La Belgique plus que jamais menacée d’éclater

La Belgique existe depuis 177 ans.
Le 18 novembre, une grande marche pour l’unité de la Belgique avait réuni environ 35.000 francophones et néerlandophones à Bruxelles.

1- Leterme reste, flanqué de 3 sages pour la réforme de l’Etat
Faute d’alternative, le roi des Belges a maintenu le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme, mais a chargé 3 “sages” de préparer rapidement la réforme de l’Etat exigée par les Flamands pour continuer à cohabiter avec les francophones au sein du même pays.
Leterme s’était donné jusqu’au 15 juillet pour parvenir à un accord entre partis néerlandophones et francophones sur une réforme des institutions. Les négociations sur la réforme institutionnelle avaient commencé le 2 juin dans une atmosphère de profonde méfiance réciproque.

Albert II a annoncé tard jeudi soir qu’il refusait la démission de M. Leterme et que le gouvernement de coalition, formé en mars après moultes difficultés, était donc reconduit dans ses fonctions.
Le chrétien-démocrate flamand sera cependant largement déchargé du dossier sur lequel il patine depuis le début, le casse-tête de la réforme de l’Etat censée renforcer l’autonomie des régions, que la première d’entre elles, la Flandre, réclame à cor et à cri.

Trois “sages” sont chargés spécialement de cette mission. Parmi eux, deux personnalités politiques francophones d’expérience, assez âgées pour avoir connu une Belgique unitaire avant la série de réformes qui ont abouti en 1993 à une Belgique fédérale : le Bruxellois François-Xavier de Donnea, 67 ans, et le Wallon Raymond Langendries, 64 ans.
Le 3e homme est ministre-président de la petite Communauté germanophone belge Karl-Heinz Lambertz, réputé bon constitutionnaliste. Façon aussi de dire que les communautés linguistiques, plutôt que les institutions fédérales, joueront un rôle prépondérant dans la négociation de cette réforme de l’Etat, qui pourrait mener la Belgique vers une forme de confédéralisme.

Aucun Flamand en revanche dans ce collège de “médiateurs”. Le roi répond ainsi “aux Flamands qui estimaient que c’était maintenant aux francophones de se bouger”, a indiqué à l’AFP le politologue Pierre Vercauteren.
Le roi demande néanmoins à M. Leterme de “promouvoir au maximum les chances de ce dialogue”, ce qui veut dire qu’un Flamand “garde tout de même un œil sur tout ça”, selon cet analyste.
Pour satisfaire l’impatience des Flamands, les “sages” vont devoir travailler vite et remettre un premier rapport le 31 juillet.

Cette échéance laisse aussi l’espoir aux hommes politiques belges, éprouvés par la crise qui perdure depuis les législatives de juin 2007, de prendre enfin quelques vacances en août, estime M. Vercauteren. La solution trouvée par le roi intervient juste avant les vacances parlementaires qui débutent avec la fête nationale le 21 juillet.
Mais aucun commentateur belge ne semblait croire à une solution miracle dans les 15 jours, tablant plutôt sur “un rapport intermédiaire” fin juillet.

Une perspective qui pourrait faire ruer dans les brancards la formation nationaliste flamande NVA, qui forme un cartel électoral avec le parti CDV de M. Leterme.
Au-delà des dissensions entre francophones et néerlandophones, la crise belge tient aussi aux tensions au sein de ce cartel, premier parti côté flamand.
Il a fait de l’obtention d’une vaste réforme de l’Etat son leitmotiv, et ne veut pas revenir devant ses électeurs lors des régionales de juin 2009 les mains vides.

2- Vers une confédération
La méfiance est flagrante dans les relations entre néerlandophones et francophones. Les premiers, les plus nombreux avec 60% des 10 millions d’habitants du pays, veulent à tout prix obtenir plus d’autonomie pour leur riche région, la Flandre (nord). Les seconds les accusent de vouloir faire de l’Etat fédéral une coquille vide pour mieux faire éclater la Belgique dans un deuxième temps.

A la Flandre qui demande plus d’autonomie, la Wallonie et Bruxelles, officiellement bilingue mais à 85% francophone, opposent une fin de non recevoir. Pour ces deux régions, les demandes flamandes vont détruire la solidarité à l’échelon national.
La Flandre souhaite notamment pouvoir gérer la politique de l’emploi, des pans de la sécurité sociale et une grande partie de la fiscalité.
Après la longue crise de 2007, les francophones avaient accepté de discuter d’une réforme de l’Etat, pour éviter l’éclatement du pays. Mais ils refusent que l’on touche à la “solidarité nationale”, par exemple en scindant la “sécu” en deux branches, flamande et francophone.

Désormais, de nombreux analystes s’accordent à pronostiquer pour la Belgique, dont les institutions fédérales datent de 1993, un avenir confédéral.
La Flandre, où les partisans d’une sécession restent encore minoritaires même s’ils ont le vent en poupe, rêve désormais d’une Belgique confédérale.
Le parti chrétien-démocrate flamand, le CDV, craint, s’il recule sur cette exigence, de se brouiller avec ses alliés nationalistes de la NVA et d’essuyer un sérieux revers aux élections régionales prévues en juin 2009.
Côté francophone, la perspective confédérale ne fait plus aussi peur.


3- La division linguistique au cœur de la crise belge
Les Flamands tentent par divers moyens d’éliminer l’usage du français en Flandre : exclusion des enfants non-néerlandophones de centres aérés, commerçants priés de n’afficher leurs prix qu’en néerlandais, terrains à bâtir réservés aux seuls néerlandophones dans certaines communes, refus de nommer des bourgmestres francophones élus en Flandre sous le prétexte qu’ils ont envoyé les convocations électorales en français… la liste est longue et vaut à la Flandre les critiques de plusieurs instances internationales pour discrimination.

Les Flamands ont ainsi été choqués d’apprendre en février que le comité des Nations unies pour la discrimination raciale s’inquiétait dans un rapport du code flamand du logement, qui peut selon l’Onu s’assimiler “à une discrimination indirecte exercée en raison de l’origine nationale ou ethnique”. Ce rapport a en revanche été accueilli comme une victoire dans le Sud du pays, ce qui a alimenté les tensions.

La querelle linguistique plonge ses racines dans l’économie. La riche Flandre apprécie peu de subventionner par ses impôts une Wallonie moins prospère qui affiche un taux de chômage (15%) trois fois plus élevé.
Les néerlandophones voient également comme une menace pour leur héritage culturel l’arrivée en nombre de francophones dans les villes flamandes de la région de Bruxelles. Les francophones estiment pour leur part qu’on ne doit pas aller plus loin dans la décentralisation des pouvoirs et accusent les Flamands de vouloir la partition du pays.

Le nœud de toutes les tensions linguistiques concerne d’ailleurs l’arrondissement bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde, dit “BHV”. Alors que la Flandre exige la scission de “BHV” depuis des années, les francophones veulent à tout prix son maintien, car il permet à quelque 120.000 francophones vivant dans la banlieue flamande de la capitale de voter pour des candidats francophones de Bruxelles et d’aller en justice en français. En échange d’une scission de BHV, les francophones veulent élargir les limites de Bruxelles, ville francophone à près de 90%, pour englober certaines communes flamandes à forte population francophone. Ce qui, pour la Flandre, est inacceptable.


4- Retour sur la crise depuis juin 2007
Le cabinet de M. Leterme a succédé en mars 2008 au gouvernement intérimaire du libéral flamand Guy Verhofstadt après 9 mois de crise politique marqués par le spectre d’une partition du royaume.
Les chrétiens-démocrates flamands (CD&V) emmenés par M. Leterme avaient été les grands gagnants des législatives de juin 2007, mais ils ont dû compter avec les Libéraux et démocrates (VLD), le Centre démocrate humaniste (CDH), le Parti socialiste (PS) et le Mouvement Réformateur (MR), trois formations francophones, pour faire fonctionner la coalition.

Depuis cette victoire aux législatives, le royaume vivait sans véritable gouvernement.
Le chrétien-démocrate flamand, vainqueur du scrutin, avait échoué par deux fois à former une coalition avec les chrétiens-démocrates et les libéraux flamands et francophones, en raison des désaccords sur les réformes institutionnelles réclamées par les Flamands, qui demandent plus d’autonomie pour leur région.
En décembre 2007, Guy Verhofstadt, le Premier ministre sortant, avait été reconduit provisoirement pour régler quelques problèmes économiques et budgétaires urgents et préparer le terrain à de nouvelles négociations sur les institutions.

Durant ses 8 années au pouvoir, Guy Verhofstadt avait réussi à mettre “au frigo” les questions “communautaires” qui opposent la majorité flamande aux francophones. En tempérant de la sorte les revendications de la Flandre, le Premier ministre avait perdu les élections de juin 2007 face à des partis comme le CDV d’Yves Leterme, qui ont au contraire bâti leur victoire en réclamant une plus grande autonomie pour la Flandre.

Sources : AFP, AP, Reuters

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