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Le régime iranien vacille-t-il ?

Le régime iranien vacille-t-il ?

21 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

Dans un contexte de tensions fortes entre USA et Iran, Washington a tué le 3 janvier à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani, un commandant des Gardiens de la Révolution (armée idéologique) et architecte de la stratégie d’influence régionale iranienne.

 

Le puissant général iranien prévoyait des attaques contre “des infrastructures américaines, dont des ambassades américaines, des bases militaires, des installations américaines à travers la région”, a détaillé Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine.

 

En représailles, l’Iran a tiré le 8 janvier des missiles sur deux bases abritant des Américains en Irak, blessant 11 soldats américains.

Puis quelques heures après, l’Iran a abattu sur son territoire un avion ukrainien qui transportait des civils, en majorité des Iraniens et des Canadiens.

 

L’Iran a d’abord nié être à l’origine du crash, puis deux semaines après, les autorités iraniennes ont reconnu que deux missiles avaient touché l’appareil. Mais Téhéran refuse d’envoyer les boîtes noires à l’étranger. La catastrophe aérienne a suscité des appels à une enquête transparente de la part d’Ottawa et Kiev notamment.

 

Selon les forces armées iraniennes, l’avion a été abattu à la suite d’une “erreur humaine”. Le régime iranien a procédé à des arrestations.

Cependant, des manifestations ont éclaté en Iran, quoique plus modérées qu’en novembre, où la répression avait été très forte, faisant 1 500 morts, selon l’agence Reuters.

 

 

Nucléaire : l’Iran renonce à ses engagements

 

Washington s’est retiré en 2018 de l’accord de Vienne (2015) sur le nucléaire iranien, rétablissant des sanctions asphyxiantes contre l’Iran. En riposte, Téhéran s’est affranchi d’engagements pris dans le cadre de ce pacte.

 

L’Iran a annoncé ce qu’il a présenté comme la “cinquième et dernière phase” de son plan de réduction de ses engagements en matière nucléaire, affirmant qu’il ne se sentait désormais plus tenu par aucune limite “sur le nombre de ses centrifugeuses”.

 

Dans un communiqué, le gouvernement de la République islamique indique néanmoins que “la coopération de l’Iran avec l’AIEA [l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui soumet son programme nucléaire à un strict contrôle, NDLR] se poursuivra comme avant”.

 

Paris, Londres et Berlin ont annoncé le 14 octobre déclencher une procédure contre l’Iran pour qu’il respecte ses engagements pris dans le cadre de l’accord de Vienne.

Les Européens avaient signalé depuis plusieurs semaines leur intention de déclencher ce mécanisme de règlement des différends, note le quotidien américain.

 

Les Etats-Unis et Israël ont appelé jeudi à durcir le ton face à l’Iran en pleine cérémonie marquant à Jérusalem le 75e anniversaire de la libération du camp nazi d’Auschwitz, symbole du génocide juif. 

 

Israël accuse depuis des années l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire, malgré les démentis de Téhéran. Pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, la menace nazie d’antan porte aujourd’hui un autre nom, celui de l’Iran, car Téhéran menace, par son programme nucléaire et balistique, dit-il, l’existence même de l’Etat hébreu.

 

L’Iran pourrait avoir l’arme nucléaire d’ici deux ans, selon les services de renseignement de l’armée. Téhéran possèderait actuellement 850 kilos d’uranium enrichi à 4%.

Le pays pourrait, jugent-ils, posséder la quantité nécessaire d’uranium pour fabriquer une bombe dès l’automne prochain, et commencer ainsi l’enrichissement à 20%.

 

 

La récession va s’accentuer en Iran et les réserves de changes fondre

 

Le rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran a durement frappé son économie : le PIB s’est contracté de 4,6% sur l’exercice fiscal 2019-2020 et devrait fondre encore de 7,2% cette année, d’après l’Institut de la finance internationale (IIF). L’IIF indique en outre que les réserves de changes pourraient chuter à 73 milliards de dollars d’ici mars, en fort recul.

 

Les exportations de brut et de condensats de pétrole étaient de 2,8 millions de barils par jour en mai 2018, date à laquelle Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien et rétabli les sanctions américaines. Elles sont tombées ces derniers mois à moins 0,4 million de bpj, souligne l’IIF.

 

“La baisse des importations n’a que partiellement compensé ce déclin drastique des exportations. Par conséquent, la balance des paiements courants a basculé vers un petit déficit pour la première fois depuis 1998”, écrit l’Institut de la finance internationale, qui regroupe les grandes banques et institutions financières internationales.

 

Les États-Unis ont détaillé début janvier leur nouvelle salve de sanctions contre l’Iran.

Ces nouvelles sanctions visent l’industrie, mais aussi 8 dignitaires iraniens.

Cette nouvelle salve vise aussi 17 producteurs de métaux et des sociétés minières, acier et aluminium, des composants militaires cruciaux pour la construction d’armement.

 

Mais selon de nombreux experts, l’effet sur le régime risque d’être négligeable, car la pression est déjà maximale.

Les principales sanctions visent le pétrole. En avril, Washington mettait fin à l’exemption accordée à 8 pays dont la Chine d’importer du brut iranien.

 

 

Soleimani élevé au rang d’icône de la résistance” à l’Amérique

 

De Gaza au Yémen, les foules rassemblées par les alliés de Téhéran ont rendu hommage début janvier au général iranien Qassem Soleimani, dont l’assassinat pourrait l’élever au rang d’icône de la “résistance” aux Américains.

 

A la tête de la Force Qods, en charge des opérations extérieures de l’Iran, Soleimani a bâti un large réseau d’influence au Moyen-Orient fait de milices chiites en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen, mais aussi d’alliés sunnites chez les Palestiniens de Gaza

 

Elevé au rang de “martyr vivant” de la République islamique avant même son assassinat, le puissant commandant militaire tué vendredi à l’âge de 62 ans, a été qualifié de “monstre” par le président Donald Trump.

 

L’assassinat du haut responsable militaire dans un raid américain a choqué les Iraniens, par-delà les clivages politiques, dans un pays régulièrement secoué de manifestations anti-régime.

Les rues de Téhéran ont été envahies par une foule émue et en colère.

 

Au Yémen, les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont organisé une manifestation pour dénoncer son assassinat. Au Liban, les cérémonies funéraires ont attiré des milliers de personnes ; des portraits de Soleimani ont été affichés dans plusieurs bastions du Hezbollah, le mouvement chiite allié de l’Iran.

 

 

Manœuvres Iran-Chine-Russie : un signal assez fort envoyé par Téhéran

 

L’Iran, la Chine et la Russie ont effectué vendredi 27 décembre quatre jours d’exercices militaires conjoints dans l’océan Indien et le golfe d’Oman. Ces manœuvres montrent le refus de l’Iran de voir s’installer des puissances étrangères, notamment les États-Unis, dans la région.

 

« Et ces manœuvres se déroulent à l’entrée du détroit d’Ormuz qui lui-même débouche sur le golfe Persique, donc la grande zone de production pétrolière d’où part à peu près 30 % de la production mondiale », analyse François Nicoullaud, analyste de politique internationale et ancien ambassadeur de France en Iran.

 

Ces manœuvres « arrivent à un moment où les États-Unis eux-mêmes essaient de renforcer leur contrôle sur le golfe Persique à la suite de différents incidents. Ils ont essayé de bâtir une coalition de différents pays. Pour l’instant, il y a quatre ou cinq pays, mais qui seraient chargés en fait de faire la police dans le golfe Persique », explique l’expert.

 

Les tensions au Moyen-Orient se sont aggravées. L’Iran a été accusé d’avoir miné plusieurs pétroliers au large de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, puis d’avoir attaqué ou saisi d’autres bâtiments maritimes près du détroit crucial d’Ormuz.

 

 

Le bilan de la répression atteindrait 1500 morts

 

En novembre, une hausse surprise du prix de l’essence avait déclenché d’importantes manifestations. Très vite, la contestation avait gagné la capitale et s’était transformée en soulèvement contre le régime. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient même des Iraniens brûlant le portrait du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

 

La répression féroce aurait fait 1 500 morts selon l’agence Reuters. Ce bilan excède largement les chiffres avancés jusqu’ici par les organisations de défense des droits de l’homme.

Téhéran rejette ces accusations en bloc et les qualifie de fausses informations.

 

Le ministre iranien de l’Intérieur avait déclaré le 27 novembre que plus de 140 sites gouvernementaux avaient été incendiés ainsi que des centaines de banques et des dizaines de stations-service.

 

Par ailleurs, 50 bases utilisées par les forces de sécurité avaient également été attaquées, selon des propos rapportés par l’agence de presse iranienne IRNA. Le ministre a déclaré que jusqu’à 200 000 personnes avaient participé aux troubles à l’échelle nationale.

 

Sources : RFI, AFP, Reuters

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