Vietnam : cyber-attaque contre des opposants à un projet minier controversé

HANOI (AFP) – Des cyber-attaques ont visé, au Vietnam, des opposants à de très controversés projets de mines de bauxite impliquant la Chine, selon le géant américain de l’internet Google, son compatriote McAfee n’excluant pas des attaques liées au gouvernement communiste de Hanoï.
Google a lancé l’alerte tard mardi sur son propre blog, indiquant que des logiciels malveillants avaient potentiellement infecté les ordinateurs de dizaines de milliers d’utilisateurs à travers le monde.

« Ces machines infectées ont été utilisées à la fois pour espionner leurs détenteurs et pour participer à attaques de « déni de service » (qui paralysent le trafic, NDLR) contre des blogs contenant des messages politiquement dissidents », a expliqué Neel Mehta, de l’équipe sécurité du groupe.
« Précisément, ces attaques ont essayé d’écraser l’opposition aux efforts de (développement) de mines de bauxite au Vietnam, un dossier important et émotionnellement chargé dans le pays », poursuit le responsable.

En janvier, Google s’était déjà dit exaspéré par des attaques visant son code source et la messagerie Gmail de militants chinois des droits de l’homme. En réponse, le groupe vient de décider d’arrêter de censurer son site en Chine.
Au Vietnam depuis plus d’un an, une vive controverse persiste sur de méga-projets de mines de bauxite impliquant technologies ou investissements chinois.
Les détracteurs du projet — intellectuels, scientifiques mais aussi militaires comme le général Vo Nguyen Giap, héros de Dien Bien Phu — craignent des dégâts sur l’environnement, la vie des populations locales et un risque de mainmise de Pékin sur une région stratégique : les hauts-plateaux du centre.

Le dossier est extrêmement compliqué à gérer pour Hanoï, toujours soucieuse de ménager son allié idéologique mais confrontée à une rare fronde de la population, qui garde très présent à l’esprit le millénaire d’occupation chinoise.
Un site internet vietnamien, en pointe dans la critique de l’affaire, a affirmé mercredi avoir été attaqué. Il suggère aux internautes des adresses alternatives en cas de problème d’accès.
« Nous avons notamment deux problèmes: pirates informatiques et pare-feu », a expliqué l’un de ses responsables, Nguyen Hue Chi. A partir des cafés-internet, la page web est impossible à ouvrir, a ajouté le professeur, lui-même récemment interrogé plusieurs jours par la police vietnamienne à propos du site.

Selon un responsable du spécialiste en sécurité sur internet McAfee, George Kurtz, les auteurs des cyber-attaques au Vietnam « pourraient avoir des motivations politiques et d’une certaine façon faire allégeance au gouvernement de la République socialiste du Vietnam ». Le groupe a partagé des résultats d’enquête avec Google dans cette affaire, a-t-il précisé.
Mercredi en début de soirée, le gouvernement vietnamien n’avait pas répondu à ces accusations.

L’organisation de défense des médias Reporters sans frontière classe parmi les « ennemis » de l’internet le Vietnam, où groupes de défense des libertés et diplomates dénoncent d’une façon générale une détérioration de la situation des droits de l’homme ces derniers temps.
Plusieurs sites un peu critiques semblent bloqués dans le pays. Les internautes accèdent au site de socialisation Facebook après recours à des astuces technologiques.
Face à l’étroit contrôle des médias traditionnels par le régime, le web est, au Vietnam comme en Chine, un lieu privilégié pour s’attaquer au gouvernement et à ses politiques.

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