Législatives en Colombie : l’ombre des paramilitaires plane sur le Congrès

BOGOTA (AFP) – L’ombre des paramilitaires, responsables de dizaines de milliers de morts ces vingt dernières années en Colombie, planait lundi sur le Congrès colombien où, au lendemain des élections législatives, au moins 25 sièges revenaient à des proches de ces milices d’extrême droite.
« Le pays n’a pas puni les héritiers des +parapolitiques+ », titrait un article d’un des plus grands quotidiens colombiens, El Tiempo, en référence à l’expression consacrée pour qualifier les élus ayant des liens avec les milices.

Selon des résultats partiels du vote au Sénat, portant sur plus de 90% des suffrages, les Colombiens ont renouvelé leur confiance aux partis de la droite classique qui dominait la précédente assemblée, avec en tête le Parti social d’unité nationale et le Parti conservateur qui obtiendraient 50 sièges sur 102.
Mais ils ont également choisi pour le Sénat au moins 25 candidats poursuivis pour leurs liens avec les paramilitaires, ou apparentés à des personnes poursuivies pour ces liens, selon l’ONG Fundacion Nuevo Arco Iris, spécialiste du conflit colombien et des paramilitaires.

Une fois publiés les résultats pour la Chambre des représentants, ce nombre devrait encore augmenter, selon l’ONG Transparencia por Colombia, qui a identifié pour les deux chambres 35 élus concernés.
Une nouvelle formation, le PIN (Parti d’intégration nationale), quatrième force au Sénat, attire tous les regards, les huits sénateurs de ce parti étant liés à des élus condamnés ou soupçonnés, ou visés eux-mêmes par des enquêtes, selon Nuevo Arco Iris.

Par exemple Teresita Romero Garcia, élue du PIN, n’est autre que la soeur du parlementaire Alvaro Garcia Romero, condamné en février à 40 ans de réclusion pour son implication dans la tuerie de 15 personnes commise par ces milices.
Même parmi les partis traditionnels, des candidats aux liens directs ou indirects avec ces groupes paramilitaires se sont glissés aussi bien au sein du Parti social d’union nationale que du Parti conservateur, ou encore du Parti libéral (social-démocrate).

Pourtant, depuis les dernières législatives en 2006, les témoignages d’anciens membres notamment des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, milice démobilisée entre 2003 et 2006) ont révélé l’ampleur des crimes commis par les paramilitaires depuis la création de ces milices au début des années 1980 pour défendre les propriétaires terriens contre la guérilla des Farc.
Selon ces témoignages reccueillis par le parquet, au moins 30.000 personnes ont été assassinées, un chiffre qui selon les magistrats pourraient ne représenter que la pointe de l’iceberg, avec au total 200.000 morts.

En outre, près d’un tiers des élus du Congrès sortant sont encore visés par des enquêtes de la Cour suprême sur leurs liens avec les milices qui imposaient le candidat de leur choix pour ensuite s’assurer le contrôle du territoire.
Pour le scrutin de 2010, a constaté Pablo Santana, membre du comité de direction de la Mission colombienne d’observation électorale, les élus « douteux » proviennent justement des régions où les paramilitaires étaient bien implantés et où les plaintes pour achat de votes ont été les plus nombreuses.

Selon lui, des « achats massifs de voix » se sont produits, dont les auteurs sont d’anciens paramilitaires finançant ces fraudes avec les profits tirés du trafic de cocaïne.
« Nous n’avons pas appris la leçon », a déclaré à l’AFP Elizabeth Ungar, la directrice de Transparencia por Colombia, une ONG luttant contre la corruption.
« Le pouvoir de l’argent reste suprêmement important et malheureusement la culture de l’illégalité s’est étendue », a-t-elle ajouté.

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