En Chine, la vie de “fourmis” des jeunes diplômés précaires

PEKIN (AFP) – Ils sont jeunes et diplômés, mais vivent dans des dortoirs en bordure des grandes villes et gagnent un salaire de misère: en Chine, on les surnomme “les fourmis”, un nouveau groupe défavorisé après les paysans et les ouvriers migrants.
Yu Ping, 27 ans, habite depuis six ans dans le village de Tangjialing, vrai labyrinthe de dortoirs, à une vingtaine de kilomètres du centre de Pékin.

Elle se renfrogne toujours quand, pour rentrer chez elle, elle emprunte les allées boueuses et sales bordant les échoppes basses d’épiceries, de salons de coiffure et de cybercafés.
Pour cette jeune vendeuse d’équipements de sécurité, originaire de la province voisine du Hebei et qui travaille à Pékin, comme pour des centaines de milliers d’autres diplômés universitaires, il n’y a pas de miracle économique.
Leurs salaires sont maigres, leurs emplois précaires et le mode de vie à l’avenant.

“Je vais déménager. J’en ai assez d’être ici”, dit Yu qui vit avec son mari, un vendeur d’informatique, dans une pièce de 10 mètres carrés, trop petite pour y caser une simple armoire.
Les célibataires, eux, partagent souvent des chambres communes que les paysans locaux ont rajoutées à leurs maisons d’origine.
Yu reconnaît qu’un loyer de moins de 60 euros est inespéré. Un vrai appartement en ville serait une “extravagance” pour le couple, qui gagne au total 450 euros par mois.

Autrefois, les jeunes diplômés étaient surnommés “les enfants préférés du paradis”, car ils étaient assurés d’avoir des emplois et des logements à leur sortie de l’université.
Mais, après trois décennies de “réforme et d’ouverture”, ils doivent livrer bataille, une fois le diplôme en poche, dans un environnement de plus en plus concurrentiel: six millions de jeunes sont sortis de l’université en 2009.

Fin 2009, 87% avaient trouvé du travail. Forte proportion, certes, mais qui laissait au chômage près de 800.000 d’entre eux. Et travail ne veut pas forcément dire conditions de vie décentes.
Pékin compterait plus de 100.000 “fourmis”, mais les métropoles de Shanghai (est) et Canton (sud) ont aussi leurs bataillons, selon le livre collectif “Les tribus de fourmis”, qui leur a été consacré et a nécessité deux ans d’enquêtes.
“Ils ont des objectifs élevés et de fortes attentes”, explique le principal auteur, l’universitaire Lian Si.
“Ils s’accommodent de leurs piètres conditions dans ces villages afin de se battre pour leurs buts et leur avenir”, ajoute-t-il.

Huang Guolong, un ingénieur informatique de 26 ans, est sorti du village dortoir de Tangjialing au bout de 18 mois, quand il s’est vu proposer un contrat de trois ans et un salaire de 460 euros.
“Je me rapproche de ce que je veux”, dit le jeune homme qui se voit un jour tout en haut de l’échelle dans une entreprise technologique.
Mais, pour certains, il est difficile de rester aussi optimiste.
Selon une étude de Lian et son équipe, menée début 2009 auprès de plus de 500 “fourmis” pékinoises, un tiers environ n’avait pas de contrat, changeant jusqu’à deux fois par an de travail.

Leur salaire moyen tournait autour de 220 euros – la moitié, ou un peu plus, du salaire moyen à Pékin en 2008.
Certains universitaires incriminent le système universitaire, proposant des cours et orientations dépassés à l’heure actuelle.
Cela crée “un trop-plein de diplômés dans certains secteurs”, juge Hu Shoujun, professeur de sociologie à l’université de Fudan (Shanghai).

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