Lait contaminé : le “made in China” jugé, 3 condamnations à mort

1- Rappel des événements
La mélamine est une substance toxique officiellement interdite dans l’alimentation en Chine. Elle est utilisée dans les résines et les colles. A petites doses, elle est inoffensive. Mais ingérée en grandes quantités, elle peut provoquer des calculs débouchant sur une déficience rénale. Les nourrissons sont particulièrement vulnérables.
En Chine des centres de collectes de lait en ont ajouté dans du lait coupé avec de l’eau afin d’augmenter les volumes, car la mélamine fait mensongèrement apparaître plus élevé le taux de protéines du lait.

L’adjonction de mélamine a provoqué la mort de 6 enfants et rendu malades 300.000 enfants dans le pays.
Il s’agit du pire scandale alimentaire qu’ait jamais connu le pays. Fin octobre, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a lancé une refonte complète du système de sécurité alimentaire, en particulier en ce qui concerne l’industrie laitière.
Ce scandale a créé une véritable psychose en Chine et entraîné à travers le monde le retrait des produits chinois contenant du lait des magasins.

La grande compagnie laitière Sanlu avait reconnu la présence de mélamine dans son lait en poudre pour nourrissons le 11 septembre. Mais elle a été accusée d’avoir étouffé l’affaire pendant plusieurs mois avant d’avertir les autorités locales, lesquelles, à la veille de l’ouverture des jeux Olympiques de Pékin, ont également tardé à réagir.
L’affaire, qui a finalement éclaté le 14 septembre, a pris une dimension internationale avec le rappel et l’interdiction de produits contenant du lait chinois dans le monde entier.
Le gouvernement chinois s’était refusé le 8 octobre à fournir un nouveau bilan des petites victimes de la mélamine, faisant patienter l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il s’en tenait à son dernier bilan du 21 septembre, qui faisait état de 53.000 malades et 4 bébés décédés.

Le scandale a eu un effet désastreux dans le monde pour l’image du “made in China”.
Il a entraîné le rappel de très nombreux produits ainsi qu’une vaste enquête en Chine, mais aussi le renforcement des contrôles dans beaucoup de pays, voire des boycotts. Il a déclenché des vagues massives de retraits de produits à base de lait chinois sur tous les continents et touché des multinationales telles Nestlé ou Unilever.

L’Union européenne est le premier partenaire commercial de la Chine et avait déjà exprimé ses inquiétudes concernant la surveillance de la qualité des produits chinois à la lumière d’une série de scandales, en 2007, sur les jouets ou les produits alimentaires.
L’excédent chinois avec l’Union européenne s’est élevé en 2007 à près de 160 milliards d’euros, selon les statistiques communautaires.

A l’origine, la crise était censée être cantonnée à du lait en poudre chinois contenant de la mélamine. Mais des analyses ont décelé de la mélamine dans des échantillons de lait en bouteille ou carton produit par 22 compagnies chinoises, dont les deux plus grands producteurs du pays, Mengniu et Yili.
Les autorités chinoises ont annoncé début octobre avoir détecté de la mélamine dans près de 12% des produits à base de lait en poudre. Selon l’Administration chargée du contrôle de la qualité, les vérifications ont porté sur 154 sociétés, soit plus de 70% du marché national du lait en poudre.
Les 31 produits contaminés proviennent de 20 entreprises différentes parmi lesquelles le groupe laitier Sanlu, au centre du scandale du lait frelaté.

Le scandale a également mis à mal la réputation des produits chinois dans le monde entier et les autorités ont promis de faire toute la lumière et de réformer le système de contrôle de la chaîne alimentaire. Ce nouveau scandale est en effet à ajouter à la longue liste des pratiques douteuses de l’industrie alimentaire en Chine. L’affaire fait suite à d’autres scandales sur le “made in China”.
En 2004, un scandale avait déjà éclaboussé la production de lait en poudre. Plus de 200 enfants avaient souffert de malnutrition et une douzaine étaient morts après avoir été nourris avec une formule qui ne possédait aucune substance nutritive.
Des aliments pour animaux de compagnie, mixés avec de la mélamine, avaient également causé la mort de nombreux chiens et chats aux Etats-Unis.


2- Quelles suites des procès et des sanctions ?
Trois hommes ont été condamnés à mort, dont l’un avec sursis, pour leur implication dans le scandale du lait trafiqué à la mélamine, a annoncé jeudi l’agence Chine Nouvelle.
Selon la loi chinoise, une personne peut être condamnée à mort si elle a sciemment produit ou vendu de la nourriture contenant des produits non-alimentaires toxiques, ayant entraîné des problèmes de santé pour les consommateurs.

Tian Wenhua, l’ex-patronne de Sanlu, le principal producteur incriminé dans la crise du lait trafiqué à la mélamine, a été condamnée à la détention à perpétuité. Elle avait plaidé coupable de la vente de produits douteux et a reconnu avoir tardé à alerter les autorités, selon la presse.
Mme Tian avait pour co-accusés trois anciens hauts cadres de Sanlu, dont l’un avait comparu en chaise roulante, ayant perdu l’usage de ses jambes après une tentative de suicide.
Ces verdicts sont les premiers à tomber alors qu’un tribunal de Shijiazhuang, dans la province de Hebei (nord), a commencé à égrener les condamnations de 21 accusés ayant comparu fin décembre au procès du lait contaminé à la mélamine.

Zhang Yujun, qui a produit et écoulé quelque 600 tonnes du lait frelaté, a été le premier accusé condamné à mort pour avoir mis en danger la sécurité publique, a annoncé le tribunal cité par l’agence. Un autre accusé a été également condamné à la peine de mort. Un 3e homme a été condamné à la peine capitale, mais avec sursis, a ajouté Chine Nouvelle sans fournir de précisions.
Le tribunal a également condamné à la prison à vie un 4e accusé, Zhang Yanzhang, qui avait acheté de la poudre de lait trafiquée à Zhang Yujun et en avait revendu quelque 230 tonnes.

L’enquête a permis de déterminer que 22 sociétés ont vendu du lait trafiqué avec la mélamine.
Les 22 entreprises laitières ont annoncé la création d’un fonds spécial d’indemnisation, doté de 160 millions de dollars. Mais familles et avocats des victimes ont critiqué l’initiative, soulignant que certains parents d’enfants tombés malades ne recevraient que 300 dollars.
Avec ce procès, ainsi que la présentation des détails du plan de 1,1 milliard de yuans (114 millions d’euros) de compensations, les autorités chinoises espèrent manifestement tourner la page d’un scandale perçu comme une honte nationale, qui a mis en lumière les problèmes généralisés de sécurité alimentaire ainsi que les pratiques douteuses des compagnies et des responsables publics.

Cependant, on n’a pas de nouvelles sur les sanctions des responsables politiques.
Si la principale entreprise laitière incriminée a caché la vérité pendant plusieurs mois, les responsables officiels de Shijiazhuang, ville où est basé le groupe laitier Sanlu, informés début août, ont attendu plus d’un mois, jusqu’au 9 septembre, pour transmettre l’information aux autorités supérieures, provinciales et centrales. L’affaire a éclaté au grand jour le 11 septembre quand Sanlu a admis publiquement des problèmes avec son lait en poudre.

Le président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao ont promis de faire toute la lumière et de sévir, non seulement contre les compagnies laitières, mais aussi contre l’incurie locale.
Des responsables politiques locaux ont ainsi été limogés, comme le secrétaire du Parti communiste de Shijiazhuang, Wu Xianguo, et plusieurs responsables municipaux, à commencer par le maire. Le patron de l’Administration chinoise chargée du contrôle de qualité (AQSIQ), Li Changjiang, a aussi été remplacé dans ses fonctions.

Pourtant, selon un expert cité par le China Daily, l’AQSIQ n’est qu’un des maillons du contrôle que se partagent, avec des responsabilités parfois entremêlées, pas moins de 6 administrations gouvernementales. “Le problème va donc bien au-delà de ce que Li pouvait gérer”, a souligné Chen Junshi, chercheur à l’Institut national de nutrition et sécurité alimentaire en prônant une refonte du système. “Si les mécanismes de contrôle ne sont pas réformés, il est vraisemblable que d’autres scandales éclateront encore”.


3- Des parents de petites victimes appellent à l’aide
Début janvier, des parents de petites victimes du lait additionné de mélamine ont appelé à Pékin à ce que soient entreprises des recherches de fond sur les effets à long terme de ce produit chimique, lors d’une conférence de presse sur un trottoir de Pékin. “Le problème de la mélamine dans la nourriture est nouveau et personne n’a d’information scientifique”, a souligné Jiang Yalin, 33 ans, mère d’un bébé rendu malade par l’ingestion de lait trafiqué.

La conférence de ce petit groupe de parents s’est tenue dans la rue après que les organisateurs eurent essuyé un refus de l’hôtel qui devait les accueillir. La manifestation a été surveillée par trois voitures de police et filmée par des hommes en civil mais s’est déroulée sans interruption.
En revanche, cinq autres personnes ont été interpellées la veille de cet événement, selon l’une d’elle, Zhao Lianhai, joint par téléphone. “Nous avons été interpellés hier soir dans la rue et emmenés dans cet endroit”, dans le sud de Pékin, a dit Zhao dont le téléphone n’a pas été confisqué. “La police ne nous a pas expliqué les raisons de notre détention. Nous avons demandé plusieurs fois à être relâchés immédiatement, sans obtenir de réponse”. La police de Pékin n’a pu être jointe par l’AFP.

Le 10 octobre, les parents d’un bébé de 11 mois victime de calculs rénaux ont porté plainte contre le groupe Sanlu. C’était la 2e plainte enregistrée contre l’entreprise.
Début octobre, des parents de la province centrale du Henan ont attaqué Sanlu en justice, réclamant des compensations pour les dépenses, notamment médicales et de transport, induites par les calculs rénaux que leur bébé de 14 mois a développé.
Il n’est pas certain que la justice chinoise permettent à ces plaintes de suivre leur cours normal car les procès basés sur les produits sont encore très rares dans ce pays, de plus certains avocats ont fait état de pressions exercées par le gouvernement pour que les plaignants annulent les procédures.


4- Œil pour œil, dent pour dent, Pékin a lancé une alerte sur 12 produits US
En décembre, la Chine, ébranlée depuis des mois par des scandales alimentaires à répétition, a répliqué aux Etats-Unis qui avaient interdit tout produit alimentaire chinois dont il n’est pas prouvé qu’il ne contienne pas de mélamine. En plein scandale de la mélamine, ce boycott US était pourtant habituel, de nombreux autres pays ayant adopté la même attitude de précaution.

La Chine a placé 12 produits américains en alerte sanitaire pendant 90 jours en raison de la présence d’un colorant interdit ou d’additifs ou conservateurs en quantité excessive.
Parmi les produits concernés par ces contrôles renforcés figurent du chocolat, des amandes, du jus de fruits, du fromage, a précisé l’organe chinois de surveillance alimentaire sur son site.
L’Administration chinoise de supervision de la qualité a aussi saisi et détruit de la liqueur italienne, des produits laitiers espagnols, du chocolat belge et des produits d’assaisonnement britanniques.

La Chine avait été d’autant plus humiliée par les Etats-Unis qu’en novembre ils ont ouvert en Chine un premier bureau chargé de la sécurité alimentaire, la Food and Drug Administration, pour s’assurer que les produits qui leur parviennent sont sains.
Les inquiétudes sur la qualité des exportations chinoise en Amérique sont devenues un point de friction dans les liens commerciaux entre les deux pays, avec des produits chinois qui ne répondent pas aux normes locales et une panique autour d’une pâte dentifrice mortelle.

Le secrétaire aux services de santé humaine Mike Leavitt a signalé cette stratégie nécessaire parce que les importations américaines en provenance de Chine se montent à 2.000 milliards de dollars annuels. “Quand on voit l’énormité, il devient clair qu’on ne pourra pas tout inspecter”. “Nous devons modifier notre stratégie de contrôle à la frontière, et vérifier la qualité à toutes les étapes”.
Les équipes de la Food and Drug Administration inspecteront les usines en Chine, donneront des directives sur les normes de qualité américaines, et formeront éventuellement des inspecteurs chinois. Il s’agit de s’assurer que tout ce qui arrive aux Etats-Unis a été certifié “par quelqu’un en qui nous avons confiance” avait conclu le responsable américain.


5- Le scandale a touché le monde entier et de nombreux dérivés du lait
a- L’UE interdit les importations de produits au soja pour enfants
Dernier épisode de la psychose mondiale, début décembre l’UE a interdit les importations chinoises de produits contenant du soja destinés aux enfants, après que des taux élevés de mélamine ont été relevés sur certains produits. Les pays européens vont aussi devoir tester toute la nourriture humaine et animale contenant du soja avant d’en autoriser l’importation. Y compris la populaire sauce de soja.
Relevant que des niveaux élevés de mélamine ont également été décelés dans le bicarbonate d’ammonium (appelé plus communément levure) importé de Chine, Bruxelles a annoncé aussi que toutes les livraisons de ce produit devront être testés avant d’entrer sur le marché européen.

Près de 300 tonnes de soja importé de Chine et destiné à nourrir de la volaille “bio” dans l’ouest de la France avaient déjà été retirées du marché, après la découverte d’un taux de mélamine 50 fois supérieur à la norme autorisée.
En 2007, l’UE a importé de Chine environ 68.000 tonnes de divers sojas ou de produits à base de soja, pour une valeur de 34 millions d’euros.
Fin septembre, l’UE avait déjà banni les produits chinois contenant des produits laitiers destinés aux enfants, en réaction au scandale du lait contaminé lui aussi à la mélamine. Tous les produits ayant dans leur composition du lait ou des produits laitiers venant de Chine sont depuis lors testés avant leur commercialisation dans l’UE.

b- Des œufs contaminés à la mélamine
Fin octobre, 3 nouvelles marques d’œufs contenant de la mélamine ont été identifiées en Chine et une administration locale a reconnu que des responsables étaient au courant de la contamination un mois avant qu’elle ne soit révélée au public.
En revanche, aucune intoxication liée aux œufs à la mélamine n’a été signalée.
Les autorités de Dalian (nord-est), où est basée la société Dalian Hanwei Enterprise Group, un des principaux producteurs d’œufs chinois, ont indiqué avoir été informées du problème le 27 septembre, mais n’ont pas expliqué pourquoi il n’avait été rendu public que bien plus tard.

Selon un responsable chinois, il est probable que la mélamine ait été ajoutée à la nourriture donnée aux poules qui ont pondu les œufs contaminés. Mais Han Wei, directeur d’Hanwei, a assuré que sa société “n’a jamais acheté ni ajouté de mélamine” dans l’alimentation des poules. Il a précisé que la substance avait été découverte dans des aliments destinés aux volailles livrées par un fournisseur, et que son entreprise s’apprêtait à attaquer en justice ce dernier.
Les œufs chinois sont principalement exportés vers les territoires chinois de Hong Kong et Macao, mais des produits à base d’œufs chinois sont aussi vendus au Japon et aux Etats-Unis.
La chaîne US de distribution Wal-Mart a annoncé le retrait de ses magasins en Chine d’œufs commercialisés par Hanwei en raison de la découverte de traces de mélamine dans certains lots à Hong Kong.

Cependant, a relevé Tony Hazzard, responsable régional pour la sécurité alimentaire au sein de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les niveaux de mélamine détectés dans les œufs qui ont été retirés des rayons à Hong Kong ne doivent pas conduire à la psychose. “Il n’y a pas de risque sanitaire public immédiat, à moins que les gens ne consomment un nombre faramineux d’œufs frais”. Un enfant devrait consommer jusqu’à 20 œufs par jour pour dépasser les niveaux recommandés, a-t-il ajouté.

c- Des marques prestigieuses
Des traces de mélamine ont été trouvées dans le monde entier, et la liste de produits contaminés à la mélamine est longue, même chez de prestigieuses marques ou groupes agro-alimentaires : Cadbury, les marques de bonbons “Lapin blanc”, commercialisées par le n°1 britannique de la grande distribution Tesco, le géant de l’agro-alimentaire japonais Marudai Food, Nestlé…
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait par ailleurs averti sur la contrebande de lait pour bébé. “Je crois que la plus grande crainte porte sur l’éventualité de mouvements illégaux de produits fortement contaminés plutôt que sur des mouvements légaux de produits qui pourraient avoir de très bas niveaux de mélamine”, a expliqué Anthony Hazzard, directeur de l’OMS pour la région du Pacifique Ouest.


6- Pékin va prendre des mesures pour améliorer la sécurité sanitaire des aliments
Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a annoncé fin octobre que son pays allait prendre des mesures pour améliorer la sécurité sanitaire des aliments, attribuant le scandale du lait à la mélamine à une défaillance de la réglementation.
S’exprimant à l’occasion du sommet Europe-Asie, qui a réuni 43 pays à Pékin, Wen Jiabao a expliqué que l’affaire du lait frelaté allait impulser la première grande loi de sécurité sanitaire des aliments, qui assurera la conformité des exportations de produits alimentaires aux normes internationales.
“L’alimentation implique un processus complet, de la ferme à la table”. “A chaque étape et à chaque procédé, nous devons mettre en place des mesures réglementaires efficaces et puissantes”.

Wen Jiabao s’est engagé à en finir avec les scandales récurrents. Mais les autorités centrales s’attaquent parfois à des chaînes de corruption difficiles à démanteler.
Fait rare pour un dirigeant chinois, le Premier ministre Wen Jiabao a reconnu que le gouvernement portait une part de responsabilité dans le scandale.
Le gouvernement est “très affligé” par cette affaire. “Nous pensons que bien que des problèmes aient eu lieu dans l’entreprise (Sanlu, au cœur du scandale NDLR), le gouvernement a lui aussi une responsabilité”.

Jusque là, les autorités avaient fait porter la responsabilité aux producteurs, coupables d’avoir rajouté de la mélamine à leur lait coupé.
Wen Jiabao avait déjà fait l’admiration des Chinois par son attitude inhabituelle chez un dirigeant chinois, lorsqu’il a arpenté le pays, rendant visite aux victimes dès le lendemain du terrible tremblement de terre du 12 mai dans le Sichuan.


7- Autres scandales du “made in China”
a- A l’approche de Noël, l’UE exclut des parfums allergisants
A la mi-décembre, l’UE a annoncé que des parfums allergisants tels que l’alcool de cyclamen, la feuille de figuier ou l’extrait de mousse de chêne seront proscrits des jouets.
Cette législation, présentée par la Commission européenne en janvier 2008, a été adoptée en un temps record, un peu plus d’un an après le rappel par l’entreprise américaine Mattel de plusieurs millions de jouets non conformes fabriqués en Chine.
Le texte, qui remplace une précédente réglementation de 1988, interdit également les substances cancérogènes, mutagènes ou toxiques, sauf à des taux très bas fixés par la réglementation ou si elles restent inaccessibles aux enfants.

Des normes sont fixées pour les autres types de risque, notamment électrique, d’ingestion, de suffocation ou le niveau sonore de certains jouets qui ne doit pas “endommager l’ouïe des enfants”.
Les responsabilités des fabricants sont détaillées, notamment quant à l’information du consommateur, de même que celles des importateurs alors que 80% des jouets vendus dans l’Union européenne sont fabriqués en Chine. La directive laisse toutefois un délai de 2 ans pour s’adapter aux nouvelles normes, voire de 4 ans en ce qui concerne les substances chimiques.

b- Des fabricants de jouets toxiques paient pour éviter la condamnation
En décembre, 9 fabricants de jouets américains, dont Mattel, ont accepté de payer près de 1,8 million de dollars pour mettre fin à une plainte concernant des jouets chinois contenant du plomb.
La plainte avait été déposée il y a un an par l’avocat général de Californie et l’avocat de la ville de Los Angeles, qui estimaient que Mattel et plusieurs autres fabricants de jouets avaient sciemment exposé les enfants au plomb, en violation des lois de Californie.
Les sociétés n’ont pas reconnu leurs torts, en échange de l’accord, qui les engage à créer un fond chargé de surveiller leur bonne application des normes interdisant le plomb dans les produits destinés aux enfants.

c- Saisie record de vêtements en poils de chats et de chiens
Le 13 novembre en France, les services de la douane ont annoncé la saisie de 4000 vestes et manteaux en partie confectionnés à l’aide de poils de chiens et/ou de chats importés de Chine. Cette saisie serait la plus importante du genre effectuée en France. Les vêtements ont été saisis à Paris.
Les douaniers pensent avoir mis à jour un véritable réseau illégal d’importation de vêtements fabriqués en poils d’animaux domestiques. Les douaniers ont confirmé l’origine chinoise des produits.

d- Etam retire de la vente des chaussures et bottes chinoises suspectes
Début novembre, l’enseigne textile Etam a retiré du marché une paire de bottes et une paire de chaussures fabriquées en Chine et contenant des sachets d’un fongicide soupçonné de provoquer de graves réactions allergiques, a indiqué l’entreprise à l’AFP. Le produit incriminé est enfermé dans de petits sachets destinés à empêcher les moisissures.
Le diméthylfumarate avait déjà été retrouvé dans des lots de fauteuils chinois ayant causé des allergies et retirés de la vente fin juin par le groupe Conforama.

e- Appareils électroniques de contrefaçon
Les douaniers ont saisi les 30 septembre et 10 octobre à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle plus de 36.000 appareils électroniques de contrefaçon provenant de Chine et de Hong Kong. La valeur de la marchandise saisie a été évaluée à près de 457.000 euros.
En 2007, la douane a saisi près de 4,6 millions d’articles de contrefaçon, représentant une valeur totale de 401 millions d’euros.

f- Chaussures
Fin septembre, environ 1,7 million de chaussures fabriquées pour l’essentiel en Chine et dont le cuir s’est révélé toxique pour la peau ont été saisies en Toscane (centre de l’Italie).
L’opération a mis à jour un trafic de chaussures contrefaites dont l’analyse à partir d’échantillons a montré la présence de “chrome hexavalent”, une substance interdite en Italie pour le traitement du cuir car hautement toxique et potentiellement cancérigène.
La quasi-totalité des articles incriminés a été fabriquée en Chine et importée en Italie où ils recevaient les mentions frauduleuses “cuir véritable” et “made in Italy”, selon la police.
L’opération, une des plus importantes saisies réalisées ces dernières années en Toscane, a conduit à 45 perquisitions dans 4 régions italiennes. Plus de 20 millions d’euros de marchandises ont été confisquées. Vingt-huit entrepreneurs, dont 21 Chinois et 7 Italiens, sont poursuivis.

g- Une série d’alertes sanitaires
Le scandale du lait contaminé est intervenu alors que la Chine a réformé son système de sécurité alimentaire il y a seulement un an après une série d’alertes sanitaires impliquant des produits fabriqués dans le pays et exportés à l’étranger, comme des raviolis aux pesticides, du dentifrice à l’antigel, des aliments pour animaux ou des jouets (notamment les jouets à la peinture au plomb).
Concernant la mélamine, en 2007, des chiens et des chats du continent nord-américain en avaient déjà été victimes : du gluten importé de Chine, entrant dans la composition de leurs pâtées industrielles, avait été trafiqué à la mélamine qui, conjuguée à un acide, forme des cristaux dans les reins. Plusieurs dizaines de milliers d’animaux d’élevage avaient aussi été nourris avec des préparations contenant des suppléments protéinés de Chine, contaminés avec de la mélamine.

En début d’année 2008, ce fut au tour de l’héparine chinoise : l’anticoagulant avait été contaminé au sulfate de chondroïtine sur-sulfaté, une substance non-naturelle obtenue par modification chimique, selon la FDA, l’agence américaine de l’alimentation et des médicaments.
Cette substance, mimant l’héparine mais moins coûteuse, a entraîné aux Etats-Unis notamment des réactions allergiques sévères, dont 19 décès.


8- Les Européens exposés à davantage de contrefaçons dangereuses
Les contrefaçons potentiellement dangereuses pour la santé, comme les médicaments, les crèmes hydratantes ou les aliments, affichent des progressions spectaculaires dans l’Union européenne, comme en témoigne le butin intercepté aux frontières en 2007 par les douaniers. “La contrefaçon continue de menacer dangereusement notre santé, notre sécurité et notre économie”, a constaté en mai le commissaire européen chargé de l’union douanière, Laszlo Kovacs, en présentant un rapport annuel.

Les saisies de contrefaçons par les douaniers européens permettent de dégager des tendances, mais restent très parcellaires. Elles sont limitées aux seules frontières où, de surcroît, une infime partie des marchandises est contrôlée, souvent grâce à des indications de l’industrie. Pour autant, la Commission européenne conclut que les infractions à la propriété intellectuelle sont “en croissance” dans l’UE.
De nombreux secteurs à risque pour les consommateurs ont affiché une embellie préoccupante: +264% de saisies individuelles pour les cosmétiques et produits de soins, +98% pour les jouets, +62% pour les denrées alimentaires, +62% pour les équipements informatiques et +51% pour les médicaments.
Malgré tout, ce sont les vêtements et accessoires qui arrivent très largement en tête, en nombre de saisies et en volume.

La Chine, sans surprise, a fabriqué environ 58% des produits saisis en 2007 et arrive en première position dans quasiment tous les secteurs industriels.
Elle caracolait déjà en tête en 2006, avec près de 80% des produits confectionnés sur son territoire. Les progrès accomplis en un an s’expliquent par une moindre saisie de cigarettes, les autres secteurs se maintenant dans l’art de la contrefaçon, explique un expert.
M. Kovacs y voit “une meilleure coopération” de la Chine, elle-même victime de ses propres contrefaçons de poudre de lait, qui ont provoqué la mort d’enfants chinois. Il critique néanmoins des contrôles encore “trop peu systématiques” des produits exportés par les autorités chinoises.

Selon Bruxelles, la Chine a examiné un grand nombre d’alertes émises par l’UE. Des mesures correctives ont été prises dans 43% des cas analysés. Selon la Commission européenne, 3.540 exportateurs chinois agréés ont fait l’objet de vérification et 701 entreprises ont perdu leur licence d’exportation.
La compagnie américaine Mattel a rappelé l’an dernier plus de 21 millions de jouets fabriqués en Chine et distribués à travers le monde. Plusieurs jouets, dont des accessoires de poupées Barbie et des voiturettes, ont été retirés des rayons après la découverte de peinture contaminée au plomb et de petits aimants détachables pouvant être avalés par les enfants.


9- La classe moyenne chinoise entre colère et résignation
Le scandale du lait frelaté en Chine rappelle douloureusement à la classe moyenne chinoise la face noire de cette forte croissance qui lui permet de consommer et de jouir d’une vie plus facile.
“Je crois que beaucoup de gens ont le cancer maintenant en raison de la nourriture que nous mangeons”, dit Cathy Wang, propriétaire d’une boutique de bijoux à Pékin, la quarantaine.
Elle boit du thé dans un des lieux les plus emblématiques de cette classe moyenne chinoise, un café Starbucks, privé temporairement de lait en raison de la crise provoquée par la découverte de mélamine.

“Nous avons eu du riz frelaté, du porc où avait été injecté de l’eau, les poulets avec la grippe aviaire, maintenant c’est le lait. Si nous faisons trop attention, nous ne pourrons plus rien manger”, dit Huang Yan, 30 ans, dans un autre café Starbucks, mais à Shanghai, à 1.000 km de Pékin.
“Qui sait combien de produits chimiques il y a dans notre nourriture ? Tant que nous vivons dans ce pays, cette ville, nous devons accepter cette réalité”, dit Huang, fataliste.
Depuis quelques années, le gouvernement central affirme vouloir réparer les dégâts provoqués par près de 30 ans de politique d’ouverture et de réformes. La croissance a explosé, mais aussi les atteintes à l’environnement et à la santé des citoyens.

Boire du lait est relativement récent en Chine, une habitude encouragée par l’élévation du niveau de vie et adoptée par la classe moyenne des grandes villes désireuse de soigner sa santé.
Signe d’une préoccupation de plus en plus grande, deux des ouvrages les plus vendus ces derniers mois concernent la santé, prônant notamment un retour aux méthodes traditionnelles de la médecine chinoise axée sur la prévention, avec en particulier une alimentation saine. Leur titre: “Parlons santé de la tête au pied” et “Il faut mieux s’occuper de soi que de se faire soigner à l’hôpital”.

Sources : AFP, Reuters, AP

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