Sri Lanka : les élections font craindre des violences

Sri_Lanka1- Des clefs pour comprendre

Indépendant depuis 1948, l’ex-Ceylan a vu s’achever en mai dernier le plus vieux conflit d’Asie.

Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) se battaient depuis 1983 pour obtenir un territoire indépendant pour la minorité tamoule hindouiste, après des années de discrimination par les gouvernements contrôlés par la majorité cingalaise bouddhiste.

Le conflit a coûté la vie à plus de 80.000 personnes, en majorité des civils.

 

Depuis les années 1960, l’île était secouée par des tensions ethniques entre Cinghalais bouddhistes et Tamouls hindous.

Sur une population sri-lankaise de 20 millions d’habitants, les tamouls représentent environ 18%, les cinghalais 74%, le reste étant principalement constitué par la communauté musulmane.

Le conflit ethnique remonte à l’indépendance du pays en 1948 : la majorité cingalaise, bouddhiste, a pris le pouvoir après plusieurs décennies de domination britannique favorisant les tamouls, essentiellement hindouistes. Dans les années qui ont suivi, les gouvernements ont mis en place des politiques valorisant la langue et la communauté cinghalaises, tout en marginalisant les tamouls.

 

La guerre civile s’était durcie depuis 3 ans et suite à plusieurs attentats majeurs, le gouvernement était fermement résolu, depuis début 2008, à exterminer la rébellion.

Jusqu’en 2007, les LTTE, l’un des mouvements insurrectionnels les plus redoutables et les mieux organisés au monde, avaient un Etat de facto : ils contrôlaient 18.000 km² de territoires dans le nord et dans l’est du Sri Lanka sur lesquels ils voulaient fonder un Etat tamoul indépendant.

Ils disposaient d’une armée de terre, d’une force navale et même de petits avions, un cas unique au monde pour une guérilla.

 

Mais cette rébellion, jugée indestructible, s’est peu à peu effondrée sous les coups d’une guerre conventionnelle orchestrée depuis 3 ans par le président nationaliste Mahinda Rajapakse.

Le 18 mai 2009, après une offensive de cinq mois, l’armée s’est emparée de la dernière poche des Tigres dans le nord-est, tuant tous les dirigeants de la guérilla, dont son chef Velupillaï Prabhakaran.

Les combats ont cessé depuis le 19 mai. L’armée sri lankaise contrôle l’ensemble du territoire, mais au prix de nombreuses exactions.

 

Il est difficile de connaître le nombre exact de victimes, le gouvernement bloquant depuis des années tout accès des journalistes et travailleurs humanitaires aux lignes de front.

Les civils ont en tout cas été les premières victimes de l’offensive.

Des responsables onusiens estiment qu’au moins 7.000 civils ont péri dans les dernières semaines de la guerre, quand l’armée a repoussé les Tigres jusqu’à les acculer dans un tout petit territoire du nord-est au milieu de plusieurs centaines de milliers d’habitants.

 

Selon plusieurs titres de la presse internationale citant une source aux Nations unies, le bilan civil de la dernière offensive entre fin avril et le 19 mai dépasserait plutôt les 20.000 morts.

Le pays a été accusé de nombreuses violations du droit international pendant et après la phase finale de cette guerre. Le gouvernement refusait toute trêve durable qui aurait permis aux civils de s’échapper de la zone de guerre, car il craignait que les Tigres n’en profitent pour se réarmer et se réorganiser, comme à leur habitude.

 

L’armée a quant à elle annoncé avoir perdu 6.200 soldats et tué 22.000 combattants tamouls dans les quelque trois dernières années du conflit.

Près de 300.000 Tamouls ont été déplacés et internés dans des camps après la guerre, et plus de 100.000 s’y trouvent encore.

 

Ce conflit était oublié par la communauté internationale jusqu’au moment de l’offensive finale de l’armée. Les médias occidentaux s’y sont soudainement intéressés car les civils étaient directement pris au piège par les combats. Des manifestations eurent lieu un peu partout en Occident pour exiger la fin des hostilités. Mais cela faisait de nombreux mois que l’offensive prenait de l’ampleur et que le gouvernement affichait sa détermination à écraser la rébellion. Au vu des méthodes des Tigres tamouls, ayant l’habitude de se servir des civils comme moyen de pression, il allait de soi que les populations se retrouveraient prises au piège et seraient empêchées de sortir, afin de s’en servir comme boucliers humains.

 

 

2- Election présidentielle dans un climat tendu

Le Sri Lanka vote mardi pour la première élection présidentielle d’après-guerre dans un climat tendu, les deux principaux candidats, auréolés de la victoire ayant mis fin à 37 ans de conflit contre les rebelles tamouls, s’accusant de fomenter un coup d’Etat.

Anciens alliés dans la bataille contre les Tigres, le président Mahinda Rajapakse et son ancien chef des Armées, l’ex général Sarath Fonseka, se livrent désormais une bataille acharnée pour obtenir la majorité des voix des 14,8 millions d’électeurs.

 

Quelques heures avant le début du scrutin qui réunit au total 22 candidats, au moins deux bombes ont visé le domicile d’un responsable local du parti au pouvoir, sans faire de victime, tandis que quatre autres explosions ont été recensées dans la péninsule de Jaffna, à 400 km au nord de la capitale, bastion de la minorité tamoule.

Les premiers résultats de l’élection devraient être connus tard dans la soirée et les résultats définitifs mercredi à la mi-journée.

 

Le scrutin ne sera suivi que par une poignée d’observateurs indépendants.

Des organisations de défense des droits civiques ont accusé M. Rajapaksa d’utiliser les moyens du gouvernement dans sa campagne. Les médias publics ont loué régulièrement le président tout en mentionnant à peine son adversaire.

 

Mahinda Rajapakse, un nationaliste acharné issu de la majorité cinghalaise, a convoqué la présidentielle deux ans avant le terme de son mandat pour profiter de la vague de soutien reçue après la victoire contre les rebelles.

Mais l’ex-général Fonseka, l’ancien plus haut gradé de l’armée, lui aussi considéré comme l’artisan de la victoire, a ruiné ses plans en se présentant dans l’opposition après avoir démissionné de l’armée cet automne, accusant M. Rajapakse de l’avoir soupçonné d’un coup d’Etat.

Au moins 4 militants ont été tués et près de 1.000 incidents ont été recensés pendant la campagne électorale.

 

L’opposition a déclaré qu’elle n’accepterait pas le résultat si les 68.000 policiers et 12.000 soldats réquisitionnés pour l’élection ne parvenaient pas à empêcher les actes de violence.

Fonseka accuse le gouvernement de vouloir truquer les résultats et d’user de la violence pour intimider les électeurs. Selon lui, l’armée, la télévision d’Etat et la police ont été préparées à un coup d’Etat pour maintenir M. Rajapakse au pouvoir. “Il y a des indications d’un coup d’Etat militaire”, a-t-il déclaré lors de sa dernière conférence de presse avant le vote, entouré de sa coalition hétéroclite composée de marxistes, Tamouls, Musulmans et de figures de la droite.

 

Le ministre des Affaires étrangères Rohitha Bogollagama a pour sa part évoqué lundi la préoccupation du gouvernement concernant les déserteurs de l’armée qui auraient rejoint l’opposition.

Dans un curieux retournement des événements, la minorité tamoule, au nom de laquelle les rebelles ont multiplié assassinats et attentats suicide, pourrait finalement être l’arbitre de cette élection si les votes de la majorité cinghalaise se répartissent équitablement entre les deux candidats.

 

L’Alliance nationale tamoule, branche politique des Tigres, a apporté son soutien à Fonseka mais rien ne dit que les électeurs suivront cette recommandation.

Elle lui a apporté son soutien car Fonseka a promis de démanteler les zones de haute sécurité dans le nord, de faciliter le repeuplement et d’étudier une solution politique pour les Tamouls.

M. Rajapaksa a de son côté promis de développer et de revitaliser l’économie du nord, exsangue après des décennies de guerre. Il a annoncé que son gouvernement allait consacrer cette année quatre milliards de dollars à la reconstruction du nord de l’île, ravagé par la guerre civile.

 

Les deux candidats ont sillonné le pays depuis deux mois, s’attaquant mutuellement, promettant la prospérité et rappelant leur rôle dans l’instauration d’une paix nouvelle dans le pays.

Le président Rajapaksa affirme que son ancien allié est un novice en politique qui, du fait de sa longue carrière dans l’armée, pourrait être tenté d’instaurer une dictature. De son côté, M. Fonseka impute la hausse des prix et les difficultés rencontrées par le peuple à une culture de népotisme, de corruption et de mauvaise gestion instaurée, selon lui, par le chef de l’Etat. Il promet de réduire les pouvoirs du président et donner davantage de poids au Parlement.

 

Le programme des deux candidats ne diffère guère. Tous deux promettent une hausse des salaires dans un secteur public déjà très important et une aide massive au développement rural.

Les puissances occidentales n’ont pas pris parti, ou ont plutôt renvoyé dos-à-dos les deux hommes, qui pourraient être un jour inculpés de violences commises dans les derniers mois de la guerre.

“Ils sont tous les deux en compétition pour le titre de héros de la guerre et de criminel de guerre”, résume un diplomate en poste à Colombo.

 

Sur les deux hommes planent les mêmes allégations de crimes de guerre et de violations des droits de l’Homme. Quel que soit le gagnant, il aura à affronter la pression des Nations unies et des pays occidentaux qui réclament une enquête indépendante et ont sévèrement critiqué Colombo pour avoir parqués dans des camps quelque 300.000 civils tamouls.

 

 

3- Problèmes sur la liberté d’expression

La popularité du président Mahinda Rajapaksa a connu une remontée significative depuis que l’armée a défait les rebelles. Toutefois, les organisations de défense des droits des médias sri-lankais se sont plaintes des conséquences négatives directes pour la liberté d’expression dans le pays.

 

a- Un journaliste d’opposition porté disparu

Un journaliste critique envers le président du Sri Lanka a disparu et pourrait avoir été enlevé, a déclaré lundi son rédacteur en chef.

Prageeth Ekneligoda a disparu dimanche après avoir quitté la rédaction du site internet lankaenews.com, a affirmé Sandaruwan Senadeera le rédacteur en chef du site.

Selon M. Senaddera, le journaliste pourrait avoir été enlevé du fait de sa position critique envers le président et du soutien qu’il a apporté à son principal rival pour les élections présidentielles.

 

Le ministre de l’Information Lakshman Yapa Abeywardena a nié toute implication du gouvernement dans la disparition du journaliste et ajouté que la police menait actuellement son enquête.

“Le site internet a publié des articles diffamatoires mais la seule chose que nous ayons faite a été d’y répondre. Nous ne recourons pas à ce type de pratiques”, a affirmé le ministre sri lankais.

Les organisations de défense des journalistes ont désigné le Sri Lanka parmi les pays les plus dangereux pour les journalistes. Selon Amnesty International, au moins 14 journalistes et employés de presse sri-lankais ont été tués depuis début 2006.

 

b- Un astrologue interpellé pour une prédiction sur le président

Fin juin, la police du Sri Lanka a annoncé l’arrestation d’un astrologue très populaire pour avoir publiquement prédit le départ imminent du président Mahinda Rajapaksa.

Chandrasiri Bandara, qui anime une émission télévisée hebdomadaire très regardée et est éditorialiste pour un quotidien proche de l’opposition, a été interpellé pour permettre aux policiers d’enquêter sur la source de sa prédiction.

L’astrologue avait affirmé lors d’un meeting de l’opposition que le Premier ministre allait remplacer le président en septembre.

 

 

4- Inquiétudes sur le droit de vote des personnes déplacées

Des dizaines de milliers de personnes déplacées et de personnes qui viennent de rentrer pourraient ne pas pouvoir voter lors de l’élection présidentielle.

Plus de 170 000 personnes, sur les 280 000 qui avaient fui les derniers combats entre les forces gouvernementales et les Tigres, sont rentrées chez elles dans la région où s’est déroulé le conflit, connue sous le nom de Vanni.

 

Tandis que le gouvernement maintient que ceux qui sont toujours dans les camps ainsi que les gens rentrés au pays pourront voter, des questions demeurent.

Rohana Hettiarchchi, directeur général du People’s Action for Free and Fair Elections (PAFFREL, Action populaire pour des élections libres et justes), le plus important organisme de surveillance électorale du pays, a dit : « Le point clé, c’est [de savoir] si ceux qui viennent de rentrer peuvent voter ».

La plupart de ceux qui sont rentrés n’étaient pas inscrits auprès des autorités gouvernementales pour être inclus sur les listes électorales, a-t-il dit à IRIN, et seulement 35 000 déplacés s’étaient inscrits pour obtenir une carte d’électeur.

 

Keerthi Thenakoon, directeur général du Campaign for Free and Fair Elections (CaFFE, Campagne en faveur d’élections libres et justes), un autre organisme de surveillance des élections, a cité des études et des recherches conduites par le groupe qui suggèrent que même ceux qui se sont inscrits pourraient avoir des difficultés. « C’est un problème de logistique. Ils se sont inscrits alors qu’ils vivaient dans des centres de personnes déplacées, puis ils sont rentrés dans leur village », a expliqué M. Thenakoon. « Les cartes d’électeurs arrivent au centre des personnes déplacées et l’isoloir va probablement se trouver là-bas ».

 

Les officiels du CaFFE ont rencontré les villageois dans les nouvelles zones de repeuplement dans le district de Mullaithivu, dans la région du Vanni, et ont découvert que la plupart des familles n’étaient pas inscrites. « Au [village de] Kanagarayankulam nous avons interrogé 56 familles ; seules 9 ont dit qu’elles s’étaient inscrites. Nous avons trouvé des chiffres similaires pour les autres régions dans lesquelles nous nous sommes rendus dans le Vanni », a dit M. Thenakoon.

 

M. Thenakoon, qui a visité le 11 janvier Menik Farm, le plus grand centre de personnes déplacées, a dit que ceux qui vivaient toujours dans le camp ne savaient pas comment voter. « Ils disent qu’ils ont rempli des formulaires, mais il n’y a pas eu de communication officielle après », a-t-il expliqué.

Selon les chiffres du gouvernement, plus de 108 000 personnes déplacées se trouvaient toujours à Menik Farm à la fin décembre.

 

De plus, le PAFFREL et le CaFFE ont tous deux rapporté un intérêt limité des personnes déplacées et des personnes rentrées chez elle pour le scrutin, mais cela pourrait être attribué à l’absence de campagne électorale dans le Vanni. Le Vanni est presque entièrement habité par les Tamouls, et M. Hettiarchchi s’est inquiété du fait que le manque d’enthousiasme puisse conduire à des problèmes durant le processus électoral.

« Dans ces régions, il y a toujours beaucoup de tensions qui pourraient conduire à des fraudes », a-t-il averti. Le PAFFREL prévoit de déployer un grand nombre d’observateurs étrangers et locaux dans la région.

 

 

5- Aide au retour des déplacés

Soumis à une intense pression internationale et désireux de montrer une bonne image avant l’élection présidentielle, le gouvernement a donné début décembre son autorisation d’ouvrir les camps sordides où survivaient près de 127.000 réfugiés tamouls emprisonnés depuis la fin de la guerre civile. 

Près de 300.000 personnes fuyant la guerre dans le nord-est avaient été enfermées dans des camps dans les derniers mois d’affrontements. Ces réfugiés étaient retenus contre leur gré dans ces camps entourés de barbelés et gardés par des soldats.

 

Le gouvernement assurait qu’ils n’avaient pas été blanchis de tout lien avec les rebelles et que leur village devait être déminé avant leur retour.

Des groupes de défense des droits de l’homme avaient appelé à la libération de ces civils, jugeant qu’il s’agissait d’une forme de punition collective contre un groupe ethnique.

La moitié d’entre eux avaient été libérés grâce aux pressions de ces associations et de gouvernements étrangers.

 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) se félicite de la mise en œuvre de la procédure de retour.

Il fournit une aide pour l’hébergement, y compris la réparation des maisons endommagées et la distribution d’articles d’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit de son côté des réserves de nourriture pour un semestre.

La vie dans les camps de réfugiés était d’abord difficile, avec un surpeuplement et une propagation de maladies. Mais les conditions de vie se sont améliorées une fois que les agences humanitaires, dont le HCR, ont pu accéder aux camps.

 

L’agence pour les réfugiés espère que les efforts pour le déminage continuent au vu du taux élevé des retours et que les déplacés rentrent seulement dans des régions où les mines ont été préalablement éliminées. Le déminage est effectué par le gouvernement en collaboration avec le PNUD [Programme des Nations Unies pour le développement] et d’autres acteurs locaux ou internationaux du déminage.

 

De plus, le HCR juge que davantage d’efforts sont nécessaires pour améliorer les infrastructures ainsi que pour le développement d’une aide pour les moyens d’existence en faveur des rapatriés. Le HCR finance la procédure de retour via le versement d’une allocation en espèces d’un montant de 25.000 roupies (250 dollars) et la fourniture d’articles humanitaires non alimentaires pour toutes les familles rapatriées.

 

 

6- L’ONU offre son aide pour les enfants affectés par la guerre civile

En décembre, à l’issue d’une visite au Sri Lanka, l’Envoyé spécial pour les enfants et les conflits armés, Patrick Cammaert, a réitéré l’offre d’aide des Nations Unies aux autorités pour s’occuper des enfants affectés par la guerre civile.

M. Cammaert a indiqué que le ministre sri-lankais de la justice, Mohan Peiris, lui avait assuré que les enfants associés par le passé à des groupes armés étaient considérés comme des victimes et qu’ils ne seraient pas poursuivis.

 

M. Cammaert a salué la liberté de mouvement accrue pour les populations déplacées et notamment les programmes de protection de l’enfant menés par le Commissaire général à la réinsertion en collaboration avec l’ONU. Il a appelé les diverses parties prenantes à continuer à prêter une attention particulière aux besoins des enfants dans les camps et dans les endroits où ils se réinstallent, notamment un soutien psycho-social.

 

 

7- Exécutions sommaires : l’ONU met Colombo sur la sellette

Un haut responsable de l’ONU a affirmé début janvier l’authenticité d’une vidéo de 2009 montrant des exécutions sommaires de Tamouls par des militaires sri-lankais, et a exigé une enquête impartiale pour déterminer si elle constitue la preuve de crimes de guerre.

Trois experts indépendants ont conclu que la vidéo, diffusée en août dernier en Grande-Bretagne, était authentique, a affirmé Philip Alston, rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

 

M. Alston a appelé à l’ouverture “d’une enquête indépendante et impartiale pour déterminer si des crimes de guerre et d’autres violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme ont été commis au Sri Lanka”.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, approuve cette position. M. Ban a informé Colombo qu’il envisageait de “nommer une commission d’experts pour le conseiller et aider le gouvernement sri-lankais”.

 

La vidéo avait été diffusée le 25 août par la chaîne de télévision britannique Channel 4. Elle montre un homme en uniforme militaire tirant dans la nuque d’un homme nu, attaché et les yeux bandés, près d’un champ boueux dans lequel gisent plusieurs corps masculins. Un autre homme est abattu de la même manière vers la fin de la vidéo.

Le document aurait été envoyé à Channel 4 par un groupe s’intitulant Journalistes pour la démocratie au Sri Lanka. Il aurait été tourné vers la fin des opérations lors desquelles les forces gouvernementales ont écrasé les rebelles. L’armée et le gouvernement avaient alors été accusés de violence excessive pour en finir avec la rébellion, sans considération pour des milliers de civils pris entre deux feux.

 

M. Alston avait noté à l’époque le démenti catégorique par Colombo des allégations relatives à la vidéo, mais avait jugé nécessaire l’ouverture d’une enquête.

Colombo, a-t-il indiqué, avait chargé quatre experts sri-lankais, dont deux membres des forces armées, d’enquêter sur le film. Le gouvernement avait ensuite affirmé que leur rapport, jamais entièrement rendu public, concluait que la vidéo était “un faux”.

M. Alston avait alors mis publiquement en doute l’indépendance et l’impartialité de cette enquête et avait décidé de faire appel à trois experts indépendants.

 

 

8- Le gouvernement va enquêter sur de possibles crimes contre l’Humanité visant l’armée

Le gouvernement a indiqué fin octobre qu’il allait enquêter sur les allégations de crimes contre l’Humanité visant l’armée évoquées dans un rapport officiel américain.

Le ministre sri lankais des Affaires étrangères a toutefois estimé que les faits cités dans le rapport n’étaient “pas prouvés”.

Les événements rapportés mettent en cause à la fois la rébellion et le gouvernement.

 

Le document compile, sans conclure à leur véracité, des “allégations d’incidents (…) pouvant constituer des violations des lois humanitaires internationales ou des crimes contre l’Humanité”.

L’armée est accusée de ne pas avoir respecté, à deux reprises, des cessez-le-feu organisés pour permettre aux civils de quitter les zones de combat. Elle aurait également tué des prisonniers ou des militants tentant de se rendre.

 

L’armée et les paramilitaires qu’elle soutient sont également mis en cause dans des disparitions de civils, dont certains ont été tués, “particulièrement des enfants et de jeunes hommes”.

Enfin, le rapport évoque de nombreux cas de malnutrition et d’absence de soins dans les zones aménagées par l’armée pour servir de refuges aux civils durant les combats.

 

Le 23 octobre, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a répété qu’une mission similaire à la Mission d’établissement des faits du juge Goldstone sur le conflit à Gaza est nécessaire pour le Sri Lanka, étant donné les préoccupations concernant la manière dont la guerre a été menée.

Une enquête indépendante s’avère d’autant plus nécessaire que le gouvernement sri-lankais n’a jamais enquêté sérieusement sur les crimes de guerre, selon Amnesty International.

Mais il est fort probable qu’au sein de l’ONU les pays en développement s’opposent à une telle enquête.

 

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon avait déjà demandé le 6 juin l’ouverture d’une enquête internationale sur les agissements de l’armée sri-lankaise et des rebelles pendant la guerre civile.

Le Sri Lanka a rejeté l’idée d’une enquête internationale ou avec le soutien de l’ONU, déclarant que cette guerre civile relevait de ses affaires intérieures. Le ministre aux Droits de l’Homme a déclaré que des investigations auraient lieu dans le cadre des efforts de réconciliation avec la minorité tamoule.

 

Pendant la phase finale des combats, la communauté internationale appelait à la suspension des hostilités pour des raisons humanitaires, sans être entendue.

Les organisations de défense des droits de l’Homme et plusieurs responsables internationaux accusent le gouvernement d’avoir massivement bombardé la zone tamoule du nord de l’île, un territoire très densément peuplé, au cours des dernières semaines du conflit. Des dizaines de milliers de civils tamouls y étaient pris au piège.

 

 

9- Les Tigres sont également à l’origine de multiples violations des droits de l’Homme

Les Tigres, de leur côté, auraient recruté de force des civils, y compris des enfants, des deux sexes.

Ils avaient régulièrement recours à des enfants-soldats dans le conflit depuis 26 ans. Selon les Nations unies, 6.000 cas de recrutement d’enfants ont été recensés depuis 2003.

Ils auraient aussi utilisé des réfugiés comme boucliers humains. Dans les derniers jours du conflit, 72.000 civils étaient piégés dans la zone des combats.

 

Les rebelles étaient à la tête d’un vaste réseau international de trafic d’armes et de drogue -voire même d’humains-, dont les revenus étaient estimés par le Jane’s Intelligence Review à 300 millions de dollars annuels. La guérilla tamoule était approvisionnée en armes par de nombreux pays : bazars d’Erythrée, Afghanistan, Ukraine, jusqu’en Bulgarie et en Afrique du Sud.

Elle procédait aussi à des appels de fonds ou à des extorsions pures et simples auprès de Tamouls expatriés. Des organismes de défense des droits de l’homme ont fait état de centaines d’enlèvements, de disparitions et d’assassinat, imputés tantôt au gouvernement, tantôt aux rebelles, pendant la guerre civile.

 

Sources : Reuters, AFP, AP, ONU, IRIN

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