Portugal : la grogne monte dans la presse contre la “censure” de Socrates

LISBONNE (AFP) – Les relations notoirement tendues entre le Premier ministre socialiste José Socrates et la presse au Portugal se sont encore dégradées cette semaine avec la multiplication de révélations sur des tentatives du pouvoir de museler les médias jugés hostiles.

Déjà mis à mal à l’automne dernier par le scandale qu’avait provoqué, en pleine campagne électorale, la suppression du journal télévisé de la TVI dont il avait publiquement critiqué la présentatrice, José Socrates est désormais accusé d’avoir fomenté “un plan pour contrôler les médias”.

L’accusation, lancée le 5 février par l’hebdomadaire Sol et reprise depuis par plusieurs médias, s’appuie sur des rapports d’écoutes téléphoniques, enregistrées dans le cadre d’une enquête pour corruption mais classées sans suite par la justice fin novembre.

La publication, par Sol puis par le quotidien Correio da Manha, d’extraits d’écoutes et de comptes-rendus judiciaires dénonçant de “forts indices de l’existence d’un plan impliquant directement le gouvernement” a été qualifiée d'”infâmie” par José Socrates qui a mis en cause un “journalisme de trou de serrure”.

L’affaire a toutefois été jugée suffisamment grave pour que le parlement s’en saisisse et convoque la semaine prochaine, dans le cadre de sa Commission d’éthique, une série d’auditions consacrées à la liberté de la presse.

De son côté, le syndicat des journalistes a appelé jeudi “à combattre la censure”, rappelant avoir dénoncé depuis un an plusieurs “tentatives de conditionnement des journalistes”. Le dernier d’entre eux, Mario Crespo, présentateur de la télévision privée SIC, a accusé au début du mois José Socrates de l’avoir présenté comme “un problème à régler” lors d’un déjeûner avec des membres de son gouvernement.

Selon Sol, qui publie vendredi de nouvelles révélations, le “plan” du gouvernement consistait à prendre le contrôle, via l’entreprise Portugal Telecom, de la télévision TVI, très critique du Premier ministre, et d’acquérir un des principaux groupes de presse du pays.

Le projet de rachat de TVI par Portugal Telecom, rendu public en juin 2009, avait suscité un tollé dans l’opposition avant d’être finalement abandonné, sur ordre du gouvernement “pour éviter le moindre soupçon”, avait alors expliqué M. Socrates.

Jeudi, toute la journée, un véritable jeu de cache-cache avait mis aux prises la direction de l’hebdomadaire Sol et un huissier de justice, chargé de faire appliquer un référé judiciaire interdisant la publication de nouvelles écoutes à la demande d’un administrateur de Portugal Telecom, par ailleurs conseiller municipal socialiste de Lisbonne.

En vain. Sous le titre “La Pieuvre” barrant le profil de José Socrates, Sol a assuré vendredi qu’il continuerait à “exercer la mission la plus noble du journalisme: mettre en lumière ce que le pouvoir prétend camoufler”, annonçant à la mi-journée le tirage d’une deuxième édition.

L’hebdomadaire a reçu le soutien unanime de la presse portugaise qui a dénoncé une “tentative de censure préalable”, “une première en trente ans”, selon le quotidien Publico.

Pour Joao Marcelino, directeur du Diario de Noticias, pourtant réputé proche des cercles du pouvoir, cette affaire “exige la rapide mise en place d’une commission d’enquête parlementaire”.

Selon le journal, “l’après-Socrates est déjà un thème de discussion au Parti socialiste”, qui a perdu sa majorité aux dernières législatives. “Plusieurs dirigeants se demandent si Socrates est encore la solution ou s’il est déjà devenu un problème”, affirme Diario de Noticias.

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