Somalie : Al-Qaïda l’emporte

1- Des clefs pour comprendre
La Somalie est en guerre civile depuis 1991 et peu de signes laissent espérer que la dernière tentative pour y établir un gouvernement central soit plus fructueuse que les 14 qui l’ont précédée depuis 1991. Les insurgés islamistes des groupes shebab et Hezb al-Islam ont juré la perte du gouvernement de transition.

Al Chabaab se réclame ouvertement de l’idéologie du jihad (guerre sainte) mondial prôné par Al-Qaïda et contrôle une large partie de la capitale Mogadiscio, ainsi que le centre et le sud du pays. Ces shebabs (“les jeunes” en arabe) et le groupe Hizbul Islam veulent imposer dans le pays une version rigoriste de la charia, le droit islamique.

L’actuel gouvernement de transition (le TFG) du président Sharif Cheikh Ahmed, en place depuis plus d’un an, qui a l’appui des pays occidentaux, ne contrôle, avec l’aide des troupes de l’Union africaine (Amisom), que quelques points stratégiques de la capitale, dont l’aéroport.
Il est aussi soutenu dans ses combats par plusieurs milices, dont la plus importante est la milice Ahlu Sunna Waljamaca.

Cette milice rivale d’Al Chabaab est une secte soufie, considérée comme plus modérée qu’al-Shabab en matière d’interprétation de l’Islam. Elle a rejoint le conflit fin décembre 2008, et contrôle aujourd’hui tout le Galgadud, dans le centre de la Somalie.
Ahlu Sunna Waljamaca s’est juré de chasser les islamistes de Somalie. Elle les accuse d’avoir assassiné des dignitaires religieux et profané des tombes, actes contraires, selon elle, aux enseignements de l’islam.

Les “Shebabs” refusent de faire partie d’un gouvernement de coalition et lancent des attaques contre la capitale. Ils prennent régulièrement pour cible la présidence somalienne, Villa Somalia, ou la base principale de l’Amisom, qui jouxte l’aéroport. L’Amisom réplique, et ces échanges de tirs font de nombreuses victimes civiles, même si elle affirme tout faire pour éviter les victimes collatérales.
Les affrontements entre insurgés shebab et du Hezb al-Islam d’un côté, troupes de l’Amisom et forces pro-gouvernementales de l’autre, sont quotidiens dans la capitale.

Les shebab comptent dans leurs rangs plusieurs centaines de jihadistes étrangers, mais veulent à tout prix le départ des étrangers présents en Somalie. Ils considèrent l’Amisom comme une “force d’occupation”, contre laquelle ils ont mené plusieurs attentats-suicide sanglants.
L’Amisom, déployée à Mogadiscio depuis mars 2007, est composée de 5.300 soldats ougandais et burundais, loin des 8.000 initialement prévus. Cette force est chargée de protéger les installations gouvernementales clefs de la capitale. Mal équipée et sous-financée, elle est seule sur le terrain.

Si les Shebabs sont si puissants, c’est aussi car ils attirent des jeunes recrues intéressées par l’appât du gain et par l’assurance de pouvoir manger à leur faim.
Ces extrémistes ont remporté d’importantes victoires ces derniers mois, et contrôlent, avec la milice Hezb al-Islamiya, la plupart du pays.

Ils ont commencé à appliquer dans les régions sous leur contrôle une forme très stricte de la charia (loi coranique), et ont procédé à plusieurs amputations, exécutions et des lapidations à mort.
Les parties de Somalie qui ne sont contrôlées ni par les islamistes ni par le gouvernement sont aux mains de clans lourdement armés qui se livrent à toutes sortes de trafic.
Le nord du pays est quant à lui divisé en régions de facto autonomes, Puntland et Somaliland.

La capitale est le théâtre d’affrontements réguliers qui se sont intensifiés lorsque les shebabs et Hezb al-Islam ont lancé le 7 mai une offensive dans la capitale ainsi que dans le sud et le centre de la Somalie.
Des centaines de personnes, dont beaucoup de civils, sont mortes lors de quatre mois d’intenses combats à Mogadiscio et 250.000 personnes ont été contraintes de fuir.
Après cette grande offensive d’Al-Shabab, le gouvernement avait mené sans succès une contre-offensive.

Les violences quotidiennes dans la capitale sont particulièrement meurtrières pour les civils. Les deux camps utilisent artillerie et missiles pour leurs combats qui se déroulent dans des quartiers d’habitation.
Le marché très animé de Bakara, devenu fief des rebelles, est souvent pris dans les combats. Il est connu pour la profusion des armes que l’on y trouve.

La Somalie continue à être l’une des crises humanitaires parmi les pires au monde, avec quelque 1,5 million de personnes déplacées et plus de 560.000 personnes vivant en tant que réfugiés dans les pays voisins, principalement au Kenya (309.000), au Yémen (163.000) et en Ethiopie (59.000).
3,64 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d’une aide extérieure, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Les 3/4 de ces habitants sont regroupés dans le centre et le sud du pays, essentiellement contrôlés par les miliciens d’Al Chabaab.

Les combats dans le pays ont fait au moins 21.000 morts au cours des trois dernières années. Mogadiscio est l’une des régions les plus touchées par la guerre.
Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) souligne que les combats dans le centre de la Somalie entre les forces gouvernementales et les rebelles ont été particulièrement meurtriers en janvier avec un bilan de 258 morts et 253 blessés parmi les civils.
De plus, aux combats s’ajoutent sécheresse et malnutrition.

Le chaos a créé un terrain idéal pour le banditisme, les enlèvements et la piraterie, cette dernière ayant pris des proportions jugées inquiétantes par la communauté internationale. Les côtes somaliennes sont devenues l’un des endroits les plus dangereux de la planète : les pirates infestent les côtes, capturant les navires marchands dont ils demandent une rançon.

2- D’où vient la puissance des Shebabs ?
a- L’exportation de charbon financerait les insurgés
Le ministre somalien de l’environnement, Burci Hamza, indique que son gouvernement tente actuellement de convaincre les pays du golfe Persique de cesser d’importer du charbon somalien, car il rapporte des millions de dollars aux insurgés somaliens. Selon lui, « ces groupes radicaux coupent les arbres et permettent à des gens d’affaires corrompus d’exporter du charbon à partir des ports qu’ils contrôlent et l’argent est utilisé pour poursuivre le meurtre de civils ».

b- La mort de chefs d’Al-Qaïda ne change rien à la donne
Les combats se poursuivent et les shebabs, qui ont fait allégeance à Al-Qaïda, semblent se renforcer durablement, bien que début février le ministre somalien de l’Intérieur ait annoncé à la BBC qu’un haut dirigeant d’Al-Qaïda a été tué par les forces de sécurité. Il n’a pas révélé son identité, mais il semble qu’il s’agirait d’Amar Ibrahim, le principal responsable d’Al-Qaïda en Somalie.

Ce militant associé à Al-Shebab aurait remplacé Saleh Ali Saleh Nabhan, tué en septembre dernier lors d’un raid américain. Nabhan figurait sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI qui le considérait comme le cerveau présumé d’un attentat à Mombasa, principal port du Kenya, en novembre 2002 contre un hôtel appartenant à des Israéliens, qui avait fait 18 morts, dont 3 kamikazes.
Les shebabs ont une influence grandissante, ils sont liés aux membres d’Al-Qaïda situés au Yémen et envisagent de contrôler ensemble le golfe d’Aden, déjà infesté de pirates somaliens.

c- L’Erythrée soutiendrait les Shebabs
L’Erythrée est un vieil ennemi de la Somalie et est régulièrement accusée de lui faire la guerre par l’intermédiaire des insurgés. Les Etats-Unis l’accusent de fournir un soutien logistique aux rebelles, en violation d’un embargo décrété par l’ONU.

Un rapport critique de l’ONU sur la situation en Somalie sera déposé au Conseil de sécurité cette semaine : l’AFP a obtenu des extraits du rapport indiquant que le Groupe de contrôle critique l’Érythrée en raison du support que le pays fournit aux groupes armés somaliens. Le rapport affirme qu’en 2009, « le gouvernement érythréen a continué de fournir une assistance politique, diplomatique, financière, et un soutien militaire présumé aux groupes d’opposition armés ».

Tant l’Union africaine (UA) que l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) avaient appelé l’été dernier le Conseil de sécurité à sanctionner l’Erythrée. L’Igad regroupe Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan et l’Ouganda.

Le Conseil de sécurité a instauré le 23 décembre un nouveau régime de sanctions contre l’Érythrée, accusée de soutenir des groupes armés somaliens, de déstabiliser le gouvernement fédéral de transition au pouvoir à Mogadishu, et de refuser de régler son différend frontalier avec la République de Djibouti.
Le Conseil de sécurité a ainsi décidé que tous les Etats Membres devaient prendre immédiatement les mesures nécessaires pour interdire la vente ou la fourniture d’armements à l’Érythrée, ainsi que toute assistance technique ou de formation.

Les Etats Membres doivent geler immédiatement les fonds se trouvant sur leur territoire et qui sont détenus ou contrôlés directement ou indirectement par des individus ou entités désignés par le Comité du Conseil de sécurité. Les dispositions de la résolution s’appliquent notamment aux hauts responsables politiques et militaires érythréens, aux entités gouvernementales et paraétatiques et aux entités privées appartenant à des nationaux érythréens vivant sur le territoire érythréen ou à l’extérieur.
Ces personnes et entités sont désignées par le Comité comme fournissant, notamment, un appui depuis l’Érythrée à des groupes d’opposition armés qui visent à déstabiliser la région.

La résolution invite aussi les pays membres des Nations unies à inspecter toutes les cargaisons suspectes par mer et air entre cette nation de la corne de l’Afrique et la Somalie.
Le texte impose également une interdiction de voyager aux dirigeants érythréens qui violeraient l’embargo et empêcheraient le règlement de son conflit frontalier avec Djibouti.
Une précédente résolution (de 2008) imposait déjà des mesures contre les personnes et les entités se livrant ou apportant un appui à des actes menaçant la paix, la sécurité ou la stabilité de la Somalie, ayant agi en violation de l’embargo sur les armes ou faisant obstacle à l’acheminement de l’aide humanitaire destinée à ce pays.

d- Des djihadistes étrangers en Somalie
Quelques centaines d’étrangers, issus pour la plupart de la diaspora somalienne, combattent actuellement en Somalie.
Les miliciens d’Al Chabaab lancent régulièrement des appels aux volontaires étrangers. La propagande est forte et bien organisée, ce qui attire entre autres des citoyens américains d’origine somalienne.

Selon les données démographiques de l’Etat du Minnesota aux USA, plus de la moitié des quelque 32.000 résidents somaliens vivent dans la pauvreté et nombre de ceux qui sont partis venaient de familles très modestes. Beaucoup avaient été élevés par des mères seules dans une communauté qui valorise nettement l’autorité masculine. Nombre d’entre eux fréquentaient leur mosquée locale. D’après les documents de la justice, c’est dans une mosquée qu’une partie du recrutement pourrait avoir lieu.

Les Nations unies estiment que des centaines de combattants étrangers ont rejoint les rangs des milices islamistes radicales.
Fin mai, un influent dirigeant de l’opposition assurait que des Arabes étaient arrivés en Somalie pour mener la guerre sainte contre le gouvernement, lequel a l’appui des Occidentaux.
Seraient aussi présents des combattants étrangers est-africains et asiatiques.
Les Shebabs sont selon le gouvernement somalien commandés par un ancien général de l’armée pakistanaise.

3- La Somalie passe du statut d’Etat en faillite à celui d’État fragile, estime l’ONU
Le Représentant spécial des Nations Unies pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, a félicité aujourd’hui le Gouvernement fédéral de transition et le mouvement Ahlu Sunna Wal Jama’a après la signature officielle d’un accord, au Siège de l’Union africaine, qui engage les deux parties à coopérer pleinement en vue de la paix et la réconciliation.

« En remerciant toutes les parties et ceux qui ont contribué à cet accord, j’invite tous les amis de la Somalie à s’adapter à une nouvelle réalité, la renaissance de l’Etat somalien ». « Je vais répéter ce que j’ai dit auparavant, que je crois fermement que la Somalie est en train de passer d’un Etat en faillite à un Etat fragile », a ajouté Ahmedou Ould-Abdallah.
« Je suis convaincu que d’autres rapprochements entre les Somaliens vont suivre bientôt. L’ancienne barrière à la stabilité en Somalie est lentement en train d’être abattue », a-t-il assuré.

Il a exprimé sa reconnaissance envers l’Union africaine, la Ligue des États arabes, l’Union européenne, la Norvège et les États-Unis « pour leur rôle important », ainsi qu’envers « les États membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et surtout pour le président éthiopien pour leur engagement et leurs efforts dans cette entreprise ».

L’accord a été conclu dans le cadre du processus de paix de Djibouti et fait suite à une déclaration signée entre le gouvernement et Ahlu Sunna Wal Jama’a le 21 Juin 2009, à Nairobi, sous l’égide de l’ONU.
Le gouvernement de transition somalien (TFG) annonce depuis la fin de l’an dernier une offensive majeure contre les shebabs dans la capitale, mais également dans le centre-sud du pays sous leur contrôle, où l’implication d’Ahlu Sunna serait alors cruciale.

En février, réunis à Addis Abeba, le vice-Premier ministre du TFG Sharif Hassan Cheikh Aden et le leader spirituel du mouvement Ahlu Sunna wal Jamaa (ASWJ), cheikh Mahamoud Cheikh Ahmed, avaient mené une semaine de discussions pour mettre en place une stratégie commune de lutte contre les insurgés shebab.
Selon le projet d’accord, un panel national d’oulémas –des dignitaires religieux– sera mis en place et fixera un cadre “pour protéger et préserver la foi islamique somalienne”, avait indiqué la diplomatie éthiopienne en février.

Cependant, cet accord a provoqué de nouvelles divisions au sein d’ASWJ, d’autant que ses détracteurs l’accusent d’être complice de l’Ethiopie voisine, qui lui assurerait armes et entraînements.
Vendredi, 26 responsables locaux d’ASWJ ont indiqué qu’ils rejetaient l’accord lors d’une conférence de presse organisée dans la capitale de la région de Galgudud.
“Cette conférence de presse vise à boycotter les membres qui prétendent représenter notre groupe pour un accord avec le gouvernement somalien. Nous ne soutenons plus cet accord qui doit être signé à Addis Abeba”, a ainsi déclaré Cheikh Adan Shueyb, un des responsables du groupe.

D’autre part, un rapport critique de l’ONU sur la situation en Somalie sera déposé au Conseil de sécurité cette semaine : l’AFP a obtenu des extraits du rapport indiquant que le Groupe de contrôle souligne la corruption et l’inefficacité du gouvernement fédéral de transition somalien (TFG). « L’impasse militaire actuelle en Somalie est moins le reflet de la force de l’opposition armée que de la faiblesse du TFG ».

4- Sur le terrain, les insurgés victorieux
A Mogadiscio, les tirs d’artillerie et d’armes automatiques avaient cessé dans la nuit de vendredi à samedi et la situation était calme le samedi matin la matinée, après trois jours de combats intenses entre forces gouvernementales et insurgés qui ont fait au moins 40 morts.
Des témoins rapportent que des centaines d’habitants de Mogadiscio ont fui la capitale somalienne.
Selon l’AFP, les blindés de l’AMISOM seraient parvenus à déloger les shebabs de certaines de leurs positions, avant que ces derniers ne les regagnent.

Par ailleurs, le gouvernement de transition somalien (TFG), qui annonce depuis la fin de l’an dernier une offensive majeure contre les shebabs dans la capitale, mais également dans le centre-sud du pays sous leur contrôle, a assuré que cette opération était désormais imminente.
“Nous appelons les habitants à se tenir à l’écart des zones de combat car la grande offensive destinée à chasser les rebelles de toute la ville (de Mogadiscio) est imminente”, a déclaré à la presse le maire de la capitale, Abdirizak Mohamed Nur.

Depuis la fin 2009, le TFG promet ainsi d’en finir avec les insurgés et de “libérer” la ville. Il promet de lancer une vaste offensive contre Al Chabaab et l’autre groupe rebelle Hizbul Islam.
Des recrues fraîchement entraînées ont été déployées dans les rues. Les 5.000 soldats ougandais et burundais de l’Amisom ont reçu munitions et nouveaux engins blindés. En face, des centaines de combattants islamistes lourdement armés, dont de nombreux enfants-soldats, sont venus renforcer les rangs de shebab, qui promettent la défaite du gouvernement “apostat”.

Depuis le début de l’année les combats se sont par conséquent intensifiés dans la capitale, avec leur lot de victimes civiles. Mi-février, en seulement 2 semaines, quelque 13.600 personnes ont été forcées à fuir. Cela porte à plus de 250.000 le nombre de personnes ayant quitté Mogadiscio depuis mai 2009.
Les affrontements récents, avec de nombreux combats rapprochés, montrent une nette montée en puissance des violences.

Selon le journal US New York Times, des forces spéciales américaines pourraient aider le gouvernement somalien. Citant un responsable américain ayant requis l’anonymat à Washington, le quotidien affirmait début février que l’offensive pourrait être lancée dans les prochaines semaines. ‘Vous verrez des frappes aériennes et des opérations des forces spéciales’, a précisé cette source anonyme.
Des conseillers américains supervisent depuis plusieurs mois l’entraînement des forces somaliennes qui doivent être engagées dans cette offensive, indique le NYT.

Jusque-là, les Américains intervenaient surtout par voie aérienne dans le conflit. L’armée US a par exemple tué le 14 septembre, lors d’une opération héliportée, un chef local d’Al-Qaïda, le Kényan Saleh Ali Saleh Nabhan, dans le sud du pays. Il figurait sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI.
L’armée américaine avait déjà mené plusieurs opérations aériennes visant des individus soupçonnés d’implication dans les attentats d’août 1998 contre les ambassades des USA au Kenya et en Tanzanie.

En mai 2008, des avions de chasse US avaient tué le dirigeant d’Al Chabaab Aden Hashi Ayro, un activiste formé en Afghanistan, dans la ville centrale de Dusamareb. Sous sa direction, Al Chabaab a adopté des méthodes à l’irakienne, comprenant l’utilisation de bombes placées en bord de route ou les attentats suicides.
A part ces quelques interventions US, la communauté internationale, échaudée par ses échecs passés, rechignait à toute intervention directe en Somalie.
Les Etats-Unis sont en effet hantés par la débâcle de l’opération menée en 1993 sur Mogadiscio.

Mais les choses ont changé récemment : les Etats-Unis et la France ont fait savoir qu’ils livraient des armes en grande quantité, pour le premier, ou qu’ils aidaient à la formation d’éléments des forces somaliennes, pour le second.
En plein désert djiboutien, la France entraîne en toute discrétion des soldats somaliens.

Et l’Union européenne a approuvé fin janvier l’envoi d’une mission militaire visant à former les forces de sécurité somaliennes à partir du territoire ougandais. Des diplomates européens ont indiqué que l’Espagne dirigera la mission. La formation de 2000 soldats somaliens pourrait débuter en mai.
Les services de sécurité occidentaux affirment que la Somalie est devenue un repaire d’activistes, notamment de djihadistes étrangers, qui s’en servent pour préparer des attaques.

Par ailleurs, début février, des sources kenyanes proches des services de sécurité rapportaient que des milliers de Somaliens ont été entraînés au Kenya et sont prêts à participer à une offensive des forces gouvernementales somaliennes contre les rebelles affiliés à Al Qaïda.
Un ancien membre de l’armée embauché pour entraîner des recrues somaliennes dans le nord-est du Kenya a déclaré sous le sceau de l’anonymat que 2.500 hommes étaient pratiquement prêts au combat.
Dans la perspective d’une offensive, le Kenya a aussi renforcé la sécurité à sa frontière avec la Somalie.

Selon des responsables kényans de la sécurité, des centaines d’hommes ont été envoyés en renfort à la frontière de crainte que les combats n’incitent des rebelles somaliens et des activistes étrangers qui combattent dans leurs rangs à tenter de pénétrer au Kenya.
Les tensions montent dans cette région aride où les emplois sont rares et les belligérants somaliens des deux camps tentent de recruter de jeunes hommes dans les villages kényans.

5- L’Ethiopie serait de retour dans le pays
Ce voisin de la Somalie avait justifié son intervention armée aux côtés du TFG (gouvernement de transition somalien) fin 2006 par la menace représentée par les Tribunaux islamiques pour sa propre sécurité. Elle avait permis de reprendre le contrôle du pays mais était largement considérée dans la population comme un ennemi héréditaire, et plusieurs ONG l’avait accusée de violations des droits de l’Homme contre les civils lors de sa lutte contre l’insurrection.
Elle s’est extraite du bourbier militaire il y a un an, en retirant toutes ses troupes.

Il pourrait cependant encore y avoir des soldats éthiopiens.
Début février, des soldats éthiopiens ont traversé la frontière afin d’arrêter plusieurs individus reliés à Al-Shebab dans les villes d’El Barde et Yeed, situées dans le sud de la Somalie.
La présence de troupes éthiopiennes avait aussi précédemment été signalée dans certaines régions du centre du pays, mais l’Ethiopie niait ces affirmations.

Selon des témoins, le 28 août, des forces éthiopiennes seraient entrées dans la ville de Baladwayne, située à 350 kilomètres au nord de la capitale Mogadiscio, et auraient fait reculer les insurgés islamistes. Les forces éthiopiennes n’en seraient pas parties et auraient pris le contrôle de la ville.
Cette ville stratégique était un bastion d’Al Chabaab.
Le gouvernement somalien refuse de s’exprimer sur leur retour présumé.

De toute façon, suite à son retrait du pays, l’Ethiopie avait prévenu qu’elle pourrait renvoyer des soldats chez son voisin si la situation se détériorait de nouveau.
En juin également, des habitants cités par certains médias somaliens affirmaient qu’environ 200 soldats éthiopiens avaient repassé la frontière. Interrogé par l’AFP, le ministre de la Communication éthiopien, Bereket Simon, avait déclaré que l’Ethiopie n’interviendrait pas en Somalie sans une “décision de la communauté internationale”.

6- Janvier a été difficile, notamment dans le centre de la Somalie
Ahlu Sunna est particulièrement implanté dans la région de Galgudud (centre), convoitée par Al Chabaab qui aimerait étendre son contrôle entre Mogadiscio et la région semi-autonome du Puntland, dont les autorités sont favorables au gouvernement de transition somalien.
Dhusamareebb est le chef-lieu de la région de Galgadud.

La soudaine escalade de violence qui s’est produite en janvier a provoqué la mort de centaines de civils et le déplacement de plus de 80.000 autres, a indiqué début février le HCR.
Selon des sources locales, des affrontements d’une grande intensité pour le contrôle des régions du centre du pays, déchiré par la guerre, entre les forces gouvernementales et les groupes armés dissidents ont coûté la vie à 258 civils et ont fait 253 blessés.
Mais Ahlu Sunna a combattu avec efficacité, aux côtés des forces pro-gouvernementales, contre les shebab.

En janvier, quelque 29.000 personnes ont dû fuir à cause du renouveau des affrontements à Dhusamareebb, plus de 25.000 autres ont quitté leurs foyers pour échapper à de nouveaux affrontements à Beled Weyne dans la région d’Hiraan, et encore 18.000 autres personnes ont été déplacées par le conflit dans la capitale, Mogadiscio.
Des milliers d’autres personnes ont également dû quitter leurs foyers dans d’autres parties de la Somalie.

Mi-février, le HCR procédait à une distribution d’articles de secours pour les 18.000 personnes déplacées dans des villages situés à proximité de Dhussammarebb dans le centre.
Selon le HCR, les personnes déplacées dans la région de Galgaduud font face à des conditions très difficiles.

7- Il est question de renforcer l’Amisom
Début février, le gouvernement somalien avait l’intention de renforcer l’Amisom, la force de maintien de la paix de l’Union africaine (UA) à Mogadiscio.
L’Amisom regroupe maintenant plus de 5.000 soldats ougandais et burundais qui sont fréquemment attaqués par les rebelles et n’ont guère pu faire autre chose que d’assurer la sécurité de l’aéroport et du port de la ville, de son palais présidentiel et de quelques immeubles stratégiques.

Lors d’un sommet de l’UA en Ethiopie, Djibouti a annoncé qu’il fournirait bientôt 450 hommes à l’Amisom.
Deux responsables de l’UA et un responsable ougandais ont dit à Reuters que l’Ouganda et le Burundi devraient déployer bientôt chacun un bataillon de 850 hommes supplémentaires. Ces informations n’ont pu être confirmées officiellement.
Début janvier, l’UA a souhaité recevoir plus de soutien de la communauté internationale.
Le niveau des troupes reste en effet loin de l’effectif autorisé au départ de 8.000 hommes.

8- Pas de Casques bleus pour la Somalie
Début février, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de déploiement de Casques bleus en Somalie tant que la paix ne serait pas rétablie. “Pratiquement et de façon réaliste, il n’est pas possible en ce moment de déployer une force de maintien de la paix en Somalie. Nous avons besoin d’avoir une paix à maintenir et pour l’instant il n’y a pas de paix”, a-t-il déclaré à l’AFP.
L’UA a demandé à plusieurs reprises à l’ONU de prendre le relais de l’Amisom.

Mi-janvier, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, appelait une nouvelle fois la communauté internationale à s’impliquer réellement aux côtés du gouvernement légitime sans attendre indéfiniment d’improbables conditions idéales pour le faire.
Selon lui, le soutien de la communauté internationale s’exprime dans les paroles plus que dans les actes.

Ainsi, si plus de 200 millions de dollars ont été promis lors de la conférence des donateurs pour la Somalie en avril 2009, une infime partie de cette somme a effectivement été déboursée. Conséquence : l’Etat somalien n’a pas les moyens de payer ses fonctionnaires, ni même les salaires des forces de sécurité, voire même les indemnités des députés.

Mais de toute évidence l’Occident est davantage déterminé à lutter contre la piraterie qui nuit à ses affaires commerciales, déployant les moyens nécessaires, qu’aux causes profondes de cette piraterie, à savoir la situation en Somalie. La capture de bateaux dans le golfe d’Aden et dans l’océan Indien par des bandes de pirates somaliens a fait exploser les primes d’assurance maritimes.

Pour le moment il est seulement question d’aider l’Amisom. Or, le fardeau est lourd pour l’Union africaine, et plusieurs pays africains pressent depuis longtemps le Conseil de sécurité d’envoyer une force sous mandat de l’ONU.
Mais l’ONU insiste pour que préalablement au déploiement de casques bleus les conditions de sécurité s’améliorent dans le pays.

Autrement dit, la situation en Somalie semble sans issue, et un boulevard s’ouvre pour les affiliés d’Al Qaïda.
Au vu de cette situation désespérée, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Somalie avait appelé il y a plus d’un an la diaspora somalienne à se mobiliser pour aider son pays.
Les Somaliens de la diaspora envoient pour 1,2 milliard de dollars par an à leurs proches restés au pays.

9- La Somalie demande à l’Arabie saoudite de l’aider contre les islamistes
Mi-novembre, le président somalien Sharif Sheikh Ahmed a demandé à l’Arabie saoudite de l’aider dans sa lutte contre les insurgés islamistes radicaux et à investir dans son pays ravagé par la guerre civile.
Il a profité du Forum Arabie-Afrique de l’Est, une rencontre visant à développer les partenariats commerciaux entre Ryad et sept pays de la région, pour demander à l’Arabie saoudite de soutenir son administration.

“La piraterie et le terrorisme ont empêché toutes sortes de développements en Somalie mais il y a des mécanismes en place pour affronter ces problèmes”, a affirmé le président Sharif aux participants du forum parmi lesquels les représentants de 50 sociétés saoudiennes.
“La Somalie n’a jamais manqué de ressources. Je vous demande à tous de réfléchir aux avantages à tirer de la côte somalienne autant que de ses ressources en bétail qui totalisent 55 millions de têtes”.

Le ministre saoudien du Commerce et de l’Industrie, Sheikh Abdullah bin Ahmed Zainal Ali Reza, a indiqué que les échanges commerciaux entre son pays et l’Afrique de l’Est avaient atteint 3 milliards de dollars en 2008 et a annoncé l’intention de son gouvernement d’intensifier les liens avec cette région.
Quelques jours avant le Forum, l’Arabie Saoudite avait levé un embargo imposé pendant 9 ans sur l’importation de bétail en provenance de Somalie.

Cette mesure a notamment stimulé l’économie du Somaliland.
Imposé à la fin 2000, l’embargo faisait suite à une épidémie de fièvre de la vallée du Rift (RVF) dans la région de la Corne de l’Afrique.
L’Arabie Saoudite, qui était auparavant le plus gros acheteur de bétail somali, a dit qu’elle avait levé l’embargo pour coïncider avec le pèlerinage du ‘hadj’, fin novembre.

10- Les deux mouvements islamistes s’affrontent
Les insurgés islamistes shebab et leurs alliés du Hezb al-Islam, en théorie tous deux alliés en lutte contre le gouvernement, contrôlent la capitale, mais se sont affrontés en octobre dans le sud du pays pour le contrôle du port de Kismayo. Al Chabaab l’a emporté. Mohamed Adan, chef militaire d’Hizbul Islam, a déclaré que ses forces poursuivraient les combats jusqu’à ce qu’ils aient repris le port.

Mais les shebabs ont annoncé début février une alliance avec le groupe Kamboni, des rebelles basés à Kismayo qui étaient auparavant rattachés au Hizbul Islam.
Des habitants ont aussi rapporté en octobre qu’Al Chabaab et Hizbul Islam réglaient leurs comptes en d’autres d’endroits du pays.

Les relations entre les deux organisations se sont dégradées fin septembre lorsqu’Al Chabaab a désigné son propre conseil pour diriger Kismayo, excluant tous les membres du Hizbul Islam.
Jusqu’alors les deux mouvances, malgré des tensions et des divergences, réussissaient à gérer conjointement la ville.
Le port du sud du pays et les taxes qui y sont levées garantissent d’importants revenus aux rebelles.
Considérés comme tenants d’une ligne plus modérée, les partisans du Hizbul Islam ont promis de poursuivre leurs adversaires d’Al Chabaab “partout” dans le pays.

Les donateurs occidentaux ont longtemps espéré qu’al Chabaab pourrait être isolé grâce à un accord entre les dirigeants d’Hizbul Islam et le gouvernement. Mais le président, cheikh Charif Ahmed, n’a guère réussi de rapprochement avec ses anciens camarades islamistes d’Hizbul Islam.
Selon le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), la population civile a payé le prix fort de ce regain de tensions qui a provoqué une nouvelle vague de déplacements dans le sud et le centre du pays. 145 personnes auraient été tuées et 285 autres blessées au cours d’affrontements violents.

Sources : AP, Reuters, AFP, ONU, IRIN, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP)

2 comments to Somalie : Al-Qaïda l’emporte

  • admin

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  • Ocearmaenence

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