Un rapport de l’UE appelle à la prudence sur les biocarburants

Reuters – Charlie Dunmore et Pete Harrison
Le soutien apporté par l’Union Européenne à la production de biocarburants devrait doper les revenus de l’agriculture en Europe et les cours des matières premières, mais pourrait également provoquer une pénurie alimentaire dont souffriraient les consommateurs des pays les plus pauvres, démontre une série de rapports commandés par l’UE.
L’UE souhaite que d’ici 2020, 10% du carburant utilisé dans les transports proviennent d’énergies renouvelables comme les biocarburants.

Pour les agriculteurs européens, durement frappés par la crise, ce marché de 5 milliards d’euros par an est une manne convoitée.
Selon des études à la disposition des dirigeants de l’UE, de telles politiques d’incitation à la production de biocarburants pourraient permettre à l’agriculture européenne d’engranger 3,5% de revenus de plus en 2020.
Mais ces mêmes études soulèvent également les conséquences inattendues de telles pratiques.

« Une demande en forte croissance de produits agricoles non-alimentaires va indéniablement stimuler les prix agricoles et donc les revenus des agriculteurs », explique un rapport.
« Mais cette tendance pourrait avoir un coût humain très lourd qui sera payé par les plus pauvres des consommateurs qui seront confrontés à une augmentation des prix de l’alimentation et une pénurie de denrées ».

En 2008, la hausse des prix de l’alimentation a été à l’origine d’émeutes de la faim dans certains pays en développement. Les biocarburants ont alors été pointés du doigt, la production d’éthanol étant par exemple accusée de se substituer à la production de maïs américain.
« Les politiques européennes concernant les biocarburants peuvent avoir un impact considérable sur les marchés de matières premières agricoles » souligne le rapport.

Selon ces études, dont il ne faut pas tirer de conclusions définitives, précise à Reuters une porte-parole de l’UE, la demande européenne de céréales, comme le blé utilisé pour produire de l’éthanol, devrait augmenter d’environ 7% au cours de la prochaine décennie, et les prix des céréales de 10%.
La production de biocarburants serait aussi à l’origine d’une augmentation de 20% des cours mondiaux du sucre ou du maïs, utilisés également pour produire de l’éthanol.

Amandine Lacourt, du Bureau européen du biodiesel, un lobby qui promeut les biocarburants, estime que l’étude ne prend pas assez en compte le fait que les agriculteurs vont être amenés à augmenter les rendements de leurs récoltes pour satisfaire une demande en hausse.
De plus, les biocarburants permettront de diminuer le rejet de CO2.

Le prix européen des huiles végétales, utilisées pour produire du biodiesel, subira l’impact le plus important, avec une hausse estimée à 30-35% en 2020.
Les importations en Europe d’huile végétale, comme notamment l’huile de palme produite en Indonésie ou en Malaisie, devraient doubler, à 20 millions de tonnes en 2020, selon ces mêmes études.

Cette tendance pourrait par ailleurs avoir des conséquences négatives en termes de déforestation, d’épuisement des nappes phréatiques et des sols.
« Ces modèles confirment nos craintes selon lesquelles les politiques en faveur de biocarburants affectent massivement les disponibilités des terres dans le monde », commente Ariel Brunner, membre de BirdLife, une ONG environnementale.
Charlie Dunmore et Pete Harrison, version française Catherine Monin, édité par Nicolas Delame

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