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Soudan du Sud : les États-Unis s’impatientent et sanctionnent le premier vice-président

Soudan du Sud : les États-Unis s’impatientent et sanctionnent le premier vice-président

17 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

Le 12 novembre, le chef rebelle Riek Machar était censé rentrer à Juba pour occuper le poste de premier vice-président, avant la formation d’un gouvernement d’union nationale.

La dernière fois que Riek Machar était rentré définitivement au pays, c’était en 2016. Mais la guerre avait repris peu après.

 

Plus d’un an après la signature de l’accord de paix, son application accuse un retard chronique. Deux points sont très sensibles : la sécurité entourant le retour du chef rebelle et les divisions administratives du pays, le président Kiir étant accusé de vouloir favoriser son ethnie, les Dinkas.

 

Selon son entourage, l’opposant ne rentrera pas tant que l’armée unifiée ne sera pas opérationnelle…

La formation de cette force de 83 000 soldats et anciens rebelles accuse un énorme retard.

Le Conseil de sécurité de l’ONU se dit déçu par l’intransigeance de Riek Machar.

 

En tout cas, l’intensité du conflit a diminué depuis l’accord de paix de septembre 2018, même si la population n’a pas repris sa vie normale et attend de voir ce qui se passera. Avec plus de 400 000 morts, les Sud-Soudanais sont épuisés par la guerre.

 

Le chef rebelle Riek Machar et le président Salva Kiir promettent désormais un gouvernement d’union pour le Sud Soudan d’ici la fin février, une échéance déjà repoussée par deux fois.

S’il reste encore des désaccords, le président Kiir a annoncé que les points non résolus seront alors pris en main par le nouveau cabinet.

 

Parmi eux, la question des États fédéraux, un sujet crucial au cœur de la guerre civile.

Cette annonce commune démontre un changement de ton, notamment côté rebelle : Riek Machar exigeait jusqu’alors le règlement des principaux blocages avant son retour définitif à Juba.

 

 

Les USA prennent des sanctions

 

Les États-Unis ont imposé des sanctions financières contre le vice-président sud-soudanais Taban Deng Gai, qu’ils accusent de saboter la mise place d’un gouvernement de transition.

Jamais les Américains n’avaient frappé aussi haut. Après 5 officiels de rang subalterne puis deux ministres, en sanctionnant Taban Deng Gai ils touchent au sommet de l’État.

 

Le premier vice-président est très puissant. Il dispose de son propre mouvement armé et le camp de Riek Machar le considère comme un traître. Selon les USA, il est coupable de sérieuses violations des droits de l’Homme, et souhaitait semer le trouble au sein de l’opposition jusqu’à empêcher le retour au pays de Riek Machar, qui doit normalement le remplacer.

 

Beaucoup se demandent maintenant si les Américains iront jusqu’à sanctionner le président Kiir lui-même.

D’autre part le Trésor américain avait pris des sanctions contre deux hommes d’affaires et les six sociétés qu’ils contrôlent.

 

Ils sont accusés de corruption et de fraudes multiples en lien avec des officiels du gouvernement à Juba.

Très bien connectés au sein du pouvoir, ils sont désormais sur la liste noire du Trésor américain.

 

La sous-secrétaire d’État américaine Sigal Mandelker explique que les activités de ces deux individus alimentent la guerre civile dans le pays. Les deux hommes d’affaires et six de leurs sociétés servaient notamment à préserver l’argent d’officiels sud-soudanais déjà sous sanctions, afin qu’ils puissent conserver leur fortune hors du pays.

 

Ils ont également versé des pots-de-vin afin de décrocher des marchés publics, alimentant un vaste système de corruption impliquant des responsables du gouvernement. Une de ces entreprises a même importé des véhicules blindés utilisés par l’armée contre des civils.

 

 

Où part l’argent du pétrole ?

 

La pression monte sur les 2 leaders sud-soudanais alors que le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines, Tibor Nagy arrive dans la région. Il ne reste plus que cinq semaines au président Salva Kiir et son rival Riek Machar pour mettre sur pied un gouvernement d’union nationale.

 

Les rencontres s’accélèrent ; Washington s’impatiente.

Dans une interview à RFI, le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines Tibor Nagy estime que la communauté internationale a « perdu patience ».

Il prévient que d’autres sanctions sont envisageables.

 

« Les États-Unis se réservent le droit d’imposer des sanctions contre toutes personnes – partout dans le monde, quelle que soit leur fonction- s’ils sont impliqués dans d’importantes violations des droits de l’homme ou dans des faits de corruption. »

 

« Le Soudan du Sud produit une quantité importante de pétrole, tous les jours. Comment est-ce que cet argent est utilisé ? Où sont les comptes ? Pourquoi est-ce que le Soudan du Sud demande toujours plus d’argent pour soutenir sa transition ? Ce sont de vraies questions… »

 

 

Des millions de Sud-Soudanais déplacés par les violences ; crise humanitaire

 

Malgré la signature de l’accord de paix en 2018, la situation reste critique, avec des millions de Sud-Soudanais déplacés par les violences et ayant besoin d’aide humanitaire. C’est la plus grande crise humanitaire et de réfugiés d’Afrique, avec plus de 2 millions de personnes en quête de sécurité dans les pays voisins et un nombre égal de déplacés à l’intérieur du pays.

 

Et plus de la moitié des 6,35 millions de Sud-Soudanais sont toujours confrontés à une grave insécurité alimentaire, même si les différentes agences de l’ONU aident de leur mieux la population.

 

Un progrès toutefois, dans le pays il faut noter le maintien du cessez-le-feu permanent dans la plupart du pays. Malgré la réduction des violences, les obstacles administratifs aux livraisons humanitaires demeurent malheureusement encore trop fréquents.

 

D’autre part, si des progrès ont été accomplis, il faut noter que les violences sexuelles se poursuivent à des niveaux élevés, avec une forte impunité, pendant que des enfants continuent d’être recrutés de force comme soldats, notamment par l’opposition.

 

Sources : RFI, AFP

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