Le Pérou, bonne élève de la luute contre le chômage, au prix d’une grande précarité

LIMA (AFP) – Au cours d’une année 2009 où la crise a fait disparaître 2,2 millions d’emplois en Amérique latine, le Pérou a vu son chômage baisser : une prouesse liée à la flexibilité de son marché du travail, mais dont l’autre facette est la précarité.
L’Organisation internationale du travail (OIT) a salué récemment le Pérou, un des deux seuls pays latino-américains avec l’Uruguay où l’emploi en zone urbaine a maintenu le cap en 2009. Symboliquement, le chômage y a même baissé de 8,6% à 8,5% en un an, tandis qu’il est passé de 7,6 à 7,3% en Uruguay.

C’est « un exemple de succès dans la lutte contre la crise et son impact sur le marché du travail », a estimé Jean Maninat, directeur régional de l’OIT, lors d’un forum à Lima. Mais pour nombre d’experts, il s’agit d’un succès en trompe-l’oeil.
« Le taux de chômage au Pérou a toujours été assez bas, autour de 8%. Le vrai problème ici n’est pas le chômage officiel, c’est la pauvre qualité de l’emploi, qui provoque bas revenus et pauvreté », estime Jorge Gonzalez Izquierdo, économiste et ex-ministre du Travail.

La dérégulation du marché du travail, en grande partie insufflée dans les années 90 par le président Alberto Fujimori, a eu pour corollaire une érosion des droits des travailleurs, souligne Jorge Castro, professeur de droit du travail à l’Université Catholique de Lima.
« La réalité péruvienne, c’est souvent 10 ou 11 heures de travail au lieu des 8 ou 9 heures agréées, et des heures supplémentaires rarement payées », pose-t-il.

En 2007, seulement 32% des salariés avaient une couverture de sécurité sociale. La protection des travailleurs n’attire l’attention des autorités que depuis peu, ajoute le Pr Castro, notant que sous l’actuel gouvernement, « le nombre d’inspecteurs du travail est passé d’une centaine à près de 700 ».
L’OIT rappelle aussi que le salaire minimum au Pérou, une des économies les plus performantes d’Amérique latine au cours des cinq dernières années, demeure, à 550 soles (183 dollars), parmi les plus bas de la région et n’a pas évolué depuis janvier 2008.

Le ministère du Travail rétorque qu’une crise n’est pas un bon moment pour des augmentations, et rappelle avoir injecté 70 millions de soles (23 millions de dollars) dans un plan de reconversion pour sauver l’emploi.
Mais au quotidien, nombre de Péruviens ont recours à une double activité pour « garder une carte dans leur manche », explique Denissela de Vettori, une avocate qui travaille à la Cour, tout en gérant une auberge de jeunesse à Miraflores, quartier touristique de Lima.
« Si un emploi ne marche pas, l’autre vient à la rescousse », lance-t-elle.

Si une minorité de 10% de ces cumulards cherchent à améliorer son standing économique, pour l’immense majorité, c’est une question de survie pour répondre à ses besoins de base, estime le Pr Castro.
Quand l’emploi formel souffre, « l’informalité agit comme un matelas pour l’économie. Si quelqu’un perd son emploi, il glisse dans le secteur informel », explique-t-il.

Comme Dennis Causso, vendeur ambulant de Miraflores. « Normalement, je travaille dans le bâtiment, mais quand il n’y a pas de travail, comme maintenant, je vends des bonbons aux carrefours, aux passagers de bus », raconte-t-il.
Selon des estimations ministérielles en 2007, l’informalité dans l’économie serait proche de 60% dans la métropole de Lima, où vit près d’un tiers de la population.

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