Boom pétrolier chez des Indiens d’Amérique

AP – James MacPherson
Longtemps sinistrée par le chômage et la pauvreté, la réserve indienne de Fort Berthold, dans le Dakota du Nord, vit un boom pétrolier qui lui a apporté en à peine plus d’un an des millions de dollars, des emplois et surtout de l’espoir.
“Il y a sans doute ici plus d’opportunités que les gens n’en ont vues tout au long de leur vie”, souligne Marcus Levings, président des Trois tribus affiliées, qui regroupent les peuples Mandan, Hidatsa et Arikara.

Cette nation a été installée au XIXe siècle par le gouvernement fédéral dans le centre-ouest du Dakota du Nord. “S’ils avaient su qu’il y avait de milliards de barils de pétrole, ils ne nous auraient jamais placés ici!”, remarque Spencer Wilkinson Jr., directeur général du casino Four Bears, situé sur la réserve.
Le territoire des Trois tribus affiliées s’étend sur plus de 1.500 kilomètres carrés. Il recouvre une partie de la formation de Bakken, un schiste bitumineux dont on peut extraire du pétrole. D’après l’Institut géologique américain, ce gisement contient l’équivalent de 4,3 milliards de barils.

Les plaines au-dessus de cette manne d’or noir étaient parsemées de logements en préfabriqué et de petits troupeaux de bétail. Depuis qu’un accord a été conclu en 2008 avec les autorités fédérales sur les règles de forage, les compagnies pétrolières y ont érigé des dizaines de derricks. Elles ont aussi commencé à forer sous le lac Sakakawea, un immense réservoir que le gouvernement fédéral avait créé dans les années 1950 en inondant un dixième de la réserve.

Depuis le début de ce boom pétrolier, plus de 179 millions de dollars (132 millions d’euros) ont été versés à la tribu et à ses membres, selon les registres des Trois tribus affiliées. Des millions de dollars supplémentaires affluent également sous forme de redevance et d’autres revenus fiscaux.
Des membres de la nation qui étaient partis travailler ailleurs reviennent à Fort Berthold. Chuck Hale en fait partie. Il est revenu chez lui, près de New Town, et est désormais employé sur un champ pétrolifère. “Le travail est dur et il fait drôlement froid”, confie-t-il. “Mais ça vaut le coup”, assure-t-il, faisant allusion au bon salaire qu’il perçoit.

Marcus Levings, président des Trois tribus affiliées, explique que l’argent de la manne pétrolière va être utilisé pour rembourser les dettes de la tribu mais aussi investir dans les infrastructures routières, le système de santé et le maintien de l’ordre.
La nation touche entre 60 et 70 millions de dollars (entre 44 et 52 millions d’euros) de subventions du gouvernement fédéral chaque année, auxquels viennent désormais s’ajouter les revenus pétroliers. “C’est l’occasion pour nous de nous aider nous-mêmes autant que nous sommes aidés”, souligne M. Levings.

Des 12.000 membres de la tribu, environ 4.500 vivent dans la réserve. D’après les dernières statistiques disponibles, en 2000, 28% de la population vivait sous le seuil de pauvreté et plus de 40% était au chômage.
Dans les années 1990, environ 200 emplois ont été créés grâce à l’ouverture du casino Four Bears. Cependant, l’impact du tout récent boom pétrolier est sans commune mesure. A présent, “tous ceux qui veulent travailler le peuvent”, affirme M. Levings. Outre les emplois directs, sur les tours de forage notamment, il faut aussi compter les emplois indirects, dans le transport routier par exemple.
Des dizaines de puits ont déjà été creusés et plus de 500 pourraient être exploités d’ici cinq ans.

Rose Marie Mandan, qui avait quitté la réserve il y a plus de 50 ans pour trouver du travail, a regagné Fort Berthold. Cette retraitée de 80 ans explique que les revenus pétroliers lui donnent “un joli petit matelas” pour vivre confortablement. Elle s’inquiète cependant de l’effet que cette soudaine richesse pourrait avoir sur les autres membres de la tribu. “C’est bien uniquement si les gens savent utiliser cet argent”, note-t-elle.
Spencer Wilkinson Jr, le directeur général du Four Bears, assure avoir conseillé aux aînés “de s’amuser au casino mais de ne pas tout y dépenser”. “Je leur ai dit d’investir dans quelque chose d’utile comme (…) leur maison, leurs enfants et leurs petits-enfants et de les envoyer à l’université”.

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