Bangladesh : les empoisonnements aux pesticides font des ravages

 

DHAKA, 19 janvier 2010 (IRIN) – Une enquête annuelle du gouvernement sur la situation sanitaire au Bangladesh a révélé que les empoisonnements liés aux pesticides étaient l’une des principales causes de décès. L’enquête met ainsi en évidence un problème de santé de premier plan.

Le bulletin sanitaire de 2009, qui rassemble les statistiques en matière de santé depuis 2008, a enregistré 7 438 décès par empoisonnement lié à des pesticides dans plus de 400 hôpitaux du pays chez les hommes et les femmes âgés de 15 à 49 ans.


Parmi ces morts, les empoisonnements directement dus aux pesticides représentent huit pour cent des victimes. Ils sont précédés uniquement par les insuffisances respiratoires, qui sont la cause de 11 pour cent de ces décès, peut-on lire dans le bulletin.

Le rapport a été publié en décembre 2009. Le bulletin sanitaire de l’année précédente ne mentionnait aucun empoisonnement lié aux pesticides.


Muhammad Abul Faiz, professeur de médecine au Sir Salimullah Medical College de Dhaka, a dit que 38 pour cent des 933 cas d’empoissonnement pris en charge par cet établissement en 2008 étaient dus à des pesticides.

Selon M. Faiz, ancien directeur général des services de santé du gouvernement, l’utilisation de produits chimiques pour cultiver des légumes était l’une des principales causes des décès liés aux pesticides.


« Les agriculteurs épandent des pesticides sur leurs cultures sans prendre les mesures de protection appropriées. Ils s’exposent à des pesticides hautement toxiques. Ils inhalent une partie non négligeable des pesticides qu’ils pulvérisent sur leurs cultures pour tuer les insectes », a dit M. Faiz à IRIN.

« D’autres s’empoisonnent parce qu’ils ne se lavent pas les mains et le visage correctement après avoir pulvérisé les pesticides », a-t-il ajouté.

Dans un pays où 75 pour cent de la population active, qui est estimée à 56 millions, exerce directement ou indirectement dans le secteur agricole, il s’agit d’une très mauvaise nouvelle.


Recyclage dangereux

Des chercheurs du National Institute of Preventive and Social Medicine (NIPSOM) signalent que de nombreux agriculteurs ne se débarrassent pas des contenants vides après usage et les recyclent régulièrement.

Les contenants sont parfois utilisés pour ranger de la nourriture, ce qui souligne l’importance d’un recyclage et d’une élimination appropriés des contenants usagés, ont-ils dit.

 

Les chercheurs du NIPSOM déclarent également que les gens ont besoin d’être informés des empoisonnements causés par le recyclage et l’élimination inadéquate des contenants de pesticides usagés. Ils recommandent que les fournisseurs de pesticides s’assurent que des avertissements figurent de manière explicite sur les emballages, de façon à ce qu’ils ne soient pas utilisés pour ranger de la nourriture.

Mais c’est une tâche difficile, car le taux d’alphabétisation des adultes n’est que de 56,3 pour cent, selon les estimations du gouvernement.


« Étant donné l’analphabétisme élevé de nos fermiers, les producteurs et vendeurs de pesticides devraient être obligés d’imprimer sur les emballages des dessins illustrant la façon dont ils doivent être utilisés et jetés après usage », a dit Mohammad Mahfuzullah, militant pour l’environnement et administrateur du Centre for Sustainable Development (CFSD), une organisation non gouvernementale (ONG) nationale.


Abus de pesticides

À cela vient s’ajouter l’utilisation croissante de pesticides dans le pays, y compris ceux qui sont hautement toxiques.
Selon les dernières estimations du gouvernement, 37 712 tonnes de pesticides ont été vendues au Bangladesh en 2007, ce qui représente une augmentation de 145,3 pour cent par rapport à 2001.

Selon la Banque mondiale, au Bangladesh, les pertes annuelles de récoltes dues aux animaux nuisibles et aux maladies sont de 10 à 15 pour cent sans aucune intervention directe. Il est dès lors facile de convaincre les agriculteurs d’utiliser des pesticides pour protéger leurs cultures.


« Les pesticides garantissent des rendements plus importants et des céréales et des légumes qui se conservent plus longtemps », a dit Ghulam Faruk, un importateur de fruit et légumes de Dhaka.

« Ce qu’il nous faut, ce sont des méthodes naturelles de contrôle des nuisibles, l’introduction de variétés de riz et de légumes résistantes aux nuisibles et une utilisation scientifique des pesticides pour accompagner les méthodes naturelles », a-t-il dit.


Réglementation ignorée

Le Règlement sur les pesticides, adopté au Bangladesh en 1985, énonce des procédures rigoureuses pour l’enregistrement, l’import, la fabrication, la vente, l’emballage et la communication concernant les pesticides.

D’après les experts toutefois, les importateurs et les vendeurs de pesticides ne prêtent guère attention à ce règlement.

Les agriculteurs analphabètes sont également convaincus par des vendeurs sans scrupules et par différentes mesures incitatives d’acheter des formules de pesticides non enregistrées qui sont censées protéger les cultures contre les attaques de nuisibles et les maladies.


Pendant ce temps, les fournisseurs continuent à vendre de nombreux produits chimiques interdits par le gouvernement ainsi que des composés chimiques tels que l’aldrine et l’endrine, qui sont classés comme « très dangereux » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En outre, beaucoup de pesticides continuent à être vendus sur le marché, sans nom ou sous de fausses étiquettes, et sans avertissements clairs ni instructions pour les agriculteurs, ce qui est contraire à la loi, affirment des experts.

 

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