Le Brésil essaie-t-il vraiment de protéger l’Amazonie ?

Depuis les années 1970, 1/5e de la forêt amazonienne (soit une superficie plus grande que la France), a été détruit.
Le Brésil a une des législations environnementales les plus strictes de la planète mais elle est traditionnellement peu respectée. Les défenseurs de l’environnement estiment que seulement 1% des amendes infligées en 2007 ont été collectées.


La déforestation continue à un rythme accéléré
La destruction de la forêt tropicale amazonienne, connue comme le “poumon de la planète”, s’est fortement accéléré fin 2007, attisée par une demande soutenue pour le soja, le maïs et le bétail.

Elle s’est poursuivie en mai à un rythme accéléré, la forêt ayant encore perdu 1.096 km2, a annoncé l’Institut national brésilien de recherches spatiales (Inpe).
Plus de la moitié de cette déforestation a eu lieu dans l’Etat du Mato Grosso do Sul (sud de l’Amazonie), là où les pressions sont les plus fortes pour convertir la forêt en champs pour le bétail et le soja.
Ces chiffres, encore provisoires, sont à peu près identiques à ceux d’avril quand l’Inpe avait enregistré une déforestation s’étendant sur 1.123 km2, une superficie équivalente à la taille de la ville de Rio de Janeiro.

L’Inpe, qui utilise un système de détection par satellite, ne repère que les grandes surfaces déboisées en raison de la couverture nuageuse.
“La déforestation, comme toujours, continue à être très importante”, a déploré lundi le ministre de l’Environnement Carlos Minc, avant de connaître les nouvelles données.

Celles-ci montrent que la déforestation a repris à grande échelle depuis la fin de l’année dernière après avoir progressivement diminué au cours des dernières années, passant de 27.000 km2 en 2004 à quelque 11.000 km2 en 2007.
Selon l’Inpe, depuis 20 ans, une surface de la taille d’un terrain de football est détruite toutes les 10 secondes en Amazonie, considérée comme “le poumon vert” de la planète.
Après trois années de recul, la déforestation en Amazonie a repris sa course en avant l’année dernière. Quelque 7.000 km2 de forêts ont disparu entre août et décembre.

Les causes de la déforestation
L’élevage est désormais la principale cause de la déforestation, car l’industrie de la viande bovine se développe à grande vitesse dans tout le bassin amazonien, avec le soutien de l’Etat brésilien et du système bancaire.
Au Brésil, l’industrie de la viande est peu à peu transférée en Amazonie, et les pâturages du sud-est et du centre-ouest du pays sont remplacés par des champs de canne à sucre et de céréales.
Jusqu’à maintenant déboiser revient moins cher que d’investir dans l’achat de pâturages.

La déforestation vise à créer des pâturages pour le bétail et des terres pour la production du soja et du maïs, qui est de plus en plus cultivé en Amazonie en raison de la hausse des cours mondiaux liée à la décision du président américain George W. Bush de promouvoir l’usage de l’éthanol à base de maïs (les fameux biocarburants).
Lors des dernières réunions mondiales concernant le réchauffement climatique ou la crise alimentaire mondiale, Lula s’est de plus montré ferme sur la culture des biocarburants dans son pays.


Le Brésil renforce la lutte contre la déforestation illégale
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a signé mardi deux nouveaux décrets renforçant la lutte contre la déforestation illégale en Amazonie.
Le premier décret autorise les inspecteurs à saisir les biens des personnes surprises en détention de bois illégalement coupé, et réduit de 8 ans à un seul la période durant laquelle les propriétaires peuvent faire appel des amendes pour violations des lois environnementales.
L’autre mesure affecte plus d’agents au contrôle du vaste bassin amazonien, aussi grand que l’Europe de l’Ouest. Leur nombre reste encore à déterminer.

Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré que ces mesures étaient nécessaires pour maintenir la compétitivité du soja et des biocarburants brésiliens, au motif que certains consommateurs pourraient boycotter ces produits s’ils ont l’impression que leur production est néfaste à la forêt.
“Ne pas protéger l’environnement ferait du mal à l’avance du Brésil en terme de compétitivité”, a-t-il expliqué. “Ce serait nous tirer une balle dans le pied”.

Début juin, Lula avait dévoilé un plan de protection de la forêt tropicale amazonienne, qui prévoit notamment la création de 3 nouvelles réserves protégées.
Très critiqué sur sa gestion de la forêt amazonienne, il avait déclaré que la lutte contre la déforestation prendrait du temps et que les pays étrangers n’avaient aucune leçon à donner au Brésil en la matière.
Quelque 23 millions d’hectares de forêt sont déjà protégés, et les nouvelles réserves créées dans les Etats de Para et Amazonas couvriront environ 2,6 millions d’hectares supplémentaires.

La démission, le mois dernier, de la ministre de l’Environnement Marina Silva, défenseur réputée de l’Amazonie, avait alerté les écologistes, qui craignaient de voir Lula privilégier les intérêts agricoles et industriels.
Les mesures annoncées avait été accueillies positivement par Denise Hamu, directrice de WWF au Brésil, alors que Mario Menezes, responsable des Amis de la Terre, les a jugées “importantes” mais “insuffisantes”.


Les précédentes mesures étaient inefficaces
Début mai, le Brésil a lancé le Programme Amazonie Durable (PAS) qui propose un nouveau modèle de développement.
Lula a affirmé que ce programme comprenait notamment des travaux d’infrastructures dans 9 Etats amazoniens, l’ouverture de lignes de crédit pour les petits producteurs et l’adoption de nouveaux critères pour l’occupation des terres par les paysans.
De plus, il prévoit de nouvelles actions pour combattre la déforestation et l’occupation illégale des terres du domaine public.

Le gouvernement avait déployé l’année dernière des troupes censées empêcher l’exploitation illégale du bois de la forêt. Mais les écologistes avaient critiqué cette initiative, expliquant qu’elle était inopérante dans une forêt aussi vaste et en raison de la hausse des prix alimentaires, qui incite les exploitants agricoles à chercher de nouvelles terres.

Sources : AP, Reuters, AFP

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