Les pays baltes exaspérés par la vente à la Russie de navires de guerres français

RIGA (AFP) – Le projet de la France de vendre quatre navires de guerre à la Russie exaspère les pays baltes, ex-Républiques soviétiques devenues membres de l’OTAN et de l’UE, qui y perçoivent de la mollesse face à un Kremlin qui a le vent en poupe.
Au cours d’interviews accordées à l’AFP, des ministres et hauts responsables des pays baltes se sont interrogés sur l’attitude de la France qui, si elle mène la vente à terme, réalisera un transfert de technologies militaires sans précédent d’un pays de l’OTAN à la Russie.

Tout en disant vouloir améliorer, eux aussi, leurs relations avec Moscou, ils estiment que Paris fait fausse route. La France répète que la Russie doit être traitée en partenaire et non comme une menace, que la Guerre froide appartient au passé.
“Je ne suis pas sûr que la meilleur façon de tourner la page de la Guerre froide soit de faire commerce d’équipements de guerre chaude”, a lancé le ministre letton des Affaires étrangères, Maris Riekstins.

Depuis qu’a été évoqué l’année dernière le projet de vendre à la Russie le Mistral, navire de guerre polyvalent pouvant transporter des hélicoptères comme des chars d’assaut ou accueillir un état-major embarqué, la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie ont fait entendre leurs inquiétudes.
Le président russe Dmitri Medvedev était mardi à Paris pour une série de discussions avec son homologue Nicolas Sarkozy.

M. Sarkozy a déclaré lundi lors d’une conférence de presse conjointe que l’Occident avait besoin de la Russie pour résoudre des crises internationales telles que la question nucléaire iranienne, et que les navires seraient livrés sans équipements militaires.
“Nous ne savons pas ce qu’ils vont faire des Mistral”, a déclaré le général Ants Laaneots, chef d’état-major de l’Estonie: “vont-ils les garder dans la mer Baltique, dans la mer Noire, la flotte du Nord ?”.

La Russie a fait passer de 1.200 hommes à 2.700 une force d’infanterie de marine dans l’enclave de Kaliningrad sur les côtes de la Baltique, a-t-il fait remarquer.
La nouvelle doctrine militaire russe cite l’élargissement de l’Otan comme une des principales menaces pour la Russie.
“Cette tendance renforce notre inquiétude”, a déclaré la ministre lituanienne de la Défense Rasa Jukneviciene.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a effectué une visite éclair dans les pays baltes la semaine dernière pour tenter de rassurer.
“C’est une question qui aurait dû être discutée entre alliés avant d’être engagée”, a déclaré le ministre letton de la Défense Imants Liegis. Les Etats-Unis ont aussi mis en question le projet.
“Ce n’est pas la meilleure manière de relancer les relations avec la Russie car il pourrait y avoir des conséquences pour la sécurité dans la mer Noire et la mer Baltique qui affecteraient des membres de l’OTAN”, a estimé M. Liegis.

Le projet de vente intervient moins de deux ans après la brève guerre russo-géorgienne d’août 2008. “Le rétablissement d’un climat de confiance est important aussi pour la Russie, pas seulement pour l’Union européenne et l’Otan”, a-t-il estimé.
Les responsables baltes ont néanmoins souligné la contribution de la France à leur sécurité. Des avions français patrouillent actuellement dans leur espace aérien, dans le cadre d’un accord de l’Otan.

Les Etats baltes ont été annexés pendant la Seconde guerre mondiale par l’Union soviétique, qui a fait subir à leurs populations des déportations massives. Ils ont recouvré l’indépendance en 1991 et le Kremlin n’a retiré ses troupes qu’en 1994.
Certains membres de l’Union européenne, encore dans le glacis soviétique il y a une vingtaine d’années, craignent que Moscou ne tente de diviser l’UE en établissant des relations privilégiées avec Paris et Berlin.
“Nous avons parfois l’impression que Moscou essaye de diviser pour mieux régner”, a affirmé M. Liegis.

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