Afghanistan : l’argent des talibans et la vente d’héroïne à l’Occident

 

 

AUDIO – 4 mai 2018

 

 

ARTICLE – 4 mai 2018

Pour l’Occident, l’Afghanistan est un pays important.

Il est riche en ressources minières, notamment en uranium, ce qui peut en effet intéresser les Occidentaux. Mais comment les exploiter alors que les taliban contrôlent une grande partie du pays et détestent l’Occident ?

 

En fait, il faut surtout noter que l’Afghanistan est voisin du Pakistan.

Ce pays détient l’arme nucléaire.

Si les taliban conquièrent de nouveau l’Afghanistan comme dans les années 1990, ils pourraient propager la guerre au Pakistan.

Il y aurait alors un risque sérieux qu’ils s’emparent de l’arme atomique.

 

Il est donc important de défaire les taliban.

Mais au bout de 16 années de guerre menée par l’Otan et les Américains, l’échec est flagrant.

En Afghanistan, les taliban contrôlent plus de la moitié du pays.

Et ils ont une ressource inépuisable leur permettant d’acheter toujours plus d’armes.

Comme beaucoup de mouvements terroristes dans le monde, ils se financent grâce au trafic de drogue.

 

L’Occident et les forces afghanes ont consacré d’importants moyens pour détourner la population de la culture du pavot. En pure perte.

Le pavot est la plante qui produit l’opium, à l’origine de l’héroïne.

L’échec occidental est total : la production de pavot augmente considérablement et gagne de plus en plus de surfaces cultivées.

 

C’est la principale richesse du pays, qui fait vivre des millions de familles.

Au-delà, la richesse produite par cette plante permet de corrompre les autorités, jusqu’aux plus hauts sommets de l’État.

Et bien entendu, les taliban prélèvent des taxes sur l’ensemble du narcotrafic.

 

En Afghanistan est produit environ 90% de l’opium mondial.

Une grande partie de cette production prend ensuite le chemin de l’Occident, en transitant souvent par l’Iran.

Ce pays fait régulièrement d’importantes saisies, mais cela ne suffit pas.

 

Comment la drogue arrive-t-elle ensuite en Europe ?

De plus en plus elle prend la voie maritime, partant des ports iraniens pour aller directement en Europe.

Souvent, elle passe par les Balkans, ou bien par la Turquie. L’est de la Turquie est en fait contrôlé par le PKK, un important parti terroriste kurde. Lequel, comme beaucoup d’organisations terroristes, se finance grâce au trafic de drogue.

 

Ensuite, nous savons que l’Europe surveille mal ses frontières.

Grâce à ce laxisme européen, l’héroïne se répand sur le continent.

Les consommateurs européens d’opiacés permettent ainsi aux taliban de continuer à prospérer en Afghanistan et d’y multiplier les attentats.

 

Les taliban profitent aussi de l’argent injecté par la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, argent destiné à développer l’Afghanistan. On ne sait pas toujours où vont les milliards de dollars, ni comment ils sont dépensés.

Il faut rappeler que la plus grande partie du pays échappe au contrôle de l’État central.

Les forces gouvernementales gardent le contrôle d’environ 40% du territoire, notamment autour des capitales provinciales, mais des pans entiers lui échappent.

 

Les talibans viennent de lancer leur traditionnelle offensive de printemps et multiplient actuellement les attaques contre les grosses villes qui leur échappent encore.

Parmi leurs cibles, bien entendu les soldats étrangers, qu’ils soient de l’Otan ou américains.

 

Le nombre de militaires a fortement diminué en quelques années. Avec 16 000 soldats de l’Otan et 14 000 soldats américains, on est très loin des 150 000 soldats de 2012.

Le rôle de l’Otan est principalement de former les forces afghanes.

Le rôle des Américains est surtout de défendre les grandes métropoles et d’empêcher la chute de l’État central.

 

Les forts contingents armés du début des années 2010 n’ont pas réussi à faire reculer les taliban.

Lesquels ont l’habitude de se fondre dans la population et de gagner le Pakistan voisin pour se ressourcer à la montagne.

Le Pakistan est un État souverain et franchir la frontière pose souvent des problèmes aux militaires.

 

Hormis les militaires étrangers, les taliban s’en prennent aussi aux militaires et policiers afghans.

Du coup les forces armées afghanes connaissent de lourdes pertes et un important turn-over. Forcément, la violence et la peur de mourir décourage de s’engager.

Les forces afghanes sont aussi minées par la corruption, qui de toute façon gangrène tout le pays.

 

De plus, les policiers afghans sont réputés brutaux. Les civils sont aussi en colère contre les nombreuses bavures aériennes commises par les ennemis des taliban.

De fait, nombre d’Afghans préfèrent les taliban aux représentants du pouvoir central.

Si les habitants perdent leur liberté en respectant la charia, ils apprécient encore plus la paix. Dans les endroits où ils sont vainqueurs, les taliban font nommer des gouverneurs, organisent la société, rendent la justice, et s’occupent même d’œuvres caritatives.

 

Les humanitaires étrangers, quant à eux, sont aussi une cible, et ont plutôt intérêt à partir, à l’instar de l’ONG Save the children, suite à une attaque commise en janvier.

Les taliban ne supportent pas non plus les journalistes.

Lundi dernier, 10 d’entre eux ont perdu la vie, dont 9 dans un double attentat suicide à Kaboul.

Déjà, en raison des violences, ces journalistes avaient de grandes difficultés à sortir de la capitale pour faire des reportages.

 

Les attaques sont aussi très fortes à Kaboul désormais.

C’est devenu la ville la plus dangereuse en Afghanistan, et maintenant on se demande quand les ambassades vont plier bagage.

Depuis le début de l’année, le compteur est déjà à plus de 300 morts pour la capitale afghane, sans même compter le nombre de blessés, qui se chiffrent à plusieurs centaines.

 

Les attaques sont lourdement armées et très organisées.

Les taliban, et l’État islamique, qui commence de son côté à s’implanter dans le pays, s’attaquent aussi sans relâche à la démocratie.

En fait, des élections doivent avoir lieu en octobre.

Les Afghans doivent renouveler le Parlement.

Il y aura aussi des élections locales.

 

Mais c’est très compliqué. En premier lieu, beaucoup d’Afghans ne pourront pas voter, car ils n’ont pas leur carte d’identité.

Ajoutons à cela l’impossibilité d’accéder à 60 % du pays, contrôlé par les taliban.

Et bien sûr, les taliban et leurs alliés de Daech perpétuent de nombreuses attaques pour empêcher les Afghans de s’exprimer.

 

Fin février, le président afghan, Ashraf Ghani, a proposé aux taliban de renoncer à la violence et de devenir un parti politique.

Mais ils rejettent cette proposition pour plusieurs raisons.

D’une part, le terrorisme leur apporte d’ores et déjà la victoire. Il ne reste que la capitale et quelques grosses villes à faire tomber.

 

D’autre part, les Afghans pourraient voter contre eux.

Certains Afghans choisissent les talibans car ils sont déçus par la corruption des politiques.

Mais l’Afghanistan est composé de nombreuses ethnies, et les taliban, ainsi que l’État islamique, s’en prennent à des minorités. Ils attaquent notamment les chiites et ceux qui célèbrent le Nouvel an perse.

Dans l’ensemble, les Afghans préfèrent la liberté et supportent mal le racket imposé par les taliban.

 

Ces derniers et Daech s’attaquent donc à la démocratie, en commençant par les bureaux d’enregistrement électoraux.

Malgré la protection policière, impossible d’aller s’inscrire sur les listes électorales sans craindre d’être tué.

Vue la violence qui déferle juste sur ces bureaux d’enregistrement, on peine à imaginer ce qu’il s’abattra sur les bureaux de vote en octobre.

 

Il est incertain que les élections puissent avoir lieu dans ces conditions.

A quoi cela rime d’organiser des élections, même avec 3 ans de retard, dans un pays où il est impossible de voter ?

Il faudrait commencer par couper les ressources des taliban, en s’attaquant au trafic de drogue. Donc en l’empêchant d’entrer en Europe, pour commencer, même s’il y a aussi des consommateurs dans les pays traversés, à commencer par les millions de toxicomanes afghans.

 

L’État islamique, qui est en train de s’implanter en Afghanistan, a de son côté des ressources autres que le pavot. Sa richesse est mondiale et bien organisée. Il commence à recruter en Afghanistan, et accueille aussi avec plaisir les fugitifs de Syrie.

 

Le bilan des victimes est catastrophique en Afghanistan : en 2017 plus de 10.000 civils ont été blessés ou tués des suites du conflit.

Près de 2.300 d’entre eux ont été tués ou blessés dans des attentats, le plus lourd bilan de ce type jamais enregistré.

 

Mais il faut noter aussi les bavures aériennes : l’Otan comme les forces afghanes ont tué 630 civils en 2017 dans des raids.

Car souvent les taliban se cachent parmi la population.

Sans même parler du lourd bilan causé par les mines anti personnel, qu’il s’agisse de mort ou de handicap.

 

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