Haïti : c’est toujours le chaos

Haiti

1- Des clefs pour comprendre
Haïti a été frappé le 12 janvier par un violent séisme, de magnitude 7 sur l’échelle de Richter. C’est une catastrophe jamais vue depuis plus de deux siècles. Selon l’institut américain de géophysique, la longue secousse qui s’est produite à seulement 15 km à l’ouest de Port-au-Prince, la capitale, a été ressentie « très fortement par 3 millions d’Haïtiens ».
Alors que la République dominicaine voisine n’a pas été affectée, le tremblement de terre a ravagé une partie d’Haïti. Consulter la carte publiée par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Le séisme a fait 212.000 morts, selon une estimation du Premier ministre haïtien, et détruit la capitale Port-au-Prince. Des dizaines de milliers de corps ont été enterrés dans des fosses communes creusées à la hâte à l’extérieur de la capitale. Et beaucoup ne sont pas encore enterrés, dans le chaos ambiant.
La secousse a laissé d’innombrables sans-abri et des centaines de milliers de blessés. Selon la Croix rouge, 3 millions de personnes, soit 1/3 des habitants de l’île, ont besoin d’une aide d’urgence.

Haïti est très mal équipé pour faire face à ce type de catastrophes.
Le séisme était la 15e catastrophe naturelle depuis 2001. Cette série de tragédies avait déjà fait 3.000 morts et plusieurs millions de déplacés.
Les conséquences des catastrophes naturelles sont aggravées par la pauvreté (78 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, 70% sont au chômage), la déforestation (qui provoque l’érosion des sols et favorise coulées de boue et inondations), l’instabilité politique, la mauvaise qualité des constructions et le faible niveau d’éducation.

De plus, ceux qui ont survécu au séisme pourraient ne pas survivre longtemps faute de soins médicaux adéquats.
Le pays est présidé depuis 2006 par René Préval, qui a demandé à la communauté internationale de s’engager en faveur de solutions à long terme pour son pays, observant qu’un « paradigme de charité » ne mettrait pas fin aux cycles de pauvreté et de catastrophes.

L’ONU assure à Haïti une mission depuis 2004, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), qui vient d’être renforcée de 3.500 Casques bleus, soit un total de 12.500 hommes sur place.
Cette mission a été durement éprouvée par le séisme : 83 employés des Nations Unies ont été tués et 32 sont encore portés disparus.

Avant le tremblement de terre, Haïti se remettait à peine, avec l’aide internationale, de quatre typhons catastrophiques qui avaient fait près de 800 morts en 2008. Les dégâts provoqués par la violence et la succession des ouragans avaient fait plus d’un million de sinistrés et dévasté le pays.
A ce moment aussi, les cyclones étaient arrivés alors que le pays commençait tout juste à aller un peu mieux, grâce à l’assistance humanitaire, qui aidait la population face à la montée des prix de l’alimentation.

 

2- Les efforts se poursuivent contre les “embouteillages” dans l’aide
Les dons recensés par l’ONU dépassent désormais les 2 milliards d’euros. Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, John Holmes, a indiqué que 82% des 575 millions de dollars demandé lors de l’appel d’urgence avaient été versés.
De nombreux pays et artistes à travers le monde se mobilisent pour Haïti.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) s’est félicité d’avoir récolté près de 230 millions de dollars pour aider Haïti, estimant que le coût global de son intervention pourrait dépasser 800 millions de dollars.
“Le monde a sauvé beaucoup de vies en Haïti”, a déclaré la directrice du PAM, Josette Sheeran.

Par bateau ou par avion, l’aide continue à affluer à Port-au-Prince mais sa distribution reste toujours problématique et de nombreuses personnes manquent de tout, en raison de graves problèmes logistiques.
L’aide n’arrive pas assez vite aux rescapés. Problèmes de transport, violences épisodiques, complexité des procédures, cette situation provoque colère et désespoir au sein de la population.

Les travailleurs humanitaires critiquent l’inefficacité du gouvernement : en outre, les retards à l’aéroport sont endémiques, le port est petit et en ruines, les routes sont engorgées et la sécurité n’est pas assurée.
Réagissant aux critiques, le président haïtien, René Préval, affirme qu’il comprend « la frustration » de la population face à la distribution de l’aide humanitaire, mais que « c’est dans la discipline, dans la solidarité, c’est dans la patience que nous arriverons à trouver la solution à tous les problèmes ».

Les efforts se poursuivaient samedi pour résoudre les “embouteillages”, reconnus par Bill Clinton, dans la distribution de l’aide internationale en Haïti. Il y a un million de sans abris.
“Désolé que ça ait pris autant de temps”, a déclaré vendredi l’ancien président américain Bill Clinton, émissaire pour l’ONU en Haïti. “J’essaie de résoudre les embouteillages pour que l’expédition de nourriture se fasse en quantité suffisante”.

Signe du mécontentement des sinistrés haïtiens, il a été accueilli par 200 manifestants réclamant des tentes pour se loger.
Les manifestants semblaient sans animosité à l’égard de M. Clinton, désigné mercredi par le secrétaire général des Nations Unies pour coordonner l’aide internationale en Haïti. Mais beaucoup d’Haïtiens reprochent à leur gouvernement de ne rien faire pour venir en aide au million de sinistrés.
Selon Patrick Delatour, le ministre du Tourisme, désormais chargé de la reconstruction, l’Etat n’a reçu que 4.000 tentes sur les 200.000 promises.

A Port-au-Prince, dont le centre doit être reconstruit à 75% selon l’ONU et où des dizaines de milliers de personnes vivent sous des abris de fortune faits de tissus tendus au petit bonheur, de plus en plus de pancartes protestant contre la lenteur de l’aide apparaissaient.
Le PAM, qui coordonne la logistique des distributions d’aide alimentaire entre les différents organismes humanitaires, a considérablement augmenté les distributions, via une flotte de camions venus de République dominicaine voisine.

Il souhaite mettre en place 16 centres de distribution dans Port-au-Prince et fournir lors des dix prochains jours des rations pour deux semaines à deux millions de personnes.
En 10 jours, les quantités de nourriture et d’eau distribuées ont quasiment doublé, se réjouissent les organisations d’aide. Mais elles s’insurgent du temps perdu dans les entrepôts des Nations unies, près du bidonville de Cité Soleil, avant d’être autorisées à acheminer leur marchandise à destination.

A l’aéroport aussi, c’est le grand embouteillage des stocks.
L’armée américaine, qui gère l’aéroport, fait en sorte que 120 à 140 vols puissent se poser chaque jour, contre 25 avant le séisme, précise le capitaine Candace Park, porte-parole de l’armée de l’air. Mais environ 25 avions manquent leur créneau chaque 24 heures, poursuit Mike O’Keefe : il est tellement difficile d’obtenir un créneau horaire que certaines ONG réservent sans savoir s’ils en ont besoin ou s’ils seront prêts, explique-t-il.

Heureusement, dans le sud du pays, l’aéroport de Jacmel a été remis entièrement en service par le Canada, ce qui permet de désengorger l’aide humanitaire entassée sur celui de Port-au-Prince.
Concernant le port, plus d’une centaine de navires sont en route vers Haïti mais une partie du port, détruit dans le séisme, n’est toujours pas utilisable et les capacités d’accostage restent limitées. Les bateaux doivent par exemple être équipés de leurs propres grues pour décharger leur cargaison.
De plus, la plupart des convois craignent des attaques et les gangs armés.


3- Reloger les sans-abris, une priorité

L’ONU estime qu’un demi-million de personnes vivent dans 315 camps, la plupart sans installations sanitaires. Maintenant que les opérations de sauvetage sont terminées (134 personnes ont pu être sauvées des décombres) et que la majorité des blessures graves ont été soignées, la priorité est de fournir des abris.
L’Office des migrations internationales (OMI) donne aux habitants des bâches, des outils et des matériaux pour construire des abris.

L’Onu veut éviter de créer de grands camps de réfugiés “qui tendent à devenir permanents avec le temps”, a précisé Holmes, sous-secrétaire de l’ONU aux Affaires humanitaires.
Par la suite, des abris résistants aux ouragans seront livrés. “C’est un grand défi et nous n’avons pas de solution miracle. Les ouragans ont déjà causé des désastres à Haïti. Il faudra probablement un an ou deux pour pouvoir reloger les gens dans des habitations dignes de ce nom.”

La crainte des épidémies se fait jour. La fourniture de milliers de latrines est nécessaire, et les conditions d’hygiène dans les camps sont abominables : des femmes se lavent près des immondices, des enfants font leurs besoins au milieu des rescapés…
Les températures étant de plus élevées en cette saison, des cas d’épidémies ont été signalés. “Plusieurs équipes médicales ont rapporté des cas de plus en plus nombreux de diarrhées ces deux-trois derniers jours”, a déclaré un porte-parole de l’OMS, Paul Garwood. “Il y a aussi des informations sur des cas de rougeole et de tétanos”, a-t-il dit, annonçant une campagne de prévention.

En dépit des appels à la patience lancés en vue de la reconstruction de Port-au-Prince, les sinistrés ne veulent plus attendre et commencent à empiler bouts de bois et de tôle ondulée pour faire ce qu’on croyait impensable : rebâtir des maisons neuves au-dessus de celles ravagées par le séisme.
Ces constructions sauvages vont à l’encontre des consignes de sécurité officielles et de la volonté affichée par le gouvernement haïtien d’édifier une nouvelle ville en respectant cette fois les normes d’urbanisme et un plan d’ensemble. Mais elles reflètent la colère et la frustration croissantes des habitants devant la paralysie des pouvoirs publics.

Les autorités redoutent ces initiatives intempestives de la population. Face à l’ampleur de la tâche de reconstruction d’une ville entière, elles se sont fixé pour première priorité de déplacer les sinistrés des secteurs les plus exposés aux secousses et glissements de terrain vers des camps de tentes où les conditions d’hygiène et de sécurité seront bien meilleures.
Mais ces camps tardent à voir le jour. Le président René Préval a bien tenu des dizaines de réunions de travail avec des entreprises étrangères de travaux publics pour discuter des travaux de démolition, de l’évacuation des tonnes de débris, des installations sanitaires et d’autres besoins à long terme, sans déboucher pour l’instant sur des projets concrets.

Mme Lassègue, la ministre de la Communication, a beau répéter que ces constructions sauvages ne seront pas tolérées, les sinistrés en ont assez de dormir en plein air, sous des bâches, des couvertures ou des plaques de tôle.
Les cyclones commencent en mai-juin. “Nous dormons dehors mais les pluies vont bientôt arriver”, explique Merilus Lovis, 27 ans, en dressant des planches de bois sur les ruines de son ancienne maison pour se faire un abri de fortune à l’endroit même où il a perdu sa femme et sa fille. “J’ai peur des inondations sur les pentes de cette colline, mais je ne pense pas que Dieu laisserait se produire de si mauvaises choses une deuxième fois”.


4- Les Américains n’occupent pas Haïti
Samedi, le colonel Gregory Kane, directeur du commandement des opérations en Haïti, a confirmé l’engagement prolongé de l’armée américaine sur le terrain. “Nous serons en Haïti tant que ce sera utile, le volet militaire de l’opération, en vertu de l’expérience, sera probablement de 45 à 50 jours” en tout.
Aujourd’hui au nombre de 17.000, les troupes américaines ont été jusqu’à 22.000 déployées en Haïti ou au large, a précisé le colonel Kane.

Des responsables de la MINUSTAH se sont félicités cette semaine de la bonne logistique des opérations d’aide en Haïti.
Et selon le responsable des forces spéciales américaines en Haïti, « la distribution alimentaire se déroule très bien. Les deux forces s’unissent et travaillent conjointement afin que tout se passe pour le mieux ».
« Certaines fois, nos troupes font la coordination des activités de distribution alors que les casques bleus assurent la sécurité. Mais dans d’autres sites, ils arrivent que ce soient les militaires des Nations Unies qui distribuent tandis que nous nous occupons de la sécurité. C’est vraiment un travail conjoint ».

Face au déploiement US, certains Etats latino-américains de gauche, Venezuela en tête, ont accusé les Etats-Unis de profiter de la catastrophe pour “occuper” Haïti.
Le sous-secrétaire de l’ONU aux Affaires humanitaires, John Holmes, défend l’action des armées américaines et canadiennes aux côtés des Nations Unies. Selon M. Holmes, « il n’y a pas vraiment de problèmes avec leur présence. Ils n’essaient pas de dominer militairement le pays, ils n’ont pas d’autre objectif que l’opération d’aide. Nous sommes très heureux qu’ils soient là. Ils ont pu faire des choses dont nous n’étions pas capables, comme gérer l’aéroport, aider à réparer le port ou encore transporter par air des objets très lourds que nous ne pouvions pas transporter nous-mêmes dans les premières semaines ».


5- Davantage de sécurité
Après le séisme, des distributions de vivres ont tourné au chaos dans les rues dévastées de Port-au-Prince. Les casques bleus ont dû parfois faire usage de gaz lacrymogènes.
Après aussi de nombreux pillages et violences, la situation est à présent calme, à l’exception de “faits isolés de pillage et d’attaques contre les convois de nourriture”, a déclaré Holmes, coordinateur des opérations d’urgence de l’Onu. “C’est un environnement potentiellement très instable et nous devons nous assurer que les affrontements pour les aliments ne dégénèrent pas en troubles civils plus graves.”

Depuis le week-end dernier, pour s’assurer que la nourriture aille aux familles, les agences humanitaires font appel aux militaires, qui remettent des sacs de 25 kilos de riz aux femmes qui produisent des cartes de rationnement.
Les organisations humanitaires distribuent l’aide aux femmes parce qu’elles sont les principales appuis des familles et moins susceptibles de se montrer agressives dans une file d’attente. La plupart des Haïtiens approuvent.
Les agences humanitaires disent avoir ainsi tiré les leçons des erreurs antérieures, lorsque les hommes le plus forts s’emparaient en premier des vivres distribués.

Les distributions se passent mieux aujourd’hui, mais le marché noir ne s’en porte pas moins bien.
Des vendeurs clandestins proposent la tasse de riz provenant de l’aide humanitaire à un demi-dollar aux 12.000 sans-abri d’un quartier de la capitale haïtienne.
Marcus Prior, porte-parole du Programme alimentaire mondial (Pam), juge cet état de fait inévitable.
“C’est trop tôt pour mesurer ce qui se retrouve au marché noir. On n’aime pas cela mais cela contribue à stabiliser la situation alimentaire en ville”, confie-t-il à Reuters.
En outre, nombre d’Haïtiens ne savent pas comment se procurer les cartes de rationnement, tout en connaissant leur existence.

Désormais, les coupons de nourriture sont remis aux femmes et aux dirigeants communautaires, qui décident quelles sont les familles prioritaires.
Mais ces précautions sont parfois contournées et, selon des habitants de Port-au-Prince, des aigrefins revendent des coupons à plus d’un dollar pièce.
“Seuls les amis des chefs obtiennent ces cartes de rationnement. Nous, nous n’avons pas d’argent pour acheter du riz au marché. Et nous avons faim”, se lamente Peter Princius, un vieil habitant de Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince.


6- Secourir les enfants

a- Dix Américains inculpés pour enlèvement d’enfants
Samedi, les 10 Baptistes américains arrêtés le 29 janvier à la frontière dominicaine avec 33 enfants présentés comme orphelins mais sans papiers d’identité, attendaient toujours à la Direction centrale de la police (DCPJ) leur transfèrement.
Les hommes devaient rejoindre le pénitencier national, et les 5 femmes une prison pour femmes.
“Nous ne sommes venus que pour aider les enfants. Nous avions de bonnes intentions”, s’était défendue Laura Silsby, la chef du groupe religieux.

Certains enfants ont depuis été réclamés par des personnes se présentant comme leurs parents.
Les parents de certains des enfants ont affirmé à l’AFP avoir “donné” les enfants aux Américains “parce que c’était mieux pour eux”.
Les autorités haïtiennes se sont plaintes que cette affaire ait relégué au second plan l’organisation des secours et la reconstruction du pays.

b- Paris propose la création d’une commission bilatérale pour étudier les dossiers d’adoption
En France, comme dans de nombreux pays occidentaux, les familles qui se préparaient depuis longtemps à accueillir un orphelin font pression sur les autorités pour faire accélérer le processus d’adoption.
La France va proposer aux autorités haïtiennes la création d’une commission bilatérale chargée d’examiner les dossiers d’adoption d’enfants pour lesquels aucun jugement n’avait été rendu avant le séisme, ou n’a pu être produit suite à la catastrophe, a annoncé vendredi le Quai d’Orsay.

La première priorité est de “hâter la venue en France des enfants haïtiens pour lesquels un jugement d’adoption avait été prononcé par la justice haïtienne avant le tremblement de terre”, soit “près de 400 enfants”, a expliqué Bernard Valero, le porte-parole. A ce jour, 277 ont déjà rejoint leur famille française d’adoption et “d’autres arrivées sont prévues dans les prochains jours”, a-t-il souligné, ajoutant que chacun de ces départs a été “approuvé” par les autorités haïtiennes.

Un jugement d’adoption prend “beaucoup de temps” et la justice haïtienne a été “très affectée” par le séisme, a souligné M. Valero. La mise sur pied, “si possible immédiate” de cette commission, permettra donc d’examiner les “dossiers d’adoption qui étaient ouverts mais qui n’avaient pas atteint le stade du jugement”. Et ce afin “d’accélérer le traitement des dossiers”.

c- L’Unicef s’alarme
Les experts des Nations unies estiment qu’environ un million d’enfants et d’adolescents sont orphelins ou ont perdu au moins un parent dans le séisme. Faute de place, certains d’entres eux ont dû quitter les hôpitaux sans personne pour les prendre en charge.
L’Unicef a estimé que le séisme avait provoqué “la plus grave crise de protection des enfants jamais vue” en raison du grand nombre d’orphelins et d’enfants séparés de leurs parents.

“Les risques de traite des enfants, d’enfants vendus dans des conditions proches de l’esclavage ou d’adoption illégale sont significatifs”, a déclaré la directrice générale adjointe du Fonds des Nations unies pour l’enfance, Hilde Johnson.
Elle a rappelé que “près de 40% des Haïtiens ont moins de 14 ans” et qu’avant le séisme, 300.000 enfants haïtiens vivaient dans des orphelinats.

On estime actuellement à quelque 400.000 le nombre d’enfants non accompagnés en Haïti.
Le département d’Etat américain a indiqué que les Etats-Unis étaient prêts à apporter leur soutien contre le trafic de personnes, en particulier d’enfants.
L’ONU a de son côté mis en place un sous-groupe sur la protection de l’enfant qui vise à mettre en place un système d’enregistrement rapide des enfants non accompagnés, notamment de ceux qu’on appelle les ‘restaveks’.

Le terme désigne un système haïtien dans lequel les parents qui ne sont pas en mesure de subvenir aux besoins de leurs enfants les envoient vivre avec des membres de leur famille ou même des étrangers qui en prennent soin en échange d’un travail. Ce système est susceptible de favoriser l’exploitation et parfois l’esclavage de certains enfants.


7- Le retour des gangs
Dans l’anarchie ambiante, la police a annoncé avoir arrêté 100 des 4.000 détenus qui se sont évadés de la principale prison de Port-au-Prince, détruite par le séisme.
Le directeur de la police haïtienne, Mario Andrésol, a dénoncé de nouvelles formes de violence, parmi lesquelles des viols. « A la faveur du black-out qui sévit sur la capitale d’Haïti, des bandits en profitent pour harceler et violer femmes et jeunes filles réfugiées sous les tentes ».

Le directeur souhaite une meilleure coopération avec les autres forces étrangères déployées en Haïti afin de réduire la pression sur la police haïtienne.
Seule force de sécurité nationale forte de 8.000 membres environ, la police haïtienne compte de nombreuses victimes dans le séisme et tente aujourd’hui de travailler avec un effectif choqué et réduit de moitié.

La Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Navi Pillay, a exprimé ses “craintes que des prisonniers évadés des prisons, dont des gangsters endurcis, puissent se procurer des armes et s’engagent dans des activités criminelles violentes”.
Elle a également fait état d’informations “alarmantes sur des exécutions sommaires (de criminels présumés) par des foules en colère”.

Nombre de bandits ont repris leurs habitudes à Cité Soleil, le plus grand bidonville de la capitale (300.000 habitants), autrefois contrôlé par des bandes armées. Sa sécurisation, en banlieue de Port-au-Prince, était jusqu’ici l’une des réussites incontestées portées au crédit du président René Préval depuis son arrivée au pouvoir en 2006.


8- Plus de 30.000 Haïtiens rémunérés par le PNUD pour dégager les décombres

Plus de 30.000 Haïtiens sont actuellement rémunérés par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour dégager les décombres, dans le cadre d’un programme intitulé « Travail contre rémunération ».
« Nous voulons développer ce programme aussi vite que possible », a dit le Sous-administrateur du PNUD, Jordan Ryan. Il a rappelé qu’il s’agissait d’une des priorités dans le cadre du relèvement de l’économie haïtienne après le séisme qui a causé des destructions de grande ampleur.

Les travailleurs sont payés 180 gourdes, soit l’équivalent de 4,5 dollars, pour six heures de travail. Le salaire minimum à Haïti est de 200 gourdes pour 8 heures de travail.
Le travail inclut le déblaiement des décombres des bâtiments qui jonchent les rues, le broyage et le tri des matériaux recyclables ainsi que la mise au rebus des débris collectés. L’objectif du programme est de rétablir l’électricité, réparer les infrastructures publiques, fournir l’accès à l’eau, protéger les sources d’eau, assurer l’accès aux marchés, aux dispositifs de lavage en commun et aux centres communautaires.

Selon M. Ryan, le programme permet à la fois aux Haïtiens qui y participent de gagner un peu d’argent et d’avoir le sentiment de participer à la reconstruction de leur pays. Il a rappelé qu’une priorité était accordée aux femmes qui constituent 40% des gens embauchés. « Cela peut réduire les tensions sociales », a-t-il également estimé.

Le PNUD a pour ambition d’employer 100.000 Haïtiens dans le cadre de ce programme, mais cela dépend des fonds disponibles. M. Ryan a encouragé les bailleurs de fonds à contribuer au financement de ce programme.
Le PNUD avait indiqué lundi qu’il examinait l’opportunité d’établir des partenariats avec 15 organisations non gouvernementales nationales et internationales qui permettraient d’élargir la portée du programme et de l’appliquer à d’autres zones de Port-au-Prince.


9- Des déplacés commencent à regagner Port-au-Prince malgré les consignes

Une partie du demi-million de Haïtiens qui ont fui Port-au-Prince après le séisme commence à revenir s’entasser sur les décombres, dans les camps de réfugiés et les files de distribution de nourriture, ce qui pourrait compliquer les ambitieux projets de reconstruction d’Haïti.
Les autorités locales et internationales entendaient profiter de la destruction de Port-au Prince pour reconstruire au mieux la capitale et décentraliser le pays. Port-au-Prince, jadis faite de rues sinueuses et de bidonvilles délabrés, abritait un tiers des neuf millions d’habitants du pays.

Mais la misère qui sévit dans la campagne haïtienne pousse désormais les déplacés à revenir dans la capitale qui générait environ 60% du produit intérieur brut avant le séisme.
“Je n’ai pas aimé cet endroit”, explique Marie Martha Juste, qui vend des beignets dans le quartier de Petionville depuis son retour de La Boule, un village dans les montagnes à 30km au nord. “Mes amis m’aident ici. Là-bas, j’étais juste assise à ne rien faire toute la journée. Au moins ici, je peux vendre des choses pour gagner un peu d’argent”, ajoute-t-elle.

En dépit des efforts, les opportunités restent peu nombreuses dans la campagne. L’afflux de population a mis à rude épreuve les petites villes qui disposent de peu d’écoles et d’emplois. Les prix du sucre, du riz et des autres biens de première nécessité y sont en hausse.
Or, le gouvernement haïtien se révèle inapte à empêcher le retour des déplacés, bien que le Premier ministre ait averti cette semaine que Port-au-Prince ne pouvait pas accueillir un nouvel afflux de population. “Il est impossible pour eux de revenir avant que la capitale ne soit reconstruite”, a-t-il déclaré.
L’ancien président américain Bill Clinton, qui est aussi émissaire spécial des Nations unies, a annoncé que cette reconstruction “se mesurera en mois et même en années”.

L’ambitieux projet de déblaiement lancé par le président René Préval comprend des dispositions qui permettent d’évacuer par la force les personnes vivant dans des immeubles branlants, souligne Aby Brun, une architecte travaillant dans l’équipe de reconstruction du gouvernement. “Nous allons détruire de façon ordonnée et sécurisée”, a-t-elle assuré. Le plan de reconstruction, dont les détails n’ont pas encore été dévoilés, prévoit aussi de fournir des emplois et des services basiques dans d’autres villes et villages afin d’encourager les Haïtiens à quitter la capitale.
“Nous voulons créer pour eux des opportunités dans les villes secondaires”, explique le Dr Anthony Chan, No2 de l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

Cependant, les urbanistes doivent s’attendre à ces retours de population et travailler étroitement avec eux à la reconstruction, estime Alfredo Stein du Centre de recherche en urbanisme international à l’Université de Manchester pour qui ce retour est une opportunité de retisser également les liens sociaux. Selon lui, la construction de camps à l’extérieur de la capitale, comme prévoit de le faire le gouvernement, pourrait être un échec.

“Vous allez construire des ghettos qui seront loin de l’endroit où les gens ont besoin de reconstruire leur vie économique”, explique-t-il. “Des expériences dans d’autres parties du monde montrent qu’après les désastres, quand les personnes sont relogées loin de l’endroit où elles vivent, ça devient des lieux très compliqués avec beaucoup de criminalité”.


10- Les autres catastrophes

Dans la ville balnéaire de Jacmel, à 80 kilomètres de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, les bâtiments coloniaux qui attiraient les touristes ont été parmi les premiers à s’effondrer le 12 janvier dernier. Quelques secondes après le tremblement de terre, 441 personnes étaient mortes, 21 000 habitants se retrouvaient sans abri et 183 écoles étaient détruites, d’après les derniers chiffres du gouvernement.

Le 27 janvier, la route menant à Port-au-Prince n’avait été que partiellement dégagée, et les lignes téléphoniques venaient juste d’être restaurées.
« Nous avons été éclipsés par l’attention des médias qui s’est concentrée sur Port-au-Prince », a dit à IRIN Zidor Fednel, représentant régional du gouvernement. Même la fréquence de radio sur laquelle les programmes financés par les Nations Unies annoncent les lieux de distributions alimentaires et diffusent les avertissements de santé publique ne peut toujours pas être captée à Jacmel.

« Tout cela nous a maintenus dans l’ombre post-catastrophe de Port-au-Prince », a dit Jean Michel Sabbat, coordinateur technique du bureau du gouvernement pour la protection civile dans le sud-est. « Nous avons peut-être moins de dégâts et moins de besoins que d’autres zones affectées, mais les pertes sont tout de même énormes si on regarde l’ampleur du désastre ».

Lorsque les pompiers français formés aux secours en cas de catastrophes sont arrivés à Jacmel cinq jours après le séisme, Jérôme Savot, le responsable du groupe, a découvert que peu d’autres ONG (organisations non gouvernementales) humanitaires étaient présentes. « Toutes ces ONG sont allées directement à Port-au-Prince. Il y en avait moins ici, à Jacmel, donc nous étions confrontés à des besoins plus importants ».

Action Aid International et les Pompiers humanitaires de Normandie occupent une tente médicale dans le stade de Pinchinat, le plus grand campement de la ville, qui accueille des milliers de sans-abri. « Les ONG sont plus nombreuses maintenant, mais nous ne savons toujours pas très bien ce que chacune fait », a dit M. Savot.
Les Nations Unies ont commencé à distribuer de l’eau à Pinchinat le 24 janvier. Parmi les problèmes de santé les plus courants dans les campements, on peut citer les maladies respiratoires, qui sont une conséquence des nuits passées dehors, les infections, les parasites et la déshydratation.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a travaillé à Jacmel toute l’année dernière, distribuant des déjeuners dans les écoles ; l’organisation a puisé dans sa réserve de 600 tonnes de repas scolaires, d’après Daniel Baduel, directeur du PAM à Jacmel. « Quand l’école reprendra, nous nous préoccuperons des repas scolaires. Nous n’avions pas le choix ».

L’agence estime que les comités de cuisine de rue préparent 8,5 tonnes de nourriture chaque jour pour plus de 20 000 personnes. Nourrir pendant six mois les personnes sans emploi et sans abri à cause du tremblement de terre, et réparer les bâtiments, dont les 183 écoles, l’hôpital régional et les bureaux du gouvernement coûtera 380 millions de dollars, d’après une estimation préliminaire du PAM.


11- Des scientifiques redoutent un autre gros séisme

Haïti, qui est situé à la frontière de deux plaques, est divisé par deux systèmes de failles majeures. Au cours des trois derniers siècles, l’île a été frappée au moins quatre fois par des séismes comparables ou plus forts que celui du 12 janvier.
Des scientifiques mettent en garde contre le risque d’un nouveau séisme d’importance en Haïti.
Selon les chercheurs, le séisme était attendu à défaut d’être prévisible en raison de la proximité d’une « faille décrochante » qui traverse les Caraïbes.

Cette analyse ne rendait pas pour autant le séisme prévisible, selon Jérôme van der Woerd, des séismes de plus faible amplitude pouvant se produire dans des intervalles de temps plus rapprochés.
Doit-on s’attendre à de nouveaux séismes dans la zone, au-delà des répliques probables ?
« On est incapable de dire si ce sera dans quelques mois, quelques jours ou quelques années, mais le potentiel est là », estime le chercheur qui note que la faille n’a rompu « que » sur 50 kilomètres.
« Les contraintes aux extrémités de la rupture se sont accrues et il y encore de la place pour d’autres séismes de magnitude 7 », conclut-il.

Une équipe de géophysiciens, qui surveille les mouvements le long de la ligne de faille qui traverse Haïti et la République dominicaine voisine, est venue sur place afin de mesurer les changements intervenus dans l’écorce terrestre après le séisme de magnitude 7 du 12 janvier.
Les calculs préliminaires de l’équipe de sismologues montrent que le séisme du 12 janvier pourrait être le “petit coup de pouce” capable de déclencher un autre tremblement de terre.

La ligne de faille, longue de 300 km, court le long de deux plaques tectoniques qui glissent l’une contre l’autre depuis plusieurs millions d’années.
Une cinquantaine de répliques, dont une de magnitude 5,9, ont été ressenties à Port-au-Prince depuis le 12 janvier et l’institut américain d’études géologiques (USGS) estime que cette séquence de répliques pourrait se prolonger pendant des mois, voire des années.
“Des séismes dévastateurs restent possibles dans les mois à venir”, ajoute l’USGS.
Il faut reconstruire rapidement et avec des matériaux sûrs les infrastructures essentielles de la capitale.


12- L’Union africaine examinera l’idée d’une terre pour les Haïtiens

L’Union africaine est convenue fin janvier d’examiner une proposition visant à accueillir les Haïtiens sinistrés et d’envisager la création d’un Etat pour eux sur le continent.
L’idée a été lancée par le président sénégalais Abdoulaye Wade, selon qui l’histoire des Haïtiens, descendants d’anciens esclaves africains emmenés dans les Caraïbes ou en Amérique, leur donne le droit à un nouveau départ sur leurs terres d’origine.

Wade a suggéré que le Sénégal et plusieurs autres Etats devaient naturaliser les Haïtiens qui demandent à obtenir une nouvelle nationalité et a exhorté ses homologues à adopter un vaste programme d’adoption d’orphelins.
L’idée d’un Etat dessiné ex nihilo pour les Haïtiens fait écho à la création du Liberia au 19e siècle par les esclaves affranchis aux Etats-Unis.

Le Sénégal, lui, compte 13 millions d’habitants et s’étend à cheval sur le Sahel et la région tropicale de la Casamance. Le porte-parole du président sénégalais a précisé que l’éventuelle région dont hériteraient les Haïtiens serait fertile, soulignant qu’il ne s’agirait pas d’une portion du désert sénégalais.
“C’est une idée folle”, a estimé un employé du bâtiment. “Notre pays affronte déjà d’énormes difficultés sur le plan social et économique”, ajoute cet habitant de Yoff, dans la banlieue ouvrière de Dakar.
En revanche, un vendeur de rues du même quartier, Serigne Abdou, juge ce plan tout à fait réalisable. “Nous sommes tous des Noirs (…). Je suis convaincu qu’ils pourraient s’habituer à notre mode de vie, ici”.

Sources : AFP, Reuters, AP, ONU, IRIN

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