Géorgie : Saakachvili vilipendé suite à l’affaire du faux reportage

TBILISSI (AFP) – Le scandale autour de la récente diffusion en Géorgie d’un reportage télévisé annonçant à tort une invasion russe porte sérieusement atteinte à la crédibilité du président Mikheïl Saakachvili en Occident, ont estimé mardi des analystes et des diplomates.
L’émission, programmée par une chaîne, Imedi, jugée proche du président, est une tentative maladroite –et contreproductive– de discréditer l’opposition du pays, estiment les experts.

L’initiative a soulevé une volée de bois vert, tant de la part des Etats-Unis, principal allié de la Géorgie, que de celle des représentations diplomatiques européennes.
L’incident s’est produit alors que la Géorgie était déjà sous pression croissante de la communauté internationale pour atteintes à la liberté de la presse: certains estiment qu’elles se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir de M. Saakachvili en 2003.
« Cela soulève des préoccupations sérieuses sur le contrôle des médias », a déclaré à l’AFP un diplomate occidental à Tbilissi, sous couvert de l’anonymat.

« Il est impossible de penser que cette émission est passée sans l’aval des autorités », souligne-t-il.
Imedi avait diffusé samedi soir des images de la guerre éclair d’août 2008 entre la Géorgie et la Russie et affirmé que des chars russes faisaient route sur Tbilissi, que le président Saakachvili avait été tué et que des leaders de l’opposition appelaient à soutenir l’intervention de Moscou.
Un bref avertissement avant la diffusion indiquait qu’il s’agissait d’une « simulation », mais le reportage lui-même ne contenait aucune mention et a provoqué des scènes de panique dans le pays.

« Ce reportage a rendu évident, aux yeux de l’Occident, que le gouvernement géorgien interfère dans les médias. C’est une nouvelle preuve de l’immaturité de la démocratie géorgienne », souligne l’analyste politique indépendant Chalva Lazarichvili.
M. Saakachvili, jadis cité en exemple à l’Ouest pour son programme libéral, a vu son étoile décliner après la guerre avec la Russie, que beaucoup l’ont accusé d’avoir mal gérée. Ses détracteurs l’accusent aussi de se montrer de plus en plus autoritaire.

Les pays partenaires de la Géorgie sont frustrés de constater que Tbilissi semble régresser, en dépit des efforts consentis par l’Occident pour soutenir la démocratie, a souligné le diplomate occidental.
« La communauté internationale a investi beaucoup d’argent pour améliorer le professionnalisme des journalistes géorgiens, et au lieu de voir les choses s’améliorer, on a ça », déplore-t-il.
Imedi a présenté ses excuses suite à la polémique créée par le reportage, tandis que le président, qui avait semblé dans un premier temps prendre sa défense, a jugé lundi qu’il était « dépourvu de sens et même nuisible ».

Les autorités ont nié avoir été informées à l’avance de sa diffusion, mais leurs détracteurs relèvent que le directeur de la chaîne, Guiorgui Arveladzé, est un proche du chef de l’Etat.
La Mission de surveillance de l’Union européenne (EUMM), déployée après le conflit russo-géorgien, a jugé mardi le comportement de la chaîne « irresponsable et à même de sérieusement déstabiliser la situation à proximité des zones frontalières ».

L’ambassadeur britannique Denis Keefe a jugé qu’il « portait tort à la réputation de la Géorgie en matière de médias responsables et indépendants ».
Son homologue français, Eric Fournier, a lui aussi qualifié l’émission de « complètement irresponsable » et fustigé « l’amalgame fait par ce montage grossier entre l’activité de certains partis d’opposition et les +menaces sur la sécurité du pays+ ».

Lire aussi « Géorgie : la Russie veut rester dans les provinces séparatistes »

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