Soudan du Sud : nettoyage ethnique et dirigeants à la piscine

 

Article écrit le 26 juillet 2018

 

Dinkas contre Nuers…

Grâce aux efforts de nombreux pays voisins, aujourd’hui le Soudan du Sud a signé un « accord préliminaire pour mettre fin à la guerre civile ».

Il stipule notamment que le pouvoir va être partagé avec les insurgés.

 

Le président Salva Kiir aura donc Riek Machar comme vice-président.

De nouveau.

Car Riek Machar était déjà vice-président lorsqu’éclata la guerre civile en 2013, Salva Kiir l’accusant de fomenter un coup d’état.

 

Derrière cette guerre civile est à peine dissimulé un nettoyage ethnique et un pillage des ressources du pays.

Avant l’indépendance les rivalités ethniques étaient déjà fortes et avaient occasionné plusieurs conflits.

 

Le président est de l’ethnie dinka, tandis que son vice-président est nuer.

Les Dinkas sont plus nombreux que les Nuers au Soudan du Sud.

Les Nuers sont régulièrement accusés d’être soutenus par le Soudan de Khartoum, tandis que les Dinkas sont accusés d’être soutenus par l’Ethiopie.

 

Depuis longtemps les Nuers accusent aussi les Dinkas de discriminations.

Ajoutons à cela les rivalités religieuses : les Dinkas sont catholiques, tandis que les Nuers sont presbytériens.

Selon l’ONU, les preuves d’ethnocide des Dinkas contre les Nuers sont massives.

 

En 5 ans de guerre, si les rebelles sont aussi coupables d’exactions majeures, l’on compte 4 millions de déplacés, soit un quart de la population, et des dizaines de milliers de morts.

Les atrocités vécues par les civiles sont innommables. Tous sont touchés : hommes, femmes, enfants, vieillards, handicapés…

 

Dans la guerre que se livrent les deux armées ennemies, et dans un contexte de prolifération massive des armes, la terreur s’abat sur les civils, tandis que le président Salva Kiir, ainsi que ses alliés et ses proches, s’enrichissent grâce à l’argent du pétrole.

 

 

La vie paisible des dirigeants

Les nombreux cessez-le-feu ont tous été violés depuis 5 ans.

Selon The Sentry, ONG fondée par le célèbre acteur américain Georges Clooney, Salva Kiir et ses proches, ainsi que des généraux, mènent la belle vie au Kenya.

Il en serait de même pour Riek Machar.

 

Sigal Mandelker, la sous-secrétaire américaine au terrorisme et au renseignement financier, a demandé au Kenya et à l’Ouganda d’arrêter de laisser les responsables sud-soudanais acheter des biens immobiliers sur leur territoire.

 

Depuis le début de la guerre civile, des millions de dollars ont quitté le Soudan du Sud pour être investis dans le monde.

D’après l’ONG The Sentry, le président Salva Kiir et son adversaire Riek Machar possèdent tous deux de luxueuses maisons dans un quartier huppé à Nairobi, capitale du Kenya.

 

John Prendergast, cofondateur de The Sentry, a déclaré que saisir ces biens immobiliers serait un formidable moyen de pression.

Il a ajouté que grâce aux informations de son ONG, l’Australie avait saisi une maison à Melbourne appartenant à un général sud-soudanais.

 

Il a demandé pourquoi le Kenya et l’Ouganda ne suivaient pas l’exemple.

Les États-Unis, l’Union européenne et la communauté internationale devraient enquêter sur les dirigeants sud-soudanais et imposer des sanctions, a exhorté The Sentry.

 

Son directeur des enquêtes spéciales, J.R. Mailey à quant à lui affirmé au micro d’Associated Press, qu’il faut couper l’accès des hauts fonctionnaires sud-soudanais aux banques et aux devises étrangères.

En effet, le rapport de l’ONG The Sentry aborde aussi les complicités des banques d’affaires internationales, de trafiquants d’armes, de compagnies immobilières ou d’avocats.

 

 

Des embargos ?

Il serait intéressant aussi que le Soudan ne puisse plus du tout vendre de pétrole, argent qui lui sert à financer la guerre contre les Nuers.

Plusieurs aspects à explorer.

 

Au sujet de l’embargo sur les armes, tout d’abord.

Les USA ont prononcé un embargo sur les armes en février dernier, mais il n’a pas produit beaucoup d’effet.

 

Malgré son inefficacité, le Conseil de sécurité de l’ONU a également décidé, mi-juillet, d’imposer un embargo sur les armes.

Appliquer un tel embargo est très complexe, en raison de la porosité des frontières.

 

De plus, si une grande puissance asiatique achète le pétrole du Soudan du Sud, elle peut très bien lui vendre quantité d’armes en échange.

Nous nous rappelons qu’au Soudan, à l’époque de la guerre contre le Darfour, la Chine achetait le pétrole du Soudan, et lui vendait des armes en échange.

 

https://infosplanetaires.com/afrique/darfour-progres-sur-la-paix-recul-sur-la-situation-humanitaire.html

Nous n’avons pas de preuves, ni de témoignages au sujet du Soudan du Sud, surtout que le pétrole doit transiter par le Soudan de Khartoum pour ensuite être exporté par voie maritime.

 

Second aspect qui découle du premier : quid d’un embargo sur le pétrole ?

A ce sujet, en mars dernier, les USA ont décidé de cibler le secteur pétrolier pour faire plier le Soudan du Sud.

 

Le Trésor américain a annoncé des sanctions contre 15 compagnies pétrolières du pays, accusées d’alimenter la guerre civile.

Washington estime que ces sociétés versent leurs revenus à l’Etat qui acquiert des armes.

 

Au rang des compagnies et services sanctionnés, on citera entre autres l’entreprise d’Etat Nile Petroleum, la Dar Petroleum Operating Company, une entreprise gérée par un consortium sino-malaisien.

 

Les fonds de ces sociétés aux USA ne seront pas gelés par le Trésor américain, mais pour leurs activités commerciales avec les Américains, une autorisation spéciale est désormais requise.

On ignore si cette mesure à obligé le président Salva Kiir à accepter de négocier avec les pays voisins sur une sortie de crise.

 

Surtout que la production de pétrole du Soudan du Sud diminue en raison du manque de moyens pour rénover les infrastructures de production. Ce qui n’arrange pas les affaires du pouvoir.

Au sujet du pétrole, les USA sont en tout cas beaucoup plus durs avec l’Iran qu’avec le Soudan du Sud.

 

 

L’or est pillé et vendu sous le manteau

A part le pétrole, le sous-sol du Soudan du Sud est très riche : on y trouve notamment du fer, du cuivre, du chrome, du zinc, du mica, de l’argent et de l’or.

Cet or est pillé, ensuite vendu clandestinement dans les pays limitrophes, notamment au Kenya et en Ouganda.

 

L’association anglaise Global Witness a alerté sur l’augmentation significative du commerce de l’or.

L’Ouganda est régulièrement accusé de faciliter la réexportation de minerais de guerre vers les marchés internationaux.

 

Notons qu’environ un million de réfugiés sud-soudanais sont déplacés en Ouganda, où l’accueil est particulièrement meilleur pour les réfugiés qu’ailleurs.

Le gouvernement leur donne des terres cultivables, ils sont libres et intégrés dans les villages.

 

En contrepartie, les autorités ougandaises ont fixé une règle : 30% des aides humanitaires doivent profiter à la population locale, notamment à travers des infrastructures.

Mais l’afflux massif et continu de réfugiés met le modèle ougandais sous tension.

 

Il faudrait sécuriser les ressources du Soudan du Sud, afin qu’elles profitent à l’ensemble de la population.

Les besoins sont énormes, les gens manquent de tout.

 

 

La mission humanitaire, c’est Sisyphe

Les violences contre les enfants sont permanentes. Par exemple, on compte 19.000 enfants enrôlés dans des groupes armés.

Les taux de non-scolarisation, de malnutrition sont records.

 

Des régions sont même au bord de la famine.

La situation sanitaire est également catastrophique. Les pandémies font des ravages.

De plus, les organisations humanitaires sont régulièrement prises pour cible.

Depuis 2013, plus d’une centaine de travailleurs humanitaires a été tuée dans les violences.

 

La dernière attaque en date concerne notamment MSF et le HCR.

Du coup, Médecins sans frontières (MSF) a annoncé mardi avoir suspendu la plupart de ses opérations dans le nord-ouest.

 

Que s’est-il passé ? Une dizaine de bureaux d’agences et ONG a été pillée par des Sud-Soudanais furieux de ne pas s’être vu proposer d’emplois.

Avec la suspension des opérations de MSF, 88.000 personnes sont désormais sans accès à des soins médicaux.

 

 

La Mission de l’ONU aussi souffre le martyre

Quant à la Mission de l’ONU, elle n’est pas suffisamment étoffée pour protéger efficacement les différentes ethnies.

Elle supervise plusieurs camps de déplacés, surchargés de civils nuers.

Factuellement, elle ne peut protéger que les centres urbains, laissant de côté plus de 80% de la population sud-soudanaise principalement rurale.

 

Etablie au Soudan du Sud depuis 2011, la MINUSS, qui comprend 17.000 Casques bleus, est chargée de protéger les civils, de créer les conditions propices à l’acheminement de l’aide humanitaire, d’enquêter sur les violations des droits de l’homme, et de soutenir le processus de paix.

 

La MINUSS a annoncé en mai l’envoi de 150 casques bleus pour protéger les civils des affrontements entre les forces gouvernementales et rebelles dans l’Etat d’Unité, où se sont produits des crimes particulièrement atroces.

Mais des Casques bleus sont aussi régulièrement pris pour cible par les groupes armés.

 

 

Conclusion : la guerre tant que le pétrole profite aux puissants

La situation semble vraiment bloquée au Soudan du Sud.

De nombreux indices démontrent que le président, Salva Kiir, n’est vraiment pas enchanté à l’idée d’avoir à nouveau Riek Machar comme vice-président.

 

De plus, en raison de la guerre civile, ce président, qui est en poste depuis 2011, s’est vu prolonger son mandat jusqu’en 2021, car il est impossible d’organiser des élections.

Bien entendu, Riek Machar est mécontent de cette décision gouvernementale.

 

Et même si les 2 rivaux arrivent à s’entendre, de nombreux groupes armés échappent à tout contrôle dans le pays.

De plus, dans ce chaos généralisé, les forces de Salva Kiir semblent en passe de prendre le dessus militairement face à une rébellion de plus en plus éclatée.

 

En face, il faut noter que le Soudan de Khartoum a des vues aussi sur les importantes réserves pétrolières du Soudan du Sud, pétrole qui chemine dans un oléoduc traversant ce pays.

Il y a peu de chances pour que son président, Omar El-Béchir, coopère pour bloquer les exportations de pétrole du Soudan du Sud, car il visé par 2 mandats d’arrêt par la Cour pénale internationale.

 

La CPI souhaite l’arrêter depuis 2010 pour les motifs suivants : crime contre l’humanité, crime de guerre, génocide. C’était à l’époque de la guerre contre le Darfour.

Ce même Omar El-Béchir est accusé de soutenir l’armée de Riek Machar.

 

Cela, même s’il a énormément travaillé, avec les dirigeants d’autres pays africains, pour que les deux rivaux sud-soudanais se mettent en chemin vers la paix.

Un rapport d’un groupe d’experts de l’ONU souligne que « l’armée rebelle de Riek Machar a reçu des armes et des munitions du Soudan ».

 

Pour le moment l’argent du pétrole profite à un grand nombre de belligérants.

Le chemin vers la paix est d’autant plus long que cette guerre interminable anime la vengeance parmi les ethnies.

 

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