Palestine : la colonisation se poursuit

1- Des clefs pour comprendre
Les négociations de paix en vue de la coexistence d’un État palestinien à côté de l’État israélien piétinent depuis des années.
La raison majeure est celle de la poursuite de la colonisation par Israël dans les territoires occupés.
Suite à la guerre de 1967, l’Etat hébreu a conquis la Cisjordanie et Jérusalem-Est, conquêtes non reconnues par la communauté internationale.
Depuis, le nombre de colons augmente régulièrement dans ces territoires, au détriment de la population arabe. Les colons revendiquent leurs terres au nom d’un héritage biblique.

Depuis qu’Israël a signé son premier accord avec les Palestiniens dans le cadre du processus de paix en 1993, la population des implantations juives en Cisjordanie a plus que doublé, s’élevant à près de 300.000 habitants aujourd’hui.
A cela s’ajoutent environ 200.000 juifs qui vivent dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat indépendant.
Au contraire, Israël a proclamé que Jérusalem réunifiée serait sa capitale à jamais, une initiative reconnue par aucun pays étranger.

Au total, un demi-million de colons juifs vivent aujourd’hui au beau milieu de 3 millions de Palestiniens dans une centaine d’implantations jugées illégales par la communauté internationale et la Cour internationale de justice mais dont Israël considère comme normale l’expansion démographique “naturelle”.
La colonisation se poursuit donc, malgré les nombreux appels de l’ONU, des USA et de l’ensemble des chefs d’Etat étrangers à la stopper. Et malgré aussi des engagements pris par des gouvernements israéliens précédents.

Alors que la Cisjordanie est contrôlée par les troupes israéliennes, avec une autonomie limitée dans certaines zones pour les Palestiniens, ces derniers en revendiquent la totalité dans le cadre d’un futur Etat indépendant qui comprendrait également la Bande de Gaza et Jérusalem-Est. A leurs yeux, les implantations leur rendent la tâche de plus en plus difficile pour l’établissement d’un Etat viable. Ils jugent qu’elles les priveront de la continuité territoriale indispensable.

Excédé, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a rompu toute négociation avec Israël il y a plus d’un an, suite à une offensive majeure d’Israël dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas. Cette offensive a fait 1400 morts, dont de nombreux civils, et Israël est suspecté de crimes de guerre, tout comme le Hamas.

La bande de Gaza avait été évacuée en 2005 par Israël après 38 ans d’occupation. Cependant Israël en contrôle toujours les frontières terrestres et maritimes.
Suite à cette évacuation, le Hamas avait remporté les législatives en janvier 2006. Après 16 mois de cohabitation houleuse au pouvoir avec le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, il s’est ensuite emparé de la bande de Gaza par la force en juin 2007.
Le Hamas reçoit le soutien de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah chiite, basé au Liban.

Depuis la violente prise du pouvoir à Gaza par le Hamas, les milliers de tirs de roquettes ont fait une quinzaine de morts en Israël.
En revanche, depuis 2000, plus de 7.000 Palestiniens ont été tués, surtout des civils. Mais pour Israël, le Hamas est responsable de tout ce qui arrive dans le territoire. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert appelait la population de Gaza à s’en prendre aux dirigeants du Hamas.

Une trêve de 6 mois négociée par l’Egypte était entrée en vigueur en juin 2008 et globalement respectée jusqu’en novembre, lorsque le calme a été rompu par une incursion israélienne meurtrière dans la Bande de Gaza pour détruire un tunnel. En représailles, les groupes armés palestiniens ont repris leurs tirs de roquettes contre Israël qui a riposté en renforçant le blocus du territoire.

Israël a ensuite déclenché une nouvelle offensive majeure dans la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, d’une violence jamais vue depuis 1967. Elle visait à mettre fin aux tirs de roquettes effectués depuis des années sur les localités du sud d’Israël depuis la bande de Gaza.
Suite à cette offensive majeure, Israël et le Hamas ont déclaré séparément des cessez-le-feu le 18 janvier, Israël ayant affirmé avoir atteint ses objectifs militaires.
Cependant le Hamas demeure puissant et la trêve est régulièrement rompue de part et d’autre.

En Israël, cela a renforcé le sentiment anti Palestiniens, et un gouvernement très à droite s’est mis en place en mars 2009 grâce au concours des petits partis d’extrême droite ou ultra-orthodoxes, donnant peu d’espoir sur la création d’un Etat palestinien.
Les négociations, infructueuses depuis des années, sont complètement dans l’impasse.

Le président palestinien Mahmoud Abbas demande qu’Israël cesse toute construction dans les territoires occupés pour que des négociations reprennent. Il juge insuffisant le gel temporaire des activités de construction décidé l’automne dernier par Israël : sous la pression américaine, Benjamin Netanyahu avait ordonné en novembre un “gel” de dix mois des nouvelles constructions en Cisjordanie.

Cette mesure ne concerne cependant ni Jérusalem-Est, ni les édifices publics (synagogues, écoles, hôpitaux, bains rituels…), ni 3.000 chantiers en cours.
Il faut préciser qu’en août, le mouvement israélien “La Paix Maintenant”, opposé à la colonisation, dénonçait qu’en Cisjordanie les permis déjà délivrés autorisent la construction de jusqu’à 40.000 logements dans les prochaines années.

La décision du gouvernement israélien ne satisfait ni les Palestiniens ni les colons en colère.
Les organisations de colons revendiquent la Cisjordanie comme la terre biblique d’Israël et étendent de longue date leurs implantations sans autorisation de l’Etat.
Le gouvernement israélien est soumis à une forte pression de la communauté internationale, et notamment des Etats-Unis, qui réclament un gel total des constructions pour permettre la reprise des négociations de paix avec les Palestiniens.

Washington s’efforce depuis des mois de remettre sur les rails le processus de paix, en vain.
En janvier, l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell avait évoqué l’éventualité de pressions financières sur l’Etat hébreu pour l’inciter à faire des concessions.
Les Etats-Unis pourraient retirer leur soutien aux garanties de prêt à Israël, système de garanties grâce auquel l’Etat hébreu a bénéficié de milliards de dollars de prêts à des taux préférentiels.


2- Netanyahu hausse le ton sur Jérusalem avant d’être reçu par Obama

Israël a conquis et annexé le secteur oriental de la Ville sainte en 1967. Une douzaine de nouveaux quartiers juifs abritant quelque 200.000 Israéliens vivent dans ce secteur, aux côtés de 270.000 Palestiniens.
Israël considère l’ensemble de la ville comme sa capitale “indivisible et éternelle”, tandis que les Palestiniens veulent établir la capitale de leur futur Etat à Jérusalem-Est annexée.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a haussé le ton mardi à propos de Jérusalem, faisant apparemment peu de cas du mécontentement du président US Barack Obama, qui l’a ensuite accueilli pour un dîner de travail à la Maison Blanche.
M. Netanyahu avait planté le décor de la rencontre en prévenant des journalistes que “si les Américains soutiennent les demandes déraisonnables présentées par les Palestiniens concernant un gel de la construction à Jérusalem, le processus politique risque d’être bloqué pendant un an”.

“Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3.000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui”, avait lancé lundi le dirigeant israélien devant l’AIPAC, le principal groupe d’influence américain pro-Israël réuni en congrès à Washington. “Jérusalem n’est pas une colonie. C’est notre capitale”, avait-il insisté.
Ces déclarations menacent les efforts américains pour relancer le processus de paix, a réagi mardi l’Autorité palestinienne. Un conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que l’absence de gel de la colonisation risquait de faire échouer les efforts de paix.

L’annonce il y a deux semaines, en pleine visite du vice-président américain Joe Biden, d’un projet de construction de 1.600 nouveaux logements pour des colons juifs à Jérusalem-Est a incité les Palestiniens à suspendre leur accord pour des pourparlers indirects sous l’égide de l’émissaire d’Obama au Proche-Orient, George Mitchell.
Cette annonce a suscité une crise sans précédent depuis 25 ans dans les relations israélo-américaines, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton l’ayant jugé insultante pour les efforts de paix américains. Elle a malgré tout réaffirmé aujourd’hui le soutien “solide comme un roc” de Washington à l’Etat hébreu.

“La seule façon de résoudre la question de Jérusalem est de retourner à la table des négociations”, selon Philip Crowley, le porte-parole de la diplomatie américaine.
Le Premier ministre israélien, fin connaisseur de la politique américaine, a enregistré le soutien du Congrès. “Nous, au Congrès, nous sommes aux côtés d’Israël. C’est un point sur lequel nous avons un engagement au-delà des clivages partisans”, a assuré la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi.


3- Un vaste plan de construction à Jérusalem-Est présenté à une commission

La municipalité de Jérusalem a présenté à une commission de l’urbanisme un plan prévoyant la construction d’hôtels, d’entreprises et de nouveaux logements pour les Palestiniens dans le centre de Jérusalem-Est, a-t-on appris mardi.
Le plan prévoit l’aménagement d’une vaste zone près de la vieille ville pour le tourisme et le commerce, ainsi que 1.000 appartements supplémentaires.

Le projet a été remis à une commission locale en charge de l’urbanisme, précise la municipalité. Il s’agit de la première étape dans une longue procédure d’autorisation des travaux, qui même si elle se déroule sans accroc pourrait durer des années.
Un graphique montre de nouveaux logements construits au-dessus de structures actuelles, ce qui laisse penser que ces vieux bâtiments ne seraient pas détruits.
Le plan date de 2008 et les Palestiniens l’ont par le passé dénoncé, estimant que de vastes zones seraient rasées.


4- Légères concessions israéliennes

Benjamin Netanyahu, dans une conversation téléphonique avec Hillary Clinton vendredi, a insisté sur des mesures que son gouvernement pourrait prendre. Selon certains responsables israéliens, s’il n’y a pas de gel officiel, les constructions à Jérusalem-Est pourraient être limitées.
4 ministres israéliens ont rapporté dimanche, sous couvert de l’anonymat, qu’il a promis aux Etats-Unis que son gouvernement allait reporter les projets de nouvelles constructions à Jérusalem-Est et libérer des prisonniers palestiniens.

Par ailleurs, lundi, le ministre israélien de l’Habitat, Ariel Attias, a renoncé à participer au lancement du chantier de 600 logements dans une implantation urbaine au nord de Jérusalem, en Cisjordanie occupée, selon la radio militaire.
En outre, une commission de planification urbaine de la mairie de Jérusalem a ajourné une réunion prévue lundi. Elle devait donner son feu vert à la construction de 12 logements et d’un centre commercial dans le quartier de colonisation de Har Homa, près de Bethléem.


5- L’étonnement des habitants juifs de Jérusalem-Est face à la controverse

Les habitants de Ramat Shlomo à Jérusalem-Est, comme la plupart des Israéliens, ne comprennent pas l’émoi suscité par la construction de 1.600 nouvelles unités de logement dans ce quartier ultra-orthodoxe. Considéré par les Palestiniens et la communauté internationale comme une colonie, Ramat Shlomo n’est pour eux qu’un quartier où la population commence à manquer d’espace.

Situé dans la partie orientale de la ville, capturée avec sa population palestinienne par Israël en 1967 des mains de la Jordanie, Ramat Shlomo a été construit en 1996. Dans ses 2.300 logements vivent 20.000 ultra-orthodoxes, attirés par des logements à bas prix et désireux de vivre à l’écart du reste de la population juive plus laïque.

Les habitants sont déconcertés par le tumulte politique qu’a causé la décision de l’Etat hébreu de construire 1.600 nouveaux logements.
“Nous ne comprenons pas comment cela nous est tombé dessus”, a déclaré Ezra Berger, directeur du centre communautaire du quartier. “Nous sommes simplement des gens normaux vivant ici dans un quartier normal de Jérusalem”. Pour M. Berger, le raisonnement sous-tendant ces nouvelles constructions est simple : les habitants ont des familles nombreuses et manquent de place.

Les constructions dans les quartiers juifs de Jérusalem-Est font également consensus au sein de la population israélienne, qui n’y voit rien de politique. L’opposition centriste et pacifique au Premier ministre Benyamin Nétanyahou n’a exprimé aucune critique.
De plus, la construction de logements à Jérusalem-Est n’est pas concernée par le moratoire de 10 mois des mises en chantier de logements décrété par le gouvernement de Benjamin Netanyahu dans les colonies de Cisjordanie occupée.

En revanche, pour la population palestinienne, chaque nouveau projet de construction à Jérusalem-Est est un coup porté à leur désir d’en faire la capitale de leur futur Etat. Leur colère contre ce qu’ils considèrent comme une tentative de réduire la population arabe et d’imposer la mainmise juive sur la ville s’exprime régulièrement.

Coincés entre des quartiers où vivent près de 200.000 juifs, 270.000 Palestiniens vivent dans des quartiers où la construction a été sévèrement limitée par Israël. Ils fustigent l’Etat hébreu pour avoir négligé le développement des infrastructures de leurs quartiers et les besoins de logement liés à la croissance naturelle de la population.
Stephan Miller, porte-parole de la municipalité de Jérusalem, nie toute discrimination dans la politique d’urbanisation de la ville.

Mais un tiers du territoire annexé par Israël en 1967 a été exproprié par le gouvernement, souvent des mains de propriétaires privés palestiniens. Si le gouvernement a approuvé la construction de 50.000 logements pour la population juive, il n’en a construit aucun pour les Palestiniens, selon les chiffres de B’Tselem, le centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les Territoires occupés.


6- Poursuite de la colonisation à Jérusalem-Est, au détriment des Palestiniens

En l’espace d’une année, l’administration Obama a ravalé ses prétentions. Elle a d’abord franchement demandé l’arrêt de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, puis salué le gouvernement Nétanyahou pour avoir accepté une suspension de dix mois des activités d’implantation, sauf à Jérusalem-Est. Barack Obama est devenu le dernier président américain à se heurter à un mur et à des positions inflexibles qui ont chaque fois bloqué le processus de paix au Proche-Orient.

Concernant la dernière annonce de construction de 1.600 logements à Jérusalem-Est, si la nouvelle est survenue au mauvais moment, le ministre de l’Intérieur Elie Yishaï, du parti religieux Shass, a tenté d’apaiser la polémique en assurant que cette décision n’avait “rien à voir” avec la visite de M. Biden, et a indiqué que le projet immobilier en question a été établi il y a trois ans.

Début mars, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, John Holmes, a dénoncé les expulsions et les démolitions en Cisjordanie et à Jerusalem-Est.
Le maire de Jérusalem Nir Barkat a en effet dévoilé un plan de démolition de 88 maisons palestiniennes en plein cœur d’un quartier palestinien à Jérusalem-Est, afin de construire un centre touristique.
Il a toutefois suspendu son plan pour une période indéterminée, à la suite d’une demande de dernière minute du Premier ministre israélien d’organiser d’abord des consultations avec les habitants palestiniens.

L’Etat hébreu a été sévèrement critiqué pour avoir détruit des maisons palestiniennes à Jérusalem-Est, les qualifiant de constructions illégales. La plupart de ces constructions sont illégales du fait des difficultés rencontrées par les Palestiniens pour obtenir des permis de construire. Selon un nouveau rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), seul 13% de Jérusalem-Est a été déclaré constructible pour les Palestiniens.

Fin février, le quotidien Haaretz a rapporté qu’Israël a l’intention de construire 600 nouveaux logements en territoire occupé qu’il considère comme faisant partie de Jérusalem-Est.
Un projet similaire dévoilé à la fin de l’année dernière avait été condamné par la communauté internationale.

Début janvier, la commission de planification de la municipalité de Jérusalem a donné son feu vert à la construction de 4 nouvelles résidences d’habitation à Jérusalem-Est, soit 24 appartements.
Ce projet immobilier est financé par le milliardaire juif américain Irving Moskowitz, un des plus actifs mécènes désireux de consolider la présence israélienne dans les secteurs contestés de la Ville Sainte.
Fin décembre, provoquant une nouvelle fois la colère des Palestiniens, Israël a dévoilé un projet de construction de plus de 700 nouveaux logements dans des secteurs de Cisjordanie que l’Etat juif considère comme appartenant à Jérusalem.

En novembre, Israël avait approuvé un projet de construction de 900 nouveaux logements dans la colonie de Gilo, à la périphérie de Jérusalem-Est, où vivent déjà 40.000 Israéliens.
De telles mesures impliquent l’éviction de familles palestiniennes.
Cela a suscité l’indignation internationale, dont celle du président américain Barack Obaman, trahissant la frustration américaine devant l’impasse du processus de paix et de ses propres efforts.


7- Les hauts lieux de la contestation

A Jérusalem-Est, l’Esplanade des Mosquées, ou Mont du Temple, est une poudrière.
L’Esplanade des Mosquées, qui abrite à la fois la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher, est le troisième lieu saint de l’islam.
Les Juifs appellent cet endroit Mont du Temple. Les temples de Salomon et d’Hérode s’y élevaient autrefois et c’est le lieu le plus saint du judaïsme.

Certains extrémistes juifs ne cachent pas leur intention de reconstruire le temple biblique sur son site originel.
L’Esplanade des Mosquées est bâtie sur le site du Temple juif détruit par les Romains en l’an 70 de l’ère chrétienne, dont le principal vestige est le Mur des Lamentations.

Les autres hauts lieux de la contestation palestinienne en Cisjordanie sont Hébron, Nilin, Bilin et Nabi Saleh.
Plus de 160.000 Palestiniens vivent à Hébron, une des plus grandes villes palestiniennes de Cisjordanie dont l’armée israélienne s’est en partie retirée en 1998.
Hébron vit sous tension permanente en raison de la présence de quelque 600 colons installés au cœur de la cité, tandis que 6.500 autres habitent l’implantation de Kyriat Arba située dans la périphérie.


8- Violences à Jérusalem-Est et en Cisjordanie

George Mitchell, qui a rencontré lundi à Amman (Jordanie) le négociateur palestinien Saeb Erekat, a appelé Israël et les Palestiniens à la “retenue” après les violences dans les territoires palestiniens et à Jérusalem-Est, afin de permettre la tenue de pourparlers indirects.
Saeb Erekat a, lui, réaffirmé que les Palestiniens étaient prêts à donner “une chance” aux pourparlers indirects, même s’il a rejeté sur Israël “la responsabilité du blocage des négociations par sa politique de colonisation à Jérusalem et de provocation”.

En Cisjordanie, à Naplouse”, 4 Palestiniens sont morts en 24 heures, dont 2 dimanche qui avaient tenté de poignarder un soldat, selon l’armée.
Le porte-parole du gouvernement palestinien Ghassan Khatib a réclamé une enquête indépendante sur la mort de ces 2 Palestiniens, citant des témoignages selon lesquels ils auraient été abattus après leur arrestation. Les funérailles des jeunes gens ont rassemblé quelque 1.500 personnes.

Deux adolescents palestiniens ont également été tués samedi en affrontant à coups de pierres l’armée israélienne dans un autre village proche de Naplouse.
Ghassan Khatib a souligné que ces 4 décès constituaient le plus lourd bilan de violences pour les Palestiniens en Cisjordanie depuis plus d’un an.

L’Autorité palestinienne a accusé dimanche Israël de répondre aux efforts diplomatiques par “l’assassinat” de Palestiniens, et d’entraver la reprise du dialogue par sa politique de colonisation à Jérusalem-Est annexée.
Depuis le feu vert donné le 9 mars par l’Etat hébreu à la construction de 1.600 nouveaux logements à Jérusalem-Est, de fréquents accrochages ont lieu entre manifestants palestiniens et forces israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée, lors de protestations contre la colonisation juive.

De nouveaux affrontements ont notamment opposé vendredi des Palestiniens aux forces de sécurité israéliennes à Jérusalem-Est et à Hébron, en Cisjordanie. Les manifestants ont jeté des pierres contre les soldats, incendié des poubelles, des pneus et un drapeau israélien. Les forces de sécurité ont répliqué en utilisant des gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. On ne signalait pas de victimes.

Avant même le 9 mars, plusieurs manifestations et incidents violents avaient lieu ces dernières semaines à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, après la décision prise le 21 février par l’Etat hébreu d’inscrire deux sites de Cisjordanie à son patrimoine national.
L’inscription notamment du Caveau des patriarches de Hébron, vénéré par les trois religions monothéistes, a soulevé la colère des Palestiniens. Ils ont qualifié cette décision de provocation, le président Mahmoud Abbas disant craindre le déclenchement d’une “guerre de religion”.

Du coup, Israël avait bouclé la Cisjordanie entre le 13 et le 17 mars. Puis, estimant le calme revenu, la police israélienne a levé le bouclage et autorisé l’accès à l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Mais des milliers de policiers restent en alerte.
De violents affrontements avaient éclaté le 16 mars entre policiers et une centaine de jeunes Palestiniens à Jérusalem-Est. C’étaient les plus importants heurts depuis des années entre policiers et Palestiniens.

Les Palestiniens avaient aussi ressenti comme une provocation la réouverture d’une ancienne synagogue dans la vieille ville. L’Organisation de la Conférence islamique (OCI) a dénoncé sa construction sur ce qu’elle considère être des terrains palestiniens.
Ces décisions de l’Etat juif sont ressenties par les Palestiniens comme autant de coups portés à leurs vieux espoirs de fonder un Etat indépendant et viable avec Jérusalem-Est comme capitale.
Des affrontements avaient aussi éclatés en septembre et octobre pour des motifs religieux.

Des manifestations ont aussi régulièrement lieu dans Jérusalem-Est pour protester contre les expulsions de Palestiniens de leurs maisons au profit de colons juifs.
Début mars, environ 2.000 personnes avaient ainsi manifesté. Les protestataires comptaient de nombreux Israéliens de gauche, qui dénonçaient les expulsions de familles palestiniennes de maisons où elles vivent depuis des décennies et où des colons juifs ont ensuite le droit d’emménager.

De vives tensions régnaient depuis quelques jours dans la Vieille ville dans et autour de l’Esplanade des Mosquées ainsi que dans plusieurs quartiers arabes de Jérusalem à la suite d’affrontements entre manifestants palestiniens et policiers israéliens.
Plusieurs familles palestiniennes de Cheikh Jarrah ont été expulsées ces derniers mois au profit de colons israéliens sous le motif que ces maisons auraient appartenu à des juifs avant la création de l’Etat d’Israël en 1948. Ces expulsions ont provoqué des manifestations réprimées par la police qui a interpellé des pacifistes israéliens et des militants pro-palestiniens étrangers.

A Jérusalem-Est, les Arabes sont de plus en plus chassés de leurs habitations.
Les démolitions de maisons occupées par des Palestininens augmentent, ce qui entraîne parfois des violences de la part des expulsés.
Et les révocations d’autorisation de résider à Jérusalem-Est se multiplient au détriment de la population palestinienne de la ville.

La politique suivie par Israël depuis la conquête et l’annexion de la partie orientale de Jérusalem, en 1967, est dénoncée avec constance par les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations unies.
Cette politique consiste notamment à démolir les habitations bâties sans permis de construire israéliens, à évincer les Palestiniens des logements dont il ne peuvent pas prouver qu’ils sont propriétaires et à développer les logements pour les Juifs à Jérusalem-Est.

Pour les Palestiniens, l’objectif est de chasser le maximum de résidents arabes de la ville et de réduire leur présence à sa périphérie afin de ruiner leur espoir de voir Jérusalem-Est devenir la capitale d’une future Palestine indépendante.
De plus, selon un document interne à l’Union européenne cité par le quotidien Haaretz, la municipalité de Jérusalem ne consacre que 10% de son budget à ses 35% d’administrés arabes, qui ne bénéficient pas des mêmes prestations que les habitants juifs, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.


9- Vers une troisième intifada palestinienne ?

La montée de la violence au Proche-Orient, qui rappelle à certains les débuts de la seconde intifada palestinienne, il y a près de 10 ans, est un défi pour la diplomatie américaine.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé qu’il n’était pas question de limiter les constructions dans la zone de Cisjordanie annexée à Jérusalem.
Le négociateur palestinien Saëb Erekat a jugé la situation “explosive” et l’ex-Premier ministre Ahmed Koreh a mis en garde contre une troisième intifada.

La première avait éclaté en 1987, avant la conclusion des accords d’autonomie d’Oslo, la seconde en septembre 2000 autour de Jérusalem, où Ariel Sharon, alors dans l’opposition, avait voulu affirmer les droits d’Israël sur l’esplanade des Mosquées.
Certains analystes doutent que les derniers troubles préludent à un nouveau bain de sang comparable à celui des années 2000, mais les échanges de pierres et de balles de caoutchouc entre les manifestants et les forces israéliennes rappellent la première révolution des pierres.

Pour sa part, le Hamas prône précisément un troisième soulèvement et avait appelé le 16 mars à une “journée de la colère”, qui a dégénéré en violences à Jérusalem-Est.
Il s’agissait du plus grave accès de violence dans la ville sainte depuis de nombreux mois.
Certains analystes jugent inévitable la poursuite de ces troubles tant que les efforts de paix resteront en état d’hibernation.

Il est de fait que, ces derniers mois, le nombre des manifestations régulièrement organisées par les Palestiniens a augmenté, notamment à Jérusalem. “Il y a une escalade claire”, souligne l’analyste politique palestinien Hani al Masri. Réprimées avec une dureté croissante par les forces israéliennes, elles pourraient bien déstabiliser la Cisjordanie, où Mahmoud Abbas, tout en excluant un recours à la violence, soutient la “résistance populaire” et l’activisme de la population dont il a la charge.
Pour Masri, “si l’Autorité palestinienne persiste dans son hostilité à une intifada, celle-ci aura lieu quand même et contre elle. Si les événements actuels suivent leur cours actuel, l’intifada va vite se produire.”


10- Les colons juifs inflexibles sur la Cisjordanie

En dépit des pressions de la communauté internationale, le nouveau chef du conseil des colons israéliens récuse tout retrait de Judée et Samarie, appellation biblique de la Cisjordanie, et il évoque même la perspective d’y tripler le nombre de Juifs pour qu’il atteigne le million.
Naftali Bennett est un informaticien de 37 ans qui a pris ce mois-ci ses fonctions de directeur du YESHA, la fédération des colons qui considèrent la Cisjordanie, où vivent deux millions et demi de Palestiniens, comme partie intégrante du Grand Israël.

On n’entend plus parler en ce moment de heurts engendrés en Cisjordanie par l’application du moratoire de 10 mois.
Cela alors qu’en décembre le gouvernement israélien envisageait d’employer les grands moyens pour faire respecter le gel des nouvelles constructions dans les implantations juives de Cisjordanie. L’armée pourrait ainsi avoir recours aux forces spéciales, à des drones et aux équipements de brouillage des télécommunications, d’après des responsables militaires israéliens.

Et l’armée israélienne a élaboré un vaste plan d’action prévoyant le recours à des “centaines” d’hommes pour détruire des bâtiments construits illégalement dans les colonies de Cisjordanie, avait déclaré en décembre un responsable des services de sécurité.
Ce plan vise les bâtiments dont la mise en chantier a débuté en dépit du moratoire de dix mois sur la construction de nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie occupée.

En novembre et décembre, des inspecteurs ont distribué des ordres de destruction dans des colonies de Cisjordanie, ce qui a provoqué une série d’incidents entre colons et forces de l’ordre, jusqu’en janvier.
Les médias précisaient que le commandement militaire de la région centre, qui comprend la Cisjordanie, prévoyait que les opérations de destruction risquaient de dégénérer en affrontements avec les colons.

Des responsables des colons furieux ont promis de continuer à résister au moratoire, ce qui leur a valu une mise en garde du ministre israélien de la Défense Ehoud Barak.
Mais en janvier, ce dernier a reçu des dizaines de menaces de mort.
Des menaces prises au sérieux en Israël. En 1995, le Premier ministre Yitzhak Rabin avait été tué par un étudiant extrémiste juif hostile à ses gestes de paix envers les Palestiniens.

Des Juifs extrémistes s’en sont aussi pris à des Palestiniens en guide de représailles contre la décision du gouvernement de freiner la construction de colonies en Cisjordanie.
Les dernières violences entrent dans le cadre d’une stratégie avouée de rétorsion contre les Palestiniens chaque fois que le gouvernement s’apprête, ou est perçu comme s’apprêtant, à le mettre au pas, note Sarit Michaeli, de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem.
Les Palestiniens sont victimes depuis des années du harcèlement des colons voisins.

De plus, B’Tselem accuse les autorités de se montrer laxistes devant les exactions commises par leurs éléments les plus extrémistes, une accusation que récuse la police.
Mohamed al Zebn, un paysan palestinien, affirme pour sa part n’avoir aucune confiance dans la protection des forces de sécurité israéliennes. Il dit que l’armée n’a pas levé le petit doigt lorsqu’il a été harcelé par des colons alors qu’il s’occupait de ses oliviers qui avaient été saccagés lors d’une précédente expédition. Selon lui, le nombre de colons qui se livrent à des violences ne cesse de croître. Et il reconnaît que les Palestiniens se vengent de ces attaques.

En août, un rapport du Comité spécial de l’ONU chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affirmait que de graves violations des droits de l’homme sont commises par Israël dans les territoires palestiniens occupés. Il a exprimé « sa préoccupation particulière pour le nombre croissant de cas de violence par des colons juifs contre la population palestinienne en Cisjordanie en présence de l’armée et de la police israélienne ». Il a souligné également « les violations récurrentes des droits économiques et culturels, en particulier le droit à l’éducation et à la santé, les restrictions supplémentaires aux déplacements, les attaques et les destructions de terrains agricoles et de vergers palestiniens ».

En juin cependant, Israël a attribué une indemnisation de 82.000 dollars à 50 familles palestiniennes dont les propriétés avaient été endommagées par des colons israéliens lors d’émeutes l’an dernier à Hébron en Cisjordanie.
Mais dans la majeure partie des cas, les colons ne sont pas punis malgré les exactions.
La ville d’Hébron surtout est le théâtre d’affrontements.

Selon B’Tselem, des colons juifs ont confisqué en Cisjordanie des milliers d’hectares de terre qui ne leur étaient pas destinés, certains étant même la propriété de Palestiniens. Cela y comprit en ayant recours à la violence pour chasser les Palestiniens. L’organisation ajoute que, dans de nombreux cas, les autorités israéliennes ferment les yeux sur la pose de clôtures non autorisées et ne punissent pas les colons fautifs.

Les Palestiniens rapportent que l’armée ne fait pas grand chose pour prévenir les agressions des colons et se contente souvent de mettre un terme aux incidents en enjoignant aux paysans palestiniens de déguerpir.
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert avait comparé en septembre 2008 à un pogrom un raid de représailles mené par des colons juifs dans un village palestinien de Cisjordanie. Aucune arrestation n’avait été effectuée après ce raid. Une députée de gauche, Zehava Galon, avait accusé les autorités israéliennes de fermer les yeux depuis des années sur les violations de la loi par les colons.


11- Les colonies israéliennes reflèteraient un choix économique

Israël construit des milliers de logements chaque année en Cisjordanie et ceux qui les occupent le font principalement pour des raisons économiques, selon une étude statistique.
Les Etats-Unis et l’Union européenne jugent ces implantations illégales et y voient un obstacle à la paix entre Israël et les Palestiniens. Mais les Israéliens sont attirés par ces logements proposés à des prix abordables.

“Depuis 2004, 6.657 nouvelles structures se sont ajoutées aux colonies de Cisjordanie”, dit le rapport du Macro Center for Political Economics de Tel Aviv, publié mardi, qui précise l’étendue et les coûts des nouvelles constructions de logements de 2004 à 2008.
L’extension des colonies juives s’est poursuivie depuis lors. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a décrété en novembre dernier un moratoire limité sur les constructions, mais il s’est refusé de procéder à un gel total comme le lui demandaient Américains et Palestiniens.

Durant la période 2004-2008, les nouveaux bâtiments apparus consistent pour l’essentiel en ensembles d’appartements.
“Les coûts de construction dans les colonies de Cisjordanie ont totalisé 17,4 milliards de dollars au cours des quarante dernières années”, rapportent les auteurs de l’étude. “Le coût des immeubles de logements a représenté près de 13,7 milliards, soit 78% du total.”
Les chercheurs du Macro Center précisent que les données proviennent pour l’essentiel de photographies aériennes de 128 implantations juives de Cisjordanie. Jérusalem-Est en est exclue.

Des logements sont construits en plus grand nombre du côté ouest de la barrière de séparation établie en Cisjordanie qu’à l’est, Israël jugeant possible que les implantations situées au-delà de cette barrière soient un jour évacuées dans le cadre d’un accord de type terre-contre-paix avec les Palestiniens.
“Le nombre de nouveaux bâtiments apparus du côté ouest s’élève à 5.900, contre 757 du côté est”, note le document. “Les Israéliens ne veulent pas vivre au-delà de la barrière de séparation.”

Les implantations situées à l’est de la barrière forment souvent des villages reculés et haut perchés où vivent des juifs ultrareligieux convaincus de devoir revenir sur les terres bibliques de Judée et Samarie.
“Les prix de l’immobilier à l’ouest de la barrière sont les plus bas, les dispositifs de sécurité y sont meilleurs que du côté est et un meilleur accès aux principales villes permet aux colons de travailler en Israël”, notent les auteurs de l’étude. “De surcroît, comme la plupart des Israéliens pensent qu’il y aura un retrait israélien du côté est de la barrière, ils ne souhaitent pas prendre le risque d’une future évacuation.”


12- Le moratoire peu respecté

Début mars, lors de la visite de l’émissaire US au Proche-Orient George Mitchell pour relancer des pourparlers indirects entre Israël et l’Autorité palestinienne, Israël a annoncé la construction de 112 nouveaux logements pour les Juifs dans la colonie de Beitar Ilit, arguant que celle-ci n’est pas incluse par le “moratoire” partiel de dix mois.
Cette annonce n’a pas suscité de réaction particulière de la part de la communauté internationale.

Et malgré leur colère, les Palestiniens ont accepté, à contre-cœur, la reprise de pourparlers de paix indirects avec l’Etat hébreu, sous l’égide des Etats-Unis.
Côté israélien, la poursuite de la construction de logements en Cisjordanie a été condamnée par le secrétaire général de La Paix Maintenant, le principal mouvement anti-colonisation, Yariv Oppenheimer.
La Paix Maintenant avait précisé le mois dernier que la construction de logements s’est poursuivie dans un quart des implantations de Cisjordanie en dépit du “gel” de la colonisation.


13- Israël a détruit des “structures illégales” en Cisjordanie

En janvier, Tsahal a rasé ce qu’Israël présente comme des structures illégales qui abritaient quelque 150 Palestiniens dans la zone de Cisjordanie occupée où il exerce une complète autorité civile et militaire.
Les abris, l’école et les écuries détruites avaient été “illégalement érigés” sur un terrain d’entraînement militaire en zone C, “mettant en danger la vie de leurs occupants”, a explique Lee Hiromoto, porte-parole des autorités de tutelle israéliennes.

Un responsable local palestinien, Atef Hanini, a contesté les motifs avancés par l’Etat juif, soulignant que la communauté rurale visée vivait depuis des décennies dans cette zone de Tana, à l’est de Naplouse, et précisé qu’elle avait rejeté un ultimatum pour démanteler elle-même ses infrastructures.
En vertu des arrangements intérimaires issus des accords d’autonomie d’Oslo de 1993, Israël exerce un contrôle total sur une superficie de plus de 60% de la Cisjordanie occupée, connue sous le nom de “zone C”.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu, les restrictions urbanistiques imposées par Israël dans cette zone impliquent que des dizaines de milliers de Palestiniens qui y vivent n’ont d’autre choix que d’y bâtir sans autorisation de l’occupant.
L’instance onusienne a recensé en 2009 la démolition de 180 structures palestiniennes dites illégales en zone C, qui a entraîné le déplacement de 319 personnes, dont 167 enfants.


14- L’Autorité palestinienne va interdire le travail dans les colonies juives

L’Autorité palestinienne va adopter une loi interdisant aux travailleurs palestiniens de travailler dans les colonies juives de Cisjordanie, a déclaré début mars le ministre palestinien de l’Economie Hassan Abou Lidbeh.
La loi, qui devrait être signée par le président de l’Autorité Mahmoud Abbas d’ici à la fin du mois, a été rédigée par M. Libdeh. Ce dernier a estimé qu’il était important que les Palestiniens soient en accord avec leur position contre les colonies. “Ma population, ma société, contribue à faire vivre les colonies, donc je vise cette contribution”, a-t-il déclaré.

L’Autorité palestinienne va s’employer à trouver des alternatives pour les Palestiniens qui travaillent actuellement dans les colonies, mais ils ne seront pas obligés de quitter leur emploi, a toutefois précisé M. Libdeh. Il a ajouté qu’à l’avenir, les Palestiniens travaillant dans les colonies seront en infraction avec la loi, mais n’a pas voulu s’étendre sur les sanctions.

La législation interdira également la vente de produits issus des colonies dans les magasins palestiniens, a-t-il ajouté, estimant que la somme des ventes annuelles de ces produits dans les commerces palestiniens s’élevait entre 150 et 370 millions d’euros.
Au cours des derniers mois, les forces de sécurité palestiniennes ont commencé à intercepter des cargaisons de produits venant des colonies, a déclaré le ministre, sans préciser le volume de marchandises ayant été confisquées.

Quelque 20.000 à 30.000 Palestiniens travaillent dans les colonies juives, dans la construction et l’industrie notamment. Ils estiment ne pas avoir d’autre choix, du fait du marasme économique en Cisjordanie.
Les quelque 120 colonies israéliennes en Cisjordanie, où habitent 300.000 Israéliens, sont la pierre angulaire des pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens. Les Palestiniens souhaitent leur évacuation en vue de la création d’un futur Etat palestinien.


15- Les manifestations contre le mur sont de plus en réprimées

Israël a entrepris en 2002, au plus fort de l’intifada (soulèvement) palestinienne qui avait éclaté en 2000, de construire une barrière de sécurité avec murs de béton, fossés et itinéraires de surveillance militaire, ceci en vue d’empêcher des kamikazes d’atteindre ses villes.
Mais les Palestiniens affirment que la barrière vise à annexer des portions de Cisjordanie à Israël.

Une fois achevé, le mur de séparation doit parcourir quelque 720 kilomètres, en s’enfonçant fréquemment en Cisjordanie. Il sépare parfois des villages de leurs terres cultivées.
L’ouvrage a été jugé illégal il y a 5 ans par la Cour de justice internationale parce qu’il empiète sur une partie du territoire occupé.
Le tracé de la barrière de séparation empiète sur la Cisjordanie, sépare les communautés palestiniennes et rend problématique la création d’un Etat palestinien viable.

L’ONU estime que ce mur a des conséquences humanitaires dramatiques sur la vie quotidienne des Palestiniens.
Début juillet, le bureau du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme en Cisjordanie a appelé à son démantèlement. Il a appellé également le gouvernement israélien à verser des réparations aux populations qui ont souffert de sa construction.

Dans Jérusalem, ce mur serpente pour rattacher à la ville autant de colonies juives que possible, tandis que plusieurs quartiers arabes en sont désormais séparés. Plusieurs dizaines de milliers d’habitants arabes de Jérusalem se sont ainsi retrouvés artificiellement en Cisjordanie.
Les chantiers du mur sont le théâtre de sanglants affrontements entre forces de sécurité et Palestiniens souvent soutenus par des manifestants de gauche d’Israël ou d’ailleurs.

Deux villages palestiniens de Cisjordanie occupée, Bilin et Nilin, sont devenus depuis plusieurs années les symboles de la résistance.
Bilin notamment était devenu le symbole de la contestation contre le “Mur”, qui privait les villageois de plus de la moitié de leurs terres : 232 hectares avaient ainsi été confisqués pour bâtir la barrière protégeant l’implantation juive de Modiin Ilit.

Depuis 2005, des manifestants marchent tous les vendredis de Bilin jusqu’à la barrière de sécurité. Une mobilisation qui a bénéficié d’un important soutien international.
Au moins 6 manifestants ont été tués entre Bilin et le village voisin de Nilin, et des centaines d’autres blessés dans les fréquents affrontements qui ont éclaté, l’armée israélienne considérant ces rassemblements comme illégaux. Des soldats israéliens ont aussi été blessés.

La répression est montée d’un cran, car Israël a décrété zone militaire fermée chaque vendredi et pour six mois Bilin et Nilin. La mesure, décidée il y a trois semaines, interdit aux Israéliens, aux étrangers et aux Palestiniens ne vivant pas dans le secteur de se rendre sur place de 8 heures du matin à 8 heures du soir chaque vendredi, au cours des six prochains mois.
L’armée israélienne a fréquemment recours à ce genre de mesure lors des manifestations, mais c’est la première fois qu’un tel ordre est appliqué d’emblée pour une période aussi longue.

Néanmoins, Bilin avait remporté il y a plusieurs mois une victoire judicaire : mi-février, sur décision de la Cour suprême, Israël a annoncé avoir entamé des travaux pour déplacer un tronçon de son mur de sécurité.
Des habitants de Bilin avaient déposé en 2007 une réclamation contre la confiscation de terres agricoles que la construction de l’ouvrage contesté leur imposait.
Des dizaines de cas similaires à celui de Bilin sont portés devant les tribunaux israéliens.


16- Démanteler les colonies sauvages en Cisjordanie ?

Il faut distinguer les colonies juives de peuplement reconnues par le gouvernement israélien des colonies “sauvages”, qui sont des avant-postes illégaux des implantations. Selon le mouvement israélien La Paix Maintenant, opposé à la colonisation, il y en a une centaine dans toute la Cisjordanie. Elles s’ajoutent aux 121 colonies juives de peuplement autorisées par le gouvernement.

Bien que construites sans l’autorisation des autorités, elles ont été jusqu’à présent largement tolérées. Selon “La Paix Maintenant”, les colonies juives de peuplement et les avant-postes illégaux de Cisjordanie ont connu une expansion plus importante en 2008 qu’en 2007. En particulier, les constructions dans les avant-postes illégaux ont plus que doublé.

Israël s’est cependant engagé auprès des Etats-Unis à démanteler les colonies sauvages créées après mars 2001 et jugées illégales en Israël car n’ayant pas obtenu le feu vert des autorités.
Depuis des années, Israël promettait aux Etats-Unis de démanteler ces colonies sauvages, mais sans prendre de mesures significatives.
Mais selon “La Paix Maintenant” le gouvernement soutiendrait en réalité des colonies sauvages : cela se serait avéré lorsque fin décembre, la Cour suprême d’Israël a examiné un recours contre des constructions dans une colonie sauvage.

“Dans un appel à la Cour suprême, nous avons demandé d’ordonner la destruction de 15 logements dans la colonie sauvage de Kyriat Netafim, près de l’implantation d’Ariel, et le gouvernement a répondu que cette mesure n’est pas nécessaire et qu’il entend maintenir ces maisons”, a affirmé à l’AFP Yariv Openheimer, responsable du mouvement. “De facto, cela signifie que le ministre de la Défense Ehud Barak (chargé des territoires occupés) autorise des constructions illégales, alors qu’il prétend vouloir œuvrer à la reprise de négociations de paix avec les Palestiniens”, a estimé M. Openheimer.

L’opposition en Israël au démantèlement des colonies sauvages est visible aussi lorsque, fin décembre, environ 200 lycéens israéliens bientôt incorporés dans l’armée ont écrit une lettre au ministre de la Défense dans laquelle ils préviennent qu’ils refuseront de démanteler les colonies juives en Cisjordanie.
Ces adolescents écrivent que leur fidélité à la Torah l’emporte sur celle envers l’armée. Ils affirment que la Torah interdit la destruction des constructions juives, y compris quand elles n’ont pas été autorisées par le gouvernement.
Plusieurs rabbins encouragent d’aillleurs les soldats à ne pas respecter l’ordre de démanteler les constructions illégales.

Les tentatives d’Israël d’empêcher les colonies sauvages entraînent régulièrement des heurts entre les forces de l’ordre et les colons.
Sous la pression des Etats-Unis, Israël a entamé fin mai 2009 le démantèlement d’une vingtaine de colonies sauvages, ce qui a suscité des attaques de colons radicaux. Parfois même les avant-postes ont été immédiatement reconstruits après leur destruction.
Une minorité de colons radicaux est en effet de plus en plus violente, non seulement contre les forces de sécurité israéliennes, mais surtout contre les Palestiniens, en guise de représailles : des extrémistes saccagent régulièrement des propriétés palestiniennes pour protester.


17- Sur la croissance démographique

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu justifie les extensions de colonies par le principe de “croissance démographique naturelle” des familles juives installées dans les colonies.
Mais les Israéliens qui partent s’installer en Cisjordanie représentent plus du tiers de la croissance démographique des implantations juives : les statistiques affaiblissent ainsi l’argument de la “croissance naturelle” avancé par le gouvernement pour justifier la poursuite de la construction dans les colonies.

Un rapport de l’ONU, qui couvre la période de mai 2008 à avril 2009, estime que les colonies et les avant-postes ont continué à s’étendre. L’Onu chiffre à 69% le taux d’accroissement des nouvelles colonies à Jérusalem et en Cisjordanie l’an dernier par rapport à 2007, citant comme source le groupe pacifiste israélien “La Paix Maintenant”.

Benjamin Begin, fils de l’ancien Premier ministre Menahem Begin et membre du gouvernement de Netanyahu, a déclaré en décembre que la population des colonies juives de Cisjordanie pourrait augmenter de 10.000 personnes en 2010.
Selon Begin, ministre sans portefeuille et membre de l’aile droite du Likoud, le moratoire sera “pénible” mais n’équivaut pas à un “gel” des constructions dans le sens communément accepté du terme.
Il a souligné que, non concernées par le moratoire, la construction en cours de 3.000 nouveaux logements serait menée à terme et que 10.000 nouveaux colons y emménageraient.

Par ailleurs, l’immigration juive est en hausse en Israël : quelque 16.200 Juifs se sont installés en Israël en 2009, la première hausse annuelle en une décennie, selon l’Agence juive, qui gère l’immigration juive vers Israël.
En 2008, près de 14.000 juifs étaient venus vivre dans l’Etat hébreu, selon un communiqué publié fin décembre par l’agence quasi-gouvernementale.
Au total 221.000 Juifs ont émigré vers Israël au cours de la dernière décennie.
Israël offre la nationalité automatique aux Juifs qui s’y installent. Environ 80% des sept millions d’habitants du pays sont de confession juive.


18- Le “checkpoint” de Qalandia : une épreuve quotidienne pour les Palestiniens

C’est une épreuve quotidienne pour de nombreux Palestiniens. Chaque jour, des milliers d’entre eux patientent dans de longues files d’attente à Qalandia, principal point de contrôle israélien entre la Cisjordanie et Jérusalem, pour rejoindre leurs lieux de travail, leurs écoles, des membres de leur famille ou se rendre à un rendez-vous médical.
Le trajet vers Jérusalem commence dans un hangar humide, jonché de détritus. Ils s’avancent dans d’étroits couloirs bas pour être contrôlés par des soldats israéliens derrière des vitres blindées.

Les Israéliens affirment que le point de passage de Qalandia permet d’empêcher des assaillants potentiels de gagner Jérusalem mais les Palestiniens dénoncent une humiliation quotidienne.
Depuis sa prise de fonctions l’an dernier, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a assoupli les restrictions de circulation en Cisjordanie mais pas les conditions d’entrée à Jérusalem.
La barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie traverse plusieurs quartiers arabes de Jérusalem, et Qalandia est ainsi le seul moyen pour 60.000 habitants de rejoindre le reste de leur ville. Ils doivent faire la queue avec des milliers d’autres Palestiniens de Cisjordanie.

Ziad Abou Jalil, 26 ans, entre dans le hangar et intègre l’une des longues files d’attente. Son objectif: rejoindre son travail, payé 35 dollars par jour, dans une boucherie casher.
Il y a encore dix ans, le trajet depuis son village, situé à 20 kilomètres, aurait pris moins d’une heure. Mais après la deuxième Intifada déclenchée en 2000, les points de contrôle israéliens se sont multipliés, et celui de Qalandia est devenu plus difficile à franchir. Abou Jalil doit maintenant se lever à 4h30 pour aller travailler.

En dehors des heures de pointe, le passage peut se faire en quelques minutes. Mais Abou Jalil doit arriver à son travail avant 7h et ne sait jamais si l’attente sera longue. Parfois, il a un peu en retard et est renvoyé chez lui sans salaire. “C’est toujours à cause du checkpoint que nous sommes en retard”, explique-t-il.

Parfois certaines files n’acceptent que certaines pièces d’identité, sans que les Palestiniens soient prévenus, et d’autres fois un soldat ferme soudain son guichet, et tant pis pour ceux qui attendaient. Il n’y a pas de supérieur ou de numéro de téléphone où se plaindre.
Lorsqu’Abou Jalil arrive enfin devant la vitre blindée, un jeune soldat contrôle son identité et lui fait signe de passer d’un mouvement de tête. Ce jour-là, il n’aura attendu que 22 minutes.

Environ 24.000 Palestiniens transitent par Qalandia tous les jours à pied et en voiture, selon la police israélienne.
Si la plupart des voyageurs présentent des pièces d’identité ou des autorisations, certains utilisent des cartes magnétiques ou placent la paume de leur main sur des scanners pour obtenir le droit de passage.
Mais les Palestiniens estiment que le point de passage pourrait fonctionner plus efficacement. “Parfois ils nous font attendre pendant que les soldats s’amusent à l’intérieur”, se plaint Samir Sublaban, un épicier de 31 ans.

Sources : AFP, AP, Reuters, ONU, IRIN

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