Italie : l’Union européenne est plus importante que la démocratie

 

AUDIO – 29 mai 2018

 

ARTICLE – 29 mai 2018

Aux législatives de mars, les Italiens avaient majoritairement voté pour le Mouvement 5 Etoiles et pour la Ligue.
Le Mouvement 5 Etoiles est un parti populiste anti-système et la Ligue un parti d’extrême-droite qui veut contrôler les frontières.

Les Italiens avaient ainsi exprimé leur ras-le-bol des élites corrompues, de l’immigration massive et de l’Union européenne.
Nombre d’Italiens ont le sentiment que l’Europe est indifférente quant aux centaines de milliers de réfugiés africains arrivant en Italie. Les conditions d’accueil de ces personnes sont extrêmement difficiles pour la population locale.

Les deux partis populistes ayant remporté les législatives en mars, ils tentaient depuis des mois de constituer un gouvernement.
Les choix de leurs ministres ayant été enfin fixés, ils présentèrent leur gouvernement, comme prévu, au président de la République, Sergio Mattarella.

Mais coup de théâtre : Sergio Mattarella opposa son veto sur la personne proposée comme ministre des Finances, qui est hostile à l’Union européenne et à l’euro.
Pour les marchés financiers et pour l’UE, il est hors de question que l’Italie, l’un des principaux pays fondateurs de l’UE, en sorte.

Face au rejet du ministre de l’Economie par le président de la République, le gouvernement formé par le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue jeta donc l’éponge.
Sergio Mattarella nomma ensuite hier la personne de son choix comme chef du gouvernement : Carlo Cottarelli, qui incarne l’austérité budgétaire et est surnommé Monsieur Ciseaux pour l’efficacité de ses coupes budgétaires.
Suite à cette annonce, les marchés financiers ont été brièvement rassurés.

Les deux partis eurosceptiques ont vilipendé le président de la République, qu’ils accusent de trahison contre la démocratie.
On attend maintenant que Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI forme son gouvernement et le présente à son tour au président de la République.

S’il a le soutien total de ce dernier, il est très peu probable qu’il obtienne la confiance du Parlement, qui est majoritairement composé de députés des deux mouvements populistes eurosceptiques.

Si effectivement il n’obtient pas la confiance des députés, il gérera les affaires courantes et devra préparer de nouvelles élections législatives pour l’automne prochain ou début 2019.
Quelles perspectives pour ces nouvelles élections dans la troisième économie de la zone euro ?

Pour l’instant, les sondages évoquent des intentions de vote stables pour le Mouvement 5 Etoiles, qui avait obtenu plus de 32% des voix en mars, et en nette hausse pour la Ligue, qui tourne désormais autour de 22 % après avoir obtenu 17% en mars au sein de la coalition de droite.

D’ici les prochaines législatives, les deux partis populistes aimeraient revoir la loi électorale. Ils en ont le pouvoir car leurs députés sont majoritaires au Parlement.
En effet, la loi électorale actuelle est davantage proportionnelle que majoritaire. Donc elle ne garantit pas la constitution d’une majorité stable.

Afin de sortir l’Italie de la crise politique, il faudrait une loi électorale qui réduise considérablement l’importance de la proportionnelle.
Cela afin de donner le pouvoir au parti qui aurait le plus de voix.
Si la loi électorale n’est pas modifiée, il est possible que les deux partis populistes concluent une alliance pour gouverner ensemble.

En attendant, le chef de file du Mouvement 5 Etoiles a appelé à un grand rassemblement à Rome samedi prochain, jour de fête nationale et de parade militaire dans la capitale.
Les chefs d’État européens appellent de leur côté l’Italie à mettre en place un gouvernement “stable et pro-européen”.

Une sortie de l’euro serait en effet catastrophique.
Les fragiles finances publiques italiennes en pâtiraient.
Et l’Union européenne serait sérieusement ébranlée.
Pour le moment, le nouveau et éphémère chef du gouvernement, Carlo Cottarelli, est une personnalité à même de rassurer les marchés financiers et les partenaires européens de l’Italie.

Mardi, le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis a lancé une mise en garde.
“La Commission européenne ne se mêle pas par principe de la politique nationale. Mais pour nous, il est important que le nouveau gouvernement italien maintienne le cap et mène une politique budgétaire responsable”.

“L’Italie a l’endettement public le plus élevé de la zone euro après la Grèce”, a-t-il rappelé.
“Nous ne pouvons que conseiller de maintenir le cap en matière de politique économique et financière, de promouvoir la croissance via des réformes et de maintenir le déficit budgétaire sous contrôle”, a dit le vice-président de la Commission.

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