Chaussures : la Chine saisit l’OMC sur le différend avec l’UE

AP – Bradley S. Klapper
Pékin a porté plainte jeudi contre l’Union européenne auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), accusant les Vingt-Sept d’imposer des taxes illégales sur les chaussures chinoises.
Le différend concerne la décision prise en décembre par l’Union européenne de prolonger de 15 mois des mesures anti-dumping sur les ventes de chaussures en cuir chinoises et vietnamiennes, afin de protéger les fabricants européens.

La Chine a dénoncé ces mesures, les qualifiant de protectionnistes et contraires à la liberté du marché. Les importateurs et détaillants européens ont également demandé la levée de ces taxes, affirmant qu’elles coûtaient chaque année des millions d’euros aux consommateurs.
Les taxes européennes “violent les règles de l’OMC et portent atteinte aux droits et intérêts légitimes d’entreprises chinoises”, a estimé jeudi le porte-parole du ministère chinois du Commerce Yao Jian. D’après lui, Pékin avait déjà fait part de sa préoccupation à Bruxelles au cours de négociations, mais les discussions “n’ont jamais répondu aux inquiétudes chinoises”.

La plainte officielle amorce une période de consultation de 60 jours, au terme de laquelle la Chine peut demander à l’OMC de mettre en place un groupe d’enquête. Si l’OMC rend une décision contre Bruxelles, elle peut autoriser la Chine à riposter via notamment une imposition de droits de douane plus élevés sur des produits européens, ou d’autres sanctions. Il faut cependant des années pour atteindre ce stade de rétorsion dans ce type de dossier.
L’Union européenne avait commencé à imposer les mesures en octobre 2006, affirmant que les fabricants européens souffraient des pratiques de leurs concurrents chinois et vietnamiens accusés de vendre illégalement des chaussures en dessous du coût en Europe.

Les taxes sont de 9,7% à 16,5% pour les chaussures chinoises et de 10% pour les chaussures vietnamiennes. Mais l’UE précise qu’elles n’ont pas fait grimper les prix à la consommation ou porté atteinte aux bénéfices des distributeurs, notant que le prix grimpe de moins d’1,50 euro pour des chaussures vendues 50 euros.
Bruxelles a “scrupuleusement suivi” les règles de l’OMC en calculant ces taxes, a affirmé jeudi John Clancy, porte-parole de l’UE sur le commerce. Elles visent à lutter contre des pratiques commerciales déloyales, a-t-il ajouté, soulignant qu’il existait des preuves manifestes de dumping chinois au détriment de l’industrie de l’UE.

Mais des propriétaires de magasins européens et certaines marques de chaussures affirment cependant qu’ils sont les vraies victimes, car ces taxes les ont contraints à débourser davantage pour le grand nombre de chaussures fabriquées en Chine.
Selon les estimations de l’Alliance européenne de la chaussure, qui représente Timberland, Ecco, Hush Puppies et Adidas, les entreprises et consommateurs européens pourraient de ce fait perdre des centaines de millions d’euros jusqu’en 2011.

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