L’Autorité palestinienne impuissante

1- Des clefs pour comprendre
Les négociations de paix en vue de la coexistence d’un Etat palestinien à côté de l’Etat israélien piétinent depuis des années.
La raison majeure est celle de la poursuite de la colonisation par Israël dans les territoires occupés.
Suite à la guerre de 1967, l’Etat hébreu a conquis la Cisjordanie et Jérusalem-Est, conquêtes non reconnues par la communauté internationale.
Depuis, le nombre de colons augmente régulièrement dans ces territoires, au détriment de la population arabe. Les colons revendiquent leurs terres au nom d’un héritage biblique.

Depuis qu’Israël a signé son premier accord avec les Palestiniens dans le cadre du processus de paix en 1993, la population des implantations juives en Cisjordanie a plus que doublé, s’élevant à près de 300.000 habitants aujourd’hui.
A cela s’ajoutent environ 200.000 juifs qui vivent dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat indépendant.
Au contraire, Israël a proclamé que Jérusalem réunifiée serait sa capitale à jamais, une initiative reconnue par aucun pays étranger.

Au total, un demi-million de colons juifs vivent aujourd’hui au beau milieu de 3 millions de Palestiniens dans une centaine d’implantations jugées illégales par la communauté internationale et la Cour internationale de justice mais dont Israël considère comme normale l’expansion démographique “naturelle”.
La colonisation se poursuit donc, malgré les nombreux appels de l’ONU, des USA et de l’ensemble des chefs d’Etat étrangers à la stopper. Et malgré aussi des engagements pris par des gouvernements israéliens précédents.

Alors que la Cisjordanie est contrôlée par les troupes israéliennes, avec une autonomie limitée dans certaines zones pour les Palestiniens, ces derniers en revendiquent la totalité dans le cadre d’un futur Etat indépendant qui comprendrait également la Bande de Gaza et Jérusalem-Est. A leurs yeux, les implantations leur rendent la tâche de plus en plus difficile pour l’établissement d’un Etat viable. Ils jugent qu’elles les priveront de la continuité territoriale indispensable.

Excédé, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a rompu toute négociation avec Israël il y a plus d’un an, suite à une offensive majeure d’Israël dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas. Cette offensive a fait 1400 morts, dont de nombreux civils, et Israël est suspecté de crimes de guerre, tout comme le Hamas.

La bande de Gaza avait été évacuée en 2005 par Israël après 38 ans d’occupation. Cependant Israël en contrôle toujours les frontières terrestres et maritimes.
Suite à cette évacuation, le Hamas avait remporté les législatives en janvier 2006. Après 16 mois de cohabitation houleuse au pouvoir avec le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, il s’est ensuite emparé de la bande de Gaza par la force en juin 2007.
Le Hamas reçoit le soutien de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah chiite, basé au Liban.

Depuis la violente prise du pouvoir à Gaza par le Hamas, les milliers de tirs de roquettes ont fait une quinzaine de morts en Israël.
En revanche, depuis 2000, plus de 7.000 Palestiniens ont été tués, surtout des civils. Mais pour Israël, le Hamas est responsable de tout ce qui arrive dans le territoire. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert appelait la population de Gaza à s’en prendre aux dirigeants du Hamas.

Une trêve de 6 mois négociée par l’Egypte était entrée en vigueur en juin 2008 et globalement respectée jusqu’en novembre, lorsque le calme a été rompu par une incursion israélienne meurtrière dans la Bande de Gaza pour détruire un tunnel. En représailles, les groupes armés palestiniens ont repris leurs tirs de roquettes contre Israël qui a riposté en renforçant le blocus du territoire.

Israël a ensuite déclenché une nouvelle offensive majeure dans la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, d’une violence jamais vue depuis 1967. Elle visait à mettre fin aux tirs de roquettes effectués depuis des années sur les localités du sud d’Israël depuis la bande de Gaza.
Suite à cette offensive majeure, Israël et le Hamas ont déclaré séparément des cessez-le-feu le 18 janvier, Israël ayant affirmé avoir atteint ses objectifs militaires.
Cependant le Hamas demeure puissant et la trêve est régulièrement rompue de part et d’autre.

En Israël, cela a renforcé le sentiment anti Palestiniens, et un gouvernement très à droite s’est mis en place en mars 2009 grâce au concours des petits partis d’extrême droite ou ultra-orthodoxes, donnant peu d’espoir sur la création d’un Etat palestinien.
Les négociations, infructueuses depuis des années, sont complètement dans l’impasse.

Le président palestinien Mahmoud Abbas demande qu’Israël cesse toute construction dans les territoires occupés pour que des négociations reprennent. Il juge insuffisant le gel temporaire des activités de construction décidé l’automne dernier par Israël : sous la pression américaine, Benjamin Netanyahu avait ordonné en novembre un “gel” de dix mois des nouvelles constructions en Cisjordanie.

Cette mesure ne concerne cependant ni Jérusalem-Est, ni les édifices publics (synagogues, écoles, hôpitaux, bains rituels…), ni 3.000 chantiers en cours.
Il faut préciser qu’en août, le mouvement israélien “La Paix Maintenant”, opposé à la colonisation, dénonçait qu’en Cisjordanie les permis déjà délivrés autorisent la construction de jusqu’à 40.000 logements dans les prochaines années.

La décision du gouvernement israélien ne satisfait ni les Palestiniens ni les colons en colère.
Les organisations de colons revendiquent la Cisjordanie comme la terre biblique d’Israël et étendent de longue date leurs implantations sans autorisation de l’Etat.
Le gouvernement israélien est soumis à une forte pression de la communauté internationale, et notamment des Etats-Unis, qui réclament un gel total des constructions pour permettre la reprise des négociations de paix avec les Palestiniens.

Washington s’efforce depuis des mois de remettre sur les rails le processus de paix, en vain.
En janvier, l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell avait évoqué l’éventualité de pressions financières sur l’Etat hébreu pour l’inciter à faire des concessions.
Les Etats-Unis pourraient retirer leur soutien aux garanties de prêt à Israël, système de garanties grâce auquel l’Etat hébreu a bénéficié de milliards de dollars de prêts à des taux préférentiels.


2- Israël poursuit ses incursions dans des zones sous contrôle parlestinien

Elles gèrent des checkpoints, assument des missions de maintien de l’ordre et se coordonnent avec l’armée israélienne. Basées en Cisjordanie, les Forces nationales de sécurité nationale palestiniennes (PNSF), formées avec le soutien des Etats-Unis, sont à la pointe des efforts de l’Autorité palestinienne pour préparer la création d’un Etat indépendant.

Le général Diab el-Ali, commandant de ces forces palestiniennes d’élite, formées en Jordanie sous le parrainage des Etats-Unis, précise que ses quelque 8.000 hommes ont aidé à restaurer l’ordre en Cisjordanie. Un territoire où il y a seulement quelques années les miliciens armés étaient légion et les affrontements sanglants avec Israël fréquents.

Malgré le manque d’armes et des moyens matériels très limités, il assure que les Forces pourraient maintenir la paix en Cisjordanie si Israël décidait demain de retirer ses troupes de la région.
Les NSF sont l’une des six agences de sécurité assurant l’ordre en Cisjordanie sous l’autorité du président palestinien Mahmoud Abbas, et celle sur laquelle compte la communauté internationale. Leur travail est suivi avec attention et pourrait avoir des implications importantes pour les chances d’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

En effet, leurs membres, contrairement à ceux des autres branches de l’appareil sécuritaire palestinien, reçoivent un entraînement en Jordanie dans le cadre d’un programme financé par les Etats-Unis.
Le travail des NSF pourrait contribuer à rassurer Israël, qui reste hésitant à confier des responsabilités en matière de sécurité aux Palestiniens après des années de violence. L’Etat hébreu considère les autres agences de sécurité comme peu fiables, minées par la corruption et le clientélisme.

Les premiers signes sont encourageants. La force a assumé le maintien de l’ordre dans cinq localités, et lors de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza l’an dernier, les NSF ont empêché que des manifestations de rue en Cisjordanie ne dégénèrent.
Le général El-Ali précise que ces deux dernières années, aucune attaque anti-israélienne n’a été commise par un membre des forces de sécurité palestiniennes. Et aucun des hommes qui ont suivi le programme de formation en Jordanie ne s’est signalé par des actes de délinquance, alors que c’était un problème auparavant.

Même le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a salué publiquement l’action des NSF, tout en estimant que davantage de travail restait à faire.
Le général El-Ali, 66 ans, qui a autrefois combattu Israël au Liban et a passé six ans dans une prison syrienne, reconnaît que ses relations avec les Israéliens sont difficiles. Il précise que la présence de Tsahal et de dizaines de colonies juives en Cisjordanie empêche ses hommes de mener certaines opérations et se plaint d’un manque d’armes.

L’armée israélienne poursuit ses raids dans les zones sous contrôle palestinien pour rechercher des suspects, souvent sans en aviser à l’avance, ou alors tardivement, le commandant des NSF.
Lors d’un incident récent, les Israéliens ont abattu 3 personnes suspectées d’avoir tiré sur un colon alors que le général El-Ali les avait informés que les Palestiniens étaient sur le point de les arrêter. Il a accusé Israël d’avoir chercher à embarrasser les Palestiniens et soupçonne l’Etat hébreu d’avoir utilisé les informations qu’il avait transmises pour trouver les suspects.

D’ailleurs, Benyamin Nétanyahou s’était prononcé, en janvier, en faveur d’une présence israélienne en Cisjordanie, même après la conclusion d’un accord de paix avec les Palestiniens.
Il a souligné que les tirs de roquettes sur le territoire israélien depuis les frontières du Liban et de la Bande de Gaza nécessitaient qu’Israël soit en mesure d’empêcher l’importation de telles armes dans un futur Etat palestinien en Cisjordanie.

Début janvier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré que les Palestiniens pourraient reconsidérer leurs relations avec Israël en matière de sécurité, en Cisjordanie, si les forces israéliennes continuent de mener des opérations unilatérales comme celle du 26 décembre dans laquelle 3 militants ont été tués à Naplouse.
Les forces de sécurité du gouvernement de Mahmoud Abbas sont pourtant en charge du contrôle des anciens bastions des militants, comme la ville de Naplouse.

“Récemment, leurs provocations et incursions se sont intensifiées”, a dit Abbas à la télévision palestinienne. “Nous nous trouvons au seuil d’un point où nous pourrions en venir à réévaluer, reconsidérer nombre de choses que nous faisons”. “Si la coordination (dans le domaine de la sécurité) n’entraîne pas l’arrêt des incursions et des provocations, nous allons envisager cela”.
Quelques heures après l’opération israélienne, plusieurs milliers de personnes    avaient participé à la procession funéraire dans les rues de Naplouse avant l’enterrement des 3 hommes tués.


3- Cisjordanie : Israël a accru la liberté de mouvement des Palestiniens

Fin décembre, la Cour suprême israélienne a ordonné que les automobilistes palestiniens soient autorisés d’ici cinq mois à emprunter, pour la première fois depuis 2002, la route 443 qui relie Jérusalem à Tel Aviv à travers la Cisjordanie.
A la suite de plusieurs attaques contre des véhicules israéliens, les autorités militaires avaient interdit cette voie de communication aux Palestiniens. Ceux-ci la surnommaient depuis “la route de l’apartheid”.
“La liberté de mouvement est un droit fondamental”, souligne dans son jugement Dorit Beinisch, la présidente de la Cour.

Cette décision pourrait faire jurisprudence, d’autres recours ayant été déposés par des habitants de Cisjordanie contre les entraves mises à leurs déplacements par les autorités militaires israéliennes.
De l’aveu même d’Israël, il existe plus de 600 barrages en Cisjordanie, sans compter les points de contrôle pour franchir le “mur de sécurité” qui isole Israël du territoire palestinien.
C’est nécessaire selon Israël pour empêcher les déplacements d’activistes palestiniens.

Cependant les autorités israéliennes ont pris dans la deuxième moitié de l’année 2009 des mesures qui ont accru la liberté de mouvement des Palestiniens entre les centres urbains palestiniens en Cisjordanie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans un rapport publié fin novembre.
Sous la pression US, Israël a démantelé certains postes de contrôle en Cisjordanie. Mais des centaines d’autres restent en place, entravant les déplacements et les échanges commerciaux des Palestiniens.

Toutefois pendant la même période, il n’y a pas eu d’amélioration significative en ce qui concerne l’accès à la terre et l’utilisation de l’espace par les Palestiniens. Par exemple, les Palestiniens se sont toujours vus interdire, dans une large mesure, l’usage et le développement d’une zone qui représente 60% de la Cisjordanie.

En outre, l’accès des Palestiniens aux zones de l’autre côté du Barrière de séparation, dont Jérusalem-Est et la Vallée du Jourdain, ainsi que dans la zone contrôlée par les Israéliens dans la ville d’Hébron, a continué d’être sévèrement limitée.
OCHA rappelle qu’Israël a la responsabilité selon le droit humanitaire international et les droits de l’homme de garantir que les besoins humanitaires de la population occupée soient remplis et que cette population soit en mesure d’exercer ses droits humains, dont le droit à la liberté de mouvement, le droit au travail, au logement, à la santé, à l’éducation et soit libre de toute discrimination.

Début juillet, la Commission européenne estimait que les colonies israéliennes en Cisjordanie étranglent l’économie palestinienne et accroissent d’autant sa dépendance à l’aide étrangère, contraignant au final les contribuables européens à en payer le prix.
Roy Dickinson, diplomate de la Commission européenne à Jérusalem, rappelait que les colonies israéliennes “réduisent les revenus de l’Autorité palestinienne et la rendent dépendante aux distributions des donateurs”. “Et ce sont les contribuables européens qui paient la plus grande partie du prix de cette dépendance”.

En 2007, la communauté internationale s’est engagée à verser une aide de 7,7 milliards de dollars sur trois ans à l’Autorité palestinienne, dans l’espoir de favoriser son développement économique. Pour la seule année 2009, l’Union européenne a contribué à hauteur de plus de 200 millions d’euros au budget palestinien.


4- Israël limite l’accès à l’eau dans les territoires palestiniens, selon Amnesty International

L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International a accusé fin octobre Israël de limiter l’accès à l’eau potable dans les territoires palestiniens, en maintenant notamment un contrôle total sur les ressources en eau.
“Israël ne laisse les Palestiniens accéder qu’à une infime partie des ressources communes en eau, qui se situent principalement en Cisjordanie occupée, tandis que les colonies israéliennes illégales en reçoivent des quantités pratiquement illimitées”.

Ainsi, Israël utilise plus de 80% des ressources en eau de l’aqueduc qui approvisionne le territoire. Alors que la consommation des Palestiniens atteint péniblement 70 litres par jour et par personne, celle des Israéliens dépasse les 300 litres. Dans les zones rurales, les Palestiniens survivent avec 20 litres seulement.

Amnesty International évalue entre 180.000 et 200.000 le nombre de Palestiniens n’ayant pas accès à l’eau courante, alors que, selon l’organisation, les colons ont des pelouses bien irriguées, des jardins luxuriants et des piscines. Un contraste d’autant plus criant que les Palestiniens doivent demander à Israël un permis, généralement refusé ou soumis à de longs délais, pour creuser de nouveaux puits, voire tout simplement restaurer les anciens.

L’organisation appelle l’Etat hébreu à “mettre fin à ses politiques discriminatoires” et “à lever immédiatement les restrictions imposées aux Palestiniens pour accéder à l’eau”.
Le porte-parole du gouvernement israélien Mark Regev a dénoncé des affirmations “complètement absurdes”, assurant que l’Etat hébreu récupérait beaucoup moins d’eau de l’aqueduc qu’en 1967. Et depuis cette époque, la consommation des Palestiniens a triplé, a-t-il déclaré. Il a accusé les Palestiniens de ne pas investir dans le développement en Cisjordanie, précisant qu’ils n’avaient même pas encore commencé à creuser des puits déjà autorisés.


5- Le problème des Arabes israéliens

a- “Nakba” disparaîtra des manuels scolaires pour Arabes israéliens

Le ministère israélien de l’Education a annoncé en juillet la suppression du terme “Nakba” – “Grande Catastrophe” – utilisé pour désigner la création de l’Etat juif en 1948 dans les manuels scolaires à destination des Arabes israéliens.
Alors qu’il était encore il y a deux ans le chef du Likoud, principal parti de l’opposition de droite, l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu avait promis de prendre une telle initiative, assurant que l’utilisation même du terme revenait à se prêter à la propagande arabe.

Absent des programmes d’histoire destinés à la communauté juive, le mot “Nakba” avait été introduit en 2007 dans les ouvrages destinés aux écoliers arabes par le ministre travailliste de l’Education de l’époque, Yuli Tamir. Il s’agit du vocable par lequel les militants nationalistes palestiniens désignent la fondation de l’Etat d’Israël au terme d’un conflit qui a contraint quelque 700.000 Arabes de Palestine à fuir.
Ceux qui sont restés et leurs descendants représentent aujourd’hui 1/5e des 7 millions d’habitants d’Israël et en possèdent la nationalité mais ils se plaignent d’être traités comme des citoyens de seconde zone par l’Etat juif.

b- Les tensions vont croissant entre Israéliens juifs et Israéliens arabes
Ils sont environ 250.000 à vivre dans Jérusalem-est annexée par Israël en 1967. Ils disposent de pièces d’identité israéliennes qui leur octroient divers droits -liberté de circuler en Israël, allocations familiales, caisse maladie- dont ne profitent pas les Palestiniens de Cisjordanie ou Gaza.
Hormis des manifestations émaillées parfois de violences, notamment au sujet de l’appartenance de Jérusalem à l’un ou l’autre camp, la politique s’en mêle.

Un texte rendant passible d’un an de prison toute négation en public du droit d’Israël à exister en tant qu’Etat juif a franchi fin mai une première étape à la Knesset. Des militants des droits civiques estiment qu’il risque de réduire les droits des citoyens arabes.
Le gouvernement a de son côté approuvé une mesure interdisant toute manifestation de deuil en public à l’occasion de l’anniversaire de la création d’Israël, appelée “Nakba” par les Palestiniens.
Chaque année, le 15 mai, les Palestiniens la commémorent.


6- La collaboration avec Israël est sévèrement punie en Cisjordanie

Un tribunal militaire de Djénine a condamné en juin à la prison à perpétuité une Palestinienne de 22 ans accusée d’avoir collaboré avec Israël. Une peine qui illustre la sévérité avec laquelle sont jugés les informateurs, alors même que l’Autorité palestinienne travaille étroitement avec les forces de sécurité israéliennes contre leur ennemi commun, le Hamas.

Depuis la création de l’Autorité palestinienne en 1994, au moins 35 informateurs présumés ont été condamnés à mort, selon le Centre palestinien pour les droits de l’Homme, basé à Gaza. Au cours des deux seules dernières années, 7 personnes ont été reconnues coupables de collaboration, dont Taghrid, une Palestinienne de 22 ans dont le véritable nom n’a pas été révélé, condamnée aux travaux forcés à vie pour avoir fourni des informations à Israël dans l’espoir de pouvoir se sortir de la prostitution.

Sur les 35 condamnés depuis 1994, seulement deux ont été tués par des pelotons d’exécution à Gaza il y a quelques années. Mais 17 autres suspects de collaboration avec Israël, dont certains attendaient encore leur jugement, ont été abattus par des escadrons palestiniens pendant l’offensive militaire de l’Etat hébreu à Gaza en janvier dernier.
Phénomène rarement évoqué au grand jour, la collaboration avec Israël est jugée avec la plus grande sévérité à la fois par la population et les tribunaux palestiniens, même pour les informateurs de petite importance ou ceux contraints par l’Etat hébreu de collaborer.

Comme Taghrid, c’est souvent dans les couches les plus pauvres et vulnérables de la société palestinienne que sont recrutés ces informateurs, qui aident les services de renseignements de l’Etat hébreu en échange d’argent, de soins médicaux ou d’un permis de travail en Israël, selon Ran Yaron, de l’organisation Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de l’Homme).
Ils sont toutefois immédiatement mis au ban de la société.

Paradoxalement, ces condamnations sévères illustrent également la réalité complexe de la vie en Cisjordanie, où le gouvernement travaille étroitement avec Israël contre le Hamas. Pour certains Palestiniens, les informateurs ne sont que des boucs émissaires censés détourner l’attention de cette collaboration de haut-niveau.
A ces accusations, les responsables palestiniens répondent que les informations qu’ils partagent avec Israël permettent d’assurer la sécurité de la population en empêchant le Hamas de prendre le contrôle de la Cisjordanie, tandis que les habitants du Territoire qui vendent des renseignements à Israël trahissent leur pays.

Israël a depuis longtemps mis en place un réseau d’informateurs dans les zones sous son contrôle, dans le but d’obtenir des renseignements sur les mouvements radicaux palestiniens ou les individus recherchés. Des informations ensuite souvent utilisées pour lancer des opérations ou des frappes ciblées contre des militants.
Mais, pour ceux arrêtés par les forces palestiniennes, les représailles sont sévères. Si les avocats des droits de l’Homme palestiniens se déclarent par principe opposés à la peine de mort, peu montent toutefois au créneau pour défendre les “traîtres”.


7- Quand les délinquants palestiniens se réfugient dans les zones sous contrôle israélien

Les voleurs palestiniens ont trouvé la parade idéale pour ne pas être inquiétés par la police : il leur suffit de gagner les zones sous contrôle militaire israélien. La Cisjordanie offre en effet une multitude de secteurs où la police palestinienne ne peut accéder qu’avec l’accord – très rare – de l’Etat hébreu et où peuvent donc prospérer les délinquants de droit commun.

Ce territoire, conquis par Israël en 1967, est aujourd’hui un véritable puzzle de “zones de sécurité”, certaines du ressort de l’Autorité palestinienne, d’autres du ressort de Tsahal. Ces dernières englobent les installations militaires israéliennes et les colonies juives implantées en Cisjordanie.
Les policiers palestiniens n’ont pas le droit d’être en uniforme ou armés sur les routes menant aux secteurs sous contrôle israélien, et encore moins d’y poursuivre les délinquants. Les voleurs de voitures et trafiquants de drogue utilisent donc cette zone de non-droit pour leur échapper.

“Les hors-la-loi savent qu’ils peuvent se réfugier là où il y a des colons et que nous n’aurons pas le droit de les y pourchasser”, explique Adnan Damiri, porte-parole de la police palestinienne.
En 2008, une querelle familiale a dégénéré en fusillade juste à côté d’une base militaire israélienne près de Hébron, raconte Ramadan Awad, chef de la police locale : les échanges de tirs ont duré trois jours et ont fait 7 morts, parce que la police palestinienne n’a pas pu intervenir.

Ces deux dernières années, les forces de sécurité palestiniennes se sont déployées dans des villes telles que Djénine, Naplouse et Hébron, ce qui a eu pour effet de réduire la délinquance dans les zones où elles patrouillent. Mais les malfaiteurs ont déplacé leurs activités.
Il n’existe pas de frontières physiques entre les zones sous contrôle palestinien et celles sous contrôle israélien. Les civils, y compris les délinquants, peuvent donc circuler librement entre les deux, mais pas les policiers palestiniens – qui savent exactement où ils n’ont pas le droit d’aller.

Hébron en est le meilleur exemple. Le centre de la ville est placé sous contrôle israélien. Des points de contrôle bloquent l’accès à la colonie elle-même mais environ 40.000 Palestiniens habitent autour, dans la zone sous contrôle israélien.
Ramadan Awad reçoit chaque jour des appels sur des actes de petite délinquance commis dans ce secteur, et contre lesquels la police palestinienne ne peut rien faire.

Plus grave : deux bandes armées y opèrent. La principale s’est spécialisée dans le vol du bétail et de voitures, exigeant parfois jusqu’à 2.600 euros pour les rendre à leur propriétaire, explique le commissaire Hassan Jabari. Son chef est recherché pour quatre vols à main armée et quatre tentatives de meurtre, dont l’une sur un policier. La police palestinienne tente depuis plus d’un an d’obtenir l’autorisation de pénétrer dans le secteur où opère cette bande, en vain.

Shlomo Brom, un expert sur les questions de sécurité, explique cette réticence israélienne par un phénomène observé durant la seconde Intifada : “Les personnes qui d’un côté servaient dans la police palestinienne étaient de l’autre membres de groupes armés qui combattaient Israël”, rappelle-t-il, en ajoutant que l’Etat hébreu redoute donc encore des frictions entre policiers palestiniens et colons juifs ou soldats israéliens.

Sources : AFP, AP, Reuters, ONU, IRIN

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