Mexique : désespoir face aux cartels de la drogue

1- Des clefs pour comprendre
Dans le nord du Mexique la guerre de la drogue fait rage. Meurtres, extorsions et enlèvements sont quotidiens. La frontière mexicaine des Etats-Unis concentre les affrontements entre les cartels pour l’acheminement de la drogue vers le marché américain, premier client mondial de la cocaïne.
Les USA sont aussi un grand consommateur de marijuana et de substances synthétiques.
Le Mexique est également producteur d’héroïne, 18 tonnes en 2008 pour une récolte de 6.900 tonnes de pavot, selon les autorités des deux pays.

La “guerre des cartels” au Mexique met aux prises sept grands groupes de trafiquants de drogue à travers le pays.
Le trafic de drogue génère 40 milliards de dollars par an à destination des Etats-Unis.
Parmi les plus importants cartels, celui du Golfe contrôle le nord-est du Mexique, Reynosa et Matamoros, tandis que les Zetas tiennent la capitale, Ciudad Victoria, et Nuevo Laredo.

Le président Felipe Calderon est arrivé au pouvoir fin 2006 et a déployé près de 50.000 militaires à travers le pays pour lutter contre les cartels. Résultat, les policiers meurent par dizaines, des milliers de suspects ont été placés en détention, des dizaines de baron de la drogue ont été capturés depuis décembre 2009, mais la violence continue de gangréner le pays, essentiellement dans le nord.

De plus, et malgré de régulières opérations mains propres, les policiers, mal payés, notamment les policiers municipaux, sont souvent accusés de corruption voire d’exactions par des organisations de défense des droits de l’Homme.
Et dans le nord du Mexique, des dizaines de localités se retrouvent sans policiers, abandonnées par des fonctionnaires effrayés par les cartels de la drogue. De nombreux habitants fuient aussi leurs villages.

Plus de 37.000 personnes ont péri depuis dans des violences liées à la criminalité organisée, aux règlements de compte entre narcotrafiquants ou dans des affrontements entre ceux-ci et les forces de l’ordre.
Les plaintes pour disparitions ne cessent aussi d’augmenter. Les observateurs font le lien avec les cartels qui pratiquent l’extorsion et les enlèvements contre rançons pour se financer. Près de 5.400 plaintes pour disparition ont été déposées depuis l’arrivée au pouvoir de Felipe Calderon.

La vague de criminalité et de violence sans précédent a fait 15.200 morts en 2010, et avril 2011 a été le mois le plus meurtrier sous la présidence de Calderon avec 1.402 assassinats, selon le journal Milenio.
Même l’infiltration des milieux politiques par les trafiquants des cartels est considérée comme un état de fait dans plusieurs Etats du Mexique.

 

2- L’ouest du Mexique aussi concerné
De violents affrontements entre gangs de la drogue rivaux ont fait 28 morts dans l’ouest, entraînant le départ de près de 700 habitants de villages devenus le terrain de leur guerre.
La violence sans précédent a éclaté mercredi dans les états de Nayarit et Michoacan, où les cartels s’affrontent pour le contrôle du territoire.

Dans l’état de Michoacan, la violence a poussé les habitants à trouver refuge dans des bâtiments de la ville, église, école. D’après le directeur de la défense civile de l’état, Carlos Mandujano, environ 700 personnes ont passé la nuit dans un parc à Buenavista Tomatlan, parfois à la belle étoile pour éviter les violences.
Les habitants ont expliqué aux autorités locales que les violences entre gangs rivaux rendaient la vie dans leur village trop dangereux.

 

3- Cuencamé, un village terrorisé par les rapts inexpliqués
Des hommes armés ont “surgi à l’aube quand nous dormions encore et emmené mes frères et sœurs”, raconte José Esparza, témoin de l’explosion des rapts dans l’État mexicain du Durango qui détient le record de cadavres retrouvés dans des charniers anonymes.
Cet État est situé dans le nord au pays, sur la route très convoitée de la cocaïne sud-américaine vers les États-Unis. A Durango, la capitale éponyme, les autorités ont découvert en avril six fosses communes clandestines. A ce jour, 218 cadavres y ont été exhumés. Aucun n’a été identifié.

Les disparitions sont un sujet tabou sur lequel les autorités et la presse locale ne communiquent pas.
Le Durango est le théâtre d’une guerre sans merci entre les cartels de Sinaloa et des Zetas qui se battent pour le contrôle du trafic de drogue vers les États-Unis.

José Esparza, mécanicien spécialisé dans l’aéronautique, n’y habite plus. Il a fui Cuencamé et ses 33.000 habitants en pleine zone désertique. Il s’est réfugié à San Antonio, de l’autre côté de la frontière avec les États-Unis, au Texas, et témoigne par téléphone. Deux de ses frères et l’une de ses sœurs ont été enlevés et ne sont jamais revenus.
En janvier 2009, le jour de l’enlèvement de ses deux frères, âgés de 34 et 38 ans, et de sa sœur de 32 ans, sa mère a essayé de se réfugier au poste de police municipal avec huit de ses petits-enfants, mais le commissaire a eu trop peur pour lui ouvrir la porte, raconte-t-il.

Ce rapt, au cours duquel une autre personne a été enlevée, a été le tout premier signalé à Cuencamé.
“Ensuite, chaque vendredi ils venaient chercher davantage de personnes du village”, raconte José Esparza. Le phénomène s’est subitement arrêté en décembre 2009, après l’apparition de plusieurs policiers décapités sur la place principale de Cuencamé, selon lui.
On ignore s’il s’agit du dernier forfait des ravisseurs, d’un règlement de compte ou d’une vengeance des habitants contre les policiers municipaux, souvent pointés du doigt pour leur collusion avec les trafiquants de drogue.

A distance, José Esparza s’est organisé avec des habitants de Cuencamé et ils ont recensé 200 disparitions. Selon eux, de nombreux corps ont été jetés dans le bassin de rétention de la centrale hydro-électrique de la ville. Les premières recherches n’ont pourtant rien donné, selon le vice-ministre à la Sécurité publique de l’Etat.

Esparza conteste cette version. Pour lui, des plongeurs sont en fait venus chercher un enfant noyé et “quand ils sont sortis, ils ont dit qu’il y avait plus de 40 corps à l’intérieur”. D’autres familles de victimes, qui ont requis l’anonymat, ont dit à l’AFP qu’il y avait des cadavres dans au moins trois autres bassins. Mais le parquet de Durango et le ministère public fédéral se renvoient le dossier qui n’avance donc pas.

 

4- Ciudad Juarez, un cauchemar
Avec 3.100 homicides en 2010, Ciudad Juarez, à la frontière des États-Unis, est la ville la plus violente du Mexique. C’est aussi celle consommant le plus de drogue.
Les cartels se mènent une guerre sans répit, en particulier ceux de Juarez et de Sinaloa. Le chef de ce dernier, Joaquin Guzman Loera, a été classé par le magazine américain Forbes parmi les hommes les plus riches au monde. Sa tête est mise à prix cinq millions de dollars aux États-Unis.

Exécutions, fusillades et règlements de compte font partie du quotidien à Ciudad Juarez. La violence a poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir et contraint 70% des commerces de la ville à fermer.
Dans ce contexte, la corruption a contaminé la police. Même l’armée en est soupçonnée.
En avril 2010, l’armée, victime de son échec dans la lutte contre les cartels, avait passé le relais à la police fédérale. Mais la situation ne s’améliore pas pour autant depuis.

La violence touche aussi les plus fragiles : Ciudad Juarez compte 12.000 orphelins, qui pensent à la vengeance dès leur plus jeune âge.
Et en 2010, 59 femmes et jeunes filles ont disparu à Ciudad Juarez. En août 2010, un avocat d’Amnesty, David Pena avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’explosion des disparitions de femmes dans cette ville de 1,3 million d’habitants.
En novembre 2009, des organisations patronales de Ciudad Juarez avaient demandé, en vain, l’envoi de casques bleus dans la région pour réprimer les violences liées à la guerre de la drogue.

 

5- Les cartels plongent le Tamaulipas dans la terreur
Depuis le 1er avril, 183 corps ont été retrouvés dans 40 charniers découverts dans cet État par lequel transite plus d’un tiers du commerce légal vers les États-Unis.
Des centaines de proches de personnes disparues ont fourni un échantillon d’ADN, mais seuls trois cadavres ont été identifiés à ce jour.
La majorité des victimes des charniers pourrait être des migrants, selon les autorités qui ont attribué le massacre au cartel des Zetas, spécialisés également dans l’extorsion et les recrutements forcés. Ceux qui refusent seraient tués.

Soixante-quatorze personnes ont été arrêtées depuis cette date, dont plusieurs “chefs de cellules” du cartel des Zetas, un gang formé par d’anciens militaires d’élite de l’armée mexicaine
Après des crimes retentissants, le gouvernement a tendance à annoncer rapidement d’importantes arrestations, mais d’après ses propres statistiques, les trois quarts des personnes interpellées pour trafic de drogue ou assassinat sont finalement relâchées sans qu’aucun chef ne soit retenu contre elles.

De plus, ils sont relâchés dans une zone frontalière incontrôlable, tombée sous le joug de trafiquants de plus en plus violents. Des gangs qui ont un grand besoin de nouvelles recrues les transforment en machines à tuer, selon la police.
Le ministre de l’Intérieur de l’Etat de Tamaulipas Morelos Canseco reconnaît une “terrible escalade” de la violence depuis 2010, quand la guerre a éclaté entre les Zetas et leurs vieux alliés du cartel du Golfe. Le respect se gagne en faisant “ce qu’il y a de pire, ce que personne d’autre n’ose faire. C’est comme un concours de perversité”, dit-il.

Le Tamaulipas, où beaucoup de gens ont abandonné leur maison, est plongé dans une guerre sans merci entre les deux cartels, et entre ces cartels et les forces de l’ordre. Le cartel du Golfe et les Zetas se disputent le contrôle des routes pour approvisionner les États-Unis.
Passer par le Tamaulipas, couvert de petits chemins agricoles non surveillés par les forces de l’ordre, est en effet le chemin le plus court pour se rendre du centre du Mexique aux États-Unis.
La police de l’Etat n’ose pas s’aventurer sur les petites routes où se cachent les Zetas et même la police fédérale se terre dans une base en sous-effectif.

La violence alimente la peur et la corruption. Après la découverte des fosses clandestines, les autorités ont arrêté 17 policiers, soupçonnés de complicité.
Le gouvernement a promis des renforts, mais les habitants restent perplexes. Selon un chauffeur de taxi de Matamoros : “le président dit qu’il y a beaucoup de forces fédérales entre ici et Ciudad Victoria, mais ce n’est pas vrai”.

En août, 72 immigrés d’Amérique centrale et du Sud, qui passaient par le Mexique pour gagner les États-Unis, avaient été massacrés, une tuerie imputée aux Zetas, pour qui les immigrés avaient refusé de travailler.
Selon un rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme, organisme gouvernemental, 20.000 clandestins ont été enlevés par des gangs au Mexique entre 2008 et 2009, pour un total de 50 millions de dollars de rançons.
Un demi-million d’émigrants traversent chaque année le pays du sud au nord pour entrer aux États-Unis. Mais sur leur chemin, beaucoup de fonctionnaires sont corrompus.

 

6- Les journalistes sont aussi des cibles
Mi-septembre, 2 photographes mexicains ont été abattus par des inconnus à Ciudad Juarez. Ils travaillaient pour le quotidien mexicain El Diario. Les journalistes de Ciudad Juarez assimilent leur travail à celui des reporters de guerre.
Selon RSF, qui s’exprimait fin septembre 2010, depuis 2008, 68 professionnels des médias ont perdu la vie au Mexique et 11 sont portés disparus depuis 2003.

Avec 14 journalistes morts en 2010, ce pays est devenu le plus dangereux au monde pour eux, selon l’ONU.
Face à ces violences, les directeurs de médias reconnaissent que l’autocensure se développe dans les rédactions.

 

7- Les prisons sont dans un état déplorable
Dans les prisons mexicaines, les membres des cartels de la drogue et autres gangs se disputent des “territoires” comme à l’extérieur.
Elles sont notoirement surpeuplées et sont le lieu d’affrontements meurtriers et aussi d’évasions massives.

En décembre 2010, 151 prisonniers s’étaient évadés d’une prison de Nuevo Laredo, à la frontière nord du pays. Des complicités parmi les gardiens étaient fort probables.
Selon des observateurs, la violence liée au trafic de drogue se poursuivra tant que ne sera pas réglé le problème de la corruption au sein de la police, du système judiciaire et de l’administration pénitentiaire.

Concernant la vétusté des prisons, Elena Azaola, spécialiste de l’univers carcéral au Centre de recherches supérieures en anthropologie sociale (CIESAS), avançait en janvier 2010 des chiffres impressionnants : 20 % des détenus de la capitale manquent d’eau potable, 70 % de nourriture, 65 % de suivi médical. Et près d’un prisonnier sur trois se sent en danger dans sa cellule.

 

8- Manifestations contre les violences
Des dizaines de milliers de Mexicains ont défilé début mai dans la capitale et dans d’autres villes pour protester contre les violences liées au trafic de drogue.
Vêtus en majorité en blanc et marchant silencieusement, les manifestants ont affiché des banderoles où l’on pouvait lire “plus un mort”, “ça suffit” ou “assez de sang”. Ils étaient 150.000 selon une estimation donnée par la mairie de Mexico.

Les manifestants demandent la fin des violences des narcotrafiquants et le retrait rapide des 50.000 soldats qui sont chargés d’affronter les cartels de la drogue depuis décembre 2006.
Les militaires sont régulièrement accusés d’exactions, de meurtres, de détention illégale et de tortures à l’encontre de la population civile.

Des manifestations avaient aussi eu lieu début avril dans 38 villes contre la violence des narcotrafiquants et les conséquences meurtrières de la riposte militaire du gouvernement mexicain.
Et en février 2010, des centaines de manifestants avaient défilé contre la violence à Ciudad Juarez.
Le 30 août 2008, comme déjà en 2004, une “marche blanche” avait par ailleurs rassemblé 200.000 personnes à Mexico pour dénoncer le manque d’efficacité de la police et de la justice contre le crime d’enlèvement, trop souvent impuni.

 

9- La guerre entre les cartels déborde sur l’Amérique du Nord
Les guerres entre gangs mexicains débordent sur le territoire des Etats-Unis et du Canada, avec par exemple une recrudescence de crimes violents en Arizona. Sept cents membres des cartels mexicains opérant aux Etats-Unis ont été arrêtés en 2008, selon le ministère américain de la Justice.
Il y a une nette hausse des enlèvements et assassinats commis ou commandités sur le sol des Etats-Unis par les cartels mexicains.

Par ailleurs, les Etats-Unis sont une terre de culture de la marijuana pour les cartels mexicains (article d’AP de mars 2010).
Non loin des chutes d’eau du parc de Yosemite, au beau milieu des forêts de séquoias californiennes, les cartels mexicains de la drogue font pousser des millions de plants de marijuana, cultivés par des clandestins. Un détournement de terres publiques qui prend de plus en plus d’ampleur aux Etats-Unis.

Les chiffres montrent l’essor du phénomène : entre 2004 et 2008, les autorités américaines ont découvert en moyenne un million de plants supplémentaires de marijuana. Elles estiment que 75% à 90% des nouvelles parcelles sont liées à des cartels mexicains.
Rien qu’en 2008, la police à travers le pays a confisqué ou détruit 7,6 millions de plants cultivés dans quelque 20.000 parcelles, selon la Drug Enforcement Administration (DEA), agence américaine en charge de la lutte contre la drogue.

Cultiver la marijuana directement aux Etats-Unis présente l’avantage pour les trafiquants mexicains d’éviter les risques et frais liés à son transport clandestin par la frontière. La distribution devient également moins risquée. Après récolte et séchage, la marijuana peut être acheminée vers les grandes villes pour y être vendue par des dealers dans la rue.

Selon les experts, le principal risque pour les trafiquants est qu’un randonneur égaré ou un chasseur ne découvre des parcelles par hasard. Les cultures de marijuana sont implantées dans des lieux isolés en pleine nature : de vastes forêts, comme le Parc national de Sequoia, les montagnes escarpées mais fertiles de la Sierra Nevada, ou encore sur des terres reculées de ranchs au Texas.

Dans le centre de la Californie, la Forêt nationale de Sequoia abrite un patchwork de champs de marijuana, la plupart dissimulés le long de cours d’eau loin des sentiers de randonnée. Les parcs nationaux voisins de Yosemite, Sequoia et Redwood connaissent une situation similaire.
Les autorités expliquent que la configuration du terrain et les conditions météo les empêchent souvent de dénicher les parcelles des cartels mexicains, surveillées par des gardes armés de kalachnikovs. “Ils connaissent le terrain mieux que nous”, souligne le lieutenant Rick Ko, un enquêteur du bureau du shérif de Fresno. “Ils peuvent nous tirer dessus avant même qu’on les voie.”

Les exploitations illégales gagnent en sophistication et sont de plus en plus cultivées par des immigrants clandestins, souvent originaires de l’Etat mexicain du Michocoan. Les cartels ont également importé des experts pour trouver les meilleures terres et de la main d’œuvre pour construire des systèmes d’irrigation, souligne Brent Wood, superviseur du Bureau de lutte contre la drogue du département de la Justice de Californie.
Les trafiquants emploient des immigrants qui ont de la famille au Mexique. Ils disposent ainsi un moyen de pression sur eux pour les obliger à poursuivre le travail ou à garder le silence en cas d’arrestation.

Parallèlement, de vastes quantités de marijuana entrent toujours clandestinement aux Etats-Unis en provenance du Mexique. Les autorités font état de prises quasi quotidiennes le long de la frontière entre les deux pays. Reste que les services de lutte anti-drogue voient dans l’essor de la production sur le sol américain le signe d’une volonté de diversification des cartels.

 

10- Officiellement, les USA coopèrent avec le Mexique dans la lutte contre les cartels
En mars 2010, la secrétaire d’Etat US Hillary Clinton a confirmé la volonté commune de renforcer encore la coopération, en soulignant que les cartels “combattent (les) deux gouvernements”.
Comme M. Obama, Mme Clinton avait déjà reconnu en 2009 la “responsabilité partagée” des Etats-Unis dans le développement du trafic de drogue, d’armes et d’argent clandestin entre les deux pays.

Elle a insisté sur la nécessité de prolonger le programme de “l’Initiative de Merida”, voté en 2008 par le Congrès des Etats-Unis pour intensifier la coopération dans la lutte contre les cartels avec le Mexique, l’Amérique centrale et les Caraïbes.
Merida prévoit une aide de 1,6 milliard de dollars en trois ans à la région, dont plus de 1,3 milliard au Mexique et le reste à l’Amérique centrale et aux Caraïbes.

Mais le flux d’armes à feu en provenance des Etats-Unis ne se tarit pas. Les USA sont le premier fournisseur en armes des cartels mexicains. Et selon Mexico, 90% des crimes imputées aux cartels de la drogue sont commis avec des armes importées clandestinement des Etats-Unis.
De plus, à la frontière, malgré des équipements dernier cri, les saisies de drogue sont faméliques.

Plus inquiétant, le président mexicain Felipe Calderon avait déclaré en mars 2009 que le trafic de drogue aux Etats-Unis est lié à un phénomène de corruption au sein des autorités américaines, tout comme au Mexique.
“Au Mexique il est évident que nombre de policiers et de représentants des autorités locales ont pu être liés au crime organisé, mais, avec le même raisonnement, je le dis clairement, le trafic de drogue aux Etats-Unis obéit aussi à un phénomène de corruption au sein des autorités”, a déclaré le président mexicain.
“J’aimerais savoir combien de représentants des autorités américaines ont été traduits en justice”.

 

11- Les cartels de la drogue se diversifient
Dans les villes, les commerçants sont rackettés et ceux qui refusent sont passés à tabac.
Ainsi, les gangs se diversifient, se lançant dans d’autres activités parfois plus faciles et rentables que la drogue.
Cette expansion a des conséquences majeures : le crime organisé s’insère de manière inextricable dans la société mexicaine et devient encore plus difficile à combattre. Car les cartels fournissent emplois et services sociaux là où le gouvernement est défaillant.

« Aujourd’hui, les trafiquants ont des grandes entreprises, de l’éducation, des carrières professionnelles », notait en 2009 Yudit del Rincon, élue de l’Etat de Sinaloa (sur la côté Pacifique), contrôlé depuis longtemps par le cartel du même nom. « Ils sont hommes d’affaire de l’année, ils dirigent même des fondations caritatives. »

En 2009, à Arteaga, ville de montagne du Michoacan, Servando Gomez Martinez, le « parrain » de La Familia, est adulé : il finance la cité, distribuant de l’argent pour la nourriture, les vêtements et même les soins médicaux. « C’est un homme de la campagne comme nous, qui porte des huaraches », dit de l’homme le plus recherché du Mexique un paysan, montrant ses sandales de cuir.
« C’est presque comme à Chicago, quand Al Capone dirigeait tout », note un haut responsable de la police US. « Ils contrôlent tout, du petit cireur de chaussures au chauffeur de taxi. »
Même des maires sont rackettés, faute de quoi ils peuvent se faire tuer.

Sources : Reuters, AP, AFP, ONU

 

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