Les Haïtiens s’interrogent après le séisme chilien, plus puissant mais moins meurtrier

PORT-AU-PRINCE (AFP) – Les Haïtiens paraissent dépités face à la nouvelle du tremblement de terre chilien, mille fois plus puissant que celui qui a dévasté Haïti mais infiniment moins meurtrier, invoquant la mauvaise qualité de la construction dans leur pays.
Une capitale en ruines, plus de 200.000 morts et au moins un million de sans-abri dans le petit pays des Caraïbes après la secousse du 12 janvier d’une magnitude de 7 sur l’échelle du moment (Mw). Dans les Andes, le tremblement de terre de samedi a atteint la magnitude considérable de 8,8 mais le bilan humain ne dépassait pas mardi les 750 morts.

Les Haïtiens n’ont pas tardé à trouver l’explication: dans leur pays, c’est la mauvaise qualité des bâtiments qui a tué et ce parce que depuis des décennies des responsables corrompus se sont gardé de faire appliquer des normes de construction anti-sismiques.
« Il n’existe pas vraiment de politique dans notre pays. Ici, la politique, ça consiste à prendre de l’argent et mettre ça sur un compte bancaire. Ils prennent, s’en mettent plein la poche et s’en vont », accuse Pierre-Francis Junior, un sinistré qui survit dans un campement de fortune au coeur de Port-au-Prince.

Autour de lui, plus de 70.000 personnes s’entassent sur le Champ de Mars, l’esplanade située face au palais présidentiel en ruines, symbole de la fragilité du pouvoir haïtien.
A la différence du Chili, « nous n’avons pas de gouvernement qui prend ses responsabilités », dénonce Emile Dorante, 35 ans, qui, comme ses voisins, a appris rapidement la nouvelle du séisme chilien, les radios étant omniprésentes sous les tentes.
Beaucoup de sinistrés écoutent en permanence les stations d’information donnant le nombre des victimes.

« Sept cents morts et 2 à 3 millions de sans-abri », rapporte Franz Louisval, relayant des chiffres qui circulaient lundi.
Dans leur misère présente, les sans-abri de Port-au-Prince idéalisent la situation au Chili, où violence et pillages sont pourtant apparus après le tremblement de terre, quoique de façon moindre que dans l’île des Caraïbes.
« Ici on a mal bâti, on a mal construit. On a fait des grosses, grosses maisons au-dessus des petites maisons. Et puis on n’a pas construit selon les normes. Au Chili, c’est mieux, ils ont tout respecté », pense un rescapé.

« La façon dont nous avons construit nos maisons n’est pas anti-sismique, donc la différence est bien claire », assure Markens Lelièvre, un employé de la mairie de Port-au-Prince âgé de 29 ans. Il espère que l’arrivée d’experts étrangers permettra de reconstruire le pays de façon plus résistante.
Mais beaucoup de survivants ont une vision fataliste de leur pays, le plus pauvre des Amériques.
« Dieu est omniscient et omniprésent. Il a attaqué toute la planète et s’il a frappé Haïti plus durement, c’est peut-être qu’Haïti était mal placé ou a mal géré la situation », suppose Emile Dorante.

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