Défis et dangers de la course aux hydrocarbures de l’Arctique

L’exploitation des gigantesques réserves pétrolières et gazières de l’Arctique présente d’importantes contraintes et risque d’affecter ce vaste écosystème déjà bouleversé par le réchauffement climatique, estiment des experts.

Les 5 pays riverains de l’océan arctique, la Russie, les Etats-Unis, le Canada, le Danemark (avec le Groenland) et la Norvège sont tous engagés – à différents degrés – dans une course pour exercer et étendre leur souveraineté sur l’Arctique pour des raisons stratégiques, politiques et énergétiques.
La Convention de l’ONU sur le droit de la mer permet en effet à un pays d’étendre ses droits pour l’exploitation des ressources au-delà de la limite des 200 milles, s’il prouve que cette zone se situe dans la “prolongation naturelle” de son propre plateau continental.

L’agence gouvernementale américaine de recherche géologique (USGS) a récemment estimé à 412 milliards de barils équivalent pétrole les ressources inexploitées d’or noir et de gaz dans le cercle Arctique. Et 84% de ces réserves se situent au large.
Les richesses énergétiques de l’Arctique représentent ainsi 13% du pétrole non-découvert, 30% du gaz naturel non-découvert et 20% du gaz naturel liquide non-découvert.

Les 90 milliards de barils de pétrole de l’Arctique sont concentrés pour 30 milliards dans la province de l’Alaska, tandis que le reste est réparti notamment dans les bassins de Barents (Russie), l’ouest du Groenland et l’est du Canada.
Les Etats-Unis viennent d’autoriser à nouveau les forages en mer et ont renforcé leur exploration en Alaska.

Déjà quelque 40 milliards de barils de pétrole et 1.100 billions de pieds cubiques de gaz ont été explorés dans la région arctique.
A titre de comparaison, les réserves américaines de pétrole se montent à 22 milliards de barils tandis que la production américaine annuelle est de 1,6 milliard.

Au niveau mondial, les réserves “prouvées” de pétrole n’ont jamais été aussi hautes à 1.238 milliards de barils, alors que la production est stable et que la consommation mondiale (environ 30 mds barils/an) augmente chaque année.
Le gaz naturel que renfermerait l’Arctique, soit 1.670 billions de pieds cubiques, représente un volume proportionnellement encore plus important, soit près d’un tiers du volume de gaz mondial “non-découvert”.
Dans l’Arctique, c’est le bassin de l’ouest de la Sibérie et les bassins de Barents en Russie qui contiennent le plus de gaz.

Des sites offshore près des côtes septentrionales de l’Alaska produisent déjà depuis des années du pétrole et du gaz naturel, mais l’exploitation d’hydrocarbures plus au nord dans l’Arctique n’est pas chose facile.
La gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, choisie par John McCain comme colistière dans la course à la Maison blanche, est une grande partisane de l’extension des forages pétroliers dans cet Etat américain.

La fonte sans précédent des glaces observée ces dernières années pendant la saison estivale facilite en théorie l’accès et l’exploitation de ces ressources dont une partie se situe dans des zones polaires de l’océan Arctique où aucune puissance nordique n’a pour l’instant de juridiction.
“Dans certaines régions, comme dans l’Arctique canadien et en Alaska, les glaces posent encore un problème à l’exploitation pétrolière et gazière. Ailleurs, comme au nord-est du Groenland, la fonte facilitera l’accès” aux ressources, explique dans un courriel à l’AFP Don Gautier, spécialiste à l’USGS.

Selon les estimations de glaciologues, l’océan Arctique pourrait être libéré des glaces pendant toute la période estivale d’ici à 2030 en raison du réchauffement climatique, dont l’effet est plus intense aux pôles.
“Mais lorsque vous parlez d’installations permanentes, que ce soit des structures offshore ou de transport maritime toute l’année, vous faites encore face à un environnement hostile” pendant le reste de l’année, note Hajo Eicken, professeur à l’Université de l’Alaska à Fairbanks.

Les organisations de défense de l’environnement critiquent les tentatives d’appropriation de l’Arctique et plaident pour la signature d’un traité semblable à celui élaboré pour l’Antarctique qui interdit les activités militaires et minières.
Le Fonds mondial de la nature (WWF) juge “dangereuse” l’exploitation des hydrocarbures de l’Arctique, qui accélérera selon ce groupe environnemental les effets du changement climatique.
“Les dommages dans ces régions pourraient être importants parce que l’écosystème y est plus vulnérable”, dit Christian Haas, professeur à l’université d’Alberta, citant le cas éventuel d’une marée noire ou de la modification de la trajectoire de migration des caribous et des baleines.

Dans l’Arctique, la couche de glace sur l’océan et la neige reflètent les rayons du soleil. Lorsque la fonte des glaces s’accentue, cette chaleur est absorbée par l’océan Arctique et le sol, ce qui amplifie le réchauffement, un phénomène baptisé “ice-albedo feedback” (rétroaction de l’albedo des glaces).
Ce réchauffement pourrait aussi libérer d’importantes quantités de dioxyde de carbone (CO2) piégées dans l’Arctique. Or une plus grande présence de CO2, le principal gaz à effet de serre (GES) produit dans le monde par la combustion d’hydrocarbures et de charbon, amplifierait le réchauffement planétaire et donc la fonte des glaces.

Mais “l’exploration des ressources de l’Arctique ne signifie pas nécessairement de plus grandes émissions” de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale si d’autres efforts sont entrepris pour les réduire, en développant par exemple des énergies renouvelables en parallèle, tempère M. Haas.

Pour Rob Huebert, professeur à l’université de Calgary et spécialiste du dossier, la Russie a pris une longueur d’avance sur ses concurrents dans cette course, que le réchauffement climatique a accélérée en réduisant le couvert de glaces.
Les Russes, qui ont manifesté leurs ambitions en plantant symboliquement un drapeau sous le Pôle nord en 2007, ce qui a provoqué la colère des autres pays voisins de l’Arctique, “ont consenti les plus gros efforts dans le nord. Ils sont en avance pour l’exploitation des ressources, ils ont la plus importante flotte de brise-glace”, explique M. Huebert à l’AFP.
Moscou, note-t-il, a aussi bien avancé dans la présentation de son dossier devant la commission de l’ONU chargée d’évaluer les revendications.

Sources : AFP, AP, Reuters

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