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Afghanistan : les combats et attentats se poursuivent ; les négociations dans l’impasse

30 avril 2019

 

Rappel du contexte

 

Alors que les USA ont entamé depuis l’été 2018 des discussions directes avec les talibans, chassés du pouvoir en 2001, la crainte est grande de voir des intégristes religieux reprendre les rênes du pays.

 

Une rencontre devait se tenir ce week-end à Doha, au Qatar, entre des représentants des taliban et une importante délégation de la classe politique et de la société civile afghanes. Elle a été annulée, les insurgés protestant notamment contre la présence dans la délégation de Kaboul de membres du gouvernement d’Ashraf Ghani, avec lequel ils refusent de discuter.

 

 

Au premier jour de la Loya Jirga, une impression de concorde

 

A Kaboul, la Loya Jirga se poursuit pour la 2e journée consécutive. Cette assemblée traditionnelle consultative, lancée lundi, vise à sonder la population à travers des représentants originaires des quatre coins de l’Afghanistan sur les discussions de paix pour mettre fin à un conflit qui oppose les talibans aux autorités afghanes. Quelque 3 200 personnes participent.

 

Lundi, le président Ashraf Ghani a ouvert l’assemblée par un long discours, plutôt bien accueilli au sein de la population et des participants. Il a insisté sur l’importance de cette Loya Jirga en vue de rassembler toutes les opinions sur les discussions de paix. Rappelons que des pourparlers directs sont engagés entre les États-Unis et les talibans à Doha, au Qatar, depuis plusieurs mois.

 

Les talibans n’ont toujours pas rencontré les autorités afghanes. Ils refusent, considérant que le gouvernement afghan est illégitime. Invités à la Loya Jirga, ils ont d’ailleurs décliné l’invitation. Cependant, ils ne se sont pas opposés à la participation de représentants des populations qui résident dans les territoires qu’ils contrôlent et ont laissé ces derniers rejoindre la capitale.

 

Le discours d’Ashraf Ghani au sujet des talibans était très policé. Il a qualifié ces derniers d’opposants politiques. Le terme « terroriste » n’est donc plus employé pour les désigner. L’enjeu est clair : parvenir à engager des négociations directes avec les insurgés. Et dans cette optique, les réactions à l’issue de cette première journée sont très positives chez les participants.

 

Qu’il s’agisse des personnalités politiques, des représentants traditionnels, des militants de la société civile, des femmes – qui représentent 30% de l’effectif global de la Loya Jirga -, les réactions ont été positives. Une cinquantaine de comités ont été définis. Les discussions se feront dans ce cadre. Chaque comité devra rédiger une note de conclusion.

 

À l’issue des quatre jours, ces notes seront partagées à l’ensemble des participants, et un vote aura lieu pour déterminer les résolutions que devra adopter l’équipe de négociateurs pour la paix, qui tente de rencontrer les talibans afin d’entamer un processus. Parmi les points qui seront soulevés : le respect des droits des femmes et l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu.

 

Le cessez-le-feu avant toute négociation est une requête majeure et largement partagée. Impensable d’envisager des discussions de paix alors que les combats continuent, selon plusieurs participants. Quant aux femmes, qui sont 1 500 dans l’assemblée, elles n’ont qu’un mot d’ordre : pas de retour en arrière.

 

 

#MyRedLine, la campagne en ligne des Afghanes contre le retour des talibans

 

Depuis plusieurs semaines, les Afghanes publient leur « ligne rouge » sur les réseaux sociaux, craignant de voir leurs droits bafoués en cas de retour des talibans au pouvoir.

Les femmes, que les talibans avaient à l’époque confinées à l’espace domestique et contraintes à porter la burqa, sont inquiètes.

 

Elles seraient les premières victimes de leur retour, s’inquiète la jeune Kobra Samim, âgée de 23 ans, qui est membre de l’équipe afghane de cyclisme. « Nous n’aurons plus le droit à l’éducation, au sport et nous serons empêchées de sortir de nos maisons ».

 

C’est la raison pour laquelle la journaliste afghane Farahnaz Forotan a lancé la campagne en ligne #MyRedLine, en partenariat avec l’ONU femmes, en définissant ainsi les « lignes rouges » à ne pas franchir en cas d’un accord de paix qui inclurait un partage du pouvoir avec les talibans.

 

Le mot-clef #MyRedLine a généré depuis plus de 600 000 contributions sur Twitter et autant sur les autres plateformes, avec une avalanche de courtes vidéos, de commentaires. Cette campagne est partagée sur Facebook en anglais, pachtoune et dari.

 

Le président afghan Ashraf Ghani participe à l’initiative en tweetant que les droits des femmes constituaient bien « la ligne rouge » à ne pas franchir lors des pourparlers de paix.

Mais les réactions de certains traditionalistes ne se sont fait attendre, en dénigrant les clips de femmes qui s’expriment sans porter le voile.

 

Ces campagnes en ligne laissent toutefois les talibans de marbre. Leur porte-parole en délégation au Qatar tweetait cette semaine : « Nous ne pensons pas que la présence de femmes aux discussions de paix soit nécessaire. »

 

 

Combats entre taliban et l’Etat islamique

 

De violents combats opposent depuis des insurgés taliban et des hommes du groupe Etat islamique (EI) dans l’est de l’Afghanistan, ont annoncé les autorités locales.

Les affrontements se déroulent dans deux districts de la province de Nangarhar, frontalière du Pakistan, où l’EI a attaqué des villages contrôlés par les taliban.

 

“Les combattants de l’EI ont pris le contrôle de six villages dans les districts de Khogyani et de Shirzad mais les affrontements se poursuivent”, a déclaré Sohrab Qaderi, membre du conseil provincial. Cinq cents familles ont dû fuir les combats.

 

 

Un commando armé attaque un ministère à Kaboul, 7 morts

 

Sept personnes ont péri dans l’attaque par un commando armé du siège du ministère afghan des Communications, dans le centre de Kaboul.

L’attaque est survenue après plusieurs mois de calme relatif dans la capitale afghane.

 

2800 employés du ministre des Communications et des technologies de l’information, ainsi que du ministère de l’Information et de la culture, ont été évacués, ainsi que plusieurs enfants en bas âge d’une crèche ministérielle.

 

L’explosion initiale, qui était le fait d’un kamikaze, a eu lieu près d’un hôtel, le Serena, l’un des rares établissements de Kaboul où descendent des étrangers. On ignore pour l’instant qui a mené l’opération. Les taliban ont démenti en être à l’origine. Bon nombre d’opérations de ce genre ont été revendiquées par le groupe djihadiste Etat islamique (EI).

 

 

Le nombre de civils tués en Afghanistan en baisse au premier trimestre, dit l’Onu

 

Le nombre de victimes civiles du conflit en Afghanistan lors du premier trimestre a diminué de près d’un quart par rapport à la même période l’an dernier, en raison de températures inhabituellement glaciales et du recul du nombre des attentats suicide, indique l’Onu.

 

Selon l’Onu, 1.773 civils ont été blessés ou tués de janvier à mars.

Pour la première fois depuis que l’Onu a commencé à effectuer ce recensement, il y a plus de dix ans, les attaques aériennes menées par les forces pro-gouvernementales et américaines ont coûté la vie à davantage de civils que les attaques perpétrées par les groupes insurgés.

 

La diminution du nombre d’attaques suicide coïncide avec un hiver inhabituellement glacial et la série de rencontres entre représentants américains et taliban. L’Onu dit cependant dans le rapport ne pas pouvoir mesurer précisément la corrélation entre les pourparlers de paix et la baisse du nombre de victimes civiles

 

Il note que des mesures destinées à mieux protéger la population pourraient aussi expliquer cette tendance. Dans le document, l’ONU rappelle aussi que le bilan du premier trimestre 2018 avait été lourdement affecté par l’une des attaques les plus meurtrières de l’histoire du conflit, avec un attentat suicide à Kaboul en janvier 2018 ayant tué ou blessé près de 350 personnes.

 

Sources : Reuters, RFI

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