Iran : la révolte gronde

1- Des clefs pour comprendre
L’enjeu de l’élection présidentielle en Iran était crucial, car ce pays pose problème à la fois pour la région et pour le monde :
– Malgré plusieurs vagues de sanctions du conseil de sécurité de l’ONU, l’Iran refuse toujours de geler ses activités sensibles, comme l’enrichissement d’uranium, pouvant servir à la fabrication d’armes nucléaires ;
– L’Iran ne reconnaît pas Israël et se fait régulièrement menaçant ;
– Il s’interpose dans le conflit en Irak ;
– Il soutient et finance le Hezbollah libanais et le Hamas dirigeant la bande de Gaza.

En Iran, qui est un système théocratique, le Guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, détient le pouvoir décisionnaire sur les grands sujets, soit directement soit par le biais d’un réseau de dirigeants ou d’institutions sous sa coupe, tels que les puissants Gardiens de la révolution (pasdaran), ou les services judiciaires et de renseignements.

Les pouvoirs du président de la République sont en revanche limités. Il participe à l’élaboration des politiques économique, sociale, éducative et publique de l’Etat. Il a également voix au chapitre en matière de libertés des médias et d’ouverture politique, mais ses décisions peuvent être annulées par les mollahs. Le président représente l’Iran dans la majorité des rendez-vous internationaux, mais ce sont encore les mollahs qui déterminent les grandes lignes de la politique étrangère et de défense du pays

Mahmoud Ahmadinejad, président ultra-conservateur de l’Iran depuis 2005, a été réélu le 12 juin pour un 2e mandat de 4 ans par 62,6% des voix, contre 33,7% pour le réformateur Mir Hossein Moussavi, son principal opposant.
L’électorat de M. Ahmadinejad fut principalement rural et conservateur, alors que les jeunes des grandes villes ont surtout appuyé l’ex-Premier ministre Moussavi.
En Iran plus de 60% de la population est âgée de moins de 30 ans.

En cas de défaite, M. Ahmadinejad aurait été le premier président sortant à ne pas être réélu. Il avait de toute façon l’appui de l’ayatollah Ali Khamenei, dont l’avis compte pour les Iraniens.
Les conservateurs sont aussi au pouvoir au Parlement, ayant gardé la majorité lors des législatives de mars 2008. Avant le vote, les autorités avaient disqualifié nombre de candidats réformateurs. De plus, aucun débat n’avait été autorisé sur les médias télévisés et radio, qui sont un monopole d’Etat.

Les candidats qui ont échoué à la présidentielle ont accusé le pouvoir de fraudes lors du scrutin, et la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence a déclenché le plus vaste mouvement de contestation depuis la Révolution de 1979.
Les troubles qui ont émaillé les jours suivant le scrutin, dans les rues des grandes villes comme au sommet du régime, ont plongé la République islamique dans sa plus grave crise depuis la Révolution de 1979.

Les autorités rejettent les accusations de fraude électorale et affirment que les grandes manifestations étaient appuyées de l’étranger pour tenter de renverser le régime islamique. Cette affirmation est sans doute fondée, les Occidentaux ne cachant pas leur désir de voir du changement à la tête de l’Iran, en raison du blocage sur le nucléaire.
Les manifestations ont été sévèrement réprimées : arrestations en masse, confessions forcées, jugements hatifs lors de procès-spectacles, accusations d’exactions et de tortures.

Des milliers de personnes ont été arrêtées suite aux manifestations suivant le scrutin. La plupart d’entre elles ont été relâchées depuis mais plus de 80 personnes ont été condamnées à des peines de prison allant jusqu’à quinze ans.
Il y eut même 5 condamnations à mort, car l’atteinte à la sûreté de l’Etat est passible de la peine capitale.
La répression des manifestations en juin a fait 36 morts selon les chiffres officiels, 72 selon l’opposition.
Les chiffres précis sont difficiles à connaître, les journalistes étrangers n’ayant pas le droit de couvrir les manifestations.

La violente répression des manifestations, les arrestations en série (y compris préventives) et les lourdes peines de prison infligées à des réformistes en vue n’ont cependant pas suffi à écarter les Iraniens de la rue ni à museler l’opposition. L’ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi et l’ancien chef du Parlement Mehdi Karoubi, ex-candidats à la présidentielle, continuent d’appeler la population à protester.
Les étudiants, qui ont toujours joué un rôle essentiel derrière les mouvements politiques en Iran, sont le fer de lance du mouvement actuel.

Depuis juin, l’opposition a profité de plusieurs manifestations officielles pour protester contre les résultats du scrutin, mais les manifestations se sont durcies en décembre, avec une escalade des tensions ces derniers jours.
Les manifestations de dimanche à Téhéran et dans plusieurs grandes villes, qui ont fait 8 morts et des centaines de blessés et d’arrestations, sont les plus importantes et les plus violentes depuis celles qui avaient suivi la réélection du président Ahmadinejad.

A Téhéran, des dizaines de milliers de manifestants ont profité de l’affluence liée aux cérémonies de l’Achoura, journée de deuil religieux commémorant la mort de Hossein, imam vénéré de l’islam chiite.
De nombreux affrontements, parfois très violents, ont rapidement opposé manifestants et forces anti-émeute. D’autres affrontements violents ont eu lieu en province.
Les autorités avaient sommé l’opposition de ne pas profiter de la fête chiite de l’Achoura, samedi et dimanche, pour déclencher de nouvelles manifestations contre le pouvoir religieux. Le chef de la police avait prévenu que les partisans de l’opposition seraient sévèrement réprimés.

Les émeutes de dimanche interviennent dans un climat de tension politique exacerbée par la mort récente du grand ayatollah dissident Hossein Ali Montazeri. Les funérailles de cette figure de l’opposition avaient donné lieu en décembre, dans plusieurs villes, à des affrontements avec la police.
Une nouvelle occasion de manifestations massives se présentera début février, l’anniversaire de la révolution islamique de 1979 étant marqué par dix jours de célébrations.


2- Le régime organise ses propres manifestations de soutien
Des dizaines de milliers de personnes ont participé à des rassemblements de soutien organisées par le régime iranien à travers tout le pays mercredi.
Le gouvernement avait donné leur journée aux fonctionnaires et a fait venir des partisans et écoliers en car pour défiler, à Chiraz, Arak, Qom et Téhéran entre autres. Dans la capitale, on a pu entendre des cris tels que “Mort à Moussavi”, ou “Les émeutiers hypocrites doivent être exécutés”. Une banderole disait aussi : “Nous sacrifions notre sang pour le Guide suprême”, le grand ayatollah Ali Khamenei.

Ces rassemblements sont organisés à l’appel des autorités, mais également des administrations, de corps officiels comme les Gardiens de la révolution, des écoles théologiques, d’associations locales ou de certains bazars comme celui de Qom (sud de Téhéran) qui a été fermé.
Selon l’opposition, certaines grandes entreprises ont également encouragé leurs salariés à participer à ces rassemblements, fournissant parfois des bus pour les y transporter.

Les manifestants de l’opposition “se sont faits les valets de l’ennemi dans l’illusion de renverser le régime islamique”, et “le peuple intelligent de l’Iran islamique (…) va une nouvelle fois (les) remettre à (leur) place” en se mobilisant massivement, a affirmé mercredi le gouvernement.
Un million de signatures devaient être collectées mercredi pour condamner les “dirigeants de la sédition”, nom donné par le pouvoir aux chefs de l’opposition, selon la télévision.

De son côté, le chef de la police iranienne, le général Ismail Ahmadi Moghaddam, a prévenu l’opposition. “La police s’est montrée clémente avec les précédentes manifestations mais, étant donné que ces opposants veulent renverser (le régime), il n’y aura pas de pitié”.
Le général Moghaddam a affirmé que plus de 500 personnes avaient été arrêtées dans les manifestations de dimanche, et que d’autres interpellations avaient pu être réalisées par les milices supplétives bassiji et les services du renseignement.


3- Des poursuites contre les dirigeants de l’opposition ?
Le procureur général iranien, Gholamhossein Mohseni Ejeie, cité par un député conservateur, a annoncé mercredi au Parlement réuni à huis clos que des “poursuites” avaient été engagées contre deux des principaux chefs de l’opposition, l’ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi et l’ancien président du Parlement Mehdi Karoubi.

Le procureur général n’a toutefois pas “pas parlé d’arrestation”, alors que les députés réclamaient “l’arrestation de gens comme Moussavi, Karoubi et même Faezeh Hachémi”, la fille de l’ancien président modéré Akbar Hachémi Rafsandjani, selon ce député, Hassan Norouzi.
Le chef-adjoint de la police iranienne Ahmed Reza Radan a confirmé de son coté mercredi devant le Parlement que “l’arrestation des chefs de la contestation n’est pas à l’ordre du jour de la police”, selon l’agence Mehr. “Nous ne voulons pas leur donner de l’importance en les arrêtant”, a-t-il expliqué.

De son côté, le nouveau chef du pouvoir judiciaire iranien, Sadegh Larijani, a violemment attaqué mi-décembre les dirigeants de l’opposition, comparés aux Moudjahidine du peuple du début de la révolution, en affirmant que la justice avait “suffisamment de preuves” pour les poursuivre.
“Je dis aux chefs de la ‘conspiration’ que nous avons suffisamment de preuves contre vous. Si le régime a fait preuve de tolérance jusque-là, ne faites pas semblant de ne pas comprendre”, a-t-il dit lors d’une réunion avec les procureurs du pays, selon l’agence de presse Ilna.

L’action des chefs de l’opposition actuelle est “contraire à la sécurité nationale” et constitue “un délit certain”, a dit M. Larijani, les accusant d’avoir tenus des propos utilisés par “l’Occident pour affirmer que le régime islamique était désorganisé”.
Le 8 décembre, au lendemain de violentes manifestations d’étudiants, un responsable judiciaire a déclaré que les autorités iraniennes n’auront “aucune pitié” pour les éléments contestataires dont elles considèrent qu’ils portent atteinte à la sécurité nationale.
Une centaine de députés, sur un total de 290, ont déposé plainte en octobre contre M. Moussavi pour son rôle dans les troubles.


4- Les condamnations affluent après la répression des manifestations
La répression des manifestations qui a fait au moins 8 morts continuait mercredi de susciter des condamnations internationales, dont celle de la haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme.
Navi Pillay s’est déclarée “choquée” mercredi par “les morts, les blessés et les arrestations”, appelant le gouvernement à faire cesser “les violences excessives des forces de sécurité”.

Mme Pillay s’est déclarée “préoccupée” par “les informations persistantes sur des arrestations de militants politiques, de journalistes, de militants des droits de l’homme et d’autres acteurs de la société civile”.
“Ceux qui ont été arrêtés, quel qu’en soit le motif, doivent bénéficier d’un procès équitable, en conformité avec les normes du droit international en matière de droits de l’homme”.
Les arrestations d’opposants, dont la sœur du prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi, se poursuivaient mercredi en Iran, où les autorités ont appelé à des contre-manifestations dans tout le pays.

De son côté, le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a annoncé mercredi qu’il avait “demandé à toutes les capitales européennes de convoquer les ambassadeurs iraniens” pour protester contre la répression de ces derniers jours en Iran.
“En parallèle, nous avons demandé que la présidence de l’Union européenne effectue une démarche formelle auprès du gouvernement de Téhéran”, a-t-il déclaré au journal en ligne italien Affaritaliani.it.
“Mais il est clair que cela suppose aussi une forte entente avec les Etats-Unis”, a ajouté le ministre.
Selon lui, des contacts sont en cours entre les secrétariats généraux des ministères des Affaires étrangères européens et américain “afin de coordonner une position dès les premiers jours” de 2010.

Par ailleurs, selon le quotidien américain Washington Post les Etats-Unis prépareraient “des sanctions contre certains éléments du gouvernement iranien dont ceux impliqués dans la répression des manifestations”. Parmi les cibles potentielles des sanctions, figureraient les puissants Gardiens de la révolution, croit savoir le journal.
Certains Etats européens prônent quant à eux des sanctions ciblées contre le secteur financier et celui des assurances, ont précisé des diplomates.


5- Nombreuses exactions
Le 19 décembre, la justice iranienne a pour la première fois reconnu qu’au moins 3 détenus incarcérés après l’élection présidentielle sont morts sous les coups de leurs geôliers.
Ces prisonniers, selon un communiqué des autorités judiciaires, ont succombé des “traitements anormaux et des violences physiques”. Douze responsables de la prison de Kahrizak, dans les faubourgs sud de la capitale Téhéran, ont été inculpés, dont 3 pour meurtre, précise-t-on de même source.

C’est à Kahrizak qu’ont été incarcérées les personnes arrêtées pendant les premiers jours des manifestations de masse. Après la mort en détention de plusieurs personnes interpellées et les accusations de torture, le Guide suprême Ali Khamenei a ordonné la fermeture du centre en juillet.
Police et justice avaient cependant jusqu’ici rejeté les accusations de l’opposition, qui affirmait que des détenus de cet établissement avaient été torturés et violés. Les autorités expliquaient que les prisonniers étaient morts de maladie comme la méningite.

Le dirigeant de l’opposition Mahdi Karroubi, ancien président du Parlement et l’un des rivaux malheureux de Mahmoud Ahmadinejad avait dénoncé en août les viols et tortures contre les manifestants arrêtés, et réclamé l’ouverture d’enquêtes judiciaires à ce sujet.
Cela lui a valu l’ouverture d’une enquête par la justice iranienne, car la commission d’enquête formée spécialement pour examiner les allégations de viols les avait rejetées en bloc et menacé de poursuivre pour diffamation quiconque porterait ces accusations.

Mi-octobre, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appellé l’Iran à rattraper son retard en matière de droits de l’homme. Il s’est dit profondément consterné par les informations faisant état d’un usage immodéré de la force, de cas d’arrestations et de détentions arbitraires, et de cas d’opposants qui auraient été torturés ou maltraités.
Les Nations unies ont affirmé en août que les aveux de centaines d’Iraniens incarcérés à la suite des manifestations post-électorales avaient été obtenus sous la torture.

D’autre part, mi-novembre, un médecin iranien, qui avait fait des révélations sur les tortures subies en détention par les manifestants, est mort dans des circonstances confuses, suscitant les accusations de l’opposition, convaincue que le practicien, âgé de 26 ans, a été tué pour avoir parlé.
Le Dr Ramin Pourandarjani, généraliste, était le seul médecin présent au centre de détention de Kahrizak.

Il a subi des pressions pour modifier le certificat de décès d’une des victimes les plus connues, Mohsen Rouhalamini, 24 ans, mort fin juillet, qui était le fils d’un membre important du camp conservateur. Il a ensuite témoigné devant une commission parlementaire enquêtant sur les tortures en prison.
Plusieurs sites web d’opposition craignent que le jeune médecin ait été tué à cause de ce qu’il savait sur les tortures à Kahrizak.

Selon le site web d’opposition Mowjcamp, qui cite des responsables parlementaires, le Dr Pourandarjani a témoigné devant la commission que le jeune Rouhalamini lui avait été amené “dans un état terrible après avoir été soumis à des tortures physiques extrêmes. Il était dans un état critique”. Après sa mort, “des responsables de Kahrizak m’ont menacé, disant que si je révélais les causes des blessures des blessés de Kahrizak, je ne survivrais pas”, aurait encore déclaré le médecin.
Le jeune médecin a ensuite été lui-même gardé en détention une semaine jusqu’à ce qu’il accepte d’indiquer la méningite comme cause du décès et non les coups.


6- Censure
a- Internet et téléphonie mobile
Lundi, les habitants de Téhéran rapportaient que l’accès à Internet était encore plus difficile qu’à l’accoutumée et les Iraniens ne pouvaient voir les sites d’opposition. Comme au plus fort des manifestations post-électorales, les communications par téléphone portable et les envois de SMS ne fonctionnaient que sporadiquement.

Le blocage des accès au réseau, ainsi que le brouillage des téléphones mobiles, sont des méthodes habituelles des autorités pour porter atteinte à l’opposition. Ces services sont en général rétablis un ou deux jours après les manifestations.
Internet est un moyen de communication vital pour l’opposition.

En novembre, les autorités iraniennes avaient annoncé le déploiement d’une unité spéciale composée de 12 policiers destinée à balayer les sites web et à poursuivre ceux qui, selon le régime, répandent des mensonges.
La plupart des sites web de l’opposition sont déjà interdits, mais des militants ont continué à créer des sites dans les jours qui suivaient leur blocage.
Malgré ces mesures, les images-choc continuent de sortir d’Iran, devenant des symboles à la vitesse d’Internet.

b- Censure des journalistes
Le groupe de télévision Dubaï Media est sans nouvelles de son correspondant en Iran, Reza al-Basha, un Syrien de 27 ans, disparu dimanche après-midi près de son domicile de Téhéran.
Les autorités interdisent en principe aux journalistes travaillant pour la presse étrangère de se rendre sur les lieux de manifestations de l’opposition. Mais celles de dimanche, non annoncées, ont éclaté simultanément en plusieurs endroits du centre ville, alors que de nombreuses processions et rassemblements se déroulaient à l’occasion du deuil chiite de l’Achoura habituellement largement couvert par les médias étrangers.

Un journaliste de l’AFP avait été arrêté dans des circonstances similaires le 4 novembre dernier, alors qu’il s’était rendu sur les lieux d’une manifestation officielle autorisée à proximité de laquelle des opposants avaient commencé à manifester. Il avait été détenu pendant quatre jours par les autorités avant d’être libéré.
De nombreux journalistes ont été arrêtés depuis le début des manifestations. Ils sont en général rapidement relâchés.

Autre censure, les journaux de l’opposition sont interdits de publication.
D’autre part, le directeur d’un journal iranien connu pour ses prises de position critiques envers le président Mahmoud Ahmadinejad a été condamné début décembre à 9 ans de prison pour avoir fomenté des troubles après les élections de juin.
Saeed Laylaz, dont le journal Sarmayeh a été interdit en novembre, a été reconnu coupable de participation à des rassemblements illégaux et de détention d’informations classées.

Une journaliste et conseillère du candidat à la présidentielle Mehdi Karoubi a été quant à elle condamnée à 6 ans et trois mois d’emprisonnement, rapportait le site internet Tagheer de Karoubi.
Hengameh Shahidi a été reconnue coupable d’atteinte à la sécurité nationale, de trouble à l’ordre public, d’organisation d’émeutes de rue et d’avoir accordé des interviews à la BBC qualifiée de média “anti-révolutionnaire”. Elle a été remise en liberté contre une caution de 90.000 dollars.


7- Les Gardiens de la Révolution, défenseurs zélés de la République islamique
Les Gardiens de la révolution (Pasdaran) sont une véritable armée créée au lendemain de la révolution islamique en 1979 parallèlement à l’armée classique, disposant des meilleurs équipements militaires du pays, et gérant le programme balistique de l’Iran.
Le Guide suprême, Ali Khamenei, nomme les commandants des pasdarans.
Le corps des Gardiens de la révolution compte 125.000 membres, selon l’Institut international des études stratégiques de Londres (IISS) sur un total de 523.000 hommes dans l’armée active.

Les Gardiens dirigent les bassidjis, ces milices islamiques composées de civils, qui compteraient un million de membres, selon certaines estimations. Récemment, les autorités ont annoncé que les Bassidjis allaient être intégrés directement dans les forces terrestres des Gardiens avec une organisation et un commandement unique. Mais les autorités n’ont pas annoncé quels en seraient les effectifs.
Les Gardiens de la Révolution, qui ont participé au côté des milices islamiques bassidjis à la répression des manifestations, ont renforcé leur influence à l’occasion de ces événements. Et certains craignent que ce corps d’élite ne cherche à transformer la République islamique en un Etat militaire.

Pour Frédéric Tellier, de l’International Crisis Group (ICG), basé à Bruxelles, “la crise actuelle est moins un coup d’Etat que la phase finale de (la) conquête du pouvoir” par les pasdarans et “un avant-goût probable d’une purge politique beaucoup plus impitoyable et systématique à venir”. Selon lui, les Gardiens pourraient achever leur conquête du pouvoir après la mort d’Ali Khamenei, aujourd’hui âgé de 70 ans, en imposant un nouveau modèle politique : une direction collégiale ou un régime militaire.

Les Pasdaran ont pris un poids croissant dans l’Etat ces dernières années, non seulement en politique mais aussi en économie. L’actuel président Ahmadinejad a fait partie de leurs rangs et nombre d’entre eux ont intégré le Majlis (Parlement) en 2004, ainsi que les ministères.
Ils disposent de leur propre université et sont réputés avoir la haute main sur le programme balistique.
Ils sont aussi devenus actifs dans les secteurs de la construction et du pétrole, par le biais de sociétés qui leur sont affiliées et qui ont décroché de très gros contrats.
Ils disposeraient aussi de services de renseignement d’une efficacité redoutable.


8- Y a-t-il eu des fraudes électorales ?
En juillet, le site de campagne de M. Moussavi a publié un nouveau rapport détaillant des “fraudes et irrégularités” dans le scrutin. Il se demande notamment pourquoi le ministère a imprimé 14 millions de bulletins de vote en plus de ceux prévus pour les 46 millions d’inscrits.
Fin juin, pour démentir les accusations de fraudes, 10% des bulletins électoraux, pris au hasard, ont été recomptés, après quoi le Conseil des gardiens a jugé la présidentielle valide.
Les opposants ne se sont pas satisfaits de cette mesure et ont continué de réclamer l’annulation du scrutin.

Les autorités ont rejeté toute accusation de fraude, mais un porte-parole du Conseil des Gardiens de la Constitution, chargé d’examiner les plaintes déposées par les candidats battus, a reconnu que dans un certain nombre de circonscriptions, le nombre total des voix exprimées dépassait celui des électeurs inscrits.
La correction de ces irrégularités n’aurait cependant pas empêché la réelection d’Ahmadinejad, qui a obtenu un scord important, 63% des voix.
Cependant, mi-juin, Paris a jugé “pour le moins surprenant” le faible score de certains responsables iraniens d’opposition dans leur fief, évoquant des fraudes.

D’autre part, le 13 juin, plusieurs observateurs ont été surpris par la rapidité du dépouillement, et Mir Hossein Moussavi a aussitôt dénoncé des fraudes, suite à quoi plusieurs milliers de ses partisans sont descendus dans les rues de Téhéran, entraînant des heurts avec la police et une répression accrue.
Près de 40 millions de bulletins de vote ont été dépouillés -et les résultats annoncés- en seulement 12 heures, ce qui semble un délai très court, soulignent les experts.

Selon M. Moussavi, certains bureaux de vote ont fermé prématurément alors que des électeurs faisaient encore la queue, et des représentants de sa campagne ont été expulsés de centres de vote alors que chaque candidat avait le droit d’y envoyer un observateur. Il n’a toutefois pas fourni de preuves pour étayer ses accusations.

Les observateurs qui mettent en doute la régularité de l’élection, soulignent qu’à chaque étape du dépouillement, les résultats publiés par le ministère de l’Intérieur ont donné Ahmadinejad devant Moussavi avec un écart constant d’environ deux voix contre une. Cette marge suscite des interrogations, car les résultats ont d’abord été rapportés pour les grandes villes, considérées comme moins favorables à Ahmadinejad que les campagnes, dont les chiffres n’ont été connus que dans un deuxième temps. Pourtant, l’écart, lui, n’a pas varié.

Une question centrale est de savoir comment 39,2 millions de bulletins de vote ont pu être dépouillés à la main, et les résultats définitifs annoncés par les autorités à Téhéran, en seulement un peu plus de 12 heures. Lors des précédentes élections, ce processus avait pris au moins deux fois plus de temps.
Un nouveau système informatisé a peut-être permis d’accélérer les choses dans les centres urbains, mais on ne sait pas s’il a été utilisé pour les petites villes et les villages. Et chaque bulletin devait malgré tout être dépouillé à la main avant toute opération de saisie informatique et de transmission au ministère de l’Intérieur.


9- La campagne électorale avait déchaîné les passions
La campagne électorale, qui avait duré un mois, a déchaîné les passions. Les meetings très fréquentés, les drapeaux et gadgets aux couleurs des candidats -le vert de Moussavi- les slogans de campagne, les débats télévisés ont d’ailleurs fait plus penser à des élections à l’occidentale qu’aux campagnes un peu ternes, préparées à l’avance, de la plupart des autres pays de la région.
Mais les tensions ont aussi atteint des sommets durant la campagne, les candidats échangeant insultes et accusations de mensonges et de corruption.

a- Mahmoud Ahmadinejad s’est présenté en défenseur des pauvres et en dévot de l’islam
Lors des débats télévisés, il a soigné son image d’homme du peuple, en affirmant qu’il vivait seulement avec son salaire de professeur. Son populisme plaît encore, en particulier dans les milieux populaires des villes et campagnes. Alors que ses rivaux le qualifient d'”imprévisible” à cause de sa rhétorique agressive, ses partisans voient en lui l’homme “qui aide les pauvres”.

M. Ahmadinejad a instauré un nouveau style de gouvernement en réunissant son conseil des ministres toutes les deux ou trois semaines dans les villes de province pour “mieux comprendre les problèmes du peuple”. En quatre ans, 20 millions de lettres de demande d’aide lui ont été remises et un service a été créé pour répondre à chacune d’elles et fidéliser l’électorat populaire.

b- Moussavi, un conservateur modéré et ancien ministre, a tenté un retour
Mir Hossein Moussavi, homme discret, a été le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad.
Il était passé dans l’ombre après avoir servi comme Premier ministre pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak.
Bien que manquant de charisme, il a bénéficié d’un véritable engouement chez de nombreux jeunes des villes, qui espéraient une libéralisation de la société. Il a aussi eu le soutien d’une partie de l’électorat féminin avec son engagement à assurer l’égalité des sexes.

Il a été le conseiller des présidents Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997), un conservateur pragmatique, puis Mohammad Khatami (1997-2005), un réformateur.
Ce dernier, qui s’était initialement porté candidat pour le scrutin du 12 juin, s’est désisté en mars au profit de M. Moussavi à qui il a apporté son soutien. Selon beaucoup d’avis, c’était regrettable car il aurait pu mobiliser davantage d’électeurs en tant que candidat réformateur.

c- Beaucoup de candidatures ont été écartées
Toute candidature à un mandat électif important doit être approuvée par le Conseil des Gardiens, qui rejette souvent les candidats jugés trop réformistes ou critiques envers le système de la république islamique.
Pour cette élection, seulement 4 des 471 candidats possibles ont été autorisés à se présenter : 2 réformateurs et 2 conservateurs.
Parmi ces 471 candidats, il y avait des paysans illettrés, un garçon de 12 ans et 42 femmes.

Sources : AFP, AP, Reuters, ONU

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