Pakistan : l’armée engrange les succès contre les talibans

1- Quelques clefs pour comprendre
a- Un peu d’histoire
Suite aux attentats du 11 septembre 2001 aux USA, attribués selon les Etats-Unis à Al Qaïda, une coalition internationale dirigée par les USA a délogé du pouvoir les talibans en Afghanistan. Depuis, 2 coalitions sous commandement américain luttent contre eux en Afghanistan.
Les Américains soupçonnent les chefs du réseau islamiste Al Qaïda de se cacher dans les zones montagneuses difficiles d’accès, à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan.

b- Afghanistan et Pakistan : des frontières poreuses
Le Pakistan partage 2.600 km de frontière relativement poreuse avec l’Afghanistan, et les talibans se déplacent très facilement dans cette région peu gardée. Les talibans de l’Afghanistan ont ainsi toutes facilités pour se réapprovisionner et reprendre des forces au Pakistan.
Les zones tribales semi-autonomes du nord-ouest du Pakistan, peuplées de tribus pachtounes, l’ethnie des talibans, servent donc de repaire à des groupes de talibans afghans et à des combattants d’Al-Qaïda, alliés à des talibans pakistanais regroupés sous la bannière du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP).

Les talibans pakistanais ont fait allégeance à Al-Qaïda et décrété, à l’unisson de ben Laden en personne à l’été 2007, le jihad à Islamabad et son armée pour leur soutien à la “guerre contre le terrorisme” de Washington. Depuis, plus de 350 attentats –suicide pour l’essentiel– ont fait plus de 3.000 morts dans tout le pays.
Les terroristes visent aussi bien des cibles officielles, notamment militaires, que la population civile : marchés, banques, bâtiments administratifs ouverts au public, lieux de culte.

Les talibans sont également accusés par Washington et Kaboul d’utiliser les zones tribales pakistanaises comme bases arrière pour mener des attaques contre les forces internationales en Afghanistan.
Sous l’ancien président du Pakistan, le général Musharraf, les opérations ponctuelles lancées par l’armée dans les zones tribales n’ont pas permis de débarrasser la région des djihadistes, se soldant par de nombreuses morts civiles et destructions massives qui ont rendu le gouvernement et l’armée impopulaires.

c- Négocier des trêves ou combattre, l’éternel dilemme…
Les combattants islamistes contrôlent l’essentiel du nord-ouest du Pakistan.
Le nouveau gouvernement, en place depuis mars 2008, avait commencé par négocier des trêves. Mais comme d’habitude cela ne faisait que renforcer les talibans.
Sous intense pression de Washington, principal bailleur de fonds, il a finalement repris les combats depuis juin 2008 et les a intensifiés depuis août 2008.

Les talibans ont donc relancé de plus belle leur campagne d’attentats suicide, qui s’étaient considérablement réduits pendant les négociations.
Ces attentats ont longtemps visé la sécurité pakistanaise mais, depuis l’attentat contre l’hôtel Marriott, en plein cœur d’Islamabad (60 morts), le 20 septembre 2008, les étrangers sont désormais visés.

d- Les USA mènent des attaques au Pakistan
Le Pakistan est jugé indissociable de la problématique afghane, afin d’aider ce pays à lutter contre l’extrémisme islamiste qui ne cesse d’y gagner du terrain.
L’utilisation de drones a sensiblement augmenté depuis l’entrée en fonctions du président US Barack Obama en janvier 2009, afin d’éviter d’envoyer des troupes ou de devoir compter sur les forces pakistanaises, soupçonnées de manquer parfois de zèle dans la lutte contre l’extrémisme.

Malgré les combats de l’armée pakistanaise dans les zones tribales du nord-ouest, les frappes de missiles US visant les repaires des talibans et d’Al-Qaïda sont ainsi devenues quasi-quotidiennes. Sans les démentir, Washington refuse de les commenter et Islamabad proteste pour la forme. La presse se fait l’écho d’accords secrets entre les deux capitales pour autoriser ces tirs, bien qu’ils n’épargnent pas les civils.

Le président pakistanais, M. Zardari, est pris entre le marteau et l’enclume. D’une part, la nécessité de satisfaire les exigences des Etats-Unis, premier fournisseur d’aide d’un pays en proie à une crise économique aiguë et qui ne parvient pas à attirer des capitaux étrangers. D’autre part, le gouvernement se plaint que les raids des drones US entretiennent l’anti-américanisme déjà très développé dans le pays, et mettent à mal ses propres efforts pour obtenir un soutien de la population dans sa lutte contre les terroristes islamistes. Une large partie de l’opinion estime que le “terrorisme” a été “importé” par les Américains qui ont échoué à éliminer les combattants d’Al-Qaïda qui ont fui l’Afghanistan voisin fin 2001.

Du coup, Islamabad passe des accords avec certains talibans. En février 2009 par exemple un accord très controversé fut conclu : il cédait quasiment le contrôle de la vallée de Swat (nord-ouest) aux talibans, qui en échange rendaient les armes, et permettait l’application officielle de la charia, la loi islamique.
Mais l’accord a été violé deux mois après, les talibans investissant des districts voisins.

e- Les talibans étaient à 100 km de la capitale
Finalement, sous la pression intense de Washington, le Pakistan a lancé en avril 2009 une vaste offensive contre les talibans de la vallée de la Swat.
Les Etats-Unis étaient inquiets de voir les islamistes gagner du terrain au sein de la seule puissance nucléaire du monde musulman. Ils se rapprochaient à une centaine de km à peine de la capitale, Islamabad.

Le gouvernement a ensuite lancé d’autres offensives dans le nord-ouest, dans les régions tribales limitrophes avec l’Afghanistan, où se cacheraient des dirigeants talibans et ceux d’Al-Qaïda.
Malgré l’exode massif de la population dépendant en grande partie de l’aide internationale et la poursuite des attentats-suicide, les Pakistanais ont soutenu cette offensive militaire. Beaucoup ont en effet été choqués de constater que les talibans avaient l’intention d’imposer leur loi à travers le pays.


2- Des succès militaires dans le nord-ouest depuis l’été 2008, mais les talibans toujours actifs
L’armée pakistanaise a déclenché des offensives contre les talibans dans les zones tribales du nord-ouest bordant l’Afghanistan : Bajur, Mohmand, Khyber, Swat, Buner, Dir inférieur, et en décembre au Waziristan du sud.

Une campagne de six mois dans les districts de Bajur et Mohmand s’était conclue en mars 2009 par une déclaration de victoire, au cours de laquelle l’armée a chassé et tué de nombreux talibans, mais a aussi rasé des villes et forcé 550.000 personnes à fuir.
Selon le chef du district de Bajur, l’opération avait tué environ 1.600 rebelles et 150 civils, blessé près de 2.000 rebelles et 2.000 civils.
Mais fin janvier 2010, une succession d’affrontements a montré combien la sécurité s’était dégradée dans la région.

Puis, dans la vallée de Swat, après l’échec des accords de paix conclus avec les talibans de la région et la prise de contrôle par les insurgés de plusieurs secteurs, l’armée pakistanaise, soumise à la pression intense de Washington, a lancé en avril 2009 une vaste offensive.
Les militaires ont repris la vallée à la mi-2009, mais des violences sporadiques se sont poursuivies dans la zone.

Les forces gouvernementales disent avoir tué au moins 2.000 talibans mais aucun chiffre n’était avancé pour les pertes civiles.
De nombreux témoignages et des rapports d’ONG assurent qu’elles furent nombreuses, tout comme les victimes des talibans. Cela même si l’armée affirme tout faire pour minimiser les pertes civiles.
L’offensive gouvernementale a été la plus importante depuis des années, et a provoqué l’exode de 2,7 millions de personnes.

Le gouvernement a ensuite lancé d’autres offensives dans le nord-ouest, dans les régions tribales du Waziristân, limitrophes avec l’Afghanistan, où se cacheraient des dirigeants talibans et ceux d’Al-Qaïda.
Malgré l’exode massif de la population dépendant en grande partie de l’aide internationale et la poursuite des attentats-suicide, les Pakistanais ont soutenu cette offensive militaire.

Les sept “agences tribales” du nord-ouest jouissent de longue date d’une large autonomie qui leur permet notamment d’observer la loi coranique et de perpétuer leurs traditions claniques.
Comme leurs homologues afghans, les “étudiants en théologie” pakistanais puisent l’essentiel de leurs soutiens dans la communauté pachtoune, qui vit de part et d’autre de la frontière très poreuse.
Certaines zones seraient ces dernières années devenues de véritables mini-Etats talibans.

Les vallées isolées du Waziristan sont devenues un havre sûr pour les combattants islamistes.
Ainsi, le Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP) dispose de 20.000 à 25.000 combattants dans les zones tribales dont 10.000 à 12.000 dans leur fief du Waziristan du Sud, épaulés par des combattants étrangers arabes ou venus d’Asie centrale (notamment d’Ouzbékistan).
Ces talibans pakistanais liés à la tribu Mehsud, qui contrôle un territoire de quelque 3.000 kilomètres carrés, soit environ la moitié du Sud-Waziristan, sont tenus responsables de 80% des attentats-suicides commis au Pakistan ces trois dernières années.

Après avoir intensément bombardé ce petit territoire extrêmement montagneux durant quatre mois, quelque 30.000 soldats, appuyés par des avions de combat, des hélicoptères d’attaque et des tirs d’artillerie lourde, ont engagé le 17 octobre l’une des plus grandes offensives terrestres dans les zones tribales depuis qu’Islamabad s’est allié à Washington fin 2001 dans sa “guerre contre le terrorisme”.

L’armée assure s’être emparée des principaux bastions des talibans et avoir mis en fuite leurs chefs.
Mais si le gouvernement a annoncé en décembre la fin de l’opération, l’armée mène encore actuellement des interventions dans cette zone.
De plus, beaucoup d’analystes et de responsables estiment que la plupart des quelque 10.000 combattants talibans se sont échappés au Waziristan du Nord et dans l’Orakzai voisins.
Le Nord-Waziristan est déjà un important bastion taliban.

Les informations et les bilans livrés par les militaires sont impossibles à vérifier, les zones de combats étant interdites d’accès aux journalistes et aux humanitaires et tous les moyens de communication ayant été coupés avec le Waziristan du Sud.
Des journalistes y sont autorisés au compte-gouttes et dans le cadre de déplacements strictement encadrés par le gouvernement.

Les islamistes ont riposté à l’offensive par une série d’attentats dans plusieurs villes du Pakistan, notamment dans le nord-ouest. Ces attentats ont fait plusieurs centaines de morts. Cela afin de déstabiliser le gouvernement proaméricain du président Asif Ali Zardari.
D’autre part, selon l’ONU, la moitié de la population estimée du Waziristan du Sud, soit 330.000 personnes, a fui les combats. Des victimes civiles ont aussi été signalées par des organisations humanitaires. Bien que la plupart des civils ait fuit, certains sont restés piégés.

Le Pakistan a été salué par ses alliés occidentaux pour sa vaste offensive. Mais les Etats-Unis le pressent de lancer une autre intervention militaire, au Nord-Waziristan. Cette zone abrite principalement des groupes fondamentalistes armés qui se battent en Afghanistan, contrairement aux talibans du Pakistan qui concentrent leurs attaques sur leur pays.
Mais le Pakistan préfère se concentrer sur ses propres rebelles. Il aurait de plus conclu des accords avec les talibans du Nord-Waziristan.

Mi-décembre, il envisageait de concentrer ses opérations sur une autre région tribale proche de l’Afghanistan, le district d’Orakzai, où de nombreux talibans ont fui l’offensive.
Depuis plusieurs semaines, l’armée y menait des frappes aériennes, comme elle l’avait fait au Sud-Waziristan avant de lancer l’offensive terrestre de grande ampleur.
Ces bombardements ont, selon l’ONU, provoqué la fuite de quelque 40.000 personnes.

Orakzai est plus petit que le Sud-Waziristan. D’une superficie d’environ 1.540 km carrés, il est coincé entre les zones tribales de Khyber et de Kurram, et ne borde pas directement l’Afghanistan. Selon les estimations, il compterait 500.000 habitants, mais on ne dispose pas de chiffres récents de recensement.
Puis le général Athar Abbas, porte-parole de l’armée pakistanaise, a exclu fin janvier toute nouvelle opération dans les six mois ou un an qui viennent, afin de permettre à l’armée de consolider les positions reprises aux extrémistes ces derniers mois.

Le Pakistan est aussi soucieux de ne pas dégarnir sa frontière sensible avec l’Inde, dans la région du Cachemire.
Le Cachemire est divisée entre le Pakistan et l’Inde, qui revendiquent tous deux sa souveraineté.
Finalement, début janvier, l’armée a lancé une nouvelle offensive dans le nord-ouest.


3- L’armée dit s’être emparée d’un bastion d’Al-Qaïda
L’armée pakistanaise a annoncé mardi la capture de la zone de Damadola, servant de repaire pour Al-Qaïda dans le district tribal de Bajur.
L’offensive de deux mois aurait entrainé la mort de 75 insurgés locaux et étrangers.
“Les premiers soldats de l’armée pakistanaise sont arrivés à Damadola et le drapeau pakistanais a été hissé”, a déclaré le général Tariq Khan, qui dirige l’opération, à un groupe de journalistes héliportés sur les lieux par l’armée.

Damadola est une zone très montagneuse du district tribal de Bajur, le long de la frontière afghane, et était jusqu’alors connu pour être l’un des innombrables repaires des talibans pakistanais qui ont fait allégeance à Al-Qaïda. Les drones de la CIA et l’armée américaine y tirent très fréquemment des missiles visant des cadres du mouvement d’Oussama ben Laden et des talibans.

Mardi, les militaires ont conduit les journalistes dans un dédale de grottes, tranchées et souterrains présenté comme un quartier général des talibans et d’Al-Qaïda dans la région. Cette information ne pouvait être confirmée de sources indépendantes, pas plus que le bilan des combats avancé par l’armée.
Il faut préciser que début février les forces pakistanaises avaient déjà dit avoir repris le contrôle de la zone stratégique de Damadola.
Cela après une douzaine de jours de combats qui auraient fait 60 morts parmi les combattants islamistes.

Et il y a un an, l’armée avait aussi annoncé une victoire à Bajur, alors que les violences se sont poursuivies depuis. Les islamistes, appuyés par des éléments venus d’Afghanistan, y avaient ensuite rétabli une présence.
De plus, les combats récents, comme à chaque fois, ont fait fuir des talibans vers d’autres régions.


4- Des cadres talibans tués et capturés

a- Les talibans pakistanais confirment la mort d’un de leurs chefs
Les talibans pakistanais ont confirmé mardi la mort d’un de leurs chefs, Mohammed Qari Zafar. Selon les services secrets pakistanais, il a été tué le 24 février par un tir de missile dans la zone de Dargah Mandi, située au Nord-Waziristan. Treize autres personnes avaient alors trouvé la mort.
Les talibans décrivent Zafar comme un martyr et promettent de venger sa mort. “Les moudjahidins se vengeront bientôt contre le gouvernement pakistanais pour ses meurtres dans tout le pays”, expliquent les talibans, qui commentent rarement la mort d’un des leurs dans une attaque de missile.

Mohammed Qari Zafar, un haut responsable du Lashkar-e-Jhangvi, organisation sunnite extrémiste interdite proche d’Al-Qaïda, faisait partie des suspects les plus recherchés par Islamabad et Washington. Il est soupçonné d’avoir perpétré l’attentat au camion piégé en septembre 2008 contre l’hôtel Marriott à Islamabad, qui avait tué 54 personnes.

b- Les talibans diffusent une vidéo de leur chef présumé mort
Les talibans du Pakistan ont diffusé une vidéo de leur chef militaire, Hakimullah Mehsud, censée prouver qu’il n’a pas été tué dans une frappe américaine mais le document n’est pas concluant.
Les autorités américaines et pakistanaises se disent de plus en plus sûres que le djihadiste a succombé aux blessures infligées par un tir de missile d’un drone à la mi-janvier, mais ses hommes continuent de nier son décès. Ils avaient fait de même pour son prédécesseur, également tué par un missile américain en août, jusqu’à ce qu’ils lui désignent un successeur.

Mehsud avait accédé au commandement du mouvement taliban pakistanais à 28 ans, au mois d’août, à la mort de Baitullah Mehsud, tué par un missile tiré par un drone.
Avant même d’accéder à ces responsabilités, il assumait de hautes fonctions militaires. Il avait par exemple revendiqué la conception de nombreux attentats, dont l’attaque menée contre l’hôtel Pearl Continental de Peshawar en juin 2009, et celle menée contre le bus de l’équipe sri-lankaise de cricket à Lahore, au début de la même année. Il est également réputé être le cerveau de l’attaque menée contre une base de la CIA en Afghanistan, qui a fait 7 morts à la fin de l’année 2009.

c- Un 4e haut responsable taliban capturé
Le chef taliban Abdul Kabir, qui dirigeait les opérations insurgées dans l’est de l’Afghanistan, a été capturé mi-février dans le nord-ouest du Pakistan. C’est au moins le 4e haut responsable taliban afghan à être arrêté au Pakistan au cours des dernières semaines.
Parmi ces cadres figurait le mollah Abdul Ghani Baradar, n° 2 des talibans juste derrière le mollah Mohammad Omar. Le mollah Baradar a été arrêté début février près de Karachi par les forces pakistanaises avec l’aide des services de renseignement américains.

Les 2 autres responsables talibans sont le mollah Abdul Salam et le mollah Mohammad, respectivement responsables des provinces septentrionales afghanes de Kunduz et Baghlan, où leurs hommes menaçaient les lignes d’approvisionnement de l’OTAN depuis d’Asie centrale.
Par ailleurs, la police de Karachi a annoncé avoir arrêté mi-février un autre chef taliban, un certain Abdullah, alias Abu Waqas, qui avait un commandement dans la région de Bajur, à la frontière afghane. L’homme aurait reconnu avoir recruté de nombreuses jeunes femmes pour mener des attentats-suicides.


5- Remise en cause des attaques de drones US au Pakistan
Fin février, un centre de réflexion basé à Washington, la New America Foundation, a publié un rapport qui estime que les frappes de drones au Pakistan « ont atteint leurs limites » et que cette tactique présente plus d’inconvénients que d’avantages.

Depuis août 2008, plus de 800 personnes ont été tuées par des missiles américains dans le nord-ouest, des combattants islamistes pour la plupart.
Les attaques auraient notamment provoqué la mort de plusieurs chefs extrémistes, dont celle en août 2009 de Baitullah Mehsud, alors dirigeant des talibans pakistanais, qui était le leader extrémiste le plus recherché du Pakistan.

Peter Bergen, co-auteur du rapport, et Katherine Tiedemann soulignent que l’augmentation du nombre de ces attaques n’a pas eu pour effet d’affaiblir les forces des talibans ou d’Al-Qaida, ni de perturber les programmes d’entraînement dans les zones tribales pakistanaises.
Le rapport souligne aussi que l’assassinat de militants extrémistes recherchés, plutôt que leur capture, prive le renseignement américain et pakistanais d’informations de grande valeur.

De plus, selon le rapport, 32 % des victimes de ces attaques depuis 2004 sont des civils.
Washington est de plus en plus critiqué pour son opacité sur ses attaques de drones.
Le gouvernement pakistanais dénonce ces frappes comme une atteinte à sa souveraineté nationale, mais il est largement admis qu’il les soutient en privé, et fournit des renseignements aux Américains.
En février 2009, Dianne Feinstein, la présidente du comité de renseignement du Sénat américain, avait même révélé que les drones américains décollaient d'”une base pakistanaise”.

Les militants islamistes sont les seuls à dénoncer publiquement ces attaques. Ils affirment qu’elles font des centaines de victimes civiles, contribuant à la considérable impopularité au Pakistan de ces frappes.
Un sondage conduit par Gallup Pakistan pour Al-Jazeera en juillet dernier a rapporté que seulement 9% des Pakistanais soutenaient les frappes.

Une plus grande transparence au sujet de cette politique de frappes ciblées pourrait améliorer l’image de ce programme d’attaques de drones sans pilote géré par la CIA, estiment certains observateurs. Des responsables américains déclarent en privé que les pertes civiles sont souvent beaucoup plus basses que ne le rapportent les médias. Mais cela ne suffit pas à contrer les affirmations des talibans.

Le silence des Etats-Unis soulève aussi des questions sur la conformité de cette politique avec le droit international.
Des organisations comme l’ONU et l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) ont pressé le gouvernement américain de dire qui était tué dans ces attaques, mais n’ont pas jusqu’ici obtenu gain de cause. L’administration américaine refuse même de reconnaître l’existence du programme. Pourtant, des responsables du renseignement révèlent régulièrement les noms de militants de premier plan tués dans les raids.

Les interrogations sur la manière dont la CIA choisit ses cibles se sont intensifiées avec la vague de tirs de drones qui a suivi l’attentat ayant tué 7 membres de l’agence américaine du renseignement le 30 décembre dans la province afghane de Khost. Des militants basés au Pakistan auraient aidé à préparer l’attentat.
“Quand on a le genre d’attaques (de drones) que l’on a vu en réponse à l’attentat de Khost, les suspicions commencent à monter” sur la volonté de limiter les pertes civiles, note Philip Alston, un enquêteur de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires.

Selon les partisans de Washington, les Etats-Unis gardent le silence pour des raisons opérationnelles et à cause de la nature politiquement sensible des frappes pour Islamabad. Roger Cressey, un ancien responsable du contre-terrorisme dans les administrations Bush et Clinton, affirme pour sa part que la décision de tirer un missile répond à une procédure “très sérieuse et méthodique” de la CIA.

M. Cressey juge toutefois négativement le silence du Washington, qui laisse le champ libre aux allégations des talibans. “La nature a horreur du vide, et si le vide est rempli par ce que les talibans disent (…) alors cela influence une population qui est de plus en plus essentielle” pour le succès des Etats-Unis dans la région, juge-t-il.


6- L’armée recherche l’alliance des tribus
Si le Pakistan combat les rebelles dans le Waziristan du Sud, il a conclu des accords avec les combattants du Waziristan du Nord, engagés aux côtés des talibans afghans contre les forces internationales en Afghanistan.
Aucune armée au monde n’a été capable de vaincre l’ensemble des tribus du Waziristan sur leur propre territoire, où même les soldats pakistanais, majoritairement originaires des plaines du Penjab, sont considérés comme des envahisseurs.

Au Sud-Waziristan, le gouvernement tente également de convaincre les chefs de guerre et de tribus de le soutenir, même s’ils sont impliqués dans la guérilla contre les Etats-Unis en Afghanistan.
Le chef de l’armée pakistanaise a lancé fin octobre un appel à la tribu des Mehsud, liée aux talibans, pour qu’elle soutienne l’armée dans sa vaste offensive. Dans sa lettre distribuée sous forme de prospectus lancés depuis les airs sur la région, le général Ashfaq Parvez Kayani s’adresse à cette tribu, qui contrôle un territoire de quelque 3.000 kilomètres carrés, soit environ la moitié du Sud-Waziristan.

L’armée a par ailleurs passé des accords avec deux puissants chefs tribaux anti-américains pour qu’ils n’entrent pas dans la bataille : selon des représentants des renseignements pakistanais qui se sont exprimés fin octobre sous couvert d’anonymat, l’armée a conclu des accords verbaux, avant l’offensive, avec deux commandants, Maulvi Nazir et Hafiz Gul Bahadur, destinés à gagner leur neutralité durant les opérations. En échange, l’armée n’attaquerait pas ces hommes et leurs combattants, concentrés sur les combats contre les forces américaines en Afghanistan.

Certains experts estiment que l’opération aurait dû être précédée d’un marchandage plus poussé avec les tribus locales pour s’assurer, sinon de leur soutien du moins de leur neutralité.
La neutralité de chefs tribaux peut se payer cher : le 28 septembre par exemple, Maulvi Abdul Hakim a péri dans un attentat à la voiture piégée. Ce chef tribal avait permis à l’armée pakistanaise de passer sur son territoire afin d’accéder à la région tribale du Waziristan nord.


7- Un rapport met en garde contre l’islamisation du Pakistan
La pratique de l’islam est amenée à se radicaliser au Pakistan et les sentiments anti-américains à grandir dans ce pays, compliquant la tâche des Etats-Unis engagés dans la guerre en Afghanistan, indique un rapport publié en janvier.
L’étude, qui propose une prospective sur une période de un à trois ans, exclut toutefois l’idée que les taliban puissent prendre le pouvoir à Islamabad.

“Plutôt qu’une prise du pouvoir par les islamistes, il faut considérer une subtile évolution d’une société laïque pro-occidentale vers une société islamiste anti-américaine”, explique Jonathan Paris qui a produit le rapport pour le Legatum Institute, un centre de recherches installé à Londres.
Selon Paris, le Pakistan devrait “pouvoir se tirer d’affaire” avec une armée qui continue, en coulisses, à influencer fortement la politique étrangère et la politique sécuritaire du pays.
“Les hypothèses sur une prise du pouvoir par les taliban exagèrent largement la volonté des élites politiques et militaires à céder le pouvoir aux taliban”, affirme le rapport.

Malgré cela, Paris qui travaille également pour le Conseil atlantique des Etats-Unis, met en garde contre une dérive des autorités pakistanaises qui s’éloignent de leurs partenaires occidentaux à un moment où les Américains ont besoin de soutien en Afghanistan.
“Les moyens de pression dont disposent les Etats-Unis et le Royaume-Uni sur le Pakistan ne se renforcent pas. Ils faiblissent. La société pakistanaise évolue vers l’anti-américanisme et se rapproche de la charia”, juge Paris.

L’influence croissante des partis politiques islamistes et des organisations d’activistes dans la province du Punjab va lentement transformer le pays, en exploitant le mécontentement local à propos de l’économie et de la lenteur et souvent de la corruption du système légal.
“Le danger pour l’armée, et pour le Pakistan en général, n’est pas la ‘talibanisation’ mais l’islamisation des activistes installés au Punjab et de leurs alliés”, poursuit le rapport.

Les partis politiques islamistes, qui prospèrent sur la rhétorique anti-américaine, ne vont pas acquérir une position dominante mais ils vont peser sur le gouvernement pour qu’il renonce à la coopération avec Washington et rendre sa tâche plus difficile dans la lutte contre les insurgés.
Un tel changement pourrait avoir des conséquences dans les relations avec l’Inde qui souhaite que le Pakistan démantèle des groupes comme Lashkar-e-Taiba, accusé d’être responsable des attentats de Bombay en 2008.

Paris juge également qu’il existe un risque de voir les organisations d’activistes se scinder en plusieurs formations plus petites et plus radicales, comme cela a pu être constaté parmi les Palestiniens.
Cela rendrait ces organisations plus difficiles à contrôler et multiplierait les risques d’attaques qui ne seraient pas commanditées par leurs dirigeants.
Dans le même temps, les organisations islamistes interviennent de plus en plus fréquemment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, compliquant l’action de l’Etat qui serait tenté de les bannir.

Le rapport écarte toutefois l’hypothèse d’une victoire des talibans afghans qui pourrait inciter les talibans pakistanais à “marcher sur Islamabad”.
Les taliban afghans, estime le rapport, pourraient ne jamais être ni vaincus, ni vainqueurs, une situation qui pourrait voir le jour si se produit une partition de facto de l’Afghanistan avec un gouvernement central symbolique à Kaboul.
Dans ce scénario, le Pakistan reviendrait alors à une stratégie de contingentement, acceptant la présence sur son territoire de taliban pakistanais dans les régions tribales et n’ayant recours à la force militaire qu’en cas de poursuite des attaques suicides dans les villes.


8- Les écoles privées : un remède à l’islamisme radical au Pakistan ?
Certains y voient un moyen de lutter contre l’extrémisme. Les écoles privées se multiplient au Pakistan, tendance que d’aucuns jugent encourageante dans un pays où la seule autre alternative à un système éducatif public en ruines sont les écoles religieuses, ou madrassas, considérées comme un terreau favorable à l’islamisme radical.

L’Islamia Model School à Qutbal, ville de 5.000 habitants à 40 kilomètres d’Islamabad, est l’un des milliers d’établissements scolaires privés ouverts récemment au Pakistan. La salle de classe est si petite que des dizaines d’enfants doivent s’asseoir à l’extérieur, mais l’école est très appréciée de ses élèves.
Contrairement aux écoles publiques locales, il n’y a pas de problème d’absentéisme du corps enseignant à Islamia, et à la différence des madrassas, le programme scolaire va bien au-delà de l’étude de la religion. En outre, l’école possède des bureaux et des chaises, ce qui n’est pas un simple détail pour les nombreuses familles pauvres qui y inscrivent leurs enfants.

“La qualité de l’éducation dans le secteur public se détériore jour après jour”, reconnaît T.M. Qureshi, responsable du ministère de l’Education. Les écoles manquent souvent d’équipements aussi basiques que l’accès à l’eau, souffrent d’un absentéisme élevé des enseignants et de lourdeurs bureaucratiques.
Selon l’UNESCO, le Pakistan dépense seulement 2,9% de son produit intérieur brut dans l’éducation, contre 3,2% pour l’Inde et 5,2% pour les Etats-Unis. Seulement la moitié environ des adultes pakistanais savent lire.

Reste que depuis le milieu des années 1990, de petites écoles privées peu chères, auparavant seulement présentes dans les centres urbains, ont commencé à fleurir dans les zones rurales, offrant une éducation à un prix relativement abordable, selon un rapport de la Banque mondiale de 2008.
Entre 2000 et 2005, leur nombre est passé de 32.000 à 47.000, selon cette étude, et il est aujourd’hui supérieur à 58.000 d’après des statistiques du gouvernement pakistanais plus récentes. Environ un tiers des 33 millions d’élèves du Pakistan sont désormais inscrits dans une école privée, ce qui représente un chiffre bien plus élevé que les 1,6 million qui fréquentent les 12.000 madrasas du pays.

Les écoles privées tendent à surpasser les établissements publics sur le plan scolaire, même si le niveau général est bas, explique Tahir Andrabi, un professeur d’économie au Pomona College en Californie, spécialiste du système éducatif pakistanais.
Les Etats-Unis disent vouloir investir dans des écoles privées au Pakistan dans le cadre d’un plan d’aide visant à lutter contre l’extrémisme dans le pays.

Les partisans des écoles privées estiment qu’elles peuvent offrir un meilleur enseignement à même de faire reculer la pauvreté et l’extrémisme. Les analystes avertissent toutefois qu’elles ne sont pas une solution miracle, et que bien d’autres facteurs que l’éducation jouent un rôle dans l’émergence de groupes insurgés.
“Il vaut mieux avoir des écoles privées que des madrassas”, note Pervez Hoodbhoy, un universitaire qui critique ouvertement la politique éducative du Pakistan. “D’un autre côté, beaucoup de ces écoles privées enseignent une grande quantité de contenus religieux. Ce n’est pas une solution à part entière.”
Les ressources et la qualité des différentes écoles privées varient beaucoup, même au sein d’une même ville.


9- Les Pakistanais majoritairement opposés aux talibans
a- Les civils soutiennent le gouvernement

Selon un sondage rendu public début novembre à Islamabad, une majorité de Pakistanais (51%) soutient l’offensive en cours, tandis que 13% s’y disent hostiles et que 36% sont indécis.
Les forces gouvernementales pakistanaises doivent en finir une fois pour toutes avec les talibans retranchés au Sud-Waziristan, estiment les civils qui fuient la région.
Si l’offensive ne permet pas d’éliminer les islamistes, ceux-ci sortiront plus nombreux et renforcés des combats en cours, ajoutent-ils.

Cependant, pour de nombreux habitants, l’offensive a été lancée au mépris des vies civiles.
D’autre part, l’opinion publique pakistanaise pourrait se retourner si des soldats ou des civils venaient à périr en affrontant les talibans qui poursuivent un objectif considéré avec bienveillance par de nombreux Pakistanais : mettre fin à la présence de forces étrangères, en particulier américaines, sur le sol afghan.

b- Des milices locales pour lutter contre les talibans
L’armée pakistanaise encourage les tribus pachtounes à former des milices, connues sous le nom de lashkars, pour combattre les activistes islamistes.
Les affrontements sont réguliers entre milices et talibans. Cela témoigne de la résistance d’une partie de la population aux talibans, qui entendent notamment lui imposer une application radicale de la loi islamique. Il arrive parfois aussi que des habitants se soulèvent contre les talibans.

Les laskhars ont réussi dans certaines zones à réduire l’implantation des talibans. Elles ont aussi joué un rôle lorsque l’armée a mené, en 2008 et 2009, une des ses premières offensives contre les talibans, dans le district de Bajur.
Les chefs tribaux ont une influence forte dans le nord-ouest du Pakistan mais sont la cible régulière d’Al-Qaïda et des talibans pour avoir rejoint le gouvernement dans leur lutte contre les islamistes.

Ainsi, mi-janvier, 2 responsables tribaux anti-talibans ont été assassinés dans deux attaques séparées dans la zone tribale de Bajur.
Et début janvier, une explosion a frappé un convoi de dirigeants tribaux anti-talibans, faisant plusieurs morts. Le groupe se rendait dans la ville de Khar, dans la zone tribale de Bajur, pour une rencontre avec des responsables locaux. Ces hommes travaillaient à mettre sur pied une milice anti-talibans.

Plus tôt en janvier, au moins 96 personnes ont été tuées dans un attentat-suicide à la voiture piégée sur un terrain de sports proche de l’endroit où se réunissaient des “anciens” responsables d’une milice d’auto-défense contre les talibans. L’attentat, commis lors d’un match de volley-ball qui attirait une foule de spectateurs, laisse penser que les insurgés taliban liés à Al Qaïda cherchaient davantage à frapper la population civile et à propager la terreur plutôt que s’en prendre aux forces de sécurité.

Le kamikaze a frappé près de la zone tribale semi-autonome du Sud-Waziristan où l’armée menait depuis octobre une grande offensive terrestre contre les fondamentalistes armés.
Il faut noter aussi que peu de temps auparavant, les talibans avaient été chassés du village par une milice d’autodéfense constituée par les habitants.

Mais le gouvernement estime en péril sa stratégie d’encourager les milices. Réitérant ses critiques visant dans les zones tribales pakistanaises les attaques de drones US, le Premier ministre Yousuf Raza Gilani a précisé, mi-janvier : “Notre stratégie est d’isoler les militants (islamistes, ndlr) des membres des tribus locales, mais les attaques de drones unissent les membres des tribus locales et les militants”.

c- Les chefs religieux modérés aussi contre les talibans
Même eux, pourtant longtemps silencieux face à la menace islamiste, se sont engagés en faveur de l’offensive militaire contre les talibans, prévenant que les islamistes pourraient prendre le pouvoir dans le pays.
“L’armée doit éliminer les taliban une bonne fois pour toutes”, déclarait en mai, quelques semaines avant de mourir, le mufti Sarfraz Naeemi, haut dignitaire de la branche modérée Barelvi, rattachée au sunnisme. “Sinon, ils vont s’emparer de tout le pays, ce qui serait une catastrophe”.

Sarfraz Naeemi était le chef de file d’une dizaine de religieux modérés qui partageaient ses convictions politiques et sociales. Il plaidait notamment pour la scolarisation des filles et l’utilisation des ordinateurs dans l’enseignement, deux idées que les talibans refusent absolument au nom d’une interprétation littérale de l’islam.

Les attaques dans les mosquées et l’assassinat en juin de ce religieux modéré ont déclenché une vague de colère dans l’opinion publique.
Des milliers de personnes se sont rassemblées pour assister à ses funérailles. Certaines ont réclamé la mort pour l’ensemble des talibans. A Karachi, la plus grande ville du pays, une grève générale a été observée en signe de deuil.

La plupart des Pakistanais sont Barelvis, une branche du soufisme, un mouvement mystique de l’islam, qui vénère les saints et leurs mausolées disséminés dans le pays. De leur côté, les taliban sont fidèles à l’école de Deobandi, qui prône un retour à un islam pur, et rejettent un islam mystique.
La destruction par les talibans d’un important mausolée dans le nord-ouest du pays a aussi choqué de nombreux Pakistanais.


10- Le manque d’infrastructures sanitaires alourdit le bilan des attentats
Au cours des derniers mois, le manque d’infrastructures de santé, en particulier dans les zones rurales, a alourdi le bilan des victimes d’explosions dans l’ensemble du Pakistan, selon des responsables sanitaires. En 2009, au moins 1 180 personnes ont trouvé la mort dans des explosions dans l’ensemble du Pakistan. Environ 79 de ces explosions ont été provoquées par des attentats-suicides.
La plupart d’entre elles ont eu lieu dans la province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), ravagée par le conflit.

En janvier, 2 jours après un attentat à la bombe qui a fait 105 victimes dans le district de Lakki Marwat, dans la NWFP, Hasan Marwat, 25 ans, sait qu’il a de la chance d’être encore en vie. « Je suis resté étendu dans le champ où a eu lieu l’explosion pendant près d’une heure. Comme je ne cessais de passer d’un état inconscient à un état conscient, les gens ont pensé que j’étais mort et m’ont laissé là », a-t-il dit à IRIN depuis le siège de l’hôpital de district du district voisin de Bannu, où il se remet de fractures aux deux jambes et de blessures à la tête.

L’attentat-suicide qui a eu lieu sur un terrain de volleyball dans le petit village de Shah Hassankhel, près de la ville de Lakki Marwat, était le pire qu’a connu la province depuis celui du marché de Peshawar. En octobre 2009, un kamikaze s’y était fait sauter, provoquant la mort de 117 personnes.
L’absence d’hôpital ou d’infrastructures sanitaires essentielles à Shah Hassankhel ont ajouté à la souffrance des centaines de victimes.

Selon des statistiques officielles, il y aurait, au Pakistan, un lit d’hôpital pour 1 517 personnes. Dans la province de la Frontière du Nord-Ouest, la proportion passe à un lit pour 1 654 personnes. Dans de nombreux villages, comme celui affecté par l’attentat, il n’y a aucune installation sanitaire.
« Il n’y a aucun hôpital important où l’on puisse emmener les blessés. Nous avons très peu de médecins et de spécialistes et aucune ambulance. Il faut donc que les blessés soient transportés dans des véhicules privés par des habitants qui ne sont pas formés pour le faire », a dit Aziz Marwat, un étudiant.

La plupart des blessés ont été emmenés à l’hôpital civil Lakki Marwat, un petit hôpital situé à une demi-heure de voiture du village. « Nous avons vu des choses terribles. Presque tous ceux qui ont été emmenés étaient gravement blessés. Certains avaient des membres arrachés. C’était horrible », a dit à IRIN Ghulam Ali Khan, un responsable médical de l’hôpital.
Avec une équipe de sept médecins, il a fait ce qu’il a pu pour sauver le plus grand nombre possible de blessés parmi les plus de 100 personnes qui ont été emmenées, en attendant que le gouvernement de la province n’envoie sur le terrain des équipes médicales provenant des districts voisins.

« Les médecins disponibles ont fait de leur mieux, mais mon neveu aurait peut-être survécu si nous avions eu de meilleures installations de santé. Il n’avait que 18 ans. Il était allé voir le match de volleyball », a dit Abdul Khan, 50 ans.
« C’est déjà difficile de trouver un médecin pour soigner un enfant malade… Imaginez ce que c’est quand une catastrophe comme celle-là se produit », a dit Zareen Bibi, un habitant de Lakki Marwat. « Tout ce que nous avons ici, ce sont des cliniques minuscules qui manquent de médicaments et d’équipements essentiels. Comment peuvent-elles faire face à des situations comme celle-là ? »

En octobre 2009, à Islamabad, le ministre pakistanais de la Santé, Ejaz Hussain Jhakrani, a dit aux médias que le gouvernement avait pour « priorité d’offrir des installations de santé adéquates pour tous les habitants du pays ».
Le Pakistan ne consacre que 2 % de son produit intérieur brut aux dépenses de santé – il s’agit de l’un des taux les plus faibles au monde.


11- Les habitants fuient les combats
Fin décembre, dans le cadre de la vaste offensive lancée par l’armée en octobre, environ 40.000 personnes avaient fui la région selon l’ONU.
Les personnes déplacées internes sont, pour la plupart, hébergées au sein de membres de la famille élargie ou chez des proches. D’autres sont accueillies par des familles de la communauté locale, comme c’est la coutume dans cette région du Pakistan.

Les autorités locales ont tout de même établi un camp, pour accueillir les personnes qui n’ont nulle part ailleurs où aller.
Le HCR a fait parvenir 100 tentes pour renforcer le matériel fourni par le gouvernement dans le camp, ainsi que des kits familiaux contenant des articles de secours comme des matelas, des couvertures, des édredons, des batteries de cuisine et des jerrycans. Son partenaire local, l’ONG Pak-CDP, était sur place pour aider à améliorer les infrastructures du camp.

Plus au sud, dans les districts de Dera Ismail Khan et Tank dans la Province frontière du Nord-Ouest, plus de 280.000 personnes restaient déplacées depuis la précédente opération militaire menée dans le Sud-Waziristan. Ces personnes vivaient toujours dans des chambres louées ou au sein de familles d’accueil.
Le HCR distribuait des tentes aux familles enregistrées. Plus de 32.000 tentes avaient déjà été distribuées pour aider à soulager les conditions de surpeuplement au sein des familles d’accueil, ainsi que près de 53.000 kits d’articles de secours comme des couvertures, des matelas, des édredons et des jerrycans.


12- L’ONU demande 538 millions de dollars d’aide humanitaire pour le Pakistan

Les organisations humanitaires présentes au Pakistan ont besoin d’environ 538 millions de dollars pour les six mois à venir afin d’aider les millions de personnes déplacées à cause des affrontements avec les talibans, a constaté l’ONU début février.

L’offensive de l’armée pakistanaise dans la vallée de Swat contre les talibans et les militants d’Al-Qaïda a poussé près de 1,7 million de personnes à rentrer chez elles après avoir été déplacées l’année dernière, a rappelé l’ONU. Mais les conditions de sécurité dans certaines zones de cette région tribale, semi-autonome, se détériorent, entraînant de nouveaux déplacements forcés.
Les projets financés répondront aux besoins immédiats de personnes déplacées en raison des combats dans la région, de ceux qui sont retournés dans leur région d’origine et des familles qui ont ouvert leur maison à des déplacés.

L’année dernière, la communauté humanitaire est parvenue à atteindre plus de quatre millions de personnes grâce aux fonds alloués. Plus de 20 pays ont fait des dons pour financer ce plan humanitaire, dont le Pakistan qui est l’un des rares au monde à contribuer à des opérations ayant lieu sur son territoire.
Au plus fort de la crise, en juin 2009, la communauté humanitaire est venue en aide à 250.000 personnes déplacées dans 35 camps.

Sources : AP, AFP, Reuters, ONU, IRIN

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