Pakistan : la Cour suprême s’oppose au président Zardari

AP – Asif Shahzad
La possibilité d’un nouveau conflit entre le pouvoir judiciaire et le gouvernement menaçait dimanche au Pakistan, au lendemain de la décision de la Cour suprême de retoquer la nomination de deux juges par le président Asif Ali Zardari.
Lors d’une session extraordinaire tenue samedi soir, la Cour suprême a suspendu les nominations d’un de ses juges et d’un juge au tribunal de Lahore décidées seulement quelques heures auparavant par le président Zardari, contre les recommandations de la Cour.

La Constitution pakistanaise prévoit que le président consulte la Cour pour la nomination de nouveaux juges. Or, la Cour a estimé samedi soir qu’aucune consultation n’avait eu lieu et que la décision de Zardari “semblait enfreindre la disposition de la Constitution”.
Historiquement, les magistrats et les avocats ont toujours joué un rôle dans la vie politique pakistanaise. Il y a quelques années, les manifestations d’avocats avaient contribué au départ du président Pervez Musharraf. La décision de la Cour suprême faisait donc craindre dimanche une nouvelle crise dans ce pays jugé crucial par les Occidentaux dans la lutte contre les talibans.
Dimanche, le porte-parole du président Zardari a démenti les rumeurs selon lesquelles le gouvernement envisageait de déclarer l’état d’urgence dans le pays.

Le ministre de l’Information Qamar Zaman Kaira a affirmé qu’Asif Ali Zardari avait bien consulté le président de la Cour suprême. “Nous avons toujours agi de manière constitutionnelle. Nous prendrons chaque future mesure tel que l’exigent la loi et la Constitution”, a-t-il déclaré.
Pour certains médias pakistanais, la nomination des juges pourrait toutefois servir de base aux opposants à Zardari pour contester sa présidence. La possibilité d’un recul humiliant pour le président face à la Cour était également évoquée.

De son côté, le quotidien “Dawn”, respecté dans la presse pakistanaise, critiquait également la décision de la Cour, accusée d’aggraver les tensions politiques dans le pays par sa décision.
“Historiquement, les conflits entre ces deux institutions ont conduit à des conséquences désastreuses pour la démocratie et la continuité constitutionnelle dans le pays”, écrivait-il dimanche dans un éditorial. “Le sort d’un juge ici ou d’un juge de la Cour suprême à la retraite là ne doit pas prendre en otage l’avenir politique du pays”.

Asif Ali Zardari est déjà confronté à de possibles recours judiciaires contre sa présidences. La Cour suprême a ainsi retoqué en décembre une loi d’amnistie le protégeant d’accusations de corruption remontant aux années 1980. En début d’année, il a également été contraint de réinstaller le président de la Cour suprême démis de ses fonctions par Pervez Musharraf, suite à des manifestations qui ont mis en lumière sa vulnérabilité politique et l’influence du pouvoir judiciaire.

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