le Conseil de sécurité doit décider, en suivant et en évaluant de près la situation là-bas ».

5- L’armée est délabrée
Sous-payée et mal encadrée, l’armée a la réputation de malmener les populations qu’elle est censée protéger. Les soldats pratiquent régulièrement assassinats de civils, viols, pillages, travail forcé et arrestations arbitraires.
Ils étaient responsables de 40% des violations des droits de l’Homme enregistrées en RDC dans les six derniers mois de 2006, selon l’ONU.

L’armée est délabrée, ses soldats ne reçoivent pas toujours leur solde, de toute façon dérisoire. Leurs conditions de vie sont déplorables et ils manquent d’entraînement.
De plus, leur structure de commandement inefficace est parfois plus propice à la mutinerie, aux viols et aux pillages qu’à des carrières de militaires professionnels ou à la protection des civils.
Il y a de plus beaucoup d’impunité, la population se plaignant que les auteurs d’exactions restent en liberté.

Récemment encore, un rapport diffusé le 15 octobre par un enquêteur des Nations unies dénonçait un massacre de civils hutus : des soldats ont massacré au moins 50 réfugiés rwandais en marge d’opérations appuyées par les casques bleus de l’Onu contre des rebelles implantés dans l’est de la RDC. D’après Philip Alston, rapporteur spécial de l’Onu sur les exécutions extrajudiciaires, ce massacre s’est produit le 27 avril dernier près de Shalio, un village de la province du Sud-Kivu.

Des soldats, pour la plupart d’anciens rebelles tutsis congolais intégrés dans les forces armées de RDC, sont entrés dans un camp qui, poursuit-il, “était largement occupé par des femmes, des enfants et des vieillards” et “ont mené une tentative délibérée d’en éliminer tous les occupants”.
“Cinquante personnes au moins ont été tuées. Une quarantaine de femmes ont été enlevées et violées. Certaines d’entre elles ne sont pas réapparues depuis”, a ajouté Alston.
De plus, le massacre de Shalio a provoqué un raid de représailles des rebelles des FDLR contre le village voisin de Busurungi, où 96 civils au moins ont été tués le 10 mai.

Le ministre congolais de l’Information, Lambert Mende, a déclaré que les autorités gouvernementales étaient au courant de ce massacre mais qu’elles avaient redouté que l’arrestation du responsable présumé de l’attaque, un ancien commandant rebelle tutsi connu sous le nom de colonel Zimulinda, ne provoque de graves violences.
“L’arrestation de Zimulinda aurait eu des conséquences pires que les crimes dont il est accusé”, a-t-il dit en évoquant une possible fragilisation de l’intégration de plusieurs dizaines d’anciens groupes ou milices rebelles dans les rangs de l’armée congolaise.

Le gouvernement congolais, soutenu par ses alliés occidentaux, s’était efforcé de reconstruire une armée nationale à partir des éléments de l’armée gouvernementale et des factions rebelles ayant combattu lors de la guerre de 1998-2003. Mais de vieilles allégeances, le manque d’entraînement et de discipline, l’habitude de s’emparer d’un butin lors des combats, ont fortement compliqué une tâche déjà difficile en raison des tensions ethniques qui minent l’est de la RDC.

6- Washington demande l’arrestation du général congolais Ntaganda
L’émissaire américain pour l’Afrique des Grands Lacs, Howard Wolpe, a demandé en novembre à la RDC l’arrestation de l’ancien général rebelle Jean Bosco Ntaganda, inculpé de crimes de guerre.
Le général Ntaganda, surnommé “Terminator”, est actuellement commandant en second des forces gouvernementales congolaises engagées dans une offensive contre des rebelles rwandais dans l’est de la RDC – offensive lancée en début d’année avec l’aval de la MONUC.
La MONUC, qui dit ne pas avoir de contact avec le suspect, affirme que le gouvernement de Kinshasa lui a assuré que Ntaganda ne jouait pas un rôle important dans les opérations.

Jean Bosco Ntaganda, inculpé de crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, a rallié l’armée congolaise en janvier, au début de l’offensive contre les rebelles hutus des FDLR.
“Nous pensons tout simplement que quelqu’un qui a commis des crimes de guerre ne devrait pas participer en ce moment à des opérations militaires de cette sorte mais devrait rendre des comptes”, a déclaré Howard Wolpe.

Dès janvier dernier, c’était l’émissaire de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, Roland Van Der Geer, qui avait réclamé l’arrestation du général Ntaganda.
Ce dernier est notamment accusé d’avoir recruté des enfants pour combattre en Ituri, dans l’est de la RDC. Il était le chef de la branche armée du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), à majorité tutsie, avant de se rallier au gouvernement de Kinshasa.
La RDC a signé le Statut de Rome fondant la CPI et qui l’engage à exécuter les mandats d’arrêt émis par la cour. Mais Kinshasa fait valoir que sa priorité est de pacifier sa frontière Est.

7- Quid de l’embargo sur les armes ?
Le Conseil de sécurité impose un embargo sur les armes aux groupes armés et milices étrangers et congolais opérant dans l’est du pays.
Mais la surveillance du respect de cet embargo pose problème, car les armes continuent à circuler.
Dans un rapport publié en décembre 2008, un groupe d’experts surveillant l’embargo affirmait avoir trouvé des preuves que les autorités rwandaises et l’armée congolaise ont aidé des groupes rebelles adverses dans la guerre.

Selon ce rapport, il y a peu d’éléments écrits pour prouver le soutien matériel rwandais à la milice tutsie du CNDP. Toutefois, les experts ont trouvé des preuves que les autorités rwandaises ont participé au recrutement de soldats, dont des enfants, et ont facilité la fourniture d’équipements militaires et envoyé leurs propres officiers et des unités en RDC pour soutenir le CNDP.

En ce qui concerne les autorités de RDC, les experts affirment avoir obtenu des preuves solides que l’armée gouvernementale a collaboré avec les hutus FDLR, en lui fournissant des équipements militaires et en menant des opérations conjointes contre le CNDP.
Le groupe d’experts affirme en revanche n’avoir pas trouvé de preuves que les multiples groupes armés illégaux opérant dans l’est de la RDC se fournissent en armes sur le marché international et en conclut que “les FARDC demeurent la principale source” de ces armements.

8- La “folie” des viols en RDC
L’ONU a lancé en octobre un cri d’alarme face à la “folie” des viols commis par les belligérants en RDC, dénonçant son utilisation comme “arme de guerre” dans le conflit.
Dépuis le début de l’année, au moins 7000 cas de viols de femmes ont été rapportés dans la province du Sud-Kivu, dont environ 90% ont été supposément commis par des groupes armés ou des forces régulières.
Selon l’UNICEF, plus d’un million de personnes en RDC sont atteints du VIH ou du sida, transmis en partie par les violences sexuelles qui touchent des dizaines de milliers de personnes, dont 50% d’enfants.

En août, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait réclamé au Conseil de sécurité la création immédiate d’une commission d’enquête indépendante sur les abus sexuels commis dans les conflits au Soudan, au Tchad et en RDC.
Ban Ki-moon avait attiré l’attention du Conseil en particulier sur les agissements de la LRA « dont les activités ont déstabilisé les civils au Soudan, en République centrafricaine, en Ouganda et au RDC ».

9- Au moins 50 Casques bleus punis pour abus sexuels ces 3 dernières années
Hormis l’armée congolaise et les différentes factions armées, des soldats de l’ONU seraient également impliqués dans des violences sexuelles.
Au moins 50 Casques bleus, dont les identités, les nationalités ou les affectations n’ont pas été spécifiées, ont été condamnés ces trois dernières années pour des abus sexuels commis lors de missions de l’ONU, a annoncé l’organisation internationale début novembre.
Ces peines, infligées au niveau national, vont des rétrogradations à huit mois de peines de prison.

La diffusion de ces chiffres fait suite à des demandes répétées de la presse, qui réclamait des informations sur les peines infligées à des Casques bleus accusés de viols et autres violences dans des zones de conflit, au Congo-Kinshasa principalement.
Ces chiffres montrent une augmentation des poursuites en 2009, mais aussi que nombre de demandes de sanctions de la part de l’ONU n’ont pas été suivies d’effet de la part des gouvernements interpellés.

Le gouvernement de la RDC avait créé une polémique en novembre 2008 en informant le secrétaire général de l’Onu qu’il ne voulait pas que des Indiens fassent partie des 3.000 soldats et policiers de l’Onu dépêchés en renfort dans l’est du pays. Cela alors que l’Inde est le principal contributeur de la Monuc.
Le gouvernement se disait mécontent des soldats indiens dans la province du Nord-Kivu, où ils sont accusés de ne pas s’être opposés aux attaques et aux massacres imputables aux rebelles.
Motif d’embarras supplémentaire, les Indiens ont aussi fait l’objet d’enquêtes pour inconduite sexuelle et commerce illicite d’or et d’armes. On les accuse en outre de s’être montrés favorables aux insurgés tutsis du général rebelle Laurent Nkunda.

10- La MONUC manque de moyens
La MONUC, présente depuis 2001 en RDC, est avec 20.000 hommes la plus importante force de l’ONU jamais déployée dans le monde. Cette mission, éparpillée sur un immense territoire, est très complexe, car elle mène des opérations militaires contre trois groupes armés – la LRA, différentes milices en Ituri et les FDLR aux Kivus.
Il s’agit de plus de milices très mobiles.

Malgré ses nombreuses initiatives, la MONUC peine à protéger les civils contre les groupes armés.
Elle se plaint de disposer d’effectifs trop faibles au regard d’un pays grand comme l’Europe de l’Ouest et aux voies de communication délabrées, voire inexistantes. Les casques bleus disent ne pas être en mesure d’assurer la protection de toute la population civile de l’est de la RDC, qui grouille de groupes armés de toutes obédiences.

De plus, en juin des témoins et des responsables rapportaient que des dizaines de milliers de civils sont exposés aux massacres, viols et pillages en raison du refus de soldats de la MONUC de s’aventurer dans leur région.
Les casques bleus se sont montrés incapables depuis l’été 2008 de protéger efficacement les civils des tueries, pillages et viols. Protéger les civils est pourtant la mission de la MONUC, y compris en utilisant la force armée. Cela s’est d’ailleurs déjà produit à plusieurs reprises

Elle est accusée par la population de passivité dans le conflit. Elle se révèle impuissante à assurer la sécurité contre les bandes armées qui depuis des années sillonnent le pays, tuant, pillant, violant et enrôlant des enfants dans leurs rangs.
Des milliers de personnes avaient manifesté en septembre 2008 à Dungu, où les manifestants accusaient les autorités locales et la MONUC de rester silencieuses face aux attaques de la LRA.

11- Les représailles des FDLR ont été terribles
D’après Philip Alston, rapporteur spécial de l’Onu qui a publié un rapport le 15 octobre, l’opération conjointe en cours menée par des militaires de la RDC et des Nations Unies visant à nettoyer le territoire du pays de la présence des FDLR a des conséquences catastrophiques sur les civils.

L’opération a été si mal exécutée que les FDLR ont pu retourner facilement dans les villages abandonnés par les forces congolaises et les Nations Unies pour y commettre des massacres violents de civils en guise de représailles. « D’un point de vue des droits de l’homme, l’opération a été une catastrophe », a-t-il dit. « Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées, des centaines de villages entièrement brûlés et au moins 1.000 civils ont été tués. Femmes et fillettes ont été violées jusqu’à ce que mort s’en suive, de la façon la plus horrible que l’on puisse imaginer. »

12- La particularité de la LRA
L’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA), groupe armé ougandais, mène depuis 22 ans une des rébellions les plus longues et violentes d’Afrique, qui a débordé le cadre de l’Ouganda pour toucher le Soudan et la RDC. Le chef du groupe, Joseph Kony, et d’autres suspects sont recherchés par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour des crimes présumés tels que des meurtres, des viols et l’utilisation d’enfants soldats.
Cette longue guerre a fait environ 100.000 morts et provoqué le déplacement de près de 2 millions de personnes.

La LRA est connue pour ses activités sanguinaires dans le Nord de l’Ouganda, en République centrafricaine, au Sud du Soudan et en RDC. Les membres du groupe se livrent à des pillages et des massacres, enlevant des centaines d’enfants pour en faire des soldats et des esclaves sexuels, les mutilant s’ils se révoltent ou tentent de fuir.
La LRA continue à l’heure actuelle de causer des destructions et des déplacements dans l’Est de la RDC.

À la suite d’une offensive conjointe des troupes d’Ouganda, de RDC et du Sud-Soudan menée en décembre 2008 après un nouveau refus de Joseph Kony de signer un accord de paix, le groupe rebelle a semé la terreur dans le nord-est de la RDC, tuant plus de 1 000 civils. Des représailles brutales ont aussi été menées au Sud-Soudan.
Le groupe rebelle est accusé de meurtres, kidnappings de civils et viols de femmes. Il a aussi détruit des centaines de fermes et pillé des centres médicaux, des écoles et d’autres bâtiments publics.
Il a forcé des milliers de Congolais à fuir vers la République centrafricaine et le Sud-Soudan voisins.

Depuis septembre 2008 plus de 1.200 civils ont été brutalement tués par la LRA au Congo. De plus, nombre de ces tueries étaient des massacres prévisibles commis en guise de représailles à la suite des opérations militaires du gouvernement et des Nations Unies.

13- Les richesses minières attisent les tensions
Comme au cours de la dernière guerre, les spécialistes du conflit soulignent le rôle que jouent les mines d’or, de diamants et de cassitérite.
Les zones minières, particulièrement importantes dans l’Est de la RDC, sont actuellement militarisées.
Les FDLR et leurs partisans sont responsables de l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Un rapport d’enquête de l’ONU réalisé en 2001 a établi que les conflits en RDC avaient principalement pour objet “l’accès, le contrôle et le commerce” de 5 principales ressources minières : coltan, diamants, cuivre, cobalt et or.
La contrebande de minerais comme la cassitérite et le coltan, qui sert pour la fabrication de téléphones portables, alimente toutes les guérillas.
La région attire aussi des intérêts financiers, notamment depuis la découverte de pétrole sous le lac Albert, à la frontière entre la RDC et l’Ouganda.

Les revenus tirés du charbon de bois contribuent également à alimenter le conflit dans l’est de la RDC, où des milices et certains segments de l’armée nationale contrôlent la production et le commerce de ce combustible.
Emmanuel de Mérode, directeur et chef de site du Parc national de Virunga, a indiqué en juillet : « Le commerce illégal de makala [génère] un chiffre d’affaires de plus de 30 millions de dollars par an. Une grande partie de cet argent va aux groupes armés ».

D’après M. de Mérode, près de 92 % du makala produit au Nord-Kivu provient d’arbres abattus dans le parc. Le Parc national est pourtant un site du patrimoine mondial. Selon lui, à ce jour, 20 % du parc ont été détruits par la déforestation illégale et la production du charbon de bois, et au moins 120 gardes forestiers ont été tués par divers groupes armés.

Sources : Reuters, AP, AFP, ONU, IRIN

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