Corruption : l’UE sanctionne la Bulgarie et critique la Roumanie

La Bulgarie sanctionnée
La Commission européenne a suspendu mercredi le versement de centaines de millions d’euros d’aide à la Bulgarie pour sanctionner l’absence dans le pays de progrès contre la corruption et a lancé une mise en garde à la Roumanie.
Johannes Laitenberger, porte-parole de l’exécutif européen, a refusé de chiffrer le montant des fonds affectés. Ils dépassent les 500 millions d’euros, indiquent des responsables de la Commission.

Dans un rapport sur la gestion des fonds communautaires par la Bulgarie, membre le plus pauvre de l’Union européenne, et un autre sur ses efforts en matière de réforme judiciaire, la Commission estime que la lutte contre la corruption et le crime organisé “ne produit pas de résultats”. Elle s’estime dans le devoir de protéger l’argent des contribuables européens.
Bruxelles émet là ses critiques les plus dures jamais formulées envers un membre de l’UE. Elle a décidé de suspendre le versement à Sofia des fonds dits de préadhésion et retiré leur accréditation à deux agences gouvernementales chargées de les gérer.

Selon des analystes, l’exécutif européen entend à la fois envoyer un message de fermeté aux autres pays des Balkans candidats à l’adhésion et rassurer les électeurs déçus par l’élargissement du bloc à 27 membres.
La Commission a toutefois adouci la tonalité de son message à la dernière minute en renonçant à menacer Sofia de retarder son entrée dans la zone euro et l’espace Schengen.

Réagissant à la décision de Bruxelles, le Premier ministre bulgare, Sergueï Stanichev, a annoncé la prise de mesures d’urgences. “Nous travaillons sur un plan d’action qui devrait être prêt d’ici à la fin de la semaine”. “Il y a un décalage entre la volonté politique, qui est réelle, et l’obtention de résultats concrets”, a ajouté le chef du gouvernement, contre lequel l’opposition parlementaire a demandé un vote de censure après la suspension des versements européens.

“La Commission a envoyé un signal fort aujourd’hui” montrant “que les fonds européens doivent être gérés correctement”, a commenté son président José Manuel Barroso.
En revanche, elle n’a pour l’instant pas touché aux milliards d’euros des fonds structurels, des aides économiques destinées aux Etats membres, qui commencent à peine à être octroyés à la Bulgarie. Elle se réserve malgré tout le droit d’examiner la gestion de cet argent à l’avenir.
Dans une version provisoire du rapport, Bruxelles avait évoqué la possibilité d’une “suspension” de ces fonds structurels, mais cette menace a disparu du texte adopté mercredi, qui est de manière générale beaucoup moins dur que ce que Sofia avait pu craindre.

La Bulgarie est sous surveillance stricte de la Commission depuis son entrée dans l’UE le 1er janvier 2007 en raison de déficiences dans plusieurs domaines : gestion des fonds européens, système judiciaire, sécurité alimentaire et sécurité aérienne. Mais Bruxelles a proposé mardi aux Etats membres de lever les restrictions aériennes.
La Bulgarie, avec 7,8 millions d’habitants, est le plus pauvre des pays membres de l’Union européenne.
La corruption engloutit presque autant d’argent par an que les fonds attendus de l’UE. Elle a lancé une campagne contre le détournement de fonds communautaires.

Dernier exemples de corruption, mi-avril, le ministre bulgare de l’Intérieur, Roumen Petkov, dont l’administration était secouée par un scandale de corruption et qui a reconnu avoir eu des contacts avec des figures du crime organisé, avait dû annoncer sa démission.
Et en juillet 2007 le Premier ministre socialiste Serguei Stanichev avait été obligé de se séparer de son ministre le plus influent, Roumen Ovtcharov, détenteur du portefeuille de l’Economie et de l’Energie et figure-clé du Parti socialiste, à la suite d’une affaire de détournements de fonds publics, abus de pouvoir et tentatives d’influencer la justice.

Le 21 février, quelque 10.000 partisans de l’opposition bulgare avaient défilé dans les rues de Sofia pour exiger du gouvernement des actions contre la corruption.
Même s’il a officiellement déclaré la guerre à la corruption et la criminalité, le gouvernement bulgare n’avait alors inculpé aucun haut responsable de corruption et seul un “parrain” du crime organisé avait été envoyé en prison.
L’opinion publique se dit fatiguée de la corruption et du faible niveau de vie dans le pays, dont un million d’habitants ont émigré au cours des 17 dernières années.

En Bulgarie, 70% des personnes interrogées estiment que la lutte contre la corruption est inefficace, tandis que 80% qualifient d'”extrêmement corrompus” les partis et le système judiciaire.
Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, des administrations, de la police ou encore de la justice, aucun secteur n’est à l’abri de ce phénomène.

La Roumanie critiquée
La Roumanie, qui a rejoint le bloc européen en même temps, était aussi sous le microscope de Bruxelles mercredi, mais a fait l’objet de critiques moins sévères.
“La Roumanie présente un bilan mitigé”, résume ainsi le rapport, notant que malgré les réforme, le système judiciaire repose “sur des bases fragiles”.

Bruxelles ne lui inflige pas de sanctions.
L’exécutif européen souligne que la Roumanie doit particulièrement accentuer ses efforts pour combattre la corruption au sein du parlement et des tribunaux.
L’UE s’inquiète notamment de la propension des magistrats roumains à faire traîner ou renvoyer les procédures visant les hommes politiques, des délais observés pour la tenue des procès et de condamnations faibles ou non dissuasives.
Le Premier ministre roumain, Calin Tariceanu, a promis que les mises en garde européennes inciteraient son gouvernement à faire mieux.

Selon Transparency International, si 20% des Roumains déclaraient en 2006 avoir versé des pots-de-vin pour avoir accès à des services officiellement gratuits, ils sont aujourd’hui plus de 30% à le reconnaître. Un pourcentage faisant de la Roumanie le pays le plus corrompu de l’UE.

Parmi les exemples notoires de corruption en 2007, le ministre roumain de l’Agriculture, Decebal Traian Remes, avait été contraint à la démission après la diffusion d’une vidéo le montrant en train de recevoir une enveloppe et des caisses remplies de saucisses de la part d’un entrepreneur local qui voulait s’assurer de son soutien pour remporter un appel d’offres.
Son collègue à la Justice, Tudor Chiuariu, a lui aussi démissionné début décembre, après avoir été visé par une enquête pour “abus de service contre l’intérêt public” dans une transaction immobilière.

2007 a également révélé l’ampleur de la corruption au sein même de ceux censés la combattre, avec l’inculpation de 6 magistrats roumains, accusés d’avoir acheté et vendu pour 15.000 euros les sujets d’un examen pour la direction du Parquet de Bucarest.

Sources : Reuters, AFP, AP

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