Séisme au Chili : plus de 700 morts, un million et demi de sinistrés

1- Des clefs pour comprendre

Samedi, plusieurs villes du centre du Chili ont été dévastées par un puissant séisme de magnitude 8,8.

Le dernier bilan fourni par le gouvernement s’élève à 711 morts mais la présidente Michelle Bachelet a prévenu qu’il risquait très certainement de s’alourdir. Le travail des secouristes est rendu plus difficile par les nombreuses répliques.

C’est un des plus puissants tremblements de terre observés depuis un siècle

 

Il y a plus d’1,5 million de sinistrés et en tout, près de 2 millions de personnes, soit un habitant sur 8, ont été affectées.

Le Chili est situé dans une des zones à la plus forte activité sismique au monde. Pour le ministre des Travaux publics Sergio Bitar, « l’infrastructure chilienne a résisté », le pays étant préparé pour face à un séisme, avec des normes de construction antisismique.

 

Le plus violent séisme jamais enregistré sur la planète avait déjà frappé cette même région du centre du Chili : le 22 mai 1960, la secousse, d’une magnitude de 9,5, avait tué plus de 1.700 personnes et jeté à la rue deux millions d’autres.

Le séisme de samedi, équivalent en force à celui qui frappa l’Equateur en 1906, était le septième plus important.

 

 

2- Après le séisme, des tsunamis ont causé d’importants dégâts

Des tsunamis ont été déclenchés par le séisme, entraînant la mort d’au moins 4 personnes sur les îles Juan Fernandez, au large du Chili.

Sur les côtes chiliennes des villes balnéaires entières ont été détruites.

 

Le sud du pays est le plus touché, offrant un spectacle de désolation sur le littoral, où des maisons ont été broyées, des bateaux projetés à l’intérieur des terres. Deux régions sont en « état d’exception », le Maule, et le Bio Bio avec pour capitale Concepcion.

Le ministre de la Défense a reconnu que le risque de tsunami post-séisme avait été initialement mal évalué. Il a évoqué « une erreur de diagnostic en n’annonçant pas le raz-de-marée ».

 

De l’autre côté du Pacifique, le Japon a quant à lui levé l’alerte au tsunami sur l’ensemble de son territoire, après avoir fait évacuer des centaines de milliers de personnes.

Des tsunamis ont frappé les côtes du Japon et de la Russie où l’on n’a signalé ni victimes ni dégâts sérieux.

Des centaines de milliers de personnes avaient néanmoins été évacuées par précaution et l’alerte au tsunami en vigueur pour 53 pays a été levée dimanche.

 

 

3- Couvre-feu dans plusieurs villes

Les autorités chiliennes ont décrété un couvre-feu dans plusieurs villes du centre du pays, où 10.000 soldats ont été déployés pour tenter de mettre fin aux pillages.

Quarante-huit heures après le tremblement de terre, le gouvernement peinait toujours lundi à venir en aide à des milliers de personnes sans-abri.

 

« Nous n’avons pas d’eau, rien. Personne n’est venu nous apporter de l’aide et nous avons besoin de davantage de policiers pour maintenir l’ordre. Il y a beaucoup de gens ici qui volent », a déclaré Ana, une vieille dame de 78 ans habitant à Talca, à 250 km au sud de Santiago.

A Concepcion, des survivants en colère, qui campaient le long des routes, ont pris à partie les pompiers qui leur distribuaient de l’eau et du thé et ont saccagé leur véhicule.

Concepcion, deuxième ville du pays, est situé à 115 km de l’épicentre du séisme.

 

Un couvre-feu a été décrété dans la région de Maule et dans la ville dévastée de Concepcion, où des centaines de pilleurs ont mis à sac des magasins à la recherche de nourriture. Des scènes de pillage ont également eu lieu dans la capitale Santiago.

« Nous ne pouvons pas arrêter les gens, certains pillent des magasins parce qu’ils sont affamés. Mais d’autres profitent de la situation pour voler » a déclaré à l’Associated Press un policier sous couvert d’anonymat à Concepcion.

 

Les pillards ont attaqué un supermarché de quatre étages puis ont dévalisé deux pharmacies devant des policiers impuissants. » Nous ne pouvons pas y faire grand-chose, nous sommes complètement dépassés » a reconnu un autre policier, qui n’a pas mangé depuis un jour et demi, comme la plupart de ses collègues.

Madame Bachelet, qui doit quitter la présidence de la république le 11 mars prochain, a annoncé qu’elle s’était mise d’accord avec les directeurs des chaînes de supermarché pour qu’ils distribuent gratuitement des aliments de première nécessité aux habitants.

 

 

4- Le séisme dévaste l’économie du pays

Le coût des dégâts pourrait atteindre 30 milliards de dollars, l’équivalent de 15% du produit intérieur brut (PIB) du Chili, selon Eqecat, une société d’évaluation des risques.

« Nous sommes confrontés à une catastrophe d’une magnitude tellement impensable qu’il faudra un effort énorme » pour que le Chili s’en remette, a déclaré la présidente Michelle Bachelet.

Le tremblement de terre risque de peser lourdement sur l’économie du pays et pourrait mettre sous pression sa monnaie, prédisent certains économistes.

 

Le tremblement de terre a détruit ou endommagé 1,5 million de maisons, des routes et des ponts autoroutiers, portant un coup aux infrastructures du pays, premier producteur mondial de cuivre.

Selon les autorités gouvernementales, l’industrie du cuivre a suffisamment de stocks en réserve pour répondre à ses engagements malgré l’arrêt de la production dans les mines de cuivre de Los Bronces et d’el Soldado.

Les principales mines ont repris progressivement leurs activités dimanche malgré un approvisionnement réduit en électricité.

 

 

5- Quelle aide extérieure ?

Cette situation chaotique est un premier défi pour Sebastian Pinera, élu président du Chili en janvier et qui doit prendre ses fonctions dans deux semaines.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, rencontrera Pinera et Bachelet mardi à Santiago lors d’une visite éclair, a annoncé le département d’Etat.

 

La présidente Michelle Bachelet a fait savoir que le Chili accepterait une partie de l’aide proposée par plusieurs pays.

Le Chili a besoin d’hôpitaux de campagne, de ponts provisoires, d’équipements de traitement des eaux, d’équipes d’évalutation des dégâts, ainsi que de sauveteurs pour venir en aide aux équipes chiliennes qui travaillent sans relâche depuis samedi, a-t-elle expliqué.

 

La communauté internationale a été prompte à se mobiliser pour le Chili, l’UE annonçant une aide d’urgence de 3 millions d’euros et les Etats-Unis se déclarant prêts à participer aux opérations de secours et de reconstruction.

La Banque mondiale, par la voix de son président Robert Zoellick, s’est déclaré disposée « à soutenir le gouvernement chilien de toutes les manières que celui-ci jugera utiles ».

 

Les organisations humanitaires britanniques ont annoncé qu’elles débloquaient des fonds, dépêchaient des équipes d’évaluation sur place et lançaient des appels aux dons.

La Croix-Rouge britannique a fait état du déblocage de 50.000 livres (76.000 dollars).

« La population du Chili souffre énormément aujourd’hui, mais le Royaume-Uni se tient prêt à aider, nous ferons tout notre possible », a déclaré le Premier ministre britannique Gordon Brown.

 

Le Canada est « prêt offrir l’aide nécessaire à la population du Chili en ces circonstances difficiles », a déclaré le Premier ministre Stephen Harper, adressant au nom de tous les Canadiens un message de sympathie à toutes les personnes touchées par la catastrophe.

Les messages de solidarité et de condoléances ont afflué d’Amérique latine. La présidente argentine Cristina Kirchner a offert à son homologue chilienne toute l’aide qui serait nécessaire pour affronter les conséquences du séisme.

 

 

6- Pourtant plus fort, le séisme du Chili fait moins de ravages qu’en Haïti

Nature des failles et de l’épicentre, respect des normes antisismiques, préparation de la population : pour de nombreuses raisons, les pertes humaines des séismes au Chili et en Haïti sont sans comparaison, même si la secousse a été beaucoup plus forte au Chili.

L’épicentre du séisme qui a frappé le Chili samedi était situé à 115 km de Concepcion, la deuxième agglomération du pays (670.000 habitants), et à 325 km de la capitale Santiago.

 

Avec une magnitude de 8,8, ce séisme, un des plus puissants du siècle, est d’une force plusieurs centaines de fois supérieure à celui du 12 janvier en Haïti, qui était de 7,7.

Pourtant en Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, où l’épicentre n’était situé qu’à 25 km de la capitale Port-au-Prince, le tremblement de terre a fait plus de 220.000 morts et un million de sans-abri.

Géologiquement, les deux secousses, ainsi que celle qui s’est produite au sud du Japon samedi sans faire de dégâts, sont sans rapport, les ruptures étant intervenues sur des failles différentes, affirment les experts.

 

En Haïti, la très faible profondeur de la secousse, à quelque 10 km dans la croûte terrestre, avait décuplé la violence des vibrations et amplifié les dégâts à la surface du sol. Au Chili en revanche, le séisme s’est déclenché à 35 km sous l’océan, ce qui a amorti le choc mais fait craindre un tsunami majeur.

Et le séisme a frappé en Haïti la capitale, densément peuplée, tandis qu’au Chili l’épicentre du phénomène a été localisé près d’une région relativement peu peuplée.

 

Selon le Centre américain d’études géologiques (USGS), huit municipalités haïtiennes, dont Port-au-Prince et ses trois millions d’habitants, ont subi une secousse « violente » à « extrême » le 12 janvier. Au Chili en revanche, aucun secteur urbain n’a subi plus qu’un tremblement « sérieux », terme qui correspond au troisième échelon par ordre décroissant de gravité.

 

De plus, le Chili est bien mieux préparé qu’Haïti aux tremblements de terre.

Le Chili est situé dans l’une des zones à la plus forte activité sismique au monde, avec la convergence de deux plaques tectoniques majeures qui provoque des séismes de magnitude 8 tous les dix ans environ. Haïti en revanche n’avait pas connu de séisme aussi catastrophique dans la région de Port-au-Prince depuis 240 ans.

Selon la société américaine EQECAT, spécialisée dans la modélisation du risque, le fait que le Chili ait mis en place à grande échelle des normes de construction antisismiques « a diminué le potentiel de destruction ».

 

Le tremblement de terre du 12 janvier en Haïti a pris au dépourvu un pays infiniment pauvre, tandis que celui de samedi au Chili a frappé un pays beaucoup plus riche et mieux préparé, doté de normes de construction antisismiques.

Il apparaît que les dommages entraînés par le tremblement de terre au Chili « soient bien moindre qu’en Haïti », a noté samedi dans un communiqué l’organisation Architecture for Humanity, ajoutant : « cela est sans doute dû à l’état de préparation du pays, à de meilleures normes de construction et à la localisation et profondeur de l’épicentre ».

 

« Si un bâtiment s’écroule au cours d’un tremblement de terre, c’est soit parce qu’il a été sévèrement secoué soit parce qu’il a été mal construit », résume le professeur Roger Bilham. « En Haïti, les bâtiments étaient très fragiles. Ceux qui les ont construits il y a vingt ou trente ans ont construit des tombes pour leurs occupants ».

Dans la capitale haïtienne Port-au-Prince où s’entassent 2 millions d’habitants, deux immeubles seulement étaient connus pour avoir été construits selon des normes antisismiques et ont bien résisté au choc du 12 janvier.

 

 

7- Les tremblements de terre récents dans la région

En novembre dernier, un séisme de magnitude 6,3 sur l’échelle de Richter avait secoué une région montagneuse du nord-ouest de l’Argentine, à proximité de la frontière chilienne, sans faire de victimes ni de dégâts matériels, selon l’Institut national de prévention sismique (Inpres).

« L’épicentre se trouvait au milieu de la cordillère (des Andes), à la frontière avec le Chili. Il est passé inaperçu, parce que la zone est peu peuplée », avait déclaré à l’AFP Mario Figueroa, technicien de garde à l’Inpres. « Comme il s’est produit à une profondeur située entre 150 et 160 km, il est arrivé à la surface avec très peu de force ».

 

Il y a plus d’un an, en décembre 2008, un puissant séisme avait secoué la côte centrale du Chili, alarmant les habitants, mais sans causer de dégâts majeurs.

Le séisme était de magnitude 6,3, selon le Centre américain d’études géologiques.

Certains résidents de Valparaiso et de sa ville associée, Vina del Mar, qui comptent ensemble 1,6 million d’habitants, avaient fui dans les rues quand le séisme avait frappé.

 

En novembre 2007, un séisme de magnitude 7,7 dans le nord du Chili avait fait au moins 2 morts, plus de 150 blessés, et quelque 15.000 sans-abri. Le tremblement de terre, dont l’épicentre était situé dans le désert de l’Atacama, avait détruit ou endommagé plus de 4.000 maisons.

Enfin, en août 2007, le Pérou, situé au nord du Chili, avait connu un tremblement de terre ayant tué plus de 500 personnes et détruit 40.000 maisons sur la côte sud.

 

Sources : Reuters, AFP, AP

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