Turquie : le séisme sonne comme un nouvel avertissement pour Istanbul

ISTANBUL (AFP) – Le séisme qui a fait 51 morts en Turquie sonne comme un nouvel avertissement pour Istanbul, une mégalopole de 15 millions d’habitants menacée d’un tremblement de terre majeur, et où une bonne partie de l’habitat est loin d’être conforme aux normes sismiques.
“Encore une fois, nous nous trouvons face à un tremblement de terre. Et encore une fois, nous constatons que la Turquie est lamentablement mal préparée”, a écrit l’éditorialiste du Hürriyet Daily News, au lendemain du séisme qui a frappé la province d’Elazig, dans l’est de la Turquie.

La presse turque met à nouveau en cause la mauvaise qualité des constructions, nombre d’entre elles étant dans cette région pauvre des bâtiments fragiles construits en terre séchée.
Elle cite notamment un expert de l’université technique d’Istanbul, Okan Tüysüz, pour qui une secousse de magnitude 6 comme celle de lundi “ne devrait même pas provoquer de dégâts matériels”.
“Qui se souvient, par exemple, du séisme de magnitude 6,5 qui a touché la ville d’Eureka, dans le nord de la Californie, le 10 janvier… qui n’a fait que des blessés légers ?” s’interroge pour sa part Hürriyet.

Et les quotidiens turcs dressent à nouveau la liste des 11 séismes qui ont touché le pays depuis le début des années 1930, avec une mention particulière pour les catastrophes de 1999, à l’est d’Istanbul, qui avaient fait environ 20.000 morts.
“A Istanbul, tout le monde sait qu’il y a des risques énormes, mais on continue à faire des constructions de mauvaise qualité”, affirme à l’AFP le géophysicien Sinan Özeren, de l’Université technique d’Istanbul.

Selon un étude adressée la semaine dernière au Parlement turc, jusqu’à 150.000 personnes risquent d’être tuées, jusqu’à 200.000 blessées, et 300.000 bâtiments détruits lors du tremblement de terre qui est redouté dans la région d’Istanbul.
Plus de la moitié des projets de construction approuvés par les cabinets d’inspection ne sont pas antisismiques, selon cette étude de la chambre turque du génie civil (IMO) publiée la semaine dernière par Hürriyet.
Selon ce scénario, 400.000 personnes seraient laissées sans abri, et 86 pour cent des hôpitaux de la ville menacés d’effondrement.

Le président d’IMO pour Istanbul, Cemal Gökçe, précise que les certificats de conformité peuvent être délivrés par toute personne possédant un diplôme d’ingénieur, quel que soit son champ d’expertise.
“Les normes sismiques sont connues, elles sont les mêmes partout, en Turquie comme ailleurs. Mais elles ne sont pas appliquées, à cause de la corruption à plusieurs niveaux, celui des entrepreneurs, des municipalités, et c’est valable aussi bien dans les quartiers pauvres que dans les riches”, accuse M. Özeren.

Pourtant, les sismologues turcs et étrangers s’accordent sur le fait qu’Istanbul vit sous la menace d’un ou plusieurs séismes, dans les dizaines d’années qui viennent.
Les géophysiciens français Louis Geli et Pierre Henry, qui effectuent des observations en mer de Marmara dans l’espoir de pouvoir un jour prévoir les séismes, estiment que la région subira une secousse majeure de magnitude 7,2 à 7,4.

Pour des chercheurs allemands en revanche, la faille sismique qui passe à 20 km au sud d’Istanbul pourrait déclencher plusieurs séismes de magnitude 7, au lieu d’un seul plus important.
La différence est considérable, puisqu’un séisme de magnitude 8 relâche 30 fois plus d’énergie qu’un séisme de magnitude 7, selon ces travaux menés par Tobias Hergert et ses collègues de l’université de Karlsruhe, en Allemagne.

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