Arménie : le coup d’État se profile

 

 

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Ces dernières années, l’Arménie n’a jamais connu de manifestations aussi massives. Des dizaines de milliers de personnes rejettent le parti au pouvoir.

A leur tête, Nikol Pashinyan. Agé de 42 ans, c’est un député et opposant de longue date.

Au bout de 11 jours de manifestations, déjà un succès : le Premier ministre, Serge Sarkissian, a démissionné.

 

Les manifestants l’accusaient de s’accrocher au pouvoir.

Petit rappel des faits :

Serge Sarkissian était Premier ministre en 2007-2008, puis élu président de la République en 2008, réélu en 2013. Il ne pouvait ensuite briguer de 3e mandat.

 

Mais en 2015, une réforme constitutionnelle est adoptée par référendum. Réforme qui donne désormais les réels pouvoirs au Premier ministre.

La fonction présidentielle sera en grande partie honorifique.

Et justement, Serge Sarkissian a été élu le 17 avril Premier ministre par le Parlement.

 

Donc en apparence, la démocratie fonctionne, les institutions jouent leur rôle.

Car les électeurs avaient voté pour le Parti républicain lors des législatives d’avril 2017.

Ces élections étaient-elles truquées ? Justement, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe les avait examinées et arrivait à la conclusion suivante :

 

Tout en soulignant que « des efforts ont été faits », des observateurs de l’OSCE ont constaté « des achats de vote et des actes d’intimidation des électeurs ».

L’organisation a souligné cependant des « efforts », constatant que « les libertés fondamentales étaient globalement respectées ».

 

Un an après ces législatives, le président de la République, Serge Sarkissian, arrivait au bout de son mandat. Et il fut élu Premier ministre par le Parlement, car son parti, le parti Républicain, y était majoritaire depuis les législatives.

Mais depuis cette élection du 17 avril, les manifestants se plaignent de l’accrochement au pouvoir de celui qui domine la vie politique depuis 10 ans.

 

Ils ne contestent pas tant les législatives d’avril 2017.

Ils sont surtout excédés par la pauvreté, qui touche un tiers de la population, et par la corruption, qui est omniprésente dans la vie quotidienne. Quasiment rien ne peut être entrepris dans verser des pots-de-vin.

 

Cependant, il faut réfléchir à ce qu’il se joue en profondeur.

L’Arménie est un partenaire de la Russie, mais beaucoup de jeunes regardent vers l’Occident.

Cette ancienne république soviétique accueille deux bases militaires russes.

D’autre part, les Etats-Unis ont d’importantes bases militaires chez leur allié turc, qui est un pays limitrophe de l’Arménie.

 

Mais la dérive islamiste et autoritaire de la Turquie inquiète de plus en plus la communauté internationale, en premier lieu les Etats-Unis.

De plus, les relations se détériorent entre USA et Turquie.

Dans ce contexte, les bases militaires américaines sont-elles en sécurité en Turquie ?

 

Les Etats-Unis auraient certainement intérêt à trouver dans la région un pays supplémentaire pour accueillir des bases militaires.

De là à penser que les Etats-Unis soutiennent un changement de gouvernement en Arménie…

En tout cas Nikol Pashinyan affiche sa préférence pour l’Occident.

 

La Russie ou l’Occident ? Les électeurs arméniens sont partagés.

D’un côté la petite république du Caucase a besoin de la protection russe, notamment car le conflit du Haut-Karabagh n’est toujours pas résolu avec son voisin l’Azerbaïdjan.

 

Nombre d’électeurs en sont conscients. Rappelons que des troupes russes patrouillent et protègent toutes les frontières de l’Arménie.

D’un autre côté, la population est excédée par les conditions de vie. Les richesses du pays sont toujours détenues par une poignée d’oligarques.

 

Ce pays de 3 millions d’habitants est aidé par son importante diaspora, constituée de 8 millions de personnes.

Il est aussi soutenu financièrement par des grandes institutions internationales, telles la Banque mondiale et le FMI.

 

Dans ce cadre, l’Arménie doit mettre en œuvre les réformes préconisées par le FMI, notamment augmenter les exportations et ouvrir le pays à la concurrence.

Mais les secteurs économiques qui doivent être libéralisés sont encore dominés par une poignée de riches entrepreneurs. Lesquels ne souhaitent pas partager les richesses.

Les réformes ont pour objectif de faire baisser la pauvreté, mais elles ne produisent pas encore de résultats satisfaisants pour la population.

 

Face à la crise politique actuelle, le Premier ministre arménien par intérim a émis l’idée d’élections législatives anticipées.

Mais Nikol Pashinyan a déclaré que la tenue d’élections alors qu’un fidèle de Serge Sarkissian continue d’être premier ministre par intérim, est inacceptable.

Pourtant, on peut se douter qu’à nouveau l’OSCE surveillera les élections, ce qui limite tout de même le risque de fraudes.

 

En fait Nikol Pashinyan rejette la démocratie réelle. Il exige que tout le gouvernement démissionne, puis la nomination d’un candidat du peuple au poste de premier ministre, donc lui en fait.

Puis la formation d’un gouvernement intérimaire, et enfin des élections.

Dans une vraie démocratie, il y a d’abord des élections, et ensuite la formation d’un gouvernement.

 

Nikol Pashinyan a en réalité très peur que sa formation politique ne soit pas choisie lors d’élections législatives. Même s’il essaie en ce moment de constituer des alliances.

Il dit que les manifestants représentent le peuple, mais ce n’est pas forcément vrai.

Rappelons que l’Arménie a une population vieillissante, et à ce titre, un grand nombre de personnes choisiront la continuité à l’instabilité.

 

D’autant que le caractère très nerveux de Nikol Pashinyan, toujours vêtu d’un treillis militaire, effraie plus d’un électeur.

Et comment réagira la Russie si l’Arménie lui tourne résolument le dos ?

 

Nikol Pashinyan est déterminé à obtenir le pouvoir, par tous les moyens.

Que va-t-il se passer désormais ?

Notons que des centaines de militaires en uniforme ont été vus à une manifestation lundi, dans la capitale.

Se dirige-t-on vers un coup d’État militaire, avec Nikol Pashinyan à sa tête ?

De nouveaux rassemblements sont annoncés pour aujourd’hui.

 

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