Pérou : la candidature d’un satiriste à la présidence n’amuse pas du tout les politiques

LIMA (AFP) – La classe politique du Pérou observe avec une nervosité croissante un animateur-satiriste populaire qui veut se présenter à l’élection présidentielle de 2011: une candidature « poil à gratter » mais qui gagne du terrain dans les sondages.
Jaime Bayly propose de réduire une armée « inutile » et de couper les vivres à l’Eglise catholique, « les deux partis les plus puissants du Pérou ». Il veut dépénaliser l’avortement, la consommation de drogue, reconnaître les unions homosexuelles.

En quelques semaines, le satiriste a réussi à faire parler d’une demi-douzaine de sujets quasi-tabous, sur lesquels il a pris des positions controversées.
A 45 ans, ce dandy iconoclaste de la télévision vit entre Bogota et Lima, où il anime des émissions politiques à mi-chemin entre talk-shows et satire, mêlant éloquence mordante et interviews sans filet.
Lorsque Bayly a évoqué sa candidature fin 2009, beaucoup ont cru à un coup de pub du provocateur professionnel. Mais quand, un mois après, des sondages l’ont gratifié de 5 à 6% des intentions de vote, devant des candidats « sérieux », les rires ont cessé.

« Les Péruviens partagent avec moi un manque de confiance envers le personnel politique professionnel », explique-t-il. « Ils voient la présidentielle comme un cirque qui revient tous les cinq ans, et je sens qu’il ne leur déplairait pas qu’il y ait un nouveau clown ».
Bayly, enfant terrible de la bonne société de Lima, se dit « libéral de gauche », mais sans idées arrêtées. Il se délecte d’avance d’être d’ici la présidentielle « la voix des minorités, des gays, des agnostiques… » et « d’agiter le marigot, d’interpeller les politiques comme ils n’y sont pas habitués ».

Un parallèle avec l’humoriste français Coluche et sa candidature provocatrice à l’élection présidentielle en 1981 est tentant. Bayly l’accepte, mais dit ne pas avoir « son génie, son talent, ou… sa folie ».
« J’espère aussi que ça finira mieux », dit-il en allusion au retrait du candidat Coluche, à la suite d’intenses pressions et malgré des sondages encourageants.
Lui ne se voit guère président. « Avec mes idées ? Improbable ».

Cela dit, le Pérou, « une démocratie sans réels partis, très peu institutionnalisée et hautement personnalisée », selon le politologue Carlos Melendez, a une prédilection pour les surprises.
Le discrédit de l’establishment a déjà aidé par le passé à consacrer des indépendants ou des outsiders: Alejandro Toledo en 2001, et avant lui Alberto Fujimori, quasi-inconnu six mois avant son élection en 1990.
Consciente d’un « danger Bayly », la classe politique a déclenché un tir de barrage contre l’intrus, jugé « divertissant mais pas sérieux », « irrespectueux », une « recette pour le chaos ».

La presse se demande aussi pour qui roule Bayly, avant une élection 2011 indécise. Glanera-t-il des voix à droite, chez Keiko Fujimori, la fille de l’ancien président aux accents anti-establishment, à gauche, chez le nationaliste Ollanta Humala, ou dans l’électorat urbain du maire de Lima Luis Castaneda ?
Il ne nuira en tout cas pas au président Alan Garcia, qui ne peut se présenter pour deux mandats de suite. Aussi M. Garcia, souffre-douleur préféré de Bayly, a-t-il dit prendre avec « sympathie » sa candidature.
« Parce qu’il soulève des sujets que personne ne soulève, des sujets modernes, du 21e siècle, auxquels il faut réfléchir », a expliqué le chef de l’Etat. Des sujets paradoxalement évités avec prudence sous la présidence Garcia.

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