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Inde : une volonté de priver les musulmans de la citoyenneté indienne ?

Inde : une volonté de priver les musulmans de la citoyenneté indienne ?

10 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

En Inde les musulmans représentent 14% de la population.

Votée le 11 décembre, une loi contestée facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, à la condition qu’ils ne soient pas musulmans.

 

Ses opposants la jugent discriminatoire et contraire à la Constitution indienne.

Ils estiment qu’il s’agit de la première étape vers la création d’un registre national qui, pour beaucoup des 200 millions de musulmans indiens, pourrait faire d’eux des apatrides. Nombre d’Indiens pauvres n’ont aucun document pour prouver leur nationalité.

 

Depuis éclatent des affrontements entre la police et des manifestants protestant contre la nouvelle loi du pouvoir nationaliste hindou. Ces manifestations sont l’un des plus grands défis au Premier ministre Narendra Modi. Des dizaines de milliers de personnes ont participé dans le pays aux manifestations, qui ont fait plus de 25 morts.

 

Des centaines de personnes ont été arrêtées, notamment dans l’Etat d’Uttar Pradesh (nord), où la police a été accusée de faire un usage disproportionné de la force.

Narendra Modi a, de son côté, félicité les forces de l’ordre et pointé du doigt la violence des manifestants. 

 

Des interdictions de rassemblements et coupures d’internet mobile touchent une grande partie de l’Inde (1,3 milliard d’habitants).

D’importants dispositifs sécuritaires sont déployés aux abords de nombreuses mosquées, par crainte de troubles.

 

Autre décision de justice concernant les musulmans, en novembre, la Cour suprême indienne avait autorisé la construction d’un temple hindou sur le site disputé d’Ayodhya, un dossier politico-religieux explosif qui oppose depuis des décennies hindous et musulmans.

C’était une victoire importante pour le Premier ministre Narendra Modi.

 

Des groupes hindous affirmaient que cette terre de 1,1 hectare située dans l’État d’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde, où se dressait jusqu’en 1992 une mosquée du XVIe siècle, est le lieu de naissance du dieu Ram.

 

D’après eux, l’empereur musulman Babur y a bâti la mosquée Babri en rasant un temple ancien dédié à Ram. Les parties civiles musulmanes soutenaient qu’aucun temple n’a été détruit pour édifier la mosquée.

 

Mais la Cour a estimé que des preuves archéologiques montraient qu’une structure “d’origine hindoue” avait été construite sur le site avant la mosquée. Elle ordonne donc que le site soit confié à un trust qui y construira, sous certaines conditions, un temple hindou, tandis qu’un autre terrain sera remis à des groupes musulmans pour y bâtir une nouvelle mosquée.

 

Ce jugement n’avait pas entraîné de violences, mais la sécurité avait été renforcée à Ayodhya, où des milliers de membres des forces de sécurité avaient été déployés, et tout rassemblement avait été interdit.

 

 

Des Indiennes bloquent des routes

 

Depuis près de quatre semaines, 200 femmes sont assises ou allongées en travers de l’axe à quatre voies entre New Delhi et la ville périphérique de Noida. Les hommes montent la garde tandis que les femmes, venant principalement de la zone à majorité musulmane de Shaheen Bagh, chantent l’hymne américain des droits civiques “We Shall Overcome”.

 

 

Grève : incidents entre manifestants et forces de l’ordre ; 250 millions de grévistes ?

 

Début janvier, la journée de grève contre la politique sociale et économique du gouvernement, massivement suivie, a été émaillée d’incidents entre manifestants et forces de l’ordre dans plusieurs villes. Les incidents les plus graves ont eu lieu à Calcutta, dans l’Etat du Bengale occidental. Plus de 150 personnes ont été arrêtées, selon la police.

 

Des millions d’Indiens ont fait grève pour dénoncer la politique du Premier ministre Narendra Modi.

Opposition et syndicats s’élèvent contre le mouvement de privatisation engagé par le gouvernement pour tenter de parer le ralentissement économique.

 

Les syndicats entendaient notamment dénoncer la récente privatisation d’entreprises publiques et de ressources naturelles et réclamer une augmentation du salaire minimum et des retraites.

Le bureau gouvernemental des statistiques a annoncé que la croissance annuelle allait ralentir à 5% en 2020, la plus faible en 11 ans. 

 

Les dix syndicats appelant à la grève ont affirmé représenter au total 250 millions de personnes. 

Les services de bus et de trains ainsi que les banques détenues par l’Etat ont été les plus touchés.

Le gouvernement a menacé les grévistes de retenues sur les salaires et de sanctions disciplinaires.

 

 

À New Delhi, une centaine d’individus ont attaqué la prestigieuse université Nehru

 

L’université Jawaharlal Nehru, l’une des plus importantes de la capitale indienne New Delhi, a été attaquée début 5 janvier par une centaine d’assaillants, et ses professeurs et militants syndicaux battus.

 

L’université Nehru est l’un des piliers de la pensée libérale et laïque que le gouvernement nationaliste hindou au pouvoir cherche à combattre, particulièrement pendant les débats actuels autour de la loi sur la citoyenneté. Les assaillants n’ont pas été clairement identifiés, mais tous accusent le syndicat étudiant ABVP, lié au parti au pouvoir.

 

Le gouvernement, lui, n’a d’ailleurs réagi que tardivement et timidement à cette attaque, alors que la police de New Delhi, sous son contrôle, a mis du temps à intervenir.

L’opposition et les intellectuels laïcs dénoncent quant à eux la dérive fasciste d’un gouvernement qui cherche à faire taire sa jeunesse éduquée.

 

 

L’Inde lance un très controversé registre national de la population

 

Fin décembre, le gouvernement indien a approuvé un budget de 500 millions d’euros pour la mise en place en 2020 d’un nouveau recensement de la population. Cette mesure a pour objectif d’établir un registre détaillé des personnes résidant dans le pays.

 

La mesure survient en dépit des nombreuses manifestations contre le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi.

Les opposants au parti nationaliste hindou craignent que ce recensement aide à dresser une liste de personnes susceptibles d’être déchues de leur nationalité.

 

Le registre national de la population (NPR) doit établir une base de données sur toutes les personnes qui habitent en Inde. Tout citoyen devra fournir une série de documents : passeport, permis de conduire, carte d’électeur… Or, nombre d’Indiens pauvres n’ont aucun document pour prouver leur nationalité. Le recensement doit démarrer en septembre.

 

 

Inde : les musulmans en Assam privés de citoyenneté indienne

 

En août, la décision du gouvernement indien de priver près de deux millions de personnes de la nationalité indienne dans l’Etat sensible d’Assam (nord-est) avait suscité une vague de critiques. Le Premier ministre Narendra Modi justifie sa décision par la nécessité de se débarrasser à terme des “étrangers infiltrés”, donc de lutter contre l’immigration illégale.

 

Les habitants exclus, qui n’avaient pu prouver leur citoyenneté indienne, a priori surtout des musulmans, pourraient se retrouver sans nationalité et être éventuellement déportés, au risque de provoquer de nouveaux troubles dans le pays.

 

Mais des responsables locaux du BJP, le parti de Narenda Modi, soulignent que beaucoup d’Hindous parlant le bengali ont été ainsi exclus de la citoyenneté indienne, alors qu’ils constituent une base électorale importante pour leur parti.

 

Sources : AFP, RFI

 

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