Art et islam : l’Europe au coeur d’un choc culturel ?

AP – Michael Weissenstein
Des caricatures de Mahomet dans un quotidien danois en 2005 à celle, en 2007, du dessinateur suédois Lars Vilks, depuis menacé de mort, plusieurs artistes européens ont ces dernières années tourné en dérision l’islam, invoquant la liberté d’expression. Ces oeuvres n’en sont pas moins vécues par une partie des musulmans d’Europe comme une provocation, entretenue par les récents débats en Suisse ou en France sur la place de l’islam.

En France, la commission parlementaire chargée d’une réflexion sur la burqa a récemment préconisé le vote d’une disposition législative interdisant le voile intégral dans les services publics, sans étendre cette préconisation à tout l’espace public. En décembre, une grande majorité d’électeurs suisses a voté en faveur d’une initiative populaire interdisant la construction de nouveaux minarets. Cette décision a entraîné des manifestations, qui sont restées pacifiques.
Les œuvres d’artistes néerlandais et nordiques ont, elles, donné lieu à des réactions plus extrêmes, dans des pays ayant une longue tradition d’homogénéité sociale et de provocation artistique, mais une moindre expérience de l’immigration.

Au nom de la liberté d’expression, l’artiste suédois Lars Vilks a représenté en 2007 le prophète Mohammed avec un corps de chien, devenant la cible d’un projet d’assassinat par un groupe extrémiste auquel appartenait notamment Colleen LaRose alias « Djihad Jane », une Américaine de 46 ans convertie à l’islam. « Rien n’est assez sacré pour ne pouvoir être offensé », a déclaré M. Vilks à l’Associated Press pour justifier sa démarche, assurant que son but n’était pas d’insulter les musulmans.

Pour Jan Hjarpe, professeur émérite d’études islamiques à l’université de Lund (sud de la Suède), ces actes pouvant être pris pour des provocations permettent seulement aux extrémistes islamistes d’accroître leur popularité dans le monde musulman. « Ça n’a quasiment aucun effet sur la communauté musulmane en Suède, qui trouve que cela est dépourvu d’intérêt », explique-t-il.
C’est également au nom de la liberté d’expression et pour défier une certaine auto-censure que le journal danois « Jyllands-Posten » avait publié en 2005 douze caricatures du prophète, dont l’une le représentant avec un turban en forme de bombe.

Toute représentation du prophète étant interdite par l’islam par défiance envers l’idolâtrie, cette publication avait donné lieu à des manifestations et des attaques contre les ambassades occidentales dans plusieurs pays musulmans. Nombre des 200.000 musulmans danois (4% de la population totale) y avaient vu un affront et un symbole de l’animosité croissante contre les immigrés au Danemark.
L’auteur de cette caricature, l’artiste Kurt Westergaard, a fait l’objet d’une tentative d’assassinat à son domicile en janvier dernier, par un réfugié politique somalien soupçonné d’entretenir des liens avec Al-Qaïda.

Le populiste néerlandais Geert Wilders a lui aussi justifié la production de son film « Fitna », dans lequel sont juxtaposés des versets du Coran et des images du 11 septembre, par la défense des valeurs européennes. Etiqueté néo-fasciste, M. Wilders est en passe de traduire ses provocations artistiques en succès politique et de confirmer la montée du sentiment anti-musulman au Danemark.
Après avoir remporté la mairie d’Almere, son Parti de la liberté est arrivé second aux municipales de La Haye ce mois-ci. Ce qui laisse présager une possible percée aux prochaines législatives de juin qui pourrait le placer en position stratégique de faiseur de roi sur la scène nationale.

Ce pays de 16 millions d’habitants, composé à 5% de musulmans, connaît une certaine escalade dans les tensions intercommunautaires depuis le succès du populiste Pim Fortuyn en 2002 et l’assassinat en pleine rue d’Amsterdam en 2004 du réalisateur Theo Van Gogh par Mohammed Bouyeri, un musulman néerlandais d’origine marocaine, soupçonné d’appartenir à un réseau terroriste, et qui lui reprochait son film « Soumission », une étude fictionnelle sur les femmes musulmanes maltraitées.
L’écrivain britannique Salman Rushdie avait, lui, survécu à la fatwa lancée à son encontre par l’Iran en 1989, suite à la parution de son livre « Les Versets sataniques ».

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