Nicaragua : des recommandations du FMI à la guerre civile

 

 

ARTICLE DU 16 JUIN 2018

Depuis le 18 avril des manifestations monstres contre le président renforcent la crise au Nicaragua : une féroce répression a fait environ 170 morts, et le pays est au bord de la guerre civile.

 

 

Le Nicaragua est un pays d’Amérique centrale allié à Cuba, au Venezuela et à la Bolivie.

Comme ces 3 pays, il a des liens importants avec la Russie. Il a notamment signé en 2014 des accords de coopération économique, sociale et militaire.

 

La Russie cherche à renforcer sa présence en Amérique latine pour contrecarrer le renforcement des Etats-Unis en Europe de l’Est.

Ce renforcement russe en Amérique latine déplaît aux Etats-Unis.

 

Hormis la Russie, vu que le Nicaragua et le Venezuela sont dans la même alliance, et que le Venezuela entretient des liens forts avec l’Iran, il y a aussi ce risque, pour les USA, que l’Iran ne se lie avec le Nicaragua.

 

L’Iran est devenu la bête noire des Etats-Unis depuis que Donald Trump a dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien le mois dernier.

Le Nicaragua a beau être un petit pays, il forme un triangle avec Cuba et le Venezuela.

 

Comme à chaque conflit, il faut se demander à qui profitent les événements. Dans le cas présent, il serait intéressant pour les USA que le président Ortega soit renversé au profit d’un régime en leur faveur.

Cela dit, il convient aussi de noter le peu de légitimité de son élection en 2016. Election qui fut dénoncée par la communauté internationale.

 

Et surtout, la répression absolument terrifiante de ces dernières semaines, par la police et des bandes armées.

Face à eux, les manifestants sont armés de frondes et de mortiers artisanaux, et dressent des barricades.

 

Avant d’évoquer l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, il convient de constater que les braises étaient déjà chaudes.

L’élection contestée de 2016 a en effet eu une conséquence : le Nica Act.

 

Pour sanctionner cette élection indue, les USA ont voté ce projet de loi, visant à limiter les aides et prêts internationaux accordés au Nicaragua.

Selon Carlos Tunnermann, un ancien ministre, ces fonds représentaient entre 250 et 300 millions de dollars par an et finançaient les infrastructures.

 

Cette perte s’ajoute à la chute des pétrodollars du Venezuela, qui alimentent les programmes sociaux pour les pauvres.

Donc un contexte très difficile pour les habitants du Nicaragua.

 

Le FMI, point de départ des manifestations

Revenons à l’origine des manifestations.

Tout est parti en avril d’une réforme des retraites afin de renflouer la sécurité sociale.

C’est une idée du Fonds monétaire international.

 

Contesté, ce projet d’augmentation des cotisations déclenche dans plusieurs villes des manifestations initiées par des étudiants, qui se poursuivent les jours suivants et sont durement réprimées, en autres par des milices armées liées au gouvernement.

Notons que les mesures d’austérité préconisées par le FMI sont souvent suivies de manifestations : Arménie, Jordanie, bientôt l’Argentine…

 

La réforme fut retirée, mais des dizaines de milliers de personnes continuèrent à manifester pour 2 motifs essentiels : protester contre la répression (qui avait déjà fait 25 morts en 5 jours), et demander le départ du président Daniel Ortega, 72 ans, qui s’accroche au pouvoir.

Cet ancien guérillero est au pouvoir depuis 2007 après l’avoir déjà été de 1979 à 1990.

 

Depuis, le décompte est surréaliste : environ 170 morts, plus de 1.300 blessés.

Et comme dans toute guerre civile, les habitants doivent supporter pillages, saccages, incendies, pénuries, manque de soins…

Le pays était déjà traversé par une profonde crise économique et sociale, et gangréné par la corruption, comme la majorité des pays alentours.

 

L’économie du Nicaragua, déjà si fragile, est à terre. Le tourisme était important pour le pays, mais il ne faut plus rien en espérer pour le moment.

Selon la Fondation nicaraguayenne pour le développement social et économique, l’ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars.

 

Les milieux d’affaires ont lâché le président

Les milieux d’affaires du pays ne font plus confiance à Daniel Ortega, et lui demandent des élections anticipées. La prochaine élection présidentielle a normalement lieu fin 2021.

C’est aussi ce que demande l’opposition, ainsi que des réformes constitutionnelles, car actuellement Daniel Ortega et son épouse concentrent l’essentiel des pouvoirs.

 

Voilà plusieurs semaines que l’église du pays essaie de faire dialoguer gouvernement et opposition.

L’opposition pacifique du pays c’est notamment un regroupement d’étudiants, de chefs d’entreprise et de représentants de la société civile. Ce groupe s’appelle l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie.

 

L’église a réussi à faire se rencontrer les deux camps hier vendredi, alors que la répression se poursuit.

Mais Daniel Ortega rejette toute enquête internationale sur les violences qui émaillent le pays, et les manifestants refusent de lever les barrages routiers. Ils sont notamment terrifiés par les bandes armées fidèles au pouvoir.

 

Malgré les multiples condamnations internationales et des sanctions diplomatiques des Etats-Unis, Daniel Ortega semble résolu à tenir, jusqu’à la guerre civile.

C’est ce qu’affirme un de ses ancien compagnon d’armes, Roberto Samcam.

Finalement, les manifestants disent que Daniel Ortega est devenu comme le dictateur Anastasio Somoza, qu’il combattait lorsqu’il était jeune, dans les années 70.

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